Hommage au silence
Non communiqué
Le silence de l’homme attire le silence de Dieu.
Oui comment peut-on prier et méditer sans silence car il
nous impose un recueillement la recherche de soi-même
l’introspection interne. Comment pourrions nous entendre
battre notre cœur si ce n’est que dans le silence
complet.
Ps. 4,5 il est dit « sur votre couche
méditez, mais silence. »
Méditer en silence,
Malheur à ceux qui n’ont pas connu le silence
! Le silence est un peu de ciel qui descend vers l’homme.
Ceci est vrai que le GADLU nous parle mais sa voix est en nous, comment
l’entendre, comment écouter, comment
réfléchir aux conseils qu’il nous
prodigue ?
Là je ne peux m’empêcher de vous lire
quelques lignes magnifiques d’un poème de
Victor-Émile Michelet qui dit ceci :
De cette vie
intérieure, que mesure
Entre tes âmes la meilleure et la plus pure,
Afin que rien n’attente à son mystère intense,
Et que sa force vierge, intégrale, s’emploie
A dresser le métier où les mains du silence
Tâcheront à tisser l’étoffe de ta joie.
Le silence est aussi comme l’ébauche de mille
métamorphoses.
Et je me permets de dire qu’en tant qu’apprenti,
nous sommes une pierre brute qui ne demande qu’à
se métamorphoser. Il est vrai que souvent cela ne se passe
pas comme l’on espérait mais peut importe et
qu’il y faut effort et courage.
Dans les silences, on peut dire tant de choses.
N’est-il rien de plus beau que de regarder son enfant sans
rien dire, son épouse, …aucun mot ne pourra
remplacer un silence d’amour ; et pour aller plus loin
combien de nous ont regardés des photos jaunis en silence.
Il est aussi le maître d’œuvre du
souvenir.
Deux choses participent à la connaissance : le silence tranquille et l’intériorité. Ce sont ces deux ingrédients majeurs qui vont nous permettre d’évoluer de tendre vers le presque parfait
Le silence permet de trouver son destin et peut être manquons nous tout à chaque moment de silence dans notre vie…on peut souvent plus dire dans le silence que par un discours stérile.
La parole est d’argent et le silence est d’or, exprime
un ancien proverbe.
Jamais cette phrase reprise par Philippe Nericault Destouches ne
m’était apparue aussi vraie. C’est
peut-être aussi pour cela que l’apprenti se
transforme comme la pierre philosophale de l’athanor de
l’alchimiste… Mais comme me l’a fait remarquer un
frère, ne devons nous pas laisser nos métaux
à l’extérieur du temple ? Je pense que
cela est vrai et que les frères apprentis sont comme une
mine d’or qui ne demande qu’à
être exploitée.
Cela pourrait sous entendre que dès que nous pouvons parler
la magie transformerait l’or en argent ? Peut-être
pour certains et non pour d’autres puisque si nous avons fait
bonne récolte du silence nous pourrons tout à
loisir recouvrir d’or ce qui ne l’est pas.
Le silence est aussi le respect de son prochain, souvenons-nous aussi, à ce propos, de ce proverbe arabe : « On est maître des mots que l’on n’a pas dit, mais les mots que l’on a dit sont nos maîtres. » Il convient donc que la rupture du silence ne se fasse qu’à bon escient et de façon totalement consciente. Les plus grands de ce monde se plient à cette manifestation du respect par le silence, par la coutume de la minute de silence respectueuse, comme nos frères le font pendant notre chaîne d’union où seul le Vénérable maître parle et par le silence de tous nous devenons une vibration cosmique en osmose totale avec lui et tout les frères répandus sur la surface de la terre.
Pour parfaire cette planche je ne pouvais pas ne pas
parler du silence de l’apprenti ;
Silence imposé oui mais pourquoi !
Je pense après réflexion que nos maîtres ont parfaitement raison, car comment puiser en nous, comment arriver à être attentif, ci ce n’est dans silence. Maître de la méditation interne, il est notre guide de réflexion, celui qui nous mènera vers la possibilité de savoir réfléchir avant de parler, de pouvoir maîtriser les mots et les pensées qu’il nous a fait absorber sans rien dire. C’est pour la majorité d’entre nous le seul moyen d’apprendre, de connaître, d’écouter. Preuve en est le votre… De silence. Car comment écouter si tout le monde s’exprime et d’autant plus si nous même le faisions…qui d’entre nous est capable de parler et d’écouter ! Qui est capable d’écouter et de parler ! Le sublime en de ça, est que le silence n’est pas silencieux ! Hé oui qui d’entre nous assis sur la colonne du Nord na pas rêver d’interrompre un frère et après avoir écouté plus longuement ne c’est aperçu qu’il allait dire une bêtise. Le mot est une arme qui peut être fatale comme un outil donc il demande réflexion et apprentissage. Ce silence imposé et accepté n’est pas pour nous apprentis une punition ni une épreuve, je dirais plutôt qu’il est un travail, un travail de réflexion interne et propre à nous même, propre à chacun suivant son degré d’apprentissage. Il est fastidieux car on ne sait jamais le temps que ce travail va durer et il est pénible pour des êtres qui comme moi sont des bavards invétères. Plus dure sera l’épreuve, plus grande sera la récompense quand le temps viendra de pouvoir s’exprimer. Là sera peut-être le plus grand danger car il va falloir être à la hauteur, au niveau de ceux qui me font confiance à prendre la parole. Le silence accepté a fait place au silence imposé. Et d’un coup la parole va naître comme pour me rappeler le jour de ma naissance, celui bien sûr où j’ai été Initié. Je n’aurais plus ce rempart, cette protection du silence car je serais à même de pouvoir parler à mes maîtres, et cela m’inspire une réflexion : le silence est protecteur…comment le silence peut-il protéger ? Simplement tellement simplement que certains l’ont oublié. Marcheriez-vous en terrain ennemi en faisant grand bruit au risque de vous faire repérer instantanément ? Parlez-vous en classe au risque de vous adjoindre les foudres de votre maître ? Répondez-vous toujours à votre épouse quand le ton va un peut trop loin ? Je n’avais jamais imaginé, avant de faire cette modeste planche tout ce que le silence pouvait renfermer de puissance, de plaisir.
La faculté du silence va plus loin et cette petite histoire en est la preuve Elle démontre bien le pouvoir du silence.
Un porteur d’eau avait deux jarres, et tous
les jours que dieu faisait il allait à la source remplir ses
jarres pour alimenter le bassin de son maître. Une jarre
était fêlée et faisait fuir de
l’eau en silence sans que le porteur ne s’en
aperçoive. Un jour après bien des
allées et venues la jarre fêlée ne
pouvant plus se réduire au silence se mit à
parler au porteur d’eau.
« Je suis désolée mon
maître, mais je n’ai pas bien rempli mon travail,
je possède une faille et sans bruit par elle l’eau
a fui. Tu as peiné pour rien avec moi »
A ces mots le porteur d’eau se mit à
rire…la jarre fêlée
s’étonna.
« Pourquoi ris-tu »
demanda-t-elle !
Il répondit :
« Je me suis aperçu depuis longtemps
que tu fuyais en silence et j’ai mis cela à profit.
Regarde le chemin que nous parcourons tous les jours.
De ton coté il est fleuri et cela a ravi notre
maître car j’ai sans que tu ne t’en
rendes compte en silence semé des graines qui ont
données de si belles fleurs. Dans ton silence tu as fait un
travail de beauté et tu en as laissé assez pour
mettre de l’eau au bassin donc tu as plus que fait ton
travail. »
Ceci mes frères, est une très
vieille histoire, et il est vrai que nous apprentis qui recherchons une
vérité seuls dans notre travail nous pourrons la
trouver à condition que nos frères plantent en
nous les graines du savoir.
Par notre silence nous serons l’eau qui va faire pousser ces
graines…par notre silence nous allons absorber les milles
choses merveilleuses que nous faisons en loge…
Rappelons-nous que nous ne sommes pas réduits
au silence…que ce silence ne nous est conseillé
que pour nous permettre de mieux apprendre ce que nos maîtres
nous enseignent. N’est-il pas écrit en Job 33,33
« Fais silence, et je
t’enseignerai… » Pourrions
apprendre dans le tumulte ? Nos instituteurs permettaient ils le
tumulte ? Non, au contraire ce n’était que silence
dans nos classes.
L’hébreu, réputé langue
sacrée, emblématise le silence par la
première lettre de son alphabet : le Aleph ; une lettre qui
ne se vocalise pas. Or cette lettre est l’unité,
image de l’unité primordiale, cette lettre est
aussi l’image de l’enseignement et c’est
ce qui a fait créer à Claude Vigée
dans on livre « Dans le silence de
l’Aleph », en paraphrase du verset de
Job cité ce néologisme : « Je
t’alèpherai ».
Je ne tire pas grand exploit de cette planche car j’ai quand même eu 3 ans pour y penser…en silence.
Mais comment penser autrement que silencieusement.
Comment sentir ce sang qui coule en nous, entendre notre cœur parler au GADLU si ce n’est dans le silence, dans un silence qui n’est pas un sommeil, mais une veille de l’être.
Écoute en toi les rivières pourpres couler et puise en elle les connaissances que l’univers t’apporte, et à toi mon parrain si je t’ai regardé, écouté, et médité tes propos cela n’a pas été pour te ressembler…non tout simplement j’ai compris. J’ai compris qu’avec moi tu avais planté un arbre et en silence j’ai grandis pour qu’un jour tu puisses te reposer sous l’ombre de mes feuilles.
J’ai dit vénérable maître.