Tolérance, apanage de l’humanité
V∴ M∴
Ce travail traite de la tolérance, vaste sujet et bien ambitieux. J’ai bien conscience qu’il s’agit d’un sujet traité de nombreuses fois et certainement plus brillamment mais c’est un sujet qu’un franc-maçon doit fatalement aborder un jour ou l’autre et j’en avais envie.
En préambule, voici une citation du Mahatma ( la grande âme ) GANDHI :
« La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents»
Extrait de « Tous les hommes sont frères»
Ce titre peut paraître grandiloquent ou pompeux mais je l’ai choisi tout simplement parce que notre F François Marie Arouet alias VOLTAIRE l’exprime ainsi dans son « Traité sur la tolérance».
Les consultations de plusieurs dictionnaires et encyclopédies m’ont donné, quasiment au mot près, la même définition :
«Respect de la liberté d’autrui, de ses manières de penser, d’agir, de ses opinions politiques et religieuses»
Cela nous va bien, nous qui avons entre autres principes ceux de la tolérance mutuelle et du respect des autres et de soi-même.
La tolérance est une notion éclatée parce qu’elle procède d’exigences multiples mais aussi parce qu’elle risque en permanence d’être détruite par ce qui constitue ses contraires avec lesquels il faut néanmoins essayer de la situer ( l’incompréhension, l’ignorance par exemples ).
Penser la tolérance suppose que nous en mesurions quelques limites car soutenir une tolérance sans limites reviendrait à détruire la tolérance. Ceci étant, ces limites sont-elles mesurables ?
L’histoire du mot tolérance indique assez bien l’ambiguïté de cette notion.
Etymologiquement le mot vient du latin « tolerantia» qui signifie « constance à supporter», notion que nous retrouvons dans l’acception médicale. La tolérance d’un organisme signifie son aptitude à supporter sans symptôme morbide l’action d’un médicament, d’un agent chimique ou physique déterminé.
La racine latine « Tollo» ( porter, supporter, endurer ) indique l’effort que l’on fait sur soi, ce qui me fait immanquablement penser à l’introspection permanente qui est en nous.
Les latins antiques n’avaient pas cette notion que nous donnons au mot tolérance depuis quelques siècles. Chez eux, cela désignait la constance dans l’épreuve et la force d’endurer les maux, l’adversité ou les éléments naturels. Mais toujours l’idée de l’effort sur soi.
Revenons à la relation aux autres avec cette notion qui consiste à avoir l’aptitude d’admettre chez autrui toutes possibilités de pensées et d’actions différentes de celles adoptées par soi-même.
En fait, il s’agit moins de comprendre la position de l’autre que de l’admettre.
Comprendre la position de l’autre peut s’avérer difficile voire impossible, pas de l’admettre, quoique…
Dans ce cas, la tolérance devient une concession de la part de celui qui estime détenir la vérité. Elle serait ainsi une forme de patience de la vérité envers l’erreur.
La tolérance devient la règle que l’on se donne dans le cadre de certains rapports à autrui et plus précisément si la conviction de cet autrui diffère de la notre, voire s’y oppose.
Tous, nous avons eu, au cours de nos existences, quelques faiblesses, ou été ce que j’appellerai globalement « dans l’erreur » de ci de là. Aussi, sans faire référence à quelque dogme que ce soit, pardonnons-nous mutuellement ces erreurs car celui qui tolère en obtient un vrai bénéfice personnel.
Alors, lorsque nous sommes convaincus que l’autre se trompe et que nous pensons que cette erreur risque même de lui être préjudiciable dans l’action considérée, que faut-il faire ?
Faut-il être tolérant encore et toujours ? Le laxisme, voire la lacheté, peut survenir alors, sans parler d’un éventuel désespoir consécutif.
Faut-il montrer une certaine intolérance et ainsi démontrer que la tolérance a ses limites ?
Quelques exemples :
- Devons-nous tolérer que l’Oncle Sam veuille régenter le Monde ?
- Devons-nous être tolérants à l’égard de l’attitude de Tsahal dans les territoires occupés ?
- Devons-nous l’être à l’égard du Hezbollah ?
- Dois-je tolérer que le fils de mes voisins gare sa voiture devant mon portail et recommence malgré mes remarques réitérées ?
- Comment ai-je pu être aussi tolérant avec cette bande de jeunes qui envahissaient la cage d’escalier où habitait ma mère, jusqu’à lui gâcher sa vie de tous les jours ?
Volontairement, j’ai choisi des cas complètement extrêmes qui montrent bien que, si tolérance il y a, elle n’est guère mesurable. Néanmoins, remarquons une échelle des valeurs : l’Oncle Sam, la cage d’escalier… sur laquelle nous avons plus ou moins d’influence mais peut-on employer le mot de tolérance quand nous sommes impuissants ?
Faut-il alors parler de « tolérance obligatoire » ?
Pour l’Oncle Sam, nous faisons confiance, par délégation, à nos élus ( voir Pla sur la Démocratie ). Pour Tsahal et le Hezbollah, que faire ? Pour le fils de mes voisins, j’ai toléré, donc montré de la compréhension puis j’ai fini par me fâcher. J’avais dépassé mon seuil personnel de tolérance.
La vraie question est : devons-nous concevoir la tolérance comme une règle morale, éthique dont les fondements seraient dans la valeur de la personne humaine et de sa conscience ?
Oui, à coup sur, oui car la conscience morale oblige à un devoir intime absolu, inconditionné et à des principes qui n’ont besoin d’aucune ostentation.
La conscience est une faculté originelle. Tout homme a une conscience mais il peut lui arriver d’en manquer dans une action. Si toutefois ce manque éventuel de conscience procède d’une conviction sincère et que personne n’en est meurtri, ce manque de conscience-là me semble tolérable – seulement tolérable, pas plus – bien que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » comme l’écrivait Rabelais.
Alors, bien sur, se pose encore et toujours le problème de l’objectivité qui a aussi ses limites.
Est-il subjectif de croire que nous faisons objectivement preuve de tolérance dans tel ou tel cas ?
Qui peut proclamer détenir la vérité ?
Dans notre société, il existe des dispositifs institutionnels qui garantissent le respect du droit et de la liberté accordée aux personnes. Ces instances proclament détenir la vérité. Devons-nous être tolérants et l’admettre ? Sans doute oui et c’est d’ailleurs ce que nous faisons puisque cela fonctionne … tout comme la démocratie, fût-elle antagoniste ( voir Pla sur la Démocratie ). L’homme possède incontestablement des facultés de tolérance très étendues. Dans ce cas, la tolérance devient acceptation pure et simple.
Nous-mêmes, francs-maçons, qui travaillons à l’amélioration morale de l’humanité, nous ne prétendons détenir aucune vérité, bien au contraire, et nous travaillons sans relâche pour atteindre au fort, au beau, au sage.
A l’évidence, il existe, non point une vérité, mais des vérités, peut-être même une par être humain, ces vérités dues à l’éducation, aux vertus et aux valeurs que nos pères – globalement nos ancêtres – nous ont transmises.
La pluralité des opinions et leurs libres confrontations sont des facteurs d’émulation entre les personnes et nous y voyons une promotion pour la recherche de la vérité.
En L les FF doivent débattre et se mettre d’accord autant que faire se peut. Il faut que les plus avertis aident ceux qui le sont moins et que les expériences individuelles soient mises dans le tronc commun. Ici, nous pratiquons la maïeutique, et je pense que c’est le mieux, mais je pense aussi qu’il est impossible de tout apprendre par soi-même. Etre parfois guidé me semble tout aussi excellent.
Au travers de nos débats, nous devons tendre à cette communauté des pensées et des volontés. Je n’ai pas dit « communion » mais cela m’a tenté… Les éléments épars de vérité, que chacun peut détenir et apporter, doivent essayer de se synthétiser, par l’expression des raisons, dans l’expression d’une vérité complexe commune. Ainsi, nous faisons preuve de la plus grande tolérance.
D’ailleurs, la Franc-Maçonnerie que nous pratiquons fait elle-même preuve d’une extrême tolérance puisqu’elle se refuse à toute affirmation dogmatique. De même pour nos FF de la GLNF qui, tout en travaillant avec la foi en Dieu, admettent les différentes religions. Manifestement, on peut être franc-maçon et respecter un dogme. Je tolère cette respectable position et donc je l’admets, faute d’en avoir la totale compréhension.
Pour être un peu plus pragmatique, rappelons-nous que nous avons tous cru connaître les vertus de la tolérance avant d’être initié franc-maçon. Enfin, j’imagine que ce fut le cas pour la plupart d’entre nous et c’était sûrement grandement vrai.
Certes, nous sommes arrivés ici avec nos défauts de profanes mais aussi avec nos qualités. La franc- maçonnerie n’a pas vocation à nous transformer mais à nous améliorer, en même temps que nous l’enrichissons.
Ainsi de l’App qui, quelque que soit l’âge de ses artères et son niveau de connaissances, devra faire preuve de tolérance à l’égard de lui-même mais aussi de ses FF de l’Ate où il travaillera en silence. L’introspection implique l’exercice de la tolérance.
Ainsi du Comp qui, quel que soit l’âge de ses artères et son niveau de connaissances, devra faire preuve de tolérance à l’égard de lui-même et de son F App pour lequel il doit être un exemple et montrer de la compréhension.
Ainsi du Maî qui, quoique fort de la plénitude de ses droits maçonniques et qui n’en a de ce fait que plus de devoirs, devra aussi faire preuve de tolérance envers tous ses FF et envers lui-même, justement par sa conscience de ce nouvel apprentissage et de l’ampleur de la tâche à accomplir.
Le sens moral donné à la tolérance a manifestement évolué au fil des siècles, plutôt positivement me semble-t-il, et, comme j’ai eu l’occasion de le dire ici-même lors de notre récent débat sur la Démocratie ( voir Pla sur la Démocratie ), les populations des pays du monde occidental, au moins celles-là et même si rien n’est parfait, pratiquent peu ou prou cette valeur morale majeure.
Voici ma conclusion :
Même si la liberté et le respect, dont nous cultivons les valeurs, nous engagent à tout tolérer, il y a incontestablement de l’intolérable. Si la maïeutique échoue, si les personnes n’y parviennent pas par elles-mêmes, il reste la loi, la contrainte par la loi, et la tolérance est une idée qui ne peut s’appliquer qu’à ceux qui la respectent.
Voilà, mes FF, j’aurais aussi pu parler des maisons de tolérance ainsi appelées parce que tolérées par la loi ou encore de l’Edit de tolérance promulgué en 1562 afin de permettre aux protestants le libre exercice de leur culte.
Traiter de la tolérance par des exemples au travers des âges était une autre possibilité.
Traiter l’intolérance, l’intolérable dans les faits était également possible : les exemples sont si nombreux.
Enfin, je vous ai apporté une copie de « La Lettre sur la tolérance » écrite par l’Anglais John Locke en 1689. Pas vraiment d’actualité mais intéressante sur le plan historique.
Aborder tous ces aspects de la tolérance eût été bien long et sans doute fastidieux et c’est pourquoi vous parler de la tolérance en tant que vertu a été mon choix… en espérant la votre.
J’ai dit,