Le Miroir
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Le Miroir
M∴ S∴
La 1ère utilisation des miroirs fut sans doute pour se regarder soi même par coquetterie.
Outils nécessaires à la toilette, ils servaient aussi à la décoration.
Chez les riches romains, raconte Sénèque, ils atteignaient une taille telle que l’on s’y voyait tout entier.
Mais, qu’en est-t-il de cet objet en MACONNERIE ?
C’est vers 1782, que fut introduit en France, l’emploi du miroir dans les rituels.
On trouve le miroir soit dans le cabinet de réflexion, soit à la fin de la cérémonie de réception d’un apprenti.
Dans certains rites, le miroir est caché par un drap noir et l’impétrant est invité à regarder cet objet caché, sans qu’il sache ce qui se trouve dessous.
Lorsque l’apprenti se voit enlever le bandeau, le Vénérable Maître lui demande :
« – Si vous voyez dans cette assemblée votre propre ennemi, serez-vous capable de lui pardonner ? »
« – Oui »
« – Alors, retournez-vous ».
L’impétrant se retourne et se retrouve face à lui-même dans le miroir.
Que se passe-t-il lorsqu’un individu se place devant un miroir ?
Il est pour nous un objet si familier que nous ne nous posons pas de questions à son sujet.
J ai l impression que devant un miroir nous sommes simplement devant une image de nous même.
Mais, je me demande quel est l’individu du miroir ou de l’individu réelqui voit l’autre ?
Il paraît évident que les yeux réels peuvent voir, et que par conséquent, c’est l’individuréel qui voit l’autre.
En latin, Miroir se dit speculum, mot qui a donné spéculation.
Le verbe speculare signifie autant refléter que réfléchir ou spéculer, englobant ici à la fois le phénomène optique et le phénomène intellectuel.
Mais, la maçonnerie nous conduit à essayer de comprendre cette spéculation.
Je me suis posé une question :
Que reflète le miroir ? Que reflète-t-il ? Et, à quelle méditation amène-t-il ?
Je pense qu il renvoie en fait a une image inversée, à une apparence qui correspond à trois aspects de la réalité :
1-La première renvoie à l’image que l’on se fait de soi même
2-La deuxième est l’image que l’on veut montrer aux autres
3-La troisième correspond à l’image perçue effectivement par le regard de l’autre.
Mais, dans le miroir, ce n’est pas seulement l’image de soi que l’on doit chercher, mais ce que l’on a au fond des yeux, qui sont la porte de l’âme.
MIROIR est composé de 2 syllabes MIR ET OIR, c’est-à-dire, MIR,voir et OIR, entendre.
Le 1er miroir que j ai rencontreen maçonnerie fut le bandeau
En effet, le bandeau tel un miroir, doit à mon avis renvoyer a l image interieure.
Nos réponses deviennent visibles, nous entendons le silence qui nous entoure ; en même temps que nous deviennent sensibles les ondes qui traversent le temple jusqu’à nous.
C’est notre 1ère rencontre avec le bandeau, mais nous ne savons pas encore que, c’est notre 1ère rencontre avec nous-même.
Le miroir, c’est surtout la confrontation avec le moi véritable ; et, certains ne supportent pas l’image qu’ils y voient, ou alors, il offre une image aliénante, telle celle de Narcisse, se noyant en voulant rejoindre son reflet dans les eaux.
Il peut être une manifestation d’amour propre, de vanité et d’orgueil comme dans la cas de la belle mère de Blanche Neige « Miroir, mon beau Miroir, dis-moi …. » …etc ….
Tous ces mots, vanité, coquetterie, décoration, orgueil, ne sont-t-ils pas les métaux que l’on doit laisser à l’extérieur du Temple ?
Le miroir doit donc devenir l’instrument de l’illumination, symbole de la sagesse et de la connaissance.
Le travail maçonnique est un travail spéculatif. Ce travail s’exerce sur soi-même par une véritable autopsie, qui signifie, voir de ses propres yeux.
Le miroir est donc le symbole idéal de cette introspection.
Cette dernière nous permet de mettre de l’ordre dans nos sentiments ; l’appel au regard de l’autre nous donne une vision de nous-même plus objective.
« – On ne voit bien qu’avec le cœur » disait le Petit Prince de Saint-Exupery.
Le miroir est toujours présent dans la loge, dans le regard de l’autre, qui siège sur l’autre colonne.
Et, ce miroir devient ainsi le passage étroit entre visible et invisible, et combien de fois n’a-t-on pas voulu aller de l’autre côté du miroir, comme Alice de Lewis Caroll, pour découvrir un monde féerique…
Le miroir est donc essentiel à la vie maçonnique.
Mais, ce n’est pas toujours simple d’accepter l’effet miroir ni toujours simple de reconnaître chez soi ce que l’autre nous propose comme reflet de nous même.
Mais, sur le plan positif, le miroir est un attribut de vérité, de conscience et d’éveil.
Il permet de discerner l’essence même de ce qu’il réfléchit, pour éventuellement mener un 1er combat contre soi.
C’est un prolongement de soi, une interrogation vivante, d’une quête permanente pour découvrir, mesurer et réaliser les imperfections à rectifier.
Le symbole maçonnique ne vend rien. Il interpelle l’âme ; il est le reflet visible de l’invisible.
Et comme le miroir qu’il figure en réfléchissant, il invite surtout le maçon à réfléchir sur lui-même.
Jung exprimait l’intérêt de cette auto confrontation en disant :
« – On ne se sent pas tout à fait à son aise, tant qu’on ne s’est pas rencontré et heurté avec soi même. On demeure à sa propre surface. Lorsqu’un être entre en collision avec lui-même, il en éprouve, après coup, une impression salutaire qui lui procure du bien être. »
Ainsi le maçon doit considérer le Temple comme le miroir de l’homme, pour atteindre par la spéculation une dimension universelle.
Tailler donc sa Pierre Brute est nécessaire et long, et le travail maçonnique n’est jamais terminé pour atteindre la Pierre Polie.
J’ai dit