L'Équerre #338025

Equerre et Compas

Auteur:

A∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Equerre et compas sont des outils qui nous accompagnent lors de notre chemin maçonnique. Outils de construction et d’architecture, ils vont nous guider, nous transformer progressivement. Ils se révèlent à nos yeux pour mieux nous permettre de nous révéler à nous-mêmes. Ces outils sont connus depuis notre initiation et au fil de notre chemin s’interprètent différemment car leur symbolisme ensemble et séparé est évolutif. Associés, équerre et compas se complètent, se contrarient, se mêlent, se renforcent et se tempèrent.

La 1ère fois que nous voyons ensemble l’équerre et le compas, ils se situent sur l’Autel du travail.

A l’ouverture des travaux, ces deux outils indissociables évoluent avec les grades et sont posés sur le livre de la Loi, notre loi individuelle et collective. Matière, pensée et loi éclairent notre chemin afin d’essayer de répondre aux questions essentielles que nous nous posons, à savoir, d’où venons nous, qui sommes-nous et ou allons-nous ? Chemin faisant, ce questionnement initial peut évoluer vers : qui sommes-nous, que voulons-nous, que pouvons-nous ?

Au 3ème degré, le compas repose sur les branches de l’équerre et nous invite à une plus grande spiritualité. De la prépondérance de la matière sur l’esprit, notre champ d’action et de discernement s’élargit peu à peu.

Mais envisageons d’abord, ce que peuvent représenter ces outils.

Symbole de rectitude, de matérialité, de rigueur vis à vis de soi et des autres, c’est la rectitude de la raison et de la volonté que nous inspire l’équerre. Elle demande au maçon de faire un effort, de prendre sur soi pour être d’équerre, de se mettre à l’ordre, en ordre, prêt à la réflexion et à l’action.

Le mot Compas provient du verbe compasser – mesurer avec une exactitude minutieuse. Du latin « passus » – le pas- et « compassare » – mesurer avec le pas. Il désigne un instrument de tracé ou de mesure composé de deux branches articulées dont les formes sont adaptées à la mesure des angles, des longueurs et au tracé des circonférences.

A ce titre, le compas peut symboliser l’ouverture à une connaissance qui s’acquière avec la recherche sur soi, de soi et des autres et de l’univers ; le discernement nécessaire à une certaine sagesse ; la recherche de notre vérité.

Le compas possède une pointe fixe indispensable à un tracé stable, ce qui rend nécessaire pour chacun de trouver son propre point d’ancrage et de rester ouvert et mobile pour tracer un cercle juste et parfait à sa propre mesure. L’utilisation du compas implique une rotation, un mouvement en partant de ce point. C’est le dynamisme de la capacité d’ouverture, de la conception et de la pensée créatrice. C’est un exercice que nous devrons donc répéter, et ce autant que de besoin,pour élargir petit à petit « notre cercle » et progresser, tout en ayant conscience que chacun de nous a ses limites, que l’Homme (au sens de l’Humanité) a également ses limites et au fait qu’il n’y a peut-être pas de limite au Tout… (au sens de l’Univers, du Cosmos, voire de ce que on n’imagine même pas…).

Voyons maintenant équerre et compas ensemble.

Nous notons, en premier lieu, que le V M, Maître d’entre les Maîtres, en sa qualité de gardien de la tradition, porte au sautoir une équerre. Nul doute que la matérialité du V M, dans toute sa sagesse, est d’équerre. Nul doute, non plus, que la sagesse acquise a fait de lui un maçon « d’aplomb ». Mais alors comment expliquer l’absence du compas à son sautoir ? Considérons que cette sagesse, acquise par l’ouverture dont le V M fait preuve dans son rapport aux autres, au monde et envers lui- même, lui permette de conjuguer sa dualité personnelle, sa matérialité et sa recherche spirituelle ; et que le travail qu’il a entrepris l’ait conduit à un point d’équilibre. Un axe central sur lequel il s’appuie.

Envisageons alors que l’absence du compas sur le sautoir du V M symbolise peut être l’humilité dont doit faire preuve tous maçons conscient de ses limites et, en particulier le V M, qui dans sa « grande modestie » ne peut afficher un niveau de connaissances supérieur à celui de ses sœurs et frères, et qu’il n’y a pas besoin de la représentation physique du compas pour faire « bonne mesure ». La présence du compas nous semble donc implicite et n’a pas besoin d’apparaître pour être. Qui plus est, nous savons tous que le chantier n’est jamais achevé ; la progression et l’acquisition des connaissances, jamais terminées.

L’équerre et le compas apparaissent aussi dans la marche du Maitre constitués dans un premier temps des pas successifs d’Apprenti et de Compagnon pour aboutir à l’enjambement par 3 fois du cadavre d’Hiram. A ce moment précis, on passe de l’horizontalité avec les pas glissés à une verticalité avec les mouvements circulaires de la jambe pour finir les pieds en équerre.

La marche, la démarche du Maitre forment donc un tout. Symboliquement nous passons du monde des sens à celui des Idées, de l’intuition à la conception en changeant de plan pour intégrer une autre dimension qui est celle de l’introspection, de l’ouverture, pour une élévation vers plus de Connaissance.

Le rituel nous dit que si un maitre était perdu, ce qui peut arriver à chacun de nous, on le retrouverait entre équerre et compas, c’est-à-dire dans une recherche d’équilibre entre matérialité et spiritualité. Sans doute ne faut-il pas attendre d’être perdu pour nous re-situer entre équerre et compas et à l’instar d’HIRAM, ne pas hésiter à retourner de temps à autre dans le tombeau pour se retrouver, à fortiori lorsque l’on a conscience de s’égarer.

Nous pensons que la place du maitre est là où il peut créer l’harmonie en lui et avec les autres. Dans le « milieu » de son environnement mais également au milieu de ce qui symbolise pour lui le point de rencontre entre le concret et l’abstrait, l’ici et l’ailleurs, l’espace et le temps, le tout et l’élément, le simple et le complexe, le soi et l’autre.

Autre évocation de ces 2 outils : A la question « Comment avez- vous été reçu Maitre ? » : il est répondu « en passant de l’équerre au compas ».

Si le Maître est retrouvé entre équerre et compas, on ne devient maitre (théoriquement sinon cela serait trop simple…) qu’en passant de l’équerre au compas, avec l’aide de ses Sœurs et Frères, lors du relèvement.

Pour retrouver la verticalité et après l’échec des Surveillants à relever seuls le cadavre, selon le rituel, le V M déclare : « Souvenons-nous, que l’union fait la force et que sans le secours des autres nous ne pouvons rien. A moi V V M M mes F F et mes S S. Aidez-moi ! »

C’est ainsi que nous passons, avec l’aide de nos sœurs et frères, du plan horizontal au vertical grâce aux 5 points de la maîtrise, correspondant à des équerres nous assurant solidité, confiance et fraternité.

Le relèvement, figure de courbes et d’ascension, mouvement du compas, n’est possible qu’avec l’appui des équerres, et nous permet d’accéder à une nouvelle dimension. Notre position allongée n’était pas la finalité et nous sommes debout, prêts à agir, responsables de nos pensées et de nos actes.

Ainsi le mouvement de l’équerre au compas est la traduction du passage symbolique de la terre vers le ciel, de la matière à l’esprit, de l’inconscient au conscient, du gisant à l’agissant comme disait un de nos frères… (dixit Paul)

Une fois relevé, le nouveau maitre fait face à l’orient et au Delta Lumineux. Il est tourné vers la spiritualité, symbolisée par le compas désormais devant lui à ses pieds, pieds qu’il garde néanmoins à l’équerre, bien arrimés au sol et à la réalité. Il y donc eu lors du processus de relèvement, inversion, manifestation d’un changement de plan, puisqu’initialement, sa matérialité était symbolisée par l’équerre à sa tête (en tant que compagnon n’est-ce-pas elle qui le dominait ?) et sa spiritualité symbolisée par le compas, aux pieds (ou au ras des pâquerettes, vu le crime commis…). Mais le maître est mort et Mohabon, le fils du père, va vivre et les erreurs du compagnon deviendront connaissances du Maître…

Pour tout maçon, la position de ces deux outils évolue l’un par rapport à l’autre en suivant la progression de sa prise de conscience et de sa propre construction. Comme sur l’autel des serments où la position des outils s’inverse au fil des degrés, son cheminement va le conduire d’un esprit dominé par la matière à un esprit cherchant à dominer la matière. Pour réaliser ce travail, il devra passer par une étape de conciliation, voire de réconciliation, entre ses 2 principales composantes : sa matérialité et sa spiritualité qui font sa réalité et donc son humanité.

Vu sous cet angle, nous pouvons être amenés à nous battre contre nous-mêmes, à nous réconcilier aussi avec nous-mêmes pour qu’une des deux facettes transcende l’autre. Et si l’objectif poursuivi était de réaliser une synthèse, une synthèse entre « l’imagination et le spirituel qui conçoivent et qui veulent » et « la matérialité qui peut » ? (souvenons du symbolisme du levier étudié au 1…). Une synthèse où l’inversion n’est pas un problème mais la possibilité d’un équilibre constructif ?

C’est dans le signe au 3ème degré, où d’aucuns pourraient y voir une coupure, une séparation stricte entre le corps et l’esprit, que nous entrevoyons la possibilité d’un nécessaire équilibre à trouver entre matérialité et spiritualité. C’est dans sa conscience et dans la conscience de sa nécessité, que nous pensons qu’il devient possible de composer avec notre propre dualité. Et c’est peut-être à partir de cette dualité apparente, que nous pourrions appeler aussi complémentarité, que nous pensons pouvoir trouver notre milieu, notre centre, notre unité, pour nous élever.

Le but essentiel de l’initiation maçonnique est peut être cette prise de conscience, par le cœur, le corps et l’esprit pour se diriger vers la Lumière. C’est aussi une des leçons du mythe d’Hiram symbolisé par le passage du compagnon en maître : il est nécessaire d’acquérir cette Connaissance.

Pour que sa vie ne reste pas un grouillement d’intentions obscures, l’être humain doit accéder à la clairvoyance de lui-même, ne pas se limiter à dire « je pense donc je suis », voire « je sais »…

Citons Descartes dans les Méditations Métaphysiques : Mais qu’est- ce donc que je suis ? une chose qui pense. Qu’est-ce qu’une chose qui pense ? c’est une chose qui doute, qui entend, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent.

Parce qu’elle se veut progressive, la franc-maçonnerie demande au maçon, pour lui-même comme pour l’humanité, d’œuvrer à s’élever, de passer de l’horizontalité à la verticalité. Si l’existence est la première donnée de toute conscience, il lui faut aller au-delà et parvenir à se penser lui- même, à réaliser que son travail est non seulement de savoir qu’il EST (dans le sens existe) mais QUI il est, (dans le sens connaître la nature de notre propre identité).

Ainsi, d’étape en étape, représentées par les degrés successifs de l’initiation, les maçons peuvent s’élever de façon évolutive et progressive, et construire l’édifice des valeurs, le Temple, aboutissant au niveau supérieur de l’esprit humain.

Rappelons que dans le rituel, les maîtres partis à la recherche d’Hiram supposent avoir découvert la sépulture du Maître en voyant l’acacia, l’équerre et le compas. Sans doute, devrions-nous nous aussi, de temps à autre, repartir à la recherche du Maître, – voire descendre dans le tombeau-, histoire de vérifier que nous nous situons toujours entre équerre et compas…et à défaut, reprendre le chemin en repassant de l’équerre au compas…

A mi-chemin entre le Zénith et le Nadir, dans une position équidistante des quatre points cardinaux, devant les trois grandes lumières, sous le regard muet de l’œil du delta lumineux, entre midi et minuit, munis des outils symbolisés, devenus ceux des bâtisseurs de notre humanité, nous sommes invités à réfléchir.

Se connaître soi-même suppose d’entrer profondément en soi. Sans relâche, Visita interiora Terrae, rectificando invenies occultum lapidem. Le travail du maçon ne s’arrête jamais.

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