Les Fondamentaux du RER – 1 – l’ésotérisme
Non communiqué
1 – l’ésotérisme chrétien du RER
Chacun d’entre nous a bien entendu gardé mémoire;-) de mon cycle de conférences;- concernant l’histoire du RER. Vous m’avez fait l’honneur de me demander, cette année, d’approfondir l’éducation de nos FF AA – et eux seuls;- en leur rappelant -car ils ont tous passé leur été à apprendre par cœur le rituel ;-)- ce que j’appelle les fondamentaux du RER;
Car à quoi sert-il de connaître l’histoire si l’on ne sait pas de quoi ? De plus, le fonds de notre rite est d’autant plus important à pénétrer qu’il est la plupart du temps méconnu, quand il est connu mal compris, quand il est compris, mal interprété, parfois contesté, voire dévoyé;- parfois par ceux-là mêmes qui le pratiquent !
A noter que nous avons la prétention d’être le seul Rite à connaître ces conflits plus ou moins feutrés.
Je n’aurai pas celle de détenir une quelconque vérité sur le sujet, ne serait-ce que parce que convaincu que l’humilité est –ou devrait- en être l’une des vertus essentielles. Aussi ce qui suit doit être entendu comme étant perception purement personnelle, même si elle s’appuie sur de très saines lectures (j’y reviendrai)…
Puisque vous m’avez autorisé un rythme ternaire, je répartirai à votre bon vouloir une savante gradation du politiquement correct à l’essentiel.
Ce soir, je me contenterai donc d’aborder le politiquement correct, qui ne prête à aucune contestation, même si je cours le risque de démythifier voire démystifier quelques idées reçues : l’ésotérisme chrétien propre au RER, tout entier contenu dans sa doctrine.
En effet, la principale spécificité de notre Rite et peut-être plus encore de notre Régime, avec sa classe chevaleresque (« l’aubier de l’arbre dont la FM est l’écorce » dixit ?), est de s’appuyer sur une doctrine -même si le mot fâche certains maçons, alors qu’étymologiquement, il n’a que le sens « d’enseignement ». Or, toute la Maçonnerie est faite d’enseignements. Et singulièrement la Maçonnerie rectifiée, où cet enseignement est en quelque sorte le fil conducteur qui guide ses membres tout au long de leur parcours initiatique.
C’est que l’enseignement dispensé là est d’une nature particulière.
Le Régime présente en effet la particularité remarquable, et probablement unique, de posséder en propre une doctrine de l’initiation, explicitement formulée et méthodiquement enseignée, grade par grade. Ainsi, en même temps qu’il fait avancer ses membres dans la voie de l’initiation, il leur dispense un enseignement théorique en forme de discours pédagogique sur le sujet de même de cette initiation.
Cet enseignement – issu de la cosmogonie de Martinez de Pasqually – peut se résumer en 4 points:
1°) L’homme a
été créé à
l’image et à la ressemblance
divine, et dans « l’état primitif glorieux » qui
était alors le sien,
il jouissait de l’immortalité et de la béatitude
parfaite, parce qu’il était en
« communication » directe et constante avec le Créateur, « en
unité » avec lui, disent nos textes. C’est ce qu’exprime
l’adjectif
« glorieux », qui est à prendre dans le sens
plénier qu’il a dans
l’Ecriture, où la « gloire » manifeste la présence
immédiate et
lumineuse de Dieu.
Pour mémoire, pour tout Maçon
« régulier », travailler à la Gloire du
Grand Architecte de l’Univers, c’est travailler en présence
de Dieu Créateur.
L’homme premier, revêtu de la lumière divine,
c’est-à-dire participant aux
« vertus et puissances qui sont dans l’essence divine » – et y
participant sans être lui-même d’essence divine –
avait pour destinée d’être le
roi de cet univers créé par Dieu.
2°) Cet homme, par une décision de sa libre
volonté, s’est détourné et
séparé
de son Créateur, et a donc chuté. En
conséquence, il a perdu la ressemblance
divine. Cependant l’image divine en lui subsiste
inaltérée, parce que
l’empreinte de Dieu est inaltérable. Cette image est
déformée, devenue
difforme, et c’est ce que symbolise le passage de l’Orient à
l’Occident, de la
lumière aux ténèbres, de
l’unité à la multiplicité : Adam
chassé de ce lieu de
lumière et de paix complète qu’était
le Paradis terrestre – sachant que le
Paradis terrestre n’est en réalité pas un lieu,
mais un état d’être.
Cet homme coupé de son origine, Dieu, de son « vrai Orient »,
Willermoz, à la suite de Martinez, l’appelle l’homme « en
privation ».
Et cette privation est absolue. Elle entraîne un double
châtiment, châtiment
exigé par la justice divine, mais auquel l’homme s’est
condamné lui-même. Le
premier est que l’homme n’est plus « en unité » avec Dieu, en
communication immédiate et constante avec lui. C’est ce que
nos textes
désignent par la « mort intellectuelle » – étant
entendu que, dans la
langue du temps, « intellectuel » veut dire « spirituel »,
incorporel : nous dirions maintenant que l’homme déchu est
en état de
« mort spirituelle ».
Mais il a encouru encore un deuxième châtiment. La
mutation ontologique
radicale que la chute de l’homme a provoquée en lui se
manifeste aussi par le
fait que le corps glorieux dont il était initialement
revêtu, corps de lumière,
« corps spirituel » (Corbin), se changea en un « corps de
matière
sujet à la corruption et à la mort ». De sorte
que, condamné à la mort
spirituelle, il l’est de surcroît à la mort
corporelle.
Dans cet état, il se trouve désormais pourvu
d’une double nature : sa nature
spirituelle, par laquelle il demeure image de Dieu, et qu’il a
conservée ; et
la nature « animale corporelle » que lui a value sa chute, et qui
l’assimile aux « animaux terrestres ». Et il est en proie à
d’affreux
tourments. Comme être spirituel, aspirant par toute sa nature
à l’unité avec
Dieu, il souffre indiciblement de sa rupture avec lui. Comme
être animal, il
est devenu l’esclave des sensations et besoins physiques et le jouet
des forces
et des éléments matériels. Enfin,
comme être double, à la fois spirituel et
animal, il est déchiré et
écartelé par l’antagonisme entre les aspirations
et
tendances contraires de ses deux natures.
Tragique est donc notre condition, mes FF.
3°) Cependant, nous avons la chance, au Régime
Rectifié, que cette privation
absolue qui eût dû, selon la justice divine,
être définitive, ne le sera en
réalité pas, à cause de
l’entrée en jeu de la miséricorde ou
clémence divine,
laquelle se déploie aussitôt que l’homme se
repent. Or, se repentir, c’est
faire retour sur soi-même, c’est se retourner. C’est se
détourner des ténèbres
et faire de nouveau face à « l’Orient où se trouve
la lumière ». C’est
se mettre en état de remonter à sa source,
à son origine.
Alors, le travail de l’initiation devient possible.
Car l’initiation est un des moyens ménagés par la miséricorde divine – et cela dès après la chute – pour permettre à l’homme de recouvrer son état d’origine en rétablissant en lui la ressemblance à l’image divine, en restaurant en lui la conformité du type au prototype, de l’homme à Dieu.
Comme l’écrit J.B.W.
:
» Si l’homme
s’était conservé dans la pureté de sa
première origine,
l’initiation n’aurait jamais eu lieu pour lui, et la
vérité s’offrirait encore
sans voile à ses regards, puisqu’il était
né pour la contempler, et pour lui
rendre un continuel hommage.«
C’est pourquoi, est-il dit ailleurs, le « vrai, le seul but des
initiations » est de « préparer » les initiés
à « (découvrir)
la seule route qui peut conduire l’homme dans son état
primitif et le rétablir
dans les droits qu’il a perdus ». Texte à rapprocher de celui
où
Louis-Claude de Saint-Martin (disciple, comme Willermoz, de Martinez)
expose
que l’objet de l’initiation « est d’annuler la distance qui se trouve
entre
la lumière et l’homme, ou de le rapprocher de son principe
en le rétablissant
dans le même état où il
était au commencement ».
Voilà donc en quoi
consiste cette liaison nécessaire entre
chute de l’homme et initiation, réelle
spécificité du RER. L’initiation est une
conséquence de la chute : conséquence non pas
fatale mais providentielle ; non
pas obligée, mais voulue par la miséricorde
divine pour contrecarrer cette
chute et en annuler les effets. C’est un secours de la Providence
à l’homme qui
ne lui a jamais fait défaut tout au long de son histoire, et
c’est pourquoi les
formes successives que prit l’initiation au cours des temps – et la
Maçonnerie
en est une – furent en correspondance avec les vicissitudes temporelles
de
l’homme, sans cesse ballotté entre rechute et repentir.
D’où la nécessité d’un enseignement
connexe à l’initiation. Il est destiné
à
faire prendre conscience à l’homme d’une part de son
état présent, et d’autre
part de l’état qui était le sien à
l’origine, et qui peut redevenir le sien au
terme. Le but est évident : produire en l’homme – en
l’initié – un changement
d’état de conscience, de façon à
rendre possible le changement d’état d’être
que doit réaliser le travail initiatique. Les deux –
état de conscience et état
d’être – sont liés. C’est le sens de cette formule
de Joseph de Maistre dans
son Mémoire au duc de Brunswick : » Le grand but de la
Maçonnerie sera la
science de l’homme « .
D’étape en étape, de grade en grade, comme
à l’intérieur de chaque grade, et
cela dès celui d’apprenti, on constate ainsi que l’action
rituelle se déroule à
la fois simultanément et en continuité sur trois
plans en correspondance
constante : le passé, le présent, l’avenir ;
l’origine et la destination
premières de l’homme, son état actuel, ses fins
dernières ; l’homme primitif
glorieux, l’homme présent déchu, l’homme futur
restauré dans sa gloire.
C’est pourquoi le rituel
s’appuie sur le thème de la
construction du Temple, de sa destruction et de sa reconstruction, qui
est la
transposition en mode opératif du thème de la
ressemblance à l’image,
successivement perdue puis retrouvée – car, en
dernière analyse, le Temple
n’est autre chose que l’homme.
De même, étape après étape,
selon une progression pédagogique parfaitement bien
agencée, les instructions donnent un enseignement
à chaque fois un peu plus
poussé et, simultanément, rappellent en
l’approfondissant l’enseignement
dispensé antérieurement.
De plus tout est indiqué dès le
départ. Ainsi, à celui qui n’est pas encore un
apprenti, mais un candidat que l’on soumet aux épreuves
préalables à sa
réception, on délivre la « première
maxime de l’Ordre », maxime qu’il
aura à méditer sa vie durant :
« L’homme est l’image immortelle de Dieu ; mais qui pourra la
reconnaître,
s’il la défigure lui-même ? »
D’autre part, la Règle maçonnique
donnée à étudier à tous les
apprentis les
avertit :
« Si les leçons que l’Ordre t’adresse pour te faciliter le
chemin de la
vérité et du bonheur se gravent
profondément dans ton âme (…) tu accompliras
ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance
divine qui fut le
partage de l’homme dans son état d’innocence, qui est le but
du christianisme
et dont l’initiation maçonnique fait son objet principal. »
4°) Le quatrième et dernier enseignement de la
doctrine est aussi le plus
essentiel. Ce rétablissement, cette
réintégration dans son « état
primitif » et dans « les droits qu’il a perdus », l’homme peut-il
l’opérer par lui seul ? Absolument pas. Ce serait, de sa
part, se rendre
coupable d’une entreprise orgueilleuse similaire à celle qui
provoqua sa chute
originelle. Cette réintégration,
c’est-à-dire ce retour à
l’intégrité première,
exige la médiation d’un être qui, à
l’instar de l’homme, soit doté d’une double
nature, d’une part spirituelle, et d’autre part corporelle. Toutefois,
à la
différence de l’homme actuel, dont les deux natures sont
l’une et l’autre
« corrompues » par la chute, elles sont, chez cet être, toutes
deux
dans l’état de pureté, d’innocence et de
perfection glorieuse où elles étaient
initialement chez l’homme.
Tout le monde comprend de qui il s’agit et qui est ce que nos textes
appellent
le « divin Médiateur ». Ils sont, sur son identité,
parfaitement
explicites, mais je n’irai pas plus loin dans leur
évocation, laissant à chacun
le bonheur de les découvrir au cours de son chemin
initiatique.
Voilà donc enfin en quoi « l’Ordre est chrétien »,
et en quoi consiste
son ésotérisme !
…mais si cette « mise en équation » de la cosmogonie martinézienne par J.B. WILLERMOZ constitue l’ossaturedu système Rectifié rien n’interdit d’aller plus loin dans la réflexion herméneutique.
Ainsi, déjà un simple rappel:
La Maçonnerie a été originellement et est restée durablement chrétienne. Toutes les traces écrites depuis le manuscrit Regius, daté de la toute fin du XIVe siècle (env. 1390) le prouvent.
Au 18èmesiècle, le christianisme est le fondement même detoute la Maçonnerie. Il n’est alors pas une exception mais la normalité. Lorsque le Pasteur Anderson rédige ses fameuses « Constitutions » en 1723, ce qu’il a en vue, c’est ce christianisme primitif et universel dont saint Augustin avait -le premier avec autant de netteté- eu et formulé l’intuition, et qui se retrouvera chez les fondateurs du Régime Rectifié : Ainsi Joseph de Maistre dans son Mémoire au duc de Brunswick : « La vraie religion a bien plus de dix-huit siècles. Elle naquit le jour que naquirent les jours. »
La Franc-Maçonnerie est d’ailleurs demeurée chrétienne dans les Grandes Loges de Suède, du Danemark, de Norvège, partiellement de Finlande, ainsi que d’Allemagne. Chrétienne, la Franc-Maçonnerie l’est aussi encore au sommet de la plupart des Systèmes anglo-saxons, parmi lesquels les grades chevaleresques des Knights Templars, des Chevaliers de Malte , desOrdres de La Croix rouge de Constantin , du Saint-Sépulcre et de Saint-Jean l’Evangéliste, de l’Ordre Royal d’Ecosse ; de même le Rite Ecossais Ancien et Accepté dans son 33ème degré en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et au moins une G.L. États-Unienne , où sont chrétiens également les trois grades de chevalerie qui couronnent le Rite d’York. Tout comme les références chevaleresques, le Christianisme ne semble donc aucunement poser problème pour nos FF anglo-saxons qui vantent l’universalisme et l’esprit d’ouverture –tout comme nous !
Le Christianisme constituerait plutôt le substrat d’une tradition culturelle occidentale que seul en France le RER assume encore intégralement, y compris dans son ésotérisme chrétien qui recoupe bien d’autres hermétismes, dans une démarche aux antipodes de toute forme d’intégrisme…
Par ailleurs, chacun connaît l’apport personnel de JBW dans la rédaction des Rituels, mais on connaît moins les « retouches » discrètes qu’il apporta à ceux issus de Wilhemsbad -en dehors de tout mandat : ajout de la religion chrétienne dans la première question d’Ordre, ajout de la mention du nom de baptême –et de celui du père !- dans les questions aux impétrants, clause de « fidélité à la Sainte Religion Chrétienne » de l’obligation, tout semble aller dans le même sens…
Est-ce le « philosophe inconnu » qui lui inspira cette ultime révision pendant son séjour concomitant à Lyon ? Des notes de Willermoz le suggèrent . En tout cas la dernière version des rituels « bleus » en 1802 témoigne d’une imprégnation Coën jamais atteinte jusque là. Elle ne fut jamais soumise à l’approbation des supérieurs allemands de l’Ordre. Ce sont pourtant ces rituels qui auraient surpris bien des délégués au Convent, que nous utilisons de nos jours, d’autres Régimes Rectifiés francophones étant revenus à la V.O.…
Le 4ème grade achevé en 1809 par Willermoz -alors octogénaire et bien solitaire- constitue une introduction très complète à la doctrine de Martinez et un prélude aux enseignements de la (Grande) Profession, que n’avaient jamais, et pour cause, prévus les députés au Convent… Ces textes étaient l’occasion d’expliciter enfin la filiation spirituelle de l’ensemble de l’œuvre et permettaient à Willermoz d’affirmer « L’Ordre est chrétien, il doit l’être et ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes libres disposés à le devenir de bonne foi ».
Willermoz était certes un chrétien dévot et un catholique « militant », ce que n’étaient ni Martinez ni Saint-Martin, chrétiens eux aussi mais bien peu « orthodoxes ». Les rituels qu’il rédigea s’en ressentirent malgré le soin qu’il mît à les rendre acceptables aux luthériens de Strasbourg et d’ailleurs. Vu le personnage, on ne peut s’étonner d’affirmations écrites sous l’Empire telles : « Les Juifs, les mahométans et tous ceux qui ne professent pas la religion chrétienne ne sont pas admissibles dans nos loges » (Instruction finale du quatrième grade) ou encore « L’institution maçonnique, tous les faits le démontrent, est religieuse et chrétienne » (lettre de 1814-1815).
Il était simplement un homme, un homme de son temps, où les Juifs n’étaient que tolérés. Loin de le lui reprocher, je note plutôt qu’il fallut attendre 1809 pour que soit explicitée une exclusion jusque là tacite. Outre son grand âge, j’y verrais aussi la réaction à une situation nouvelle qui rendait plausible ce qui était autrefois impensable : la candidature d’un Juif à l’initiation maçonnique (grâce à notre F. l’Abbé Grégoire, qui en 1791 avait permis au Juifs d’être des citoyens comme les autres).
Or nos rituels symboliques, si on veut bien les lire naïvement sont d’abord des rituels maçonniques entièrement basés sur la construction du temple de Salomon et sa réédification, sans contenu intrinsèquement chrétien. Ce que j’ai pudiquement qualifié de « retouches » sont des ajouts de surface qui ne changent rien ni au fond des rituels ni à leur « efficacité initiatique », ni même à l’économie générale du système, comme le démontre la vie de nos FF Rectifiés « réguliers » d’autres pays francophones qui s’en passent fort bien.
L’exposition de l’évangile de Saint Jean est une constante de la maçonnerie continentale depuis son introduction en France et ailleurs. Quant aux prières elles ne présentent aucun caractère confessionnel et peuvent être dites par tous les Maçons. Qu’en conclure sinon que les grades bleus rectifiés sont exclusivement « vétérotestamentaires » comme leurs homologues des autres Rites. Ce qui bien sûr n’interdit à personne d’en faire une lecture chrétienne…
Willermoz lui-même l’admet dans une lettre à Bernard de Türckheim, (8 juin 1784):
« Vous
ne pouvez nier que les trois premiers grades ne peuvent
présenter que des emblèmes et des symboles…tous
fondés sur le temple de
Jérusalem ou l’Ancien Testament qui lui-même est
fondé sur la Loi écrite ou
religion révélée qui a
succédé à la Loi ou religion
naturelle, lesquelles sont
désignées dans nos loges par les deux colonnes du
vestibule »
L’Instruction finale de 1809 ne dit rien d’autre :
» Tout ce que vous avez vu jusqu’à
présent dans nos loges a eu pour base
unique l’Ancien Testament et pour type général le
temple célèbre de Salomon à
Jérusalem qui fut et sera toujours un emblème
universel « .
Mais si les grades bleus sont « vétérotestamentaires » et maçonniques, ce cycle est clos par le quatrième grade qui annonce ou plutôt ouvre le cycle chevaleresque chrétien. Les deux Ordres, maçonnique et équestre, articulés par un grade de transition, sont distincts comme le sont le Craft britannique ou l’Ordre des Knights Templar, articulés par le degré intermédiaire du Royal Arch. Dans les faits, le Rite Rectifié s’aligne sur la maçonnerie anglo-saxonne qui offre une série de degrés non-confessionnels et d’autres, chrétiens, ouverts à tous ceux qui en acceptent la spécificité. Rien n’empêcherait donc –en théorie- qu’un maçon reçoive les 4 premiers grades du Rite rectifié et s’abstienne de poursuivre si sa conscience lui fait hésiter à accepter le Christianisme de l’Ordre Intérieur, d’autant qu’aucune autorité « suprême » ne permet de nos jours de définir, voire d’authentifier ce Christianisme, qui peut donc osciller du laxisme à l’intégrisme.
Willermoz écrivait en 1814: « La première des trois questions d’Ordre présentée à la méditation du candidat dans la chambre de préparation est ainsi formulée : quelle est votre croyance sur l’existence d’un Dieu créateur et Principe unique de toutes choses, sur la Providence et sur l’immortalité de l’âme humaine, et que pensez-vous de la religion chrétienne ? A cette question le candidat répond librement tout ce qu’il veut et on ne le conteste nullement. On lui présente les mêmes questions aux deuxième, troisième et quatrième grades et on ne le conteste point sur ses réponses.
Le candidat répond donc librement à la question « sans qu’on le conteste« , il peut exprimer une conviction qui ne soit pas celle de son interlocuteur et néanmoins être reçu jusqu’au quatrième grade inclus. Qu’espérer de mieux ?
Vous
me
permettrez, VM, de conclure – provisoirement – par ma vision
encore une fois
humblement personnelle, mais que je partage avec de beaucoup plus
illustres;- exégètes du « Système RER » :
Résumons nous :
–le RER est un système maçonnique chrétien. Il n’est pas le premier, il n’est pas le seul.
–il se réclame d’un christianisme ésotérique, donc par définition hors de toute Église –donc de toute confession-, voire de tout dogme, donc ouvert et parfaitement compatible avec la tolérance maçonnique ( » il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père « …).
–mais
sa démarche initiatique lui permet aussi –et
peut-être surtout- d’être un
archétype de la Maçonnerie, au point que sans
RER, il n’y aurait
historiquement peut-être pas de GLNF !
J’y reviendrai, si vous le permettez, tant il me semble important, non pas de proclamer une quelconque vérité, mais dans le cadre d’un « cycle » intitulé « les fondamentaux du Rite Ecossais rectifié » d’approfondir simplement ce pour quoi nous sommes là –hic et nunc .
Pour moi, se dire
chrétien, c’est d’abord affirmer sa
référence à l’Evangile et
à la personne du Christ. Jésus-Christ
était un juif,
mis à mort par les Romains, respectueux de
l’enseignement des prophètes qui
l’ont précédé, et qui
s’est présenté en disant simplement :
« mettez-vous à
mon école, car je suis doux et humble de cœur. »
(Matthieu 11, 29) Le
suivre, c’est respecter son message et ses appels
à la tolérance, à l’accueil
de l’autre et au pardon. Le Dieu des juifs, des
chrétiens et des musulmans,
tous descendants d’Abraham, est un Dieu de bonté
et de miséricorde. Le rejet,
la haine et le fanatisme religieux Lui sont totalement
étrangers. C’est Le
trahir et Le blasphémer que de L’invoquer
à l’appui des intolérances et des
exclusions…
Cet « esprit du Christianisme »
aussi évoqué par
Camille Savoire ( 33éme REAA ) lorsqu’il réveilla
le RER en France en 1910, c’est
bien l’esprit du Convent de WILHEMBAD qui, avant les « retouches » de
notre père fondateur, affirmait le 16 Juillet I782, :
» La vraie tendance du Régime Rectifié est et
doit rester une ardente
aspiration à l’établissement de la
cité des hommes spiritualistes, pratiquant
la morale du Christianisme primitif, dégagée de
tout dogmatisme et de toute
liaison avec une Eglise quelle qu’elle soit « …
J’ai dit, VM
C BBIBLIOGRAPHIE succincte
« Histoire des Francs-Maçons en France »,
dirigée par Daniel LIGOU
(chez Privat, plsrs éditions)
Jean TOURNIAC: « Principes et Problèmes Spirituels du RER et
de sa
Chevalerie Templière » (Dervy, 1985) et allocutions pour la
fête de la
Saint-Hugues 1977-1979
Henry Corbin:
« Introduction analytique aux Sept
Traités des Compagnons Chevaliers de l’Islam iranien »
Paul NAUDON: « Origines Religieuses et Corporatives
de la
Franc-Maçonnerie » (chez Dervy, 1979)
René Le Forestier: « La Franc-maçonnerie
templière et occultiste » Ed
Aubier Paris
B.G Galiff : « La Chaîne Symbolique »
réédité en 1986 par La Nouvelle
Bibliothèque Initiatique à Genève.
Jean-François VAR: « La Stricte Observance » (Villard de
Honnecourt N°
23-1991) et « L’Essor du Phénix » (Villard de Honnecourt
N° 19-1989)
Emile Dermenghem,. »Joseph de Maistre mystique ».
Paris, La
Colombe, 1946.
René GUENON : « L’ésotérisme
de
Dante » (Gallimard
1995) et « Aperçus sur l’Initiation »,
Éditions Traditionnelles
Paris 1946.
Antoine FAIVRE: « L’Esotérisme au XVIIIème
siècle » (chez Seghers,
1971)
Alice JOLY: « Un Mystique Lyonnais »…(chez Protat Frères,
1938)
Wolfram von Eschenbach : « Parzifal » -Aubier Montaigne, 1977
André Kervella: « La Maçonnerie Ecossaise dans la
France de l’Ancien
Régime », Ed. du Rocher, 1999
Et surtout MERCI aux FF R B, C B, P N, et à d’autres qui se reconnaîtront pour mes emprunts de certaines de leurs éminentes réflexions d’une pensée réellement partagée.