Le Cabinet de Réflexion
C∴ M∴
Le mot réflexion laisse entendre de nombreux sens, dont au
moins trois correspondent à ce que ce curieux passage dans
ce cabinet, petit et noir, à la décoration
étonnante pour le profane, est supposé
déclencher chez ce même profane.
Du bas latin, reflexio, et du latin, reflectere, il signifie ramener en arrière. En physique, on appelle réflexion le fait pour un corps de changer de direction après un choc avec un autre corps. En effet, ne sommes-nous pas invitées, durant ce séjour en ce lieu de retraite et d’isolement à faire un retour sur nous-mêmes ? Ce retour n’est-il pas induit par notre rencontre avec cet autre corps qu’est la FM ?
La réflexion est aussi un phénomène par lequel, des ondes, des particules ou des vibrations se réfléchissent sur une surface. Ici, c’est l’évocation du miroir. Même si celui-ci est absent du cabinet de réflexion, nous sommes, symboliquement, renvoyées à nous-mêmes, invitées à nous regarder sans détour, au plus profond de nous. En rédigeant le testament philosophique à commencer la descente qui doit nous permettre de mieux nous connaître pour ensuite nous améliorer et atteindre, plus tard et peut-être la perfection de la pierre cubique, la connaissance de la pierre philosophale.
Enfin, la réflexion est aussi l’action de
réfléchir, d’arrêter sa
pensée sur quelque chose afin de l’examiner en
détail. Ici n’est-ce pas notre engagement que nous sommes
appelées à examiner sous toutes ses coutures ?
Les inscriptions couvrant les murs guidant le cheminement de notre
pensée ? Difficile de comprendre tout cela le jour de
l’initiation. Le cabinet de réflexion se présente
alors comme une énigme, un langage mystérieux et
occulte. Que sont ces objets qui nous entourent, pourquoi
ceux-là ? Quel sens portent-ils en eux ? Autant de questions
sans réponses, autant de symboles muets, autant de fois
à se redire : « je ne sais ni lire, ni
écrire ».
Je dirai du cabinet de réflexion, qu’il est le lieu
où il faut retourner régulièrement,
physiquement ou en pensée, pour y faire le point avec
soi-même, avec sa compréhension des symboles et de
l’engagement maçonnique.
Il vient presque trop tôt dans le chemin tant il est riche de
sens bien longs à décrypter pour le jeune
apprenti. Mais il représente aussi le premier voyage, celui
où le nouvel initié tente de dominer ses passions
après en avoir fait l’inventaire. Sans doute
contient-il davantage de vocabulaire car il est plus proche des
représentations profanes du monde dont nous souhaitons nous
éloigner pour gagner une approche plus spirituelle et plus
éthérée.
MERCURE, SOUFRE, SEL
Les alchimistes distinguaient 7 métaux (l’or, l’argent, le mercure, l’étain, le fer, le cuivre et le plomb.) Ils considéraient l’or comme incorruptible, l’argent comme parfait, et les 5 autres comme imparfaits.
Pour eux, le mercure, métal imparfait,
était relié à la planète
Mercure et représentait le blanc, le Corps
éthérique, le nœud de la
personnalité.
Mercure métal issu de la terre, planète du
système solaire, mais aussi Mercure-Hermès
messager des dieux, dieu du commerce et des voyageurs du monde. Il fut
celui qui fabriqua la première lyre et la
première flûte, celui qui apprit l’art du feu en
frottant un bois dur contre un bois tendre, celui qui assista les
Parques alors qu’elles composaient l’alphabet, celui enfin,
qui inventa l’astronomie, l’échelle musicale, les poids et
mesures. Voilà sans doute pourquoi les bâtisseurs
se sont emparés de son personnage et qu’il se trouve
intégré de manière toute
allégorique au seuil de notre chemin de connaissance.
Pour les alchimistes, le mercure représente un des deux
principes de base avec lequel doit travailler l’adepte pour parvenir
à l’or. Il symbolise, avec le soufre le principe de la
métamorphose, celle-là même
à laquelle doit parvenir le nouvel initié. Dans
cette opération le mercure est un
élément féminin. De ce fait on peut le
rattacher à la colonne Boaz, tandis que sa
passivité le rattache à la lune.
Le soufre, selon les alchimistes,
représentait la chaleur de la terre, le principe
constructeur de tout organisme. Pour les maçons, ce feu est
considéré comme un principe dynamisant et
fécondateur, qui par son action sur le mercure, participe au
« Grand Œuvre », il est un aspect de la
lumière créatrice, il se rattache au Soleil et
symboliquement représente l’Esprit qui agit sur la
matière.
Si le mercure et le soufre se trouvent dans les entrailles de la terre,
il est intéressant de souligner que le sel est issu de
l’action du vent et du soleil sur l’eau de mer. Ainsi se trouvent
symbolisés, dans le cabinet de réflexion les 4
éléments : la terre, l’air, l’eau et le feu en
même temps que les 4 voyages du rituel initiatique.
Le sel est à la fois conservateur et destructeur. C’est dans le sel que se gardaient jadis les aliments, c’est par le sel que les romains rendaient inféconds les champs des peuples qu’ils voulaient asservir. On dit du sel qu’il enrichit les aliments en en relevant le goût. En empêchant la putréfaction des chairs, le sel symbolise aussi l’incorruptibilité. Enfin il évoque la sagesse, et symbolise la nourriture spirituelle donnée par le prêtre au nouveau né dans le baptême chrétien.
LE COQ
Avant d’entre en FM, je ne voyais dans le coq qu’un symbole bien français, pour ne pas dire gaulois, un volatile bruyant et prétentieux indiquant parfois le sens du vent du plus haut des clochers. Aussi fus-je assez surprise de le découvrir dans ce cagibi tout noir dans lequel je fus enfermée le soir de mon initiation. Que faisait-il là mon coq gaulois et que signifiait ce chant inattendu de vigilance et persévérance qui couronnait sa tête ?
Quelle est la fonction du coq (en dehors de celle assez
prestigieuse au fond, de garantir la
pérénnisation de la race ?) guetter le soleil et
annoncer le lever du jour. Le coq est donc un emblème de
passage. Pour nous il symbolise le passage du monde profane au monde
initiatique, en même temps qu’il évoque la
Lumière vers laquelle nous tendons. Comme il
précède la lumière du soleil, le coq
est symbole de vigilance : il guette les premiers signe du retour de la
lumière et en avertit les hommes. C’est ce même
rôle qu’il joue dans le cabinet de réflexion, il
annonce la venue d’une nouvelle lumière dans les
ténèbres de la terre, la fin de
l’obscurité profane, la naissance initiatique.
Peut-être est-ce en cela que l’on peut opposer les deux coqs,
celui du monde chrétien qui trône en haut des
clochers et représente la lumière
exotérique : le jour nouveau luit pour tous les hommes,
tandis que celui du cabinet de réflexion
représente une lumière
ésotérique, qui jaillira pour
l’impétrant au moment de l’initiation.
La persévérance est une vertu nécessaire pour tout être qui veut mener à bout une entreprise quelle qu’elle soit. Pour nous, elle est tout aussi indispensable puisque le chemin que nous avons choisi de suivre est d’autant plus difficile qu’il ne peut se suivre et se poursuivre que par les efforts que nous ferons jour après jour, pour tailler notre pierre et aller vers autant de perfection que nous pourrons, à la fois pour nous mêmes et pour tout les autres.
J’ai dit