LAZARE, homme vital
R∴
Et si notre essentialité résidait dans l’immortalité ?
Concept hautement sensible. L’immortalité s’entend surtout pour l’âme,
et
pourtant notre parlons ici, sérieusement de corps. Une immortalité de
la vie
prolongée après la mort, qui implique une survivance physique et
spirituelle de
l’esprit.
Nous le savons, la mort est certitude. Pourtant il est difficile de
l’intégrer.
Notre mort est quasiment impensable, nous vivons comme si nous étions
immortels. Au XXIe siècle, nous parlons peu de la mort, car elle est
taboue.
Mais essayons d’imaginer que la mort soit naissance de
l’esprit ?
Une connaissance qui commencerait avant même la naissance, et qui se
prolongerait après la Mort ?
Voilà qui nous installe aux portes des mystères, et qu’il nous faut
saisir là,
ce qui se meut même au-delà des mystères.
Nous voici en face du visible et de l’invisible, de l’humain et du
divin.
Alors
pour comprendre cette quête d’immortalité
spirituelle, observons la figure de Lazare, dans la culture chrétienne.
Elle fait, à juste titre pour moi, référence à cette immortalité du
corps, à ce
mort revenu d’entre les morts, pour vivre à nouveau dans le monde des
vivants.
Une doctrine particulière du salut chrétien, et une analogie toute
trouvée
entre les mythes de renaissance, prônés par certains cercles
philosophiques, ceux
de l’hindouisme, du monde grec, sans négliger les croyances
égyptiennes.
Lazare est donc pour moi, un miroir dans lequel notre image serait en
réflexions.
Il est cette figure qui permet de s’interroger, et d’ouvrir la
discussion sur sa
part d’ombre, et son rapport à la mort.Cela nous renvoie également à notre propre néant,
notre finitude et
notre ouverture.
L’histoire officielle, nous dit que, Lazare est revenu d’entre les
morts, au
sortir du tombeau Quatre jours après son trépas, il porte sur lui les
traces du
cadavre. Il sent mauvais, il est boursouflé car son corps a gonflé, il
est en
état de décomposition et sous ses tempes, ses yeux, un teint crayeux
s’est
installé.
Pourtant Lazare sort du tombeau et revit. Une conversion possible, car
Ila entendu la
parole lui ordonner de sortir
des ténèbres pour aller vers la lumière de la vie.
Ce message auquel il répond, nous pouvons nous aussi l’entendre.C’est un appel que nous
portons tous, au fond
de nous, mais que nous avons enseveli sous les décombres de la
matérialité,
dans le bruit et la fureur de notre moi déboussolé par la modernité
aliénante.
Avec force, Lazare se relève.
Il revient à la vie pour accomplir sa destinée, celle de se réaliser et
d’obéir
à cette parole de l’esprit et du verbe. Il revient et accueille le
logos pour
lutter contre son chaos intérieur, refaire son unité dans son propre
cosmos.
Revenu d’entre les morts, Lazare, homme vital, sait désormais que pour
ne
jamais mourir, il faut être et croître en amour.
Ainsi sommes-nous invité à comprendre l’idée derrière le symbole.
La scène de la renaissance de Lazare peut se passer en chacun de nous.
Il
suffit d’entendre ce commandement de retour à la vraie vie, à la vie
bonne et
juste.
Eloigné de la loi d’amour nous sommes tel que lui avant sa
résurrection, morts-vivants
dans notre propre vacuité. Inanimés, en errances, tel des êtres maudits
par leurs
propres faiblesses.
Lazare représente pour moi cet être ultime, capable de revenir du monde
des
morts, de reprendre vie,et
de repousser
les démesuresde
l’amour-propre dévoyé.
Nul hasard que ce récit figure dans l’évangile de Jean. Le plus
ésotérique et
le plus profond des évangiles, avec la retransmission du message
d’amour
permanent délivré par Jésus, qui nous commande « aimez-vous,
les uns les
autres ».
Aller vers l’autre, or Éros ni Philia, mais en Agapè, pour vaincre la
haine et
lui opposer un message d’amour. Voilà ce que Lazare entend au fond de
son
tombeau. Cet appel à l’amour, source de paix et d’accomplissement de
soi, pour être
en harmonie avec les autres.
A partir de ce moment-là, Lazare n’est plus mort, mais réveillé par
l’esprit, nous
dit Jean.
Elle ouvre le rayonnement de l’esprit, face à l’angoisse existentielle.
C’est un mythe de régénération pour nous tous. Un exemple porteur de sens.
Celui de notre figure humaine épanouie.