Le Cabinet de Réflexion
J∴ J∴ M∴
Quand, pour la première fois, à la porte du temple, il a frappé pour demander l’initiation, le moribond profane, dans son obscurité familière, souhaitaitdécouvrir la lumière enfouie aux tréfonds de lui-même. Plus qu’un suicide, c’est une mort volontaire qu’il entrevoyait. La mort de celui qui marchait en aveugle dans l’ombre et qui s’était égaré sur des chemins obscurs, perdu sur des routes sans issues, a la poursuitede chimères et qu’ il ne pourrait se retrouver lui-même, et s’accomplir pleinement, qu’en retrouvant la vie réelle, l’action et la lumière.
Son chemin initiatique commencera par le cabinet de réflexion, lieu de méditation, et d’approfondissement. Mue par ce viatique le poussant vers davantage de différenciation, cette préparation psychique sera indispensable à son processus d’évolution.
C’est donc en ce lieu mystérieux et spirituel que notre profane, seul, face à lui-même, va apprendre à méditer sur son autocritique radicale, sur la modification métaphysique de son régime existentiel, sur sa renaissance désirée. C’est une véritable expérience personnelle ou il ne pourra dissocier le pensé du vécu, le conceptuel et l’existentiel.
Avant de pénétrer dans la nécropole de son propre tombeau il doit faire table rase et abandonner ses oripeaux d’orgueil ses guenilles de suffisance, ses babioles de richesse, pour affronter humblement son trépas de profane. Cette nudité symbolique est concrétisée dans l’abandon de ses métaux. (Nu, tu es né mon frère, nu tu mourras)
Dans cet étroit refuge, aux parois sombres, dont la seule source lumineuse, est la pauvre lueur vacillante d’une simple chandelle qui projette ses interrogations en ombres dansantes, il découvrira son environnement, son terminus, ultime étape d’une vie ordinaire. Le voici à présent plongé ex-abrupto dans sa sépulture, au milieu d’une forêt de symboles et inscriptions dont certains resterons pour lui totalement énigmatiques. Loin du tumulte et des passions du monde extérieur, il entrera dans une tranquille méditation. C’est alors que notre philistin commencera à devenir sensible aux messages qui l’entourent. Bien vite, comme dans le calme d’une crypte silencieuse, il écoutera au plus profond de lui-même, chuchoter les paroles de sagesse que lui inspirera son cœur.
Devant ce crane vide et muet, qui pourrait être le sien, il rédigera son testament philosophique. Dans ce codicille improvisé il s’adressera au ténébreux néophyte qu’il fut, pour l’informer officiellement des nouvelles dispositions qu’il a décidé de mettre en œuvre dans sa nouvelle vie éclatante. Telle cette humble luciole suspendue dans la nuit tiède d’un été finissant, qui ne peut entrevoir sa pale lueur ombilicale, mais qui est ébloui par les lumières éclatantes des ses nouveaux frères et sœurs virevoltants d’étoile en étoile. Sans concession, il aura fustigé, dénoncé, critiqué, accusé, dégradé, anéanti,celui qui occupait sa place au fond de sa vieille carcasse. Après cet homicide volontaire et douloureux, le calme et la sérénité se sont enfin emparé de notre béotien. Apaisé, son ouvrage achevé, soulagé et heureux il se sentira peu à peu renaitre dans sa vie nouvelle.De ce silence inquiétant qui l’oppressait en entrant, a succédé l’ataraxie et la paix intérieure. Il est fier d’avoir accompli son tous premier pas dans sa démarche initiatique, Cette métamorphose nécessaire lui permettra d’avancer dans la clarté. Il se sent porté par son nouveau destin, celui du voyageur de la lumière. Il va retrouver bientôt sa nouvelle famille.
Ce cabinet hautement symbolique, intemporel et immatériel, dont il a poussé la porte et obtenu la clé, prendra désormais un sens pour lui, celui de l’accessibilité permanente, car il aimera y retourner pour réfléchir, approfondir et murir. Il va l’emporter avec lui, car ce cabinet de réflexion est bâti nul part et partout, il est établi désormais aux tréfonds de lui-même, aux confins de sa réflexion, édifié dans le quartier de sa méditation, rue de la sagesse, sur un magnifique petit lopin d’honnêteté.
Son initiation peut enfin commencer, il est prêt maintenant à marcher vers le temple de lumière,…et de profane qu’il était,
Apprenti Franc-maçon je vais devenir.
J’ai dit