Les Trois Portes
Non communiqué
Mes Bien aimés Frères, le texte que je vous propose ce soir » les Trois Portes » n’est qu’une Allégorie : Une Allégorie n’est qu’une essence de discours, qui n’est d’abord présenté que sous un sens propre, et qui ne sert que de comparaison pour donner la lumière à un autre sens
Quand Pythagore disait : » N’attirez pas le feu avec l’Epée. «
Il voulait dire. » Ne donnez pas des armes à des gens en colère. «
En
fait pour ce qui nous intéresse, je vais tenter de
vous le faire percevoir dans un Conte qui n’est donc qu’une Allégorie.
C’était lors d’une nuit noire, une nuit comme j’en ai eu tant d’autres, avec mes tribulations noc-turnes.
Cette nuit là, Je rêvais de ce jeune moine tibétain dans sa robe de safran avec son crâne rasé. Celui qui m’avais si bien accueilli dans la pagode de Cimiez, moi le profane, moi qui demandais à tout connaître, et qui ne savais rien. Auprès de lui, que j’appelais affectueusement » mon petit frère,» j’avais souvent trouvé dans mes moments de solitude et de doute, une écoute bienveillante et des conseils les plus apaisants, c’était un sage!
Pour calmer mes angoisses et répondre à mes questions je m’imaginais encore à ses cotés et lui demandais de m’éclairer sur le chemin de la Vie.
C’est
alors, avec stupéfaction, qu’il me répondit.
» Sur la route de la vie Denis, tu rencontreras Trois portes. Lis à chaque fois les instructions inscrites sur chacune d’elles. Ne cherche pas à te détourner des enseignements ainsi tracés, car tu serais alors condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Tu dois éprouver tout ça dans ta chair et dans ton cœur. Va maintenant droit devant toi. «
Je me surpris alors à m’engager sur le chemin de la Vie et me trouvais bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire :
CHANGE LE MONDE
C’était bien là, il y a quelques années, j’étais bien jeune, mon intention première, car bien des choses ne me convenaient alors pas.
Mais malgré mon idéal, ma fougue, ma vigueur qui jusqu’alors m’avaient fait affronter le monde pour entreprendre, conquérir, modeler selon mon désir. J’y avais trouvé de l’ivresse sur l’instant mais point d’apaisement du cœur.
Aussi. Je me retournais vers ce sage, pourtant si jeune, et lui confirmais que j’avais appris à discerner ce qui était en mon pouvoir de ce qui m’échappait, ce qui dépendait de moi de ce qui n’en dépendait pas.
Il me répondit : » Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise. «
Je
poursuivais donc mon chemin pour me trouver devant
une deuxième porte ou on pouvait lire :
CHANGE
LES AUTRES
Là encore, à une époque c’était bien mon intention car les autres étaient source de bonheur, de plaisir et de joie mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration.
Je m’étais donc insurgé contre tout ce qui pouvait me déranger et me déplaire chez mes semblables tout en cherchant à infléchir leur caractère et extirper leurs défauts.
De cette expérience j’avais appris que les autres n’étaient pas la cause ou la source de mes peines, de mes joies, de mes déboires ou satisfactions, ils n’étaient que les reflets de ce qui sommeillait en moi.
Ainsi les autres m’avaient permis de me révéler à moi-même, de prendre conscience qu’a travers cette souffrance ou frustration qu’ils pouvaient faire naître en moi, j’apprenais le chemin de la Vie et je mesurais les difficultés qui me restaient à parcourir.
Mais
déjà une troisième porte s’annonçait :
CHANGE
TOI TOI-MÊME
J’ai
donc tenté de changer mon caractère, j’ai
combattu mes imperfections, tenté de supprimer mes défauts, j’ai essayé
de
maîtriser mes passions…. Bref j’ai tenté de corriger tout ce qui ne me
plaisait
pas en moi, tout ce qui ne correspondait pas à mon idéal.
Mais j’ai mesuré qu’il y a en nous des choses qu’on ne peut briser.
Et puis un jour je me suis senti fatigué de me battre contre tout, contre tous, contre moi-même sans jamais trouver le repos.
J’ai donc eu envi de lâcher prise, de renoncer.
Je
me suis donc décidé à faire demi-tour pour
retourner sur mes pas et qu’elle ne fut pas ma surprise de lire sur la
face
arrière de la troisième porte :
ACCEPTE-TOI,
TOI-MÊME
En
même temps que je lisais cette inscription, je
distinguais au sol, éparpillé, tout ce que j’avais rejeté et combattu
en moi :
mes défauts, mes ombres, mes peurs, mes limites…. Bref, mes démons.
Je les ai donc regardés, appris à les reconnaître, les accepter, les aimer.
Ainsi j’ai pu m’aimer en cessant de me comparer, de me juger, de me blâmer.
Je me suis donc accepté et ainsi j’ai pu aimer.
Depuis
peu et grâce à l’amour, la tendresse, le don de
soi sans retenue, j’ai passé la deuxième porte au dos de laquellej’ai pu lire :
ACCEPTE
LES AUTRES
J’ai
reconnu des personnes aimées comme d’autres
détestées fut un temps.
Maintenant, je suis incapable de tant de haine car je suis en accord avec moi-même. Je ne peux plus rien leur reprocher, je ne crains plus rien d’eux.
Ils sont ce qu’ils sont avec leur part d’ombre et de lumière, chaque moitié étant indissociable de l’autre.
Aujourd’hui,
me voilà devant la première porte et je
peux lire :
ACCEPTE
LE MONDE
Le
monde est le miroir de mon âme.
Quand elle est joyeuse, le monde est gai. Mais en fait, le monde n’est ni triste ni gai, il est là, il existe et c’est tout.
La route est donc encore longue pour quand toutes circonstances je puisse goûter la saveur de la vie, pour que je passe du silence de l’épanouissement à l’épanouissement du silence, pour ne dire que des choses qui valent mieux que des silences, car souvent les mots que l’on n’a pas dits sont les fleurs du silence.
Au-dessus de moi, mon moine tibétain me souriait.
(
A la mémoire de mon « Petit Frère « , moine
de la pagode de
Cimiez )