LE SERMENT D’HIPPOCRATE un modèle maçonnique ?
Non communiqué
Le but de cet exposé est d’analyser le texte traduit par LITTRÉ et qui demeure l’interprétation la plus fidèle à l’esprit d’HIPPOCRATE.
Nous verrons que, malgré l’emploi d’une terminologie totalement « démodée », tout est clairement dit et sans aucune ambigüité.
Par extension à la maçonnerie, nous verrons, qu’il faut chercher le symbole derrière le mot voire l’idée sous le symbole.
Voici le texte original tel que présenté par LITTRE :
» Je jure par APPOLON, médecin, par ESCULAPE, par HYGIE et PANACÉE, et par tous les Dieux et toutes les Déesses, les prenant à témoin, que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment l’engagement suivants :
« Je mettrai mon Maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon avoir, et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ;
je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement.
Je ferai part des préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon Maitre et aux disciples liés par un engagement et un serment selon la loi médicale, mais à nul autre.
« Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice.
Je ne remettrai à personne du poison si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une telle suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme de pessaire abortif.
« Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.
Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille, je la laisserai aux gens qui s’en occupent.
Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons libres ou esclaves.
« Quoi que je voie ou entende dans la société pendant l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.
« Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes.
Si je viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire ! »
Avant de commenter, je dois vous faire un petit rappel historique et mythologique :
– HIPPOCRATE vécut entre la fin du V° siècle et le début du IV° avant JC dans l’ile de Cos.
Il fut l’initiateur de l’observation clinique et sa conception du fonctionnement harmonieux de l’organisme en fait un précurseur de génie.
Dans son serment il invoque quatre divinités : APOLLON, ESCULAPE, HYGIE et PANACÉE.
-APOLLON fils de Zeus et de Léto, est le Dieu de la lumière.
Comme dieu solaire, Apollon faisait germer les fruits de la terre. Ne protégeait-il pas d’ailleurs les récoltes en détruisant les rats qui infestaient les champs ou les sauterelles qui dévoraient les moissons ?
Parce que le soleil est un astre à la fois meurtrier par ses rayons qui frappent comme des traits, et bienfaisant par son action purificatrice, Apollon est regardé comme un dieu archer qui lance au loin ses traits comme le dieu de la mort subite, mais aussi comme un dieu guérisseur qui écarte le mal.
Dans ces dernières fonctions, il avait probablement supplanté une divinité primitive : PAEON ou PEAN, le guérisseur.
Apollon était aussi le dieu de la divination et de la prophétie.
Enfin, Apollon était un dieu musicien, le dieu du chant et de la lyre.
-ESCULAPE était le dieu romain de la médecine, en fait une interprétation du grec ASCLEPIOS.
Fils d’Apollon, il fut confié par son père au Centaure Chiron qui lui apprit l’art de la médecine.
Athéna lui donna deux fioles contenant du sang de Méduse. L’une permettait de tuer et l’autre de ressusciter les morts. Asclépios s’en servit à plusieurs reprises mais Hadès (ou Pluton, dieu des enfers), se plaignit à Zeus que l’ordre du monde risquait d’en être changé et ce dernier foudroya Asclépios.
Chiron convainquit son disciple que les soins, donnés aux malades et blessés avec intelligence et à propos, devaient se compléter, à leur chevet, par la douceur et une sollicitude constante.
Esculape rendait aux malades la chaleur perdue.
Il et eu 6 filles : ACESO, EGLE, HYGIE, LASO, MEDITRINE, et PANACEE
Hygie, déesse de la propreté, de l’hygiène.
Panacée : littéralement remède de tout, soignait tout par les plantes.
Dans les sanctuaires d’Asclépios, les prêtres détenaient le monopole de la science médicale qu’ils se transmettaient de père en fils.
Ces divinités représentent donc une référence fondamentale pour HIPPOCRATE.
Pour une bonne compréhension de ce Serment, il convient de préciser ce que signifie ce mot : toujours selon LITTRE, un serment est une affirmation, ou une promesse en prenant à témoin Dieu, ou ce que l’on regarde comme Saint, comme Divin.
Quant ‘au terme jurer, il signifie prendre par serment Dieu ou quelqu’un ou quelque chose à témoin.
De ces deux définitions, il apparait que ces mots impliquent un engagement profond et sincère à la fois de soi et du témoin pris à charge.
Un serment sans témoin n’est plus un serment !
Le texte du serment d’Hippocrate s’articule autour de 4 thèmes majeurs que je résumerai sous les vocables de :
– la caste médicale
– l’éthique
– la maitrise de la conscience
– la discrétion
Tout ceci n’étant pas loin de notre maçonnerie…
– La Caste : il n’y a pas d’autre terme pour résumer l’organisation de l’enseignement médical d’Hippocrate.
La médecine doit se vivre comme une communauté où les notions de filiation et de fratrie ont une importance primordiale.
Il est certain qu’à cette époque les moyens pour enseigner collectivement manquaient, et, dans ce système de caste qui était très répandu dans toutes les professions, le compagnonnage et la famille étaient les seuls vecteurs du savoir et de la connaissance.
La médecine était une initiation.
La transmission du savoir ne pouvait se faire qu’à un initié.
Cette notion, choquante à notre époque, demeure fondamentale : on constate en effet, tous les jours, les effets pervers entrainés par la divulgation par des médias mal informés de notions médicales, qui seront à leur tour mal comprises.
Seul, un médecin peut écouter le malade avec attention et déférence, avec la ferme résolution de le comprendre et de se faire comprendre.
On retrouve ici la notion de secret maçonnique qui n’est secret que par l’incommunicabilité du vécu de l’initiation.
Quant ‘à L’enseignement maçonnique, il procède de la même manière que dans cette caste : il est du devoir de tout maitre de former les apprentis et compagnons, dûment reconnus, avec pour seul salaire que la satisfaction du devoir accompli.
L’étymologie de Devoir peut faire référence à « de », et « avoir », donc « détenir de » avec obligation de retransmettre.
– L’éthique médicale n’a pas changé au cours des temps.
Le médecin n’est ni un surhomme, ni un dieu et doit, bien sûr, adapter son art au malade, mais en tenant compte de ses propres limites (selon mes forces dans le texte); il ne doit pas jouer non plus les apprentis sorcier.
L’invocation des dieux au début du serment doit le ramener à une conduite humble, à la manière de notre invocation du GADLU.
De plus, il apparait clairement, que le rôle du médecin est de préserver la vie en bannissant l’euthanasie et l’avortement.
– Sous l’appellation « maitrise de la conscience », j’aborderai le 3° volet de ce serment :
Le médecin doit être discret sur ses convictions politiques ou religieuses et se comporter en homme libre et laïque.
Je trouve très « fine » l’expression « je ne pratiquerai pas l’opération de la taille, je la laisserai aux gens qui s’en occupent »; ce qui signifie, en clair: je ne pratiquerai pas de circoncision rituélique, me gardant ainsi de juger toute pratique religieuse.
De même, le médecin doit savoir maitriser ses sentiments et doit éviter les situations de séduction.
Il est vrai que de partager une certaine intimité avec le malade peut faire naitre de part et d’autre des sentiments propices à fausser les relations ultérieures. Les Psys connaissent bien les phénomènes de transfert…
– Enfin, le dernier volet de ce texte souligne l’importance de la discrétion.
De nos jours, il a fallu légiférer…en créant la notion de « violation du secret médical », ce qui montre, non pas que les médecins actuels ont moins de sérieux que dans le passé, mais que cette notion qui prend de plus en plus d’importance dans une société informatisée est fondamentale et seule garante de la relation de confiance qui lie le malade à son médecin.
Le secret… cela vous rappelle-t-il quelque chose ?
J’aurai pu développer plus longuement l’analyse de ce serment, car chaque volet peut, à lui seul, faire l’objet d’un travail approfondi, mais je pense que l’approche que je viens d’en faire vous aura permis de constater que l’Ethique médicale avec un grand E n’a pas pris une seule ride.
Toutefois, de grands hommes de la médecine ont voulu changer l’ordre des choses au cours du dernier siècle : dans un souci d’actualisation, nos pairs en ont façonné d’autres versions dont voici la dernière :
« Au moment d’être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité.
Mon premier souci sera d’établir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.
Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité.
Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité.
J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences, Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.
Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera.
Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.
Admis dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés.
Reçu à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.
Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.
Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission.
Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui mes seront demandés.
J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.
Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j’y manque. »
Note personnelle : OUF !!
Cette énumération fait penser à une check List, bien loin des réflexions que soulèvent le texte originel.
On passe de la médecine humaine à la télé médecine, pire, à la médecine numérique !
Une telle actualisation est-elle vraiment nécessaire ? Tout figure dans la version originelle pour celui qui cherche l’idée sous le symbole.
Un serment est un lien solennel, qui peut conduire au sacrifice en cas de parjure.
Jurer, c’est s’engager devant témoin aux risques d’y sacrifier son intégrité.
Les serments que nous avons prêtés en Maçonnerie, ou que nous prêterons sont très semblables : mais ici, tout y est symbole et demande une attention particulière.
Dans un contexte rituélique, aucun mot ne pourrait en être modifié au prétexte d’actualisation.
Le symbole est intemporel et c’est ce qui en assure la pérennité, et son humanité.
J’ai dit