La Chaîne d’Union
Non communiqué
Le sujet confié pour ma planche d’apprenti me tient à cœur puisqu’il s’agit d’un symbole de l’amour fraternel : La chaîne d’union.
Plus qu’une simple formalité, dans la plupart des ateliers la chaîne d’union prépare la fermeture des travaux. Chacun sait que dans notre atelier celle-ci n’est pas systématique et que nous tâchons à ce que cette chaîne unisse nos cœurs afin de la vivre en permanence. Aussi bien, la chaîne d’union anime dans nos consciences le sentiment de la solidarité qui nous unit et l’interdépendance qui nous lie.
Certains Maçons estiment que ce moment du rituel leur permet de ressentir des effets suggestifs et réconfortants à défaut d’une transmission certaine au voisin.
Cette longue chaîne sans fin symbolise l’universalité de l’ordre et rappelle à chacun que… tous les vrais maçons, qu’elle que soit leur patrie ne forment qu’une seule famille de Frères, répandus sur la surface de la terre » (Plantagenet).
Dans les textes anciens, il est fait référence au mot de passe « correspondance » : Possessio orbis, ce qui signifie que la FrancMaçonnerie exerce son influence sur la terre entière.
Nous pouvons également trouver la référence au « forgeron » pour celui qui prendra place dans la chaîne d’union, il lui viendra à l’esprit que c’est lui-même, en « façonnant le pur métal de sa conscience au feu ardent de son idéal », qui forge ces chaînons dont il est à la fois la matière et la force, le métal passif et l’ouvrier conscient.
A l’époque des bâtisseurs, les copeaux dégagés du polissage de la pierre brute servaient à cimenter les pierres taillées.
Le moment de la chaîne d’union, serait-il le moyen de lier et d’oublier nos imperfections pour les fondre à nouveau et bâtir sur la ligne de l’immortelle école de la sagesse et dé la morale, de la science et du bien, le sanctuaire indépendant et libéral de la vérité, le temple de la raison, enseigner le rapport et l’équilibre, mesurer la relativité, enfanter perpétuellement la justice.
La meilleure émotion n’est-elle pas quand chacun se vide de soi-même pour ne ressentir que la communion créée par la chaîne d’union ?
Dans le temple une corde à noeuds rejoint les colonnes du nord et du midi en passant par l’orient, chaque noeud est un lac d’amour ; quel autre symbole pourrait mieux représenter l’amour fraternel qui lie tous les Francs Maçons ?
L’initiation et l’union fraternelle
Je me souviens du jour de l’initiation où dans l’obscurité des Frères m’ont guidé, soutenu à l’entrée du temple au travers des différentes épreuves de l’air, de l’eau et du feu. Dans ce fracas, de coups et de bruit de chaîne une épaule ferme, sûre faisait le trait d’union avec vous tous.
Et l’esprit de l’union dans cette proclamation : « Les liens qui unissent les Francs-Maçons répandus sur toute la surface du globe sont indissolubles. Ils nous engagent jusqu’au sacrifice -le notre vie pour la protection de l’ordre, la défense de nos Frères et l’édification du temple. De tout cela se dégageait le symbole de la sauvegarde, de l’amour, et du châtiment.
Ce que j’ai ressenti, ce jour, de la première chaîne d’union, fût peut-être simplement une réflexion sur l’homme comme un être individuel et social et comme être culturel et spirituel qui traduit les préoccupations permanentes de celui-ci sur lui-même, sa nature, son devenir et sa destinée, de l’homme confronté aux problèmes de la connaissance et de la vérité, de la liberté et de la justice, de la vie et de la mort, de la beauté et de l’amour.
Pourrions-nous espérer que par cet acte symbolique existe un « Eidos » au sens platonicien, une « Idée Maçonnique » qui la définirait dans son projet, son essence, et sa vérité. La FrancMaçonnerie n’est-elle pas utopique ?
Unité et union
La Franc-Maçonnerie enseigne à l’homme le devoir de se bâtir lui-même, de tailler sa pierre qui viendra s’ajuster dans le temple universel, le rapport de l’unité à l’union ne peut se réaliser qu’avec la tolérance et le respect de soi-même. Passer de l’unité à l’union permet de s’élargir paradoxalement en se repliant sur son intérieur, commencer à comprendre les autres en essayant de se comprendre.
Une union à la recherche de la vérité
Si le secret est la règle générale, encore faut-il en distinguer la nature, ne véhicule-t-il pas une ou des vérités ? et quelle(s) vérité(s) ? Cette recherche est une quête sans fin et l’union en est un exemple frappant, ensembles et unis les Frères vont se poser des questions, seront confrontés à d’autres quêtes, réfléchiront, douteront, et se sublimeront. Le paradoxe de cette recherche dans l’union est que tant qu’elle reste une quête elle débouchera sur le dynamisme, le mouvement, la progression et l’ouverture. Sans oublier qu’il n’y a pas de vérité révélée.
C’est sur le point de vue de la résonance de cette union dans le monde profane que je me permettrais de m’exprimer par la suite.
De nos jours, la mémoire collective se réduit comme si nous la regardions par le petit bout de la lorgnette. L’Union de la famille se perd, l’éclatement des familles, les distances géographiques, le rythme de vie, l’individualisme en sont les causes. La chaîne d’union familiale a été remplacée par des chaînes de télévision qui nous amènent à une désertification de la pensée (du contact et de la relation). En quoi notre union fraternelle pourrait faire chaîne de transmission pour pallier ce problème de société qu’est la solitude ?
Union politique
Autre famille éclatée, le parti qui essaie de se considérer comme le parti des forces de progrès. Ce parti qui n’arrive pas à
faire taire ses rivalités, ses susceptibilités et ses aigreurs face à la mémoire d’un de ses grands hommes qui a, par désespoir, commis un acte hautement symbolique le jour de la fête de tous les travailleurs.‘
Ce parti qui doit entendre dire du Président de la République qu’il est toujours bien des leurs. De quelle union parlent tous ces hommes qui nous dirigent ? Alors que la liberté, l’égalité et la fraternité passent petit à petit à la trappe de la démocratie. Suffirait-il d’acheter « Macadam Journal » cinq fois dans le mois pour se donner bonne conscience ?
La Franc-Maçonnerie a toujours exercé une grande influence, elle a lutté contre les pires régimes, participé à la rédaction des « Droits de l’homme » et de la « Constitution des Etats-Unis ». Qu’elle est son action aujourd’hui dans ce monde en pleine mutation ? Doit-elle juste « veiller aux grains », rester garante des valeurs établies ? Peut-elle imaginer un nouveau modèle de société ? ou prendre une position universelle inter-obédience et internationale ?
Pouvons-nous imaginer un « rêve évolution » ?
La Franc-Maçonnerie montre que l’idée, si haute soit-elle, a besoin d’être vérifiée par l’action, qu’elle en vient et qu’elle y retourne. Le philosophe Alain l’exprime très bien : « Dès que la société tourne sans pensée, elle fabrique tout le mal possible, tout pourrirait sans le sel radical, sans l’individu qui refuse de bêler, selon le ton et la mesure. L’individu qui pense contre la société qui dort, voilà l’histoire éternelle et le printemps a toujours le même hiver à vaincre. «
C T (Par)