Approche Hermétique du Cabinet de Reflexion

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Pratiquer régulièrement nos rituels, explorer les sources de notre Rite afin d’en pénétrer le sens et présenter des travaux réalisés dans les règles de l’art, constituent le ternaire incontournable qui ouvre, à chaque initié, la voie de sa propre réalisation. Pratique exigeante, qui nécessite méthode et persévérance. Mais si la méthode a fait ses preuves, la persévérance, quant à elle, appartient à chacun, et sans le soutien attentif et fraternel de ses SS et FF, frustration et découragement éroderaient rapidement les plus vives motivations.

Car la voie initiatique va plus loin que l’acquisition d’un simple savoir, la méthode doit ouvrir la voie au développement d’une conscience, conscience individuelle qui peut être un jour accédera à une conscience plus universelle.

Le symbole, outil essentiel de cette méthode, est là pour aider, permettre par analogie de passer de l’apparent au caché, du perçu au ressenti, du connu à l’inconnu de façon à aller au-delà des limites de nos sens de perception, autrement dit, développer des facultés intuitives laissées en sommeil par excès de rationalité. Ouvrir des portes sur d’autres possibles telle est la quête de l’initié. Puis ce qui sera évoqué et expérimenté par chacun alimentera la réflexion commune d’où découleront de nouvelles perceptions. Ainsi l’œuvre progresse, grandit et chargée de sens, renouvelle cet égrégore qui rend chacun sensible matériellement (sensoriellement) à ce qui doit s’accomplir en lui spirituellement (en esprit).

Mais le postulant, bien que déterminé à s’ouvrir à d’autres réalités, porte en lui son histoire personnelle, référentiel qu’il n’abandonnera pas facilement, et c’est ainsi, dans ce lieu souterrain, sorte de caverne où, selon Platon se projette l’image trompeuse d’une réalité illusoire, qu’il s’interrogera sur ce que représente réellement celui qui se reflète dans le miroir (masque sociétal) .

Première épreuve au cours de laquelle il faut, selon Oswald Wirth : « procéder à une sorte de décrassage intellectuel ayant pour but de débarrasser l’esprit de tout ce qui empêche la lumière de parvenir jusqu’à lui ». Aussi, pour sensibiliser le postulant et le rendre plus réceptif doit intervenir, comme dans tous les rites de passage, la phase de réflexion, de doute, d’appréhension et d’introspection que l’évocation d’une mort prochaine peut provoquer (la formule du testament en témoignera).

Ce retour sur soi est vécu dans un lieu volontairement inconfortable, clos et plein de mystères.  Conçu pour éveiller la conscience au principe causal, ce lieu, pour certains, est l’équivalent de la crypte des églises, là où les énergies telluriques sont les plus fortes. Pour d’autres, situé dans les entrailles de la terre où règne le feu souterrain, c’est là que le forgeron alchimiste extrait les métaux qui seront ensuite déposés à la porte du Temple.

C.G. Jung nous dit :« ce n’est pas en regardant la lumière qu’on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité ». C’est donc par ce passage dans le cabinet de réflexion symbolisant notre Etre intérieur que va débuter le processus de séparation et de putrification de la « materia prima ». Cette catharsis ou « Oeuvre au noir » (nigredo) va ensuite, par étapes successives, contribuer au développement progressif du grand œuvre. Point de passage entre les ténèbres et la lumière, lieu où la substance est en devenir, cette crypte, cette caverne, ce cabinet de réflexion est aussi le symbole de la virginité primordiale, de la non-manifestation. De là viendrait la symbolique de la vierge noire dont la place originelle est souvent dans la crypte des églises.

Crypte vient du grec et signifie « caché » Il va donc s’agir de « décrypter » c’est à dire trouver le code qui permet d’accéder au message contenu dans les différents symboles présentés au postulant.

Ainsi V.I.T.R.I.O.L. (acronyme de : « visite l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée », qui pour certains représente la pierre philosophale) formule énigmatique d’essence alchimique qui peut se rapprocher, pour l’apprenti, de la formule de SOCRATE « connais-toi toi-même », montre cependant l’intention, la nécessité de plonger dans les profondeurs de l’irrationnel pour trouver l’essence même de l’être. Trouver la pierre cachée c’est travailler pour s’éveiller, s’élever et se transmuter afin de révéler sa véritable nature : trouver « l’or en soi ».  C’est l’alchimie du MOI pour l’amener au SOI.

Mais prudence, car comme dans le bouddhisme qui propose une voie rapide mais dangereuse et une voie plus progressive, qui va elle s’inscrire dans la durée, la sagesse doit présider à la construction de notre édifice et dans le propos qui nous occupe ce soir mal conduire son feu, suivre une mauvaise voie, c’est pour l’alchimiste se faire sauter avec son athanor. C’est pourquoi, pour permettre une rectification adaptée, il faut l’appui d’une communauté pourvue d’une règle validée par un vécu expérientiel qui prend en compte le rythme et la sensibilité de chacun.

Les différents objets symboliques qui se présentent à lui vont donc l’amener à s’interroger sur lui-même, sur le sens qu’il donne à sa vie, mais aussi sur l’origine du monde et la structure du cosmos (ordre de l’univers). Il s’agit d’un véritable questionnement métaphysique (ce qui est au-delà ou à coté) dont les réponses se révéleront progressivement.

Mais d’où viennent ces clés de lecture destinées à pénétrer ce monde mystérieux, d’accéder à ce qui semble déjà inscrit en nous sous forme d’archétypes, véritables interfaces qui ouvrent la porte des petits mystères ? (soit rétablir l’individu dans son état primordial par les mythes relatifs au cycle de mort- renaissance)

Tout d’abord rappelons qu’en des temps pas si éloignés (16ème siècle) tous ceux qui tentaient d’explorer ou pire de reproduire toutes manifestations non conformes au dogme religieux étaient considérés comme hérétiques et pourchassés. Aussi pour protéger un savoir et perpétuer une continuité de recherches, fallait-il enfouir ses trouvailles, (comme d’ailleurs les sources utilisées) sous un monceau d’apparentes futilités ou d’un langage codifié.

Ainsi Rabelais écrivit Gargantua et Pantagruel et tous les alchimistes, spagyristes et astrologues parlaient de la fabrication de l’or, de panacées universelles et de prophéties échevelées en des termes subtils et alambiqués afin de demeurer incompris.

Toutes les religions du Livre, n’ont elle pas elles-mêmes, suivant ces principes, cryptées leurs textes afin d’en préserver le contenu ésotérique, ce qui conduisit plus tard à la pratique de l’herméneutique qui d’après le Littré est « l’art d’interpréter les textes sacrés ».

Ce cryptage utilisé au moyen âge, poétiquement appelé « langage des oiseaux » par les alchimistes est attribué à Hermès Trismégiste (3ème S avant JC), traduction grecque inspirée d’une divinité égyptienne. Thot dieu magicien, maîtres des ténèbres et des connaissances secrètes, fut l’initiateur des mystères que le mythe d’Isis/Osiris va perpétrer et que nous retrouverons parmi les sources inspiratrices de la FM. Mais cette œuvre colossale (Corpus Herméticum, ensemble de 17 traités traduit du latin en 1471) serait, d’après J. Evola, une œuvre collective réalisée par des ésotéristes des 2 premiers siècles de notre ére et qui nous relate en termes voilés le concept unitaire de la vie.

D’après le Littré toujours, le terme d’hermès viendrait du sanscrit « sarameyas » désignant le « chien céleste », c’est à dire une constellation chargée de conduire l’âme des morts à leur dernière demeure, en fait ultime étape du voyage conduisant à la sublime initiation, lieu où se situe la connaissance, lieu où Hermès à puiser l’ensemble des sciences qu’il nous propose.

Hermés  Trismégiste, le 3 X grand est donc celui qui aurait, par 3 fois, vécu ce voyage : «  il monte de la terre vers le ciel et redescend sur la terre, il recueille la force des choses supérieures et des choses inférieures» (qui sont : l’écriture, la géométrie, l’arithmétique, l’astronomie, la médecine).

Par ailleurs, une légende nous dit que : « l’Homme a été créé par Dieu à son image et il se vit livrer la garde de la création. Mais séduit par la beauté de celle-ci l’homme brûla du désir de la rejoindre. La nature d’en bas, elle-même séduite par le reflet de l’Homme dans l’eau et de son ombre sur la terre, aussitôt elle l’aima et reçue en elle son aimé ».

Ce qui en langage hermétique se lit : « Le Soleil en est le père (de toute chose créée) la Lune la mère. Le Vent l’a porté dans son ventre. La Terre est sa nourrice et son réceptacle. Le Père de tout, le Thêlème (volonté, force de l’esprit) du monde universel est ici ».

Ainsi l’âme de l’homme pris forme et ce fut la chute. Mais bien que prisonnier de la matière il garde en lui les traces de sa nature divine. Il est donc mortel de par son corps mais immortel par l’homme essentiel (extrait du Poimandres I 15 l’un des 17 traités).

Ce schéma, chute, exil, régénération, est présent dans la plupart des mouvements ésotériques postérieurs et montre la possibilité offerte à l’initiable de rebrousser chemin vers les choses essentielles et primordiales. 

Mais pour y parvenir le postulant en quête de lui-même va devoir se réapproprier un savoir, une connaissance qui commence par celle de sa propre nature puis par analogie découvrir le bon ordre de l’Univers.

« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour accomplir les miracles d’une seule chose ». Ainsi la voie est ouverte par la première loi fondamentale que nous propose la « Table d’Emeraude ». Synthèse de la philosophie Hermétique qui déroule en 12 étapes le processus de la création du monde, donc par analogie son reflet l’Homme.

Je ne retiendrais, pour continuer d’illustrer mon propos (pour ne pas dépasser le cadre du 1ier degré) que celle qui prend en compte ce qui est complémentaire et réciproque, soit les deux termes d’une dualité qui ne peuvent exister l’un sans l’autre. Principe que nous retrouvons sur le pavé mosaïque et qui nous incite à concilier les contraires.

Ainsi « tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais, doucement et avec grande industrie »

L’intention ici est d’entreprendre une succession de purification des deux parties constituantes de la « materia prima ». Ce travail entrepris par les « pèlerins d’hermès » les alchimistes du moyen âge est destiné à séparer le pur de l’impur et par étapes successives aboutir à l’extraction d’une poudre de projection qui transformera en or tout ce qu’elle atteindra (intention que l’on retrouve dans la symbolique de l’épée de St Michel). Mais qui préfigure également ce passage du laboratoire à l’oratoire par « le mariage du roi et de la reine », processus destiné à concilier ou réconcilier en soi nos deux composantes (le soufre et le mercure unis dans l’œuf philosophique), ce que C. Jung désigne sous les termes « d’anima/animus ».

Ce qui est évoqué, dans notre cabinet de réflexion, par la présence des coupelles contenant le soufre + (sinabre)  le mercure – (vif argent) le sel. (en d’autres termes le Corps, l’Ame, L’Esprit) Cette évocation est reprise après le passage par la porte basse. C’est à dire, qu’après la putréfaction (séparation du subtil de l’épais) l’épreuve de l’air va permettre à l’esprit de se dégager du « caput mortuum » pour accéder à l’œuvre au blanc où par lavages successifs l’adepte va se préparer à subir l’épreuve du feu, œuvre au rouge dernière phase de la cuisson. Ici va se purifier le sel, coaguler le mercure et fixer le soufre (l’équilibre, la personnalité) le préparant ainsi à recevoir la Lumière ou l’éclairage de la voie qui lui est ouverte.

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Dans ce lieu privilégié d’introspection et de méditation le postulant va prendre conscience d’être né de ce processus alchimique. Première étape qui révèle au profane qu’il est lui-même un véritable laboratoire à l’intérieur duquel va s’opérer son œuvre personnelle mais que celle-ci est aussi destinée à rejoindre l’œuvre commune.

La présence du sablier lui indique toutefois que le temps lui est compté avant sa propre mort et que pour maintenir en lui cette petite flamme encore vacillante, il va lui falloir s’ouvrir aux enseignements laissés par tous les MM qui l’ont précédé. Le crâne en est le rappel et le Coq, lui, assurera la vigilance nécessaire au maintien de son engagement.

Comme il se doit, la voie initiatique ne propose aucun dogme, aucune vérité révélée, c’est à chacun d’avancer en se référant à ce que son cœur est en mesure de concevoir en toute liberté et susceptible d’être partagé dans le respect de la sensibilité de chacun. Mais la réussite sur la voie tracée nécessite une réelle ouverture d’esprit pour appréhender les contenus proposés par notre Rite, et en tirer la quintessence utile à l’évolution de chacun. Cette première étape est donc déterminante pour qu’une fois sortie par la porte basse, l’initié puisse retrouver sa verticalité et progresser en toute pureté et en parfaite dignité vers la Lumière, la Connaissance, et surtout vers sa propre Vérité.

Et pour conclure je citerai un extrait du livre de Thomas :

« Qui ne s’est pas connu n’a rien connu, mais celui qui s’est connu lui-même a déjà acquis la connaissance de la profondeur du TOUT ».

J’ai dit,

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