Le pavé mosaïque tantôt piétiné tantôt sacré.
Non communiqué
En
ce lundi 22 novembre, ma planche présente pour
Amitié Universelle se situe dans le prolongement d’un travail samedi 20
novembre dernier en chambre du symbole, chambre du symbole comme il est
d’usage
de nommer l’espace temporel de réunion des App:. Anne, une sœur du REAA
nous a
reçu pour un petit déjeuner studieux qui nous permis, pour changer, de
travailler les questions réponses de son manuel d’instruction, le nôtre
au RF
ne pouvant se saisir qu’en différentiel en travaillant aussi le REAA.
De même
que le Tracé du Tapis de Loge à notre RF que l’on réalise à chacune de
nos
réunions, et qui s’éclaire des différences de celui du REAA. Du reste,
prochainement,
nos App:. seront à même de le tracer pour l’ouverture de nos travaux,
fier
d’eux, j’ai pris l’initiative d’acquérir de grandes ardoises pour ce
faire.
Cette S:. présenta son ancienne planche symbolique d’App:. qui traite
du pavé
mosaïque, ceci fait suite à un voyage avec les App:. dans sa Loge le 9
novembre
dernier où le pavé mosaïque de leur tapis de loge a été questionné. Ce
travail
se poursuivra dans une semaine à Cadet, mardi 30 novembre prochain,
lors de
notre prochaine Chambre du Symbole, avec cette sœur, sur ce même thème.
Le
thème du mois de novembre est donc le Pavé Mosaïque comme vous l’aurez
constaté
de ces trois rendez-vous en sus de nos tenues. Le mois de décembre se
fera sur
le thème des métaux avec notamment une Chambre du Symbole lors d’une
soirée
chez notre ancien VM Patrick. Le mois suivant, en janvier, nous
passerons au
thème de l’initiation avec pour la première semaine de janvier une
chambre du
symbole, puis un voyage pour voir une initiation au REAA la seconde
semaine,
puis une soirée chez notre actuel VM Georges-Alexandre la troisième
semaine, et
pour poursuivre ces travaux éclairés par l’ancien puis l’actuel VM,
nous
travaillerons en février lors d’une soirée avec Denis, le premier
surveillant
futur VM, toujours sur l’initiation, et plus particulièrement le
cabinet de
réflexion.
Voici donc tracé ce cheminement pour vous informer du voyage
instructif des App:. ici et là, lors de nos tenues et ailleurs, à
l’instar du
pavé mosaïque où l’on voyage d’une case à l’autre comme sur un jeu de
l’oie ou
un jeu de marelle pour gagner le graal d’être au niveau de l’élévation
au grade
de Comp:. Ils seront alors de solides et dignes représentants d’Amitié
Universelle, autonomes à même de réaliser leurs voyages pour s’enrichir
des
autres maçonneries, comme il se fait selon notre tradition depuis
environ trois
siècles comme vous n’êtes pas sans savoir.
Et comme dans ces jeux certains joueurs sont parfois éliminés, j’en profite pour vous dire que nous avons égaré l’un des six App:., Achille qui va nous quitter. Il nous avait fait part qu’il n’y trouvait pas son compte sur les savoirs acquis lors de nos tenues, pas assez brillants à son goût. Et en effet nous ne sommes pas là pour apprendre de lumineuses choses en plus, pour ça il suffit d’aller à des conférences profanes bien plus intéressantes avec des experts, mais nous sommes là pour, à l’inverse d’acquérir en plus, acquérir en moins, retirer des choses qui nous obscurcissent, ou dit autrement pour passer de la pierre brute à la pierre cubique, il n’est pas question d’ajouter de la matière mais bien d’en retirer en la taillant. Ce n’est qu’un au revoir ais-je envie d’ajouter avec mon recul de trois décennies de maçon où j’ai revu, comme beaucoup d’entre nous, sur le parvis profane ou entre les colonnes sacrées, la plupart si ce n’est tous les FF:. croisés ayant quitté un jour la FM. Un F:. initié reste un F:. de cœur à vie, c’est ce que je crois.
Voilà donc cette première partie de planche avec mon maillet de second surveillant si je puis dire. J’en viens à présent à la seconde partie avec mon tablier de Max Bouche, éternel App:.
La Fontaine dit qu’un sot plein de savoir est plus sot qu’un autre homme. Je vous propose quelques sottises sur le pavé mosaïque.
Je
vais essayer de tailler ma pierre, c’est-à-dire
d’enlever un bout en trop. Car ici, on ne le rappelle jamais assez, on
ne
cherche pas entre nous à nous apporter de nouveaux savoirs, mais à
retirer des
savoirs qui nous entravent. On n’est pas à la fac pour apprendre de
nouvelles
choses, mais en maçonnerie pour nous séparer de certaines choses. C’est
tout de
même capital cette approche maçonnique, se libérer en se séparant
plutôt qu’en
accumulant. Après chaque propos entendu, ne pas réagir en profane en se
demandant ce que ça nous a apporté en plus, mais ce que ça nous a
apporté en
moins. Ainsi en va-t-il de la taille de notre pierre à dégrossir je me
répète à
dessein. C’est du moins la réflexion actuelle qui m’anime. Probablement
en écho
de ma clinique à l’hôpital psychiatrique lorsque j’accompagne certains
patients
entravés à retirer certaines élaborations psychiques toxiques.
Alors je pars d’une question que je me suis souvent posé, une question en trop, une question à éliminer, retirer quelque chose donc. Vous avez remarqué ce damier au sol, avant l’ouverture des travaux beaucoup marchent dessus, et après l’ouverture des travaux beaucoup l’évitent. Alors nous pourrions nous dire que c’est fort de café de marcher sur le sacré hors tenues, comme si hors tenues on foulait les vertus qu’on y cultive ?
Pour aborder cette question, j’interroge la forme du pavé mosaïque, dite dans beaucoup d’écrits, être celle d’un carré long.
Carré
long, c’était avant l’invention du mot rectangle
qu’on disait ça, et parfois, quand on étudie l’histoire dans
l’histoire, on
s’aperçoit souvent que les frangins affectionnent d’utiliser ces mots
précieux
et rares. C’est grossièrement comme dire nadir et zénith au lieu de bas
et
haut, orient à occident et septentrion à midi au lieu de nord au sud et
ouest à
est. Dans le grand dictionnaire universel de Pierre Larousse, édition
1867 par
exemple, un carré long c’est tout carré irrégulier en langage courant,
à
l’époque seuls les géomètres utilisaient alors le mot « rectangle ».
Donc
carré long fait partie de nos beaux mots savants
qu’on affectionne, une sorte de fusion alchimiste de la poésie et des
mathématiques, c’est très maçonnique ça, et ça a un avantage, c’est
qu’on est
les seuls à les employer ces mots, et on en joue parfois dans le monde
profane
pour se re-connaître.
En
1881 naît Matila Ghyka, lui c’est le roi du genre,
ou plutôt prince, il fut le prince Moldave. Il est poète et
mathématicien et
historien et avocat alors c’est vous dire s’il sait trouver les bons
mots. Par
exemple il invente le nombre d’or, c’est beau « nombre d’or », c’était
connu à
l’antiquité comme le nombre mystique. A l’époque la vérité était
rattachée à la
nature et c’est une proportion qu’on retrouve souvent dans la nature le
nombre
d’or. Il invente aussi le rectangle d’or, en gros 2 sur 3. Je vous dis
ça parce
qu’un carré long, pour ceux que le flou imprécis met mal à l’aise,
c’est soit
un double carré, 2 sur 4, soit un rectangle d’or, 2 sur 3 donc. 2 sur 3
c’est
le rectangle d’or de Mathila Ghika, c’est du côté de l’hypothèse
créationniste
d’un cosmos ordonné par une intelligence divine, les frangins croyants
au GADLU
adorent. GADLU c’est le Grand Architecte de l’Univers, je dis ça pour
les App:.
Et pour l’autre vue précise du carré long, version carré double 2 sur
4, c’est
utilisé dans l’iconographie maçonnique comme hiéroglyphe remplaçant le
mot
Loge. La ressemblance avec la pierre du Maît:. dans le tracé ne vous
aura pas
échappée, je vais y revenir. Alors là aussi, de manière didactique, il
convient
de tournicoter autour du mot Loge pour prendre un des points de vue
pouvant
préciser le flou de ce mot.
Loge carré long c’est pas le temple. Le temple pour
rappel c’est flou aussi, il y a par exemple le temple utopique qui
réfère à la
vertu du point de vue moraliste, le temple mythique de Salomon du point
de vue
historique, le temple cosmique du point de vue symbolique. Le carré
long ça
serait plutôt la Loge au sens de la communauté des maillons, soit dit
plus
simplement l’ensemble des FF et SS Le carré long, j’ai lu ça d’un F
dont j’aime
les écrits car il ne s’arrête pas aux définitions fermées, le carré
long ça
serait en gros je cite « la forme symbolique du local idéal où les
rituels nous
rassemblent ». Sachant que quelques rituels ont préféré un sens plus
précis qui
n’engage qu’eux, comme le manuscrit Wilkinson de 1727 je cite : « La
forme de
la loge est un carré long. Pourquoi ? De la forme de la tombe du Maître
Hiram.
» Je précise pour ceux qui ne sont pas encore Maît:. qu’il est question
d’un
trou tombal ayant, notez les chiffres semblables aux âges de nos
gradés, un
trou de trois pieds de largeur, cinq de profondeur et sept de longueur.
Tout
ça pour dire quoi ? Que le pavé mosaïque, c’est
un carré long, soit un rectangle, sans plus. Si on pinaille les
mathématiques
on se rend vite compte que le nombre d’or n’a rien à faire là-dedans
puisqu’il
est irrationnel et dès lors incompatible avec un damier.
Le
pavé mosaïque est sensé rappeler le sol de notre
temple que beaucoup réfèrent au temple de Salomon. Alors là aussi c’est
flou.
Pour le rite d’York et le REAA (Rite Ecossais Ancien Accepté) c’est le
temple
entier, pour le rite français traditionnel et le RER (Rite Ecossais
Rectifié),
c’est juste le parvis du temple.
Je
résume où nous en sommes : pour certains c’est le
temple sacré, on ne touche pas au sacré, pour d’autres c’est le parvis,
soit
l’endroit sur lequel on marche pour accéder au temple sacré, là c’est
avant le
lieu sacré et pas sacré donc.
Ce
flou permet de s’y retrouver. Parfois sur les tapis
de loge le pavé mosaïque est avant les colonnes d’entrée, parfois il
est après.
Parfois il est sacré et parfois pas. Parfois même il est absent du
tapis de
Loge au grade d’App:. C’est la vision de l’App:. qui travaille sur la
pierre
brute, du Comp:. sur la pierre cubique, et du Maît:. sur le pavé
mosaïque. En
effet pour faire des tracés de plans il vaut mieux un papier à petit
carreaux
n’est-ce pas. Le pavé mosaïque et la planche à tracer sont parfois
synonymes
dans les rituels. Nous on voit plutôt la pierre évoluer ainsi : la
pierre
d’abord brute que l’App:. dégrossit, puis pierre taillée du Comp:. qui
s’emboîte aux autres, puis où le Maît:. y inscrit dessus où est sa
place dans
l’édifice, c’est la pierre qui ressemble à un double carré avec un
rectangle et
une croix, soit l’écriture sur la pierre du Maît:. qui lui sait lire et
écrire
versus de l’App:. qui ne sait qu’épeler …
Ainsi ça dépend du moment, du temps, le temps d’avant ou pendant la tenue. Ça réconcilie les frères qui marchent sur le damier avant l’ouverture des travaux, comme sur un parvis, et ceux qui évitent de marcher dessus après, comme sur le plan tracé sacré d’un édifice.
D’ailleurs
certains rituels aiment qu’on marche
dessus, il est par exemple dit dans le rite Emulation, je cite : «
tandis que
nos pieds foulent le pavé mosaïque ».
Il
y a aussi Jules Boucher, un auteur maçonnique qui
aime bien inventer des sens, qui aime penser pavé mosaïque non pas de
la
dualité mais de la ligne entre les pavés, comme si le maçon était
équilibriste,
c’est basé sur aucun rituel mais ça permet de cogiter. De même que ceux
qui
voient des équerres partout dans les angles droits des carrés ou des
fils à
plomb dans les lignes entre les carrés, un symbole reste un prétexte à
la
réflexion.
Tout
ça nous amène à quoi, nos pas à un savoir nouveau
mais à une question qui divise, faut-il marcher ou pas sur le pavé
mosaïque et
mal juger qui marche dessus parfois avant les travaux. Et à une réponse
qui
rassemble, celui qui marche dessus avant les travaux n’est pas à mal
juger et
ne profane rien, il foule juste le damier du parvis avant l’entrée du
Temple.
Dans
le Temple que nous devons construire, édifier,
tracer, planche à tracer pavé mosaïque, c’est le blanc et le noir, l’un
n’existe pas sans l’autre, le profane et le maçon. Le profane ça marche
ainsi :
il est binaire, jugement moral de valeur du bien ou mal sur tout, ainsi
marche
le profane. Le maçon ne saurait être sur le binaire, c’est pas là où il
guide
ses pas, donc il évite de marcher sur le pavé mosaïque. Et il fait
d’autant la
différence qu’il marche dessus avant les travaux pour garder en vue
qu’il est
profane et maçon, qu’il est imparfait à dégrossir, qu’il sait ça et le
marque
justement en marchant sur ce damier.
Voilà
donc partagé mes quelques sottises personnelles
sur le pavé mosaïque mes très chers bien aimés. Je vous remercie de
m’avoir mis
au travail pour cette planche dont j’ai reçu un salaire certain à
dégrossir ma
propre pierre en ôtant ce trouble à chaque fois que je voyais ce pavé
tant
piétiné qu’évité.
J’ai dit.