Le Sacré
#3219007
Le sacré au cœur de notre démarche
D∴ B∴
A la gloire du Grand Architecte de l’Univers, Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades et qualités.
Je dois reconnaître que j’ai eu un grand plaisir à traiter ce sujet qui m’a été soufflé par mon très cher frère Paul lors du dernier CA.
Bien sûr, ce bref survol n’a rien d’exhaustif pour saisir la complexitéet toute la richesse des multiples facettes du sacré.
C’est d’ailleurs toute la difficulté de l’étude des textes sacrés qui nécessite de l’intelligence mais sont autant de l’esprit pour arriver à dépasser le niveau de compréhension littérale pour aller vers la compréhension ésotérique de ces textes.
Afin de cerner la thématique, je vais développer les notions suivantes :
Les origines et l’étymologie du sacré
Le sacréarchétype
Les fonctions du sacré
Le sacré et la Franc Maçonnerie
La conclusion et une bibliographie
Origine du sacré
Le sacré trouve son origine dans la reconnaissance d’une conscience dirigeante au-delà des formes.
L’étude du sacré implique la reconnaissance de l’Être transcendant en tant que réalité et de l’univers comme le fruitd’un esprit créateur tout puissant.
Le sacré désigne ce qui est mis en dehors des choses ordinaires, banales, communes ; Il s’oppose essentiellement au profane mais aussi à l’utilitaire.
Le sacré a toujours une origine traditionnelle, ethnique et aussi mythologique, il est inaccessible.
Le sacré est synonyme d’espoir, d’identification de l’homme à un principe supérieur, celui d’un monde inintelligible, c’est la recherche verticaliste du monde.
Si l’homme s’intéresse au sacré,serait-ce pour échapper à sa condition d’Etre fini et mortel ?
Du sacré Mircea ELIADE dit : « Il se manifeste d’un toutautre ordre que les forces naturelles », le sacré est le caractèrequi transcende l’humain, qui a un rapport avec le divin.
Selon René GUENON ; « le sacré concerne tout ce qui touche à la “doctrine immuable“ au fondement théorique et substantiel de la connaissance authentique c’est à dire celle qui est en contact avec le Principe qui est sans forme, sans nom, vide de toute attribution ou de qualification, on l’appelle l’absolue plénitude, l’infini.
L’union avec ce principe réside au centre de l’Etre, au cœur de la grand paix, dans le noyau originel qui est “ le Principe primordial“ que j’avais développé dans ma dernière planche : l’ Etre au centre du Principe.
Ainsi, on peutdécouvrir dans le Principe son essence métaphysiques la plus profonde, la plus essentielle, il est immuable, identique à lui-même depuis toute éternité et pour toute éternité selon René GUENON.
Etymologie du Sacré
Elle permet de mettre en évidence une dualité.
Dans ses origines hébraïques, ce que l’on traduit en français par les mots « sacré » « saint » viendrait du mot hébreux : « Qadosh » séparation des peuples mais aussi partage entre le pur et l’impur, il implique une séparation, une transcendance.
En grec, “Hieros“ donne à ce mot sacré un “sens divin ou d’origine divine“.
En latin, “sacer“ a cette double signification de “rendre sacré“ mais aussi de “mettre à mort, “sacer“ vient lui du latin “sancio“qui signifie “rendre inviolable, interdit.
L’étymologie prend donc sa source surtout dans deux langues : le sanskrit pour “ce qui est initié par le rite“ (racine de « SAK » relié au domaine et aux objets de la divinité) et en hébreu : Qadosh mais aussi Qodesh « chose saine » « sainteté » désigne les objets interdits au toucher.
Cela détermine deux possibilités de sens : la manifestation du divin à soid’une part, et d’autre part, les lieux,les espaces et les objets que l’on distinguer…
Le sacré en tant qu’archétype
Le concept de sacré est selon Camille TAROT constitutif de la condition humaine à savoir “une catégorie universelle de toute conscience au regard de sa condition de mortel“. Il ne faut pas confondre le sacré et le religieux, car le religieux associe le sacré à la divinité et il ne peut se réduire à cette seule dimension.
Ce qui constitue l’archétype, c’est son caractère universel, loin de nos sociétés judéo-chrétiennes.
La fonction du sacré
Le sacré répond à la question fondamentale de la vie et de la mort.
La force génératricedu rituel permet une réactualisation du passé qui s’inscrit dans une répétitivité ouvrant l’accèsà l’éternité. Le sacré nous rassemble et nous relie à un groupe, en trouvant sa cohérence dans la transmission et la tradition.
Le sacré serait-il cet inutile ? Comment s’établit donc cette circulation entre le nécessaire et l’inutile ?Sûrement par le biais de deux méthodes dont l’une sépare et l’autre réunit.
La première est le rite et la seconde le symbole. Le rite ferme la porte de la communication, le symbole l’ouvre.
Par exemple, le rite initiatique pour qu’il soit rite en effet, il est nécessaire que soit constitué un espace sacré, consacré, défini comme centre du monde. Alors que le symbole ouvre,car même s’il ne revêt pas le même sens d’un bout de la terre à l’autre, tous les hommes se trouvent placés dans les mêmes situations fondamentales : naître et mourir, et ils doivent les interpréter avec un esprit fondamentalement semblable parce que l’espèce humaine est une, indivisible.
Donc, la caractéristique du sacré est de séparer, de garder à part, en état de pureté, pour mettre en relation avec le divin.
L’expérience du sacré ne reste pas limitée à un individu mais elle est partagée fraternellement par un collectif et ensuite elle s’organise dans le temps et l’espace.
Ces deux conditions ont aussi le caractère de la séparation, d’une dissolution de l’habituel tout d’abord par une dissolution progressive du rationnel, de l’empirique. Ceci se produit par l’accès à des valeurs spirituelles qui trouvent leur incarnation dans le symbolique et les rituels pour nous amener à percevoir un objet, un symbole, c’est-à-dire le sens caché.
Un objet quelconque devient autre chose, lorsqu’il est sacré sans cesser d’être lui-même, pour autant car il continue de participer à son milieu environnant.
Le deuxième élément de séparation concerne l’expérience de l’espace vécu, chaque espace sacré implique une forme de hiérophanie qui ouvre l’homme sur quelque chose de grand, une grandeur non mesurable, c’est-à-dire sur l’infini.
Cet espace est alors transformé en lieu sacré et prend ainsi la fonction du sacrée.
Là où se manifeste la sacralité de l’espace, se dévoile d’une certaine manière un point fixe qui permet l’élévation, (axe vertical du monde) et une liaison entre les différents niveaux cosmiques (ciel et terre) par le fil à plomb cela rapproche l’Etre par la gravitation des états de l’être (réf René GUENON) à son être originel, à l’être primordial, afin de vivre dans un cosmos pur et sacré, tel qu’il existait au début de la création.
Donc le sacré se manifeste dans les lieux, beaucoup comme Mircéa ELIADE ou Claude LEVY STRAUSS ont démontré que le besoin naturel du sacré s’est manifesté d’abord par la sacralisation des lieux comme à STONEHENGE ce qui permet de dire le sacré précède le religieux mais aussi lui survit.
Le sacré et les mythes
Les mythes sont des récits imagés et fondateurs, des croyances en un surnaturel exprimés la plupart du temps au travers de métaphores.
Le mythe est combattu par l’empire chrétien romain et par de l’église médiévale car ils considèrent que le mythe est l’inverse du dogme.
Le mythe est un langage sacré pour expliquer le monde mais il transpose toujours le réel à un plan supérieur à celui de l’homme, au plan du monde et de ses origines.
C’est cette transcendance qui échappe au temps et à la réalité des hommes.
Le sacré et la Franc-maçonnerie
L’initiation maçonnique traditionnelle et spirituelle, propose de remettre du sacré dans la société, de refaire le chemin vers le sacré, pour donner à l’homme sa dignité et sa place dans l’univers (voire l’ipséité).
La franc-maçonnerie travaille au perfectionnement de l’homme et de l’humanité. Cela passe par plus de sacré, par la connaissance de Soi, de son être intérieur et l’approche de l’indivisible.
C’est un combat loin des dogmes, il se réalise avec le concours d’un principe supérieur, principe qui fait régner l’ordre après le chaos. Le fait du rite au sein de la franc-maçonnerie est toujours vivant et toujours présent comme lieu et instaure un ordre “ORDO AB CHAOS“ qui est transcendant à l’espace et au temps “ici et maintenant“.
La distinction entre le profane et le sacré en Franc-maçonnerie se fait dès le jour de l’initiation, après la mort symbolique à la vie profane dans le cabinet de réflexion avant de renaître comme initié et de découvrir la lumière.
Le temple est consacré à l’ouverture des travaux, le sacré se met en œuvre tant par notre rituel (Rite Ecossais Ancien et Accepté) que par les symboles qui ornent le temple. En outre le temple maçonnique, à l’image de tous les édifices sacrés, est un lieu qui permet d’entrer en communication avec ce qui nous dépasse, comme le Grand Architecte de l’Univers, et, la porte que l’on franchit, devient symbole de transformation.
La voie de la Franc-maçonnerie ne serait-elle pas un accès au sacré ? Elle associe en effet deux mondes de transcendance : l’un par l’horizontalité par la voie de la tradition (“Tradère“ en latin qui signifie transmettre); l’autre par la verticalité du sentiment religieux au sens premier du terme “religare“ qui relie à un groupe qui perpétue la tradition primordiale par l’influence spirituelle.
Le sacré serait peut-être une réalité transcendante que l’homme est capable d’expérimenter au moment où son individualité se dissout dans l’unisson du groupe auquel il appartient.
En tenue, tout déplacement s’inscrit comme un trajet sacré, toute déambulation traverse l’univers, le pas de celui qui avance est l’arpentage du cosmos.
Le Vénérable Maître vérifie que les éléments de la consécration sont réunis, interroge les lumières (mes chers frères surveillants) pour savoir si chaque frère est à sa place dans le temple. Le Vénérable Maître consacre le temps à la construction par “Puisqu’il est l’heure et nous avons l’âge…“ Ce qui est transformé c’est le chaos en “ORDO AB CHAOS“. Puis l’expert remplit son office en installant les trois grandes lumières, le volume de la loi sacrée est ouvert, (en l’occurrence, la Bible au prologue de Saint Jean) et il y dispose dessus le compas et l’équerre.
Ce volume de la loi sacrée symbolise la tradition, il est à noter que la Bible peut être remplacée exclusivement lors de l’initiation à la demande du récipiendaire par : le Véda pour les hindous, le Tripitaka pour les bouddhistes, le Coran pour les musulmans, les quatre livres de Confucius, l’Avesta du Zoroastrisme et le Tao Te King des taoïstes.
Louis TREBUCHET dit à ce propos : “La référence au volume de la loi sacrée nous place parmi la famille du livre, aux côtés des simples croyants, certes, mais aussi de ceux qui, juifs et arabes, travaillent patiemment à dépouiller cette promesse, la sagesse du livre, de ses voiles successifs, approfondissant couche après couche, suivant une allégorie commune aux kabbalistes et aux soufis, les significations ésotériques qu’offre le livre“
A la Grande Loge de France on ne nous demande pas de croire en une religion particulière, mais à quelque chose de plus universel : le Grand Architecte de L’Univers, qui relie tous les hommes de bonnes mœurs et de bonne volonté en un centre d’union, nous laissant à jamais dans l’ouverture.
En Franc-maçonnerie il y a un dénominateur commun à l’ensemble des frères qui est la loi morale.
Cette loi morale permet de réaliser l’universalité des hommes et l’accord des consciences, elle prend sa source au plus profond de nous-même, et je peux croire qu’il y a en l’homme une instance qui le dépasse.
Je n’aborderai pas ce soir : la demande du mot sacré et de nombreuses autres facettes de ce mot sacré dans notre rite (REAA).
Mais suite à des évènements survenus dernièrement dans notre loge, j’ai quelques questionnements : Est-ce que la fraternité est un élément sacré dans notre démarche ? Question déjà posée en octobre 2015 par notre très cher frère Pierre. Enfin, dans notre loge Terre d’Etoiles, comment se développe et se matérialise notre fraternité sacrée ? Et comment sommes-nous liés par cette transcendance ?
Conclusion
Le sacré procède de l’insatisfaction de l’homme qui est en une quête d’élévation de son propre Etre, de son moi vers Soi, et par là même une amélioration pour l’humanité.
Personnellement, je pense que dans notre société, la nature est déjà désacralisée, si l’homme perd la foi, l’histoire se verra à son tour désacralisée et le monde deviendra totalement sécularisé.
La foi ne peut être dépendante de quelque doctrine que ce soit, c’est une lumière qui éclaire l’esprit, qui réside dans le cœur de chacun, sans exclure par ailleurs aucunement la foi religieuse, si elle est vécue sans prosélytisme et en vérité.
Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades et qualités.
J’ai dit.
Bibliographie
Mircea Eliade : “Le sacré et le profane“
Jacques WUNENBURGER : “le sacré“
René GUENON : “le symbole de la science sacrée“
Jean Marc VIVENZA : “Le dictionnaire de René GUENON“
Louis TREBUCHET : “le sacré“
Et de nombreuses planches du site l’EDIFICE