Connaissance de soi
A∴ K∴
Il s’agit d’un sujet qui a fait l’objet d’une littérature philosophique, mystique, religieuse et poétique surabondante. Cependant, les auteurs très nombreux qui l’ont abordé n’entendaient pas nécessairement la même chose par la connaissance de soi. Pour échapper au risque de confusion et d’ambiguïté, je me propose de définir les termes connaissance et soi et de fournir un critère de vérification permettant de nous assurer que la connaissance a bien eu lieu et qu’elle a porté effectivement sur ce que j’entends par soi.
I Qu’est-ce que la connaissance ?
On peut essayer de comprendre la signification de la connaissance par opposition à celle du savoir. Le savoir s’attache à la compréhension des phénomènes c’est-à-dire les choses telles qu’elles apparaissent dans la dimension matérielle de notre univers. Alors que la connaissance englobe la totalité de l’être à savoir sa manifestation matérielle et ce qu’il a de non-manifeste, d’invisible. Le savoir recourt à la démonstration, l’analyse des preuves, des signes et des conséquences de quelque chose pour établir son existence ou pour en décrire le mode de fonctionnement. Or la connaissance est une perception intuitive, immédiate ; elle n’utilise pas une chose pour connaître une autre ; elle se passe de démonstration ; la chose connue constitue sa propre preuve. Rumi le poète souffi Perse dit : Le soleil témoigne du soleil. s’il te faut une preuve, ne détourne pas ton regard de lui. Le savoir se transmet par le truchement du langage et des concepts. La connaissance ne se transmet pas. Elle déborde le langage et n’admet pas les concepts. rumi dit : Quand l’extase est apparue elle a fait volé la plume en éclat. Le savoir permet des expériences reproductibles, alors que la connaissance est une expérience unique. Le savoir n’affecte pas en principe son possesseur, mais son exploitation ou ses applications permettent de modifier notre environnement extérieur. La connaissance transforme le connaisseur en ce que la chose connue ne se contente pas d’occuper sa mémoire, mais envahit son être pour l’habiter de façon quasi fusionnelle.
De ce qui vient d’être dit il ne faut ni déduire qu’il y aurait une hiérarchie entre la connaissance et le savoir, ni que ces deux notions devraient s’exclure. L’acquisition du savoir favorise la connaissance dans la mesure où elle focalise notre attention sur une chose et cette focalisation nous rapproche de la source dont émane cette chose. De même, la connaissance d’une chose facilite le développement du savoir sur elle dans la mesure où la connaissance intuitive d’une chose nous permet d’observer intérieurement sa trajectoire de l’être en puissance à l’être en acte ou de l’être à l’étant, autrement dit du stade des idées ou de la conception à celui de la réalisation concrète.
La connaissance n’est pas en principe transmissible par le langage commun, mais on peut tenter de la transmettre par le langage symbolique qui est propre à la création artistique ou à l’ésotérisme. Je considère que l’art est la porte d’entrée à l’ésotérisme. La différence avec le langage commun est que le langage symbolique s’adresse aux seuls initiés. La connaissance ne se transmettrait que dans le cercle des plus ou moins connaisseurs.
Preuve de la connaissance
On connaît bien une chose lorsqu’on en perçoit la beauté. La beauté n’est en fait rien d’autre que la plénitude. Donc est beau ce qui est pleinement. Toute chose est belle d’une beauté égale. C’est notre perception qui varie d’intensité et de profendeur et donne la mesure de notre connaissance. L’être ne peut jamais se manifester pleinement. Sa beauté est donc relative en tant que phénomène, donc il en est de même s’agissant de notre connaissance. Notre connaissance relative tend vers l’absolu. Cette soif de l’impossible absolu nous amène à recourir à la création artistique, au symbolisme et aux pratiques initiatiques. Ces trois voies tentent de nous faire percevoir intuitivement le non-manifeste qui se cache derrière tout phénomène et donc à recréer l’objet de la connaissance en ramenant plus de non-manifeste dans l’ordre phénoménal. Le peintre essaie de dessiner une fleur qui soit plus fleur que celle q’on voit dans la nature. Le symbole tente de nous faire voir l’invisible, de nous faire entendre l’inaudible comme la langue des signes transpose la parole dans le registre des signes visibles ou comme lorsq’on fait toucher quelque chose à un aveugle qui ne peut pas le voir.
Qu’est-ce que le soi
Il faut distinguer le soi intime appelé souvent égo du soi commun. Je ne veux pas utiliser le terme égo car il est chargé d’une connotation péjorative ou du moins négative. Le soi intime c’est ce qui me différencie des autres. Il met en valeur mes particularités et vise à établir que je suis un être humain unique. Le soi commun, au contraire met en exergue ce que j’ai en commun avec tous les autres êtres humains. Notre soi commun à nous tous serait le même. Le soi commun nous relie à l’humanité tout entière, alors que le soi intime nous isole. La plupart des penseurs qui ont discouru sur la connaissance de soi depuis Socrate visaient le soi commun. La recherche du soi intime est une démarche relativement moderne. Dans les oeuvres classiques axées sur le soi intime, on peut citer les confessions de Rousseau, et aussi celles de Saint-Augustin. La quête du soi intime s’est répandue avec l’avènement de la société individualiste. La démarche qui consiste à considérer que notre essence est ce qui nous différencie des autres est diamétralement opposée à celle qui nous amène à chercher notre essence dans ce que j’ai en commun avec tous les autres.
La connaissance de soi qui vise le soi intime nous met en concurrence avec les autres. Il s’agit d’établir et de montrer que les sécificités qui nous constituent valent autant ou plus que celles qui déterminent les autres. Le soi commun nous met en harmonie avec les autres, nous intègre dans un ensemble. Le soi intime développe les pathélogies de l’insuffisance. On se sent toujours incomplet et à la recherche de la perfection compte tenu de notre rapport concurrentiel avec les autres. Alors que le soi commun nous procure une sensation de plénitude quel que soit notre place dans la société et l’étendue de nos possibilités dans la vie. On ne recherche pas la perfection puisqu’on y participe. La Franc-maçonnerie, à mon sens, nous oriente vers la quête du soi commun. Nul besoin d’allere en loge et de jurer fraternité avec ceux qu’on ne connaissait même pas avant l’initiation s’il s’agissait de découvrir ce qu’on est seul sur terre à avoir ou à être. On ne devient pas frère, on découvre qu’on l’a toujours été grâce au soi commun que nous partageons même avec ceux et celles avec qui on n’avait pas fait jusqu’alors connaissance et avec ceux et celles qui sont morts ou pas encore nés.
Différentes couches du soi commun
Il me semble évident dans un premier temps que je suis un être humain. Je dois donc partir à la recherche de ce qui justifie cette appartenance. Une fois que j’aurai accédé à l’essence qui constitue mon humanité, je dois accepter que l’humanité dont je fais partie appartient au règne animal. Je dois donc réaliser ce que j’ai en commun en tant qu’être humain avec tous les autres animaux. Ensuite, je prends conscience que humain et animal, je suis aussi un être vivant. Il me faut donc découvrir mon origine commune avec tous les êtres vivants d’ordre humain, animal, et végétal. Après avoir pris conscience du lien qui me lie à tous les êtres vivants, je réalise mon appartenance à l’ordre matériel. Il me reste donc à établir ce que j’ai en commun avec toute chose qu’il s’agisse d’être vivant ou de la matière inerte. A ce stade, je me trouve confronté au jaillissement d’une lumière du fond de moi témoignant d’une présence spirituelle en moi. Pour échapper à cette apparente dualité finale, je suis amené à voir ce que j’ai en commun avec toutes les composantes spirituelles et matérielles de l’univers. Sans avoir atteint cette couche profonde du soi, on peut penser que tous les êtres et toutes les choses à quelque regiitre qu’ils appartiennent ont en commun le fait d’être. Dieu ou Grand architecte de l’univers, moi, les fleurs du jardin, les papillons qui voltigent autour, les cailloux, nous existons tous, Dieu pour toujours, moi quelques décennies, le papillon quelque jours, mais ce n’est pas du temps qu’il s’agit mais d’une qualité essentielle qu’est le fait d’être même. Ce en quoi, l’univers entier converge, c’est le plaisir d’être.
Conclusion :
nous avons vu ce qu’est la connaissance, et nous avons donné le critère permettant de s’assurer que ce qui est à l’oeuvre en nous est bel et bien un processus de connaissance à savoir la beauté. nous avons vu ce qu’est le soi et ses couches successives. Reste à fournir le critère permettant de nous assurer que cette connaissance a bien été appliquée à ce soi. Ce critère, c’est l’amour universel. Conscient de ce que j’ai en commun avec le tout et m’y identifiant, je cesse d’être moi ; Je suis en même temps autrui, et il est moi. Je me libère de la prison que constituait jusqu’alors mon individualité. L’amour égoïste que je portais à moi-même s’étend à tout l’univers. Toutefois, mon individualité ne disparaît pas. Je l’aimerai comme le reste, comme partie de l’univers, comme si c’était autrui, mais autrui c’est moi aussi. Je ne suis plus fragmenté entre sprituel et matériel, animal et humain, moi et autrui. La distinction que j’ai faite entre soi intime et soi commun perd son sens. Ce que je percevais avant comme spécificités constituant le soi intime apparaît comme l’une des formes multiples du soi commun.
Je suis conscient d’avoir dit des choses très discutables et controversées. Je voudrais y ajouter cette parole de Bouddha : Ne crois pas ce que je viens de dire, ne le rejette pas, ce qui te reste sera ta vérité.
J’ai dit V M