Le Sablier #3218009

Le Sable y est

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
REAA
Loge:
Non communiqué

Effectivement, le sable y est de l’autre côté du

sablier, le temps s’est écoulé. C’est ainsi, que nous mesurons nos activités en classe, à l’oral. Nous égrenons le temps à l’aide de petits sabliers en plastiques transparents. Nous en avons plusieurs, de couleurs différentes, chacun permettant de mesurer des intervalles de temps différents, correspondant à la durée d’écoulement de la quantité calibrée de sable contenue : sablier jaune/ 1 minute, sablier vert/ 2 minutes, sablier bleu /3 minutes et sablier rouge/ 5 minutes.

C’est l’élève désigné, gardien du temps qui est chargé de surveiller le sablier choisi durant l’activité scolaire. L’apprenant veille ainsi à la bonne mesure du temps écoulé et il est autorisé en cas d’erreur, à retourner le sablier afin de permettre au groupe interrogé de recommencer son travail. Quelle chance ! : Les élèves sont heureux et renverser le sablier leur offre une seconde possibilité, une seconde chance, celle de pouvoir recommencer :

Madame, je peux recommencer ?

Avec énormément de stupeur, j’ai retrouvé mon outil de travail, autrement-dit le sablier dans le cabinet de réflexion, véritable Athanor du changement dans lequel, le grand expert m’a demandé de rédiger mon testament philosophique. Dans cette pièce obscure, sorte de « pièce de reflet de soi », au milieu de tous ces objets et ornements étranges, cet outil familier mais pourtant séculaire, descendant de la clepsydre m’interroge. Je l’observe avec une grande curiosité qui force ma réflexion, réflexion qui « n’est autre chose qu’une attention à ce qui est en nous », comme le souligne Leibniz (in Nouveaux essais sur l’Entendement humain).

C’est certainement la raison pour laquelle, bien que dans l’obscurité du cabinet de réflexion, dans cette macabre ambiance, je me trouve pourtant, étrangement bien. Je scrute ce que la faible flamme de la bougie, véritable emblème de vie spirituelle, permet à mes yeux usés de percevoir dans ce lugubre et énigmatique décor, véritable support de l’introspection : « reflète toi en toi ». Dans cette isolation des plus totales, je comprends la mise en lien des symboles funestes avec le testament philosophique, et la mise en garde des sentences ici et là tracées sur les murs noirs, qui prolonge mon éveil intérieur :

Si la curiosité te conduit ici va-t’en.

Si ton âme est capable d’effroi, ne va pas plus loin.

Je comprends, le message caché au travers des mots : il est encore temps de rebrousser chemin, mais je n’en ai nulle envie, nul désir.Le chemin qui m’a porté jusque-là, a été long et réfléchi, il porte le nom bien nommé de : persévérance. C’est, d’ailleurs ce que j’essaie de transcrire sur le papier où je couche mon testament philosophique, à l’aune du crâne qui me fait discrètement signe pour me rappeler l’impermanence de la vie. Alors, même si le séculaire sablier m’annonce ma fin ou du moins celle de l’arrivée à terme de ma vie de profane, le crâne de la mort et sa macabre faux, ne parviendront absolument pas à remettre en question ma décision prise : celle, de mon entrée dans cette nouvelle vie, de mon renouveau, de ma renaissance « avenir (à venir) », aussi je m’attèle studieuse à l’anamnèse de ma vie ou plutôt à son autopsie désincarnée.

Alors, temps égrené, tas de sable qui s’étiole au travers du lacunaire mesureur du temps, tu ne fais que raffermir le Jaquemart qui sonne en moi, ma détermination et l’antagoniste complémentaire de ma persévérance qui raisonne.

Aussi le sablier m’apparaît comme la spiritualité du chemin à venir (avenir). Il se pare de symboles qui transcrivent pour et en moi, le temps qui passe, un temps linéaire, à la juste mesure de la règle sans fin. Mais je le perçois comme un temps processus, car il procède par étape, à l’infini :véritable turn-over de la vie versus la mort. A l’instar de l’œuf cosmique qui ne finit jamais et se renouvelle toujours, le sablier s’incarne dans la vie humaine avec son au-delà : on naît et on meurt pour renaître à nouveau. Ainsi va le cycle de la vie, la genèse du monde qui signe, le cycle de l’éternel infini et répété, en incomplétude visant la complétude. Il semble émaner du sablier, un potentiel « sine die » parfaitement complémentaire à celui du pavé mosaïque, lui permettant de facto, de lier les « opposés », début/ fin, ciel/terre, zéphir/ nadir, temporel/intemporel, mon moi/mon Autre en miroir.

Le sablier que l’on retourne, est le nouveau départ, le signe d’espoir. Il met à l’épreuve notre patience tel le goulot d’étranglement qui maintien lié entre elles, les deux ampoules transparentes de l’égreneur du temps comme les forces s’exerçant lors du passage du monde profane au monde maçonnique.Le temps qui s’écoule, c’est ce sable qui s’insinue, goutte à goutte à travers le rétrécissement qui relie les deux bulbes cristallins du sablier. Il nous soumet à l’épreuve du temps qui s’écoule. La transparence de ses deux ampoules antagonistes, renvoie en écho le duo fragilité/vérité. Iconographie du miroir, alter ego de chacune de l’autre des deux parties, l’avant, l’après du temps qui passe, elles emprisonnant le temps. Elles sont le double en étant le tout : elles, telles des heures miroirs, elles sont « un » autrement-dit, l’autre moi du sablier :insaisissables telle la fuite du temps, impérissables comme le sable. Le sable, qui jamais ne s’efface mais dont la trace éphémère va transformer l’effet de la mer, en dispersion, en réunion à jamais dans l’infinie. Or, et c’est là bien là que réside la dichotomie de la vie : le macrocosme vie et prend vie dans le microcosme.

Le sable constitué de grains de sable, d’une infinitésimale quantité souligne ainsi l’infinitude du temps, sa nécessaire et exigence mise à l’épreuve de la patience : impossible de compter les grains de sable… que la mer a emporté pour les rapporter à nouveau dans le continuum de « l’espace-temps » :

Genèse du monde au monde nouveau.

Il me reste maintenant, à percevoir l’ésotérisme du sablier dans le sacré. Or, si je transcris comme j’aime tellement le faire, le mot sablier dans la langue sacré (Shaone’Hol, שעון חול), cela se traduit textuellement : montre sable. Cependant, si je porte mon attention spécifiquement sur les lettres qui composent le mot sable, le sens qui s’échappe de ces lettres me stupéfait :hol / חול en hébreu qui désigne le sable peut également, signifier profane.

Mais symboliquement, que nous apprennent ces trois lettres, 3 comme les trois ans de l’Apprenti ?

Les deux lettres de hol / חול (sable), sont unis par une conjonction de coordination « et » traduite en hébreu par la lettre Vav (ו) or cette lettre signifie « crochet ». Elle réunit le discontinu. Symboliquement Vav (ו), sixième lettre de l’alphabet hébreu représente, l’union, la paix, la fécondation entrainant la vie. Elle désigne dans le tarot hébraïque, le maître du temps. Vav (ו), maintient donc à sa droite, la lettre Het’h (ח), signifiant symboliquement la vie, l’épreuve, avec à sa gauche la lettre Lamed (ל), signifiant l’enseignement.

Alors le maître du temps soutien, lie, relie ensemble, unie l’épreuve de la vie avec l’enseignement, comme si l’arcane symbole de ce trio de lettres sacrées, cherchait à rendre visible les vérités qui nous sont intrinsèques. Voilà une autre manière d’apprendre à voir en nous, d’appréhender différemment ce temps qui passe inexorablement, comme le sable qui va et vient au gré du souffle de la mer(e).

Les livres poétiques

Job 29.

18. Alors je disais : Je mourrai dans mon nid, Mes jours seront abondants comme le sable.

(La sainte Bible – Ancien et Nouveau Testament, traduction de Louis Second)

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