Le Compas #338009

Entre l’Equerre et le Compas

Auteur:

R∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

La jeune initiée assise sur la colonne du septentrion voit sur l’autel des serments, certes avec difficultés, 3 objets (les 3 Grandes Lumières) dont deux sont les symboles de la Franc-maçonnerie : l’Equerre et le Compas.

Elle apprendra au cours de sa progression que l’Equerre et le Compas sont appelés à être positionnés de façons différentes.

L’Equerre est placée au-dessus du Compas car l’Apprentie travaille la matière. L’Equerre et le Compas sont entrelacés car la Compagnonne, à travers ses voyages, s’ouvre au domaine de la Connaissance. Et lors du 3è degré, nous trouvons le Compas sur l’Equerre, ce positionnement, où l’esprit semble supplanter la matière, invite la Maîtresse maçonne à s’élever au-dessus de celle-ci sans pour autant l’oublier.

La future Compagnonne est éprouvée par l’Equerre, la future Maîtresse l’est par le Compas.  Et nous retrouvons la Maîtresse maçonne entre l’Equerre et le Compas.

Pourquoi l’Equerre ? Pourquoi le Compas ? Pourquoi entre l’un et l’autre ?

L’Equerre est associée au carré. Le carré est le symbole de la terre, du monde terrestre, de la matière, du corps, il est associé au chiffre 4. Le carré est une forme stable et définie, voire finie.

Le Compas est associé au cercle symbole de l’Esprit. De forme sphérique, de circonférence non définie, le cercle est comme le disait Blaise Pascal « une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part ». La Très Respectable Maîtresse, dans le rituel d’élévation, dit, lors du 1er travail de la nouvelle Maîtresse : « ainsi est tracé le Cercle Eternel dont le centre est partout et la circonférence nulle part ».

Il serait donc intéressant de comprendre :

  • pourquoi la future Compagnonne est éprouvée par l’Equerre ?
  • pourquoi la future Maîtresse est éprouvée par le Compas ?
  • et pourquoi nous retrouvons la Maîtresse maçonne entre Equerre et Compas ?

Si la Compagnonne est éprouvée par l’Equerre c’est qu’après avoir dégrossi sa Pierre Brute comme Apprentie, elle doit la tailler, la rendre cubique et cela n’est possible qu’en utilisant l’Equerre comme outil. Outil rationnel qui permet à la Compagnonne de devenir un être stable tout comme sa pierre.

Cependant le travail de la maçonne ne s’arrête pas ici.

La future Maîtresse est une Compagnonne accomplie. Elle va pouvoir s’élever et travailler le volume. Ce que va lui conférer le Compas. Elle va s’ouvrir à un domaine jusque-là inconnu ou entraperçu par elle. Le domaine de l’impalpable, de l’immatériel, de l’invisible, tout le contraire du carré : l’Esprit.

La future Maîtresse passe à travers son Etoile, passe le voile de ses apparences par la marche à reculons, elle passe l’Equerre. La Compagnonne meurt et se trouve allongée sous un drap où une croix latine est dessinée.

Une croix latine, n’est-elle pas un cube déplié ? La symbolique est forte. Car en poussant le raisonnement, l’on pourrait penser que ce cube, la matière, enferme l’Esprit, et que celui-ci est dégagé à l’ouverture du cube.

Matière délivrant l’Esprit. L’Esprit serait-il prisonnier de la matière, de notre corps ? Si cela était, le libérer signifierait donc de passer au-dessus de notre animalité, afin de le découvrir.

Et pourtant, nous retrouvons la Maîtresse maçonne entre l’Equerre et le Compas. Qu’est-ce à dire ?

La Maîtresse maçonne a été relevée, elle est à la verticale, elle est entre terre et ciel.

Elle maîtrise la matière car elle a passé l’Equerre mais elle n’est pas Esprit, car comme nous l’indique la fin de sa marche (2 demis cercles) elle s’arrête devant les branches du Compas. Elle ne fait donc qu’appréhender le volume en restant sur terre.

C’est une vision horizontale qui nous est proposée lors de la cérémonie d’élévation à la maîtrise.

La Maîtresse maçonne est appelée à continuer sa marche vers la Lumière, et commence ainsi sa quête spirituelle. Si nous replaçons ce schéma sur un plan vertical, la Maîtresse serait les pieds sur la terre, pourquoi pas dans la terre, et la tête dans les étoiles. Elle apparaît nettement comme étant un vecteur se nourrissant de la terre afin de croître vers un état supérieur. Elle se positionne ainsi en axis mundi, symbole du centre et de l’axe de l’univers.
Quoi que répandue, la plus belle, la plus symbolique représentation, pour moi, de l’axis mundi est l’arbre. L’arbre cosmique fait communiquer la terre avec le ciel.
Dans la légende Maya, il est dit qu’il se trouve au centre du Cosmos, et qu’il porte le nom de « Ciel Relevé » car les dieux, après avoir relevé le ciel, utilisèrent un arbre pour le soutenir.
Le ciel est lui-même soutenu par 4 autres arbres placés aux 4 coins de la terre. Les côtés du carré sont orientés vers les 4 points cardinaux et le cosmos tout entier tourne autour de l’axe formé par l’arbre central qui peut être le lieu de passage d’énergie entre la terre et le ciel.

Et c’est ici que nous retrouvons la Maîtresse maçonne. Elle se trouve au milieu de l’univers et prend naissance en son propre centre. Le milieu est le lieu où l’espace devient sacré. Le cercle est le développement du centre dans son aspect dynamique, tandis que le carré dans son aspect statique.

Et c’est pourquoi comme le souligne René Guénon dans Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945) « il est bon qu’un Maître maçon se trouve toujours entre l’Equerre et le Compas, c’est-à-dire au lieu même où s’inscrit l’Etoile Flamboyante. Le Maître est assimilé à l’homme véritable placé entre la terre et le ciel et exerce des fonctions de médiateur ».

Le Temple cosmique peut être le lieu de relation du passage du carré au cercle ou de l’Equerre au Compas. Le Temple est à l’image du cosmos et le cosmos est à l’image de l’homme.

Il situe une relation d’ordre primordial qui est exprimée de diverses façons : relation entre le divin et l’humain, entre le ciel et la terre, entre le sacré et le profane.

Le Temple maçonnique est un espace sacré au sein duquel la communication est rendue possible entre les différents niveaux. Son orientation entrée à l’occident et cheminement vers l’orient nous indique la voie qui mène vers la Lumière. C’est le lieu où les oppositions se concilient et disparaissent. La Maîtresse y est placée et devient à son tour centre du monde, symbole d’unité. C’est elle qui effectue la rupture entre les niveaux Equerre et Compas. C’est elle qui de ce fait va à la recherche de son propre milieu, de son centre, pour tenter d’y retrouver l’être véritable.

La maçonne en recherchant la Lumière, chercherait peut-être tout simplement à construire son Temple le plus parfaitement possible, afin de se présenter le plus dignement aux portes de l’Orient Eternel, aux portes de la Connaissance ultime.

Très Respectable Maîtresse et vous toutes Vénérables Maîtresses, depuis que l’on m’a confié, lors de mon relèvement par les 5 points de la Maîtrise, les syllabes du mot sacré, et depuis que les pieds en équerre j’ai prononcé mon serment, je me trouve Vénérable Maîtresse entre l’Equerre et le Compas.

T R M J’ai dit.

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