Le Soufre
#3234008
Soufre, Mercure et Sel
Non communiqué
Pour apprendre
à penser, il faut s’exercer à s’isoler et
à s’abstraire.
On y parvient en rentrant en soi même, en regardant
au-dedans, sans se laisser
distraire par ce qui se passe au dehors. Les anciens ont
comparé cette opération
à une descente aux enfers. Il s’agit, pour le penseur, de
pénétrer jusqu’au
centre des choses afin de parvenir à en connaître
l’essence intime. L’esprit
doit s’emprisonner dans les entrailles de la terre oit ne s’infiltre
aucun
rayon du jour extérieur. Il faut visiter
l’intérieur de la terre, de sa terre,
pour, après rectification, y trouver la pierre
cachée. C’est à cette opération
qu’est invité le profane lorsqu’il est introduit dans le
cabinet de réflexion.
S’offrent alors à ses yeux de multiples symboles, riches de
sens cachés, outils
destinés à l’ouvrier – à
l’œuvrier – qu’il a vocation à devenir.
Parmi ceux-ci,
trois d’entre eux, parce qu’ils se rattachent à une
Tradition aussi ancienne
qu’hermétique, retiennent l’attention : il s’agit du soufre,
du mercure et du
sel.
Tous
trois sont en effet proposés à la
réflexion du profane : le Soufre
et le Sel sous leur forme matérielle, le Mercure sous
l’apparence du coq
attribut d’Hermès.
En
effet , « cet oiseau » dit Fulcanelli dans son
ouvrage « les demeures
philosophales et le symbolisme hermétique dans ses rapports
avec l’art sacré et
l’Esotérisme du Grand oeuvre « , qui
annonce le lever du jour et de la
lumière, l’aurore, exprime l’une des qualités du
vif argent secret. C’est la
raison pour laquelle, le coq, héraut du soleil,
était consacré titi dieu
mercure et figure sur nos clochers
d’églises ». Il est le signe
exotérique
de la lumière qu’il annonce et que va recevoir le
récipiendaire. Trois
sont donc, pour les alchimistes, les éléments du
Grand Oeuvre : le Soufre, le
Mercure et le Sel..
On a
souvent répété que les alchimistes
travaillaienten aveugles, c’est une grave erreur. Ils
avaient des théories très rationnelles oui,
d’origines très anciennes, se sont
maintenues à peu près sans altération
jusqu’au XVIII »’siècle. A la base de la
théorie hermétique, ou trouve:
une grande loi : l’Unité de la Matière. La
matière est une, mais elle peut
prendre diverses formes et sous ces formes nouvelles se combiner en
elle-même
et produire nouveaux corps en nombre indéfini. Cette
matière première était
encore appelée semence, chaos, substance universelle. Sans
entrer dans plus de
détails, Basile Valentin pose en principe l’unité
de la matière « toutes choses
viennent d’une même semence, elles ont toutes
été à l’origine enfantées
par la
même mère (Char de triomphe de l’antimoine).
Sendivogius, plus cornu sous le
nom de Cosmopolite, est plus explicite dans ses « lettres
» « les chrétiens,
dit il, veulent que Dieu ait d’abord créé une
matière première … et que de
cette matière par voie de séparation, ayant
été tirés des corps simples, qui
ayant ensuite été mêlés les
uns avec les autres par voie de composition
servirent à faire ce que nous voyons. Il résume
enfin sa pensée dans ces deux
propositions :
I.La production d’une
matière première que rien n’a
précédé.
II. La division de
cette matière « en éléments
et enfin moyennant ces
éléments la fabrique et la composition des mixtes
».
Il
entend par mixte, toute espèce de corps composé.
D’Espagne
complète Sendivogius enétablissant
l’indestructibilité de la matière : il ajoute
qu’elle ne peut que changer de
forme : « tout ce qui porte le caractère de
l’être ou de la substance ne peut
plus le quitter et par les lois de la nature, il ne lui est pas permis
de
passer au non être. C’est pourquoi Trismégiste dit
fort à propos, dans le
Poimandres,que
rien ne meurt dans le
monde, mais que toutes choses passent et changent. Naturellement, il
admet
l’existence d’une matière première : «
les philosophes ont cru dit il, qu’il y
avait une certaine matière première
antérieure aux éléments ».Cette hypothèse
ajoute t’il se trouve déjà
dans Aristote. Il examine ensuite les qualités que
métaphysiciens ont
attribuées à la matière. Barlet
nous
renseigne sur ce point : « la substance universelle est toute
tout
intérieurement sans distinction de genre ou de sexe,
c’est-à-dire, grosse,
féconde et d‘empreinte de toutes choses sensibles
à l’avenir » (Barlet: la
théotechnie ergocosmique). Ce qui revient à dire
que la matière première ne
contient aucun corps en action et les représente tous en
puissance.
Généralement,
l’on admettait que la matière première est
liquide, c’est
une eau qui à l’origine du monde était le chaos.
« C’était la matière
première
contenanttoutes
les formes en
puissance»…
L’hypothèse
de la matière première étant la base
même de l’Alchimie, il
était rationnel d’admettre la transmutation des
métaux.
La
matière se différenciait d’abord en soufre et en
mercure, le sel ou
arsenic étant simplement un moyen d’union entre le soufre et
le mercure et ces
deux principes s’unissant endiverses
proportions formaient tous les corps. « Tout se compose de
matières sulfureuses
« mercurielles » dit l’Anonyme
chrétien. alchimiste grec.
Ces 3
principes ne désignaient en aucune façon des
corps vulgaires. Ils
représentaient certaines qualités de la
matière, certaine ainsi le soufre dans
un métal, figure la couleur, la combustibilité,
la propriété d’attaquer les
autres métaux, la dureté au contraire le mercure
représente l’éclat, la
volatilité, la fusibilité, la
malléabilité. Le Soufre, le Mercure et le Sel ne
sont donc que des abstractions commodes pour désigner un
ensemble de
propriétés. Un métal était
il jaune ou rouge, difficilement fusible, on disait
que le soufre abondait en lui.
Mais
il ne faut pas oublier que le Soufre, le Mercure et le Sel
dérivaient de la matière première :
« O merveille, le Soufre le Mercure et le
Sel me font voir trois substances en une seule matière
» ( Lumière sortant par
soi même des Ténèbres – Mare Antonio ).
« Le Soufre, le
Mercure et
l’Arsenic sont les principes composants des métaux. Le
soufre en est le
principe actif, le mercure le principe passif, l’arsenic est le lien
qui les
unit « ( Roger bacon : Breve brevarium de dono dei).
Par
analogie, Oswald Wirth propose un tableau dans lequel il associe, le
Soufre au triangle, à Brahma, au père, au
principe, à l’esprit, à l’Archée et
à
la Sagesse, le Mercure aux rayons, à Vishriou, au Fils, au
verbe, à l’âme, à
l’Azoth, à la Force, le Sel aux nuages, à Shiva,
au
Saint
Esprit, à la substance, au corps, à
l’Hyle et à la Beauté. Le
soufre est le principe actif de l’alchimie, celui qui agit sur le
mercure
inerte et le féconde ou le tue. Le soufre correspond au feu
comme le mercure à
l’eau. Il est le principe générateur masculin
dont l’action sur le mercure
produit souterrainement les métaux. Il manifeste la
volonté céleste (ce à quoi
la pluie de soufre de Sodome correspond d’ailleurs curieusement) et
l’activité
de l’Esprit. Le soufre rouge de l’ésotérisme
musulman désigne l’homme universel
– qui est aussi représenté par un
phénix – donc le produit de l’œuvre au
rouge
hermétique, Selon une autre tradition
ésotérique qui rejoint la première, le
soufre symbolise le souffle igné et désigne le
sperme minéral. Selon le
symbolisme alchimique des mystiques musulmans, l’âme qui se
trouve figée dans
une dureté stérile doit être
liquéfiée, puis congelée,
opérations suivies par
la fusion et la cristallisation. Les forces de l’âme sont
comparées aux forces
de la nature : chaleur froid, humidité
sécheresse.
Dans l’âme, les forces
correspondantes sont en relation avec deux principes
complémentaires, analogues
au soufre et au mercure de l’alchimiste. Dans le soufisme, le mercure
désigne
la plasticité de la psyché et le soufre l’acte
spirituel. Pour Ibn Arabi, le
soufre désigne l’action divine et le mercure la nature dans
son ensemble. Toute
l’alchimie taoïste repose sur l’idée de la
conjonction des opposés (yin et
yang, chaud et froid, sec el humide etc) que l’on doit d’abord
réaliser si on
veut la dépasser pour découvrir la source ultime
et « sans nom » de toutes
choses. Ainsi doit on unir le plomb et le mercure qui sont tout aussi
bien le
dragon et le tigre ou le yin et le yang. Cette conjonction suppose
d’ailleurs
que, non seulement on a conjoint les deux
éléments opposés, riais qu’on a
réalisé la conjonction de leur propre structure
intérieure. Selon le principe
du Tai-ghi-tu, tout élément contient en effet son
contraire, le yin contient le
yang et réciproquement et l’alchimiste taoïste doit
savoir les convertir l’un
dans l’autre. Toute chose à ce stade est elle-même
et son contraire, on arrive
à une coincidentia oppositorum (coïncidence des
opposés) parfaite qui renvoie
elle-même à l’unité la plus profonde de
la réalité « antérieure au
inonde » et
de la « réalité postérieure
au monde » du transcendantal et du
phénoménal, du
céleste et du terrestre, du principiel et de l’humain, c’est
a-dire en fin de
comptes, de la source inconditionnée et du sans forme avec
l’existence mortelle
des hommes et le royaume des formes.
De
même, pour certains alchimistes occidentaux comme Klunurath
Tutoyer
ou Blaise de Vigenère, il existe trois mondes : le
matériel, l’humain, et le
divin. Dans le monde matériel, nous avons le soufre, le
mercure et le sel,
principes de toute chose et une matière. Dans le inonde
humain eu microcosme, :
le corps, l’esprit et l’âme réunis en l’homme.
Dans le monde divin, trois
personnes en un seul Dieu. « Ainsi est Trinité eu
unité et unité en Trinité,
car là sont corps, esprit et âme. Là
aussi est soufre, mercure, arsenic »
(Bernard Le Trévisan : la parole
délaissée).Le Grand Oeuvre a par suite un
triple but : dans le monde matériel, la transmutation des
métaux pour les faire
arriver à l’or, à la perfection. Dans le
microcosme, le perfectionnement de
l’homme mortel ; dans le monde divin, la contemplation de la
Divinité dans sa
splendeur. D’après la seconde acception, l’homme est
l’Athanor philosophique où
s’accomplit l’élaboration des vertus, c’est dans ce sens
selon les mystiques
qu’il faut entendre ces paroles « Car
l’œuvre est avec vous et chez vous, de
sorte que le trouvant en vous-même, où il est
continuellement, vous l’avez
aussi toujours, quelque put que vous soyez, sur terre et sur mer
» ( hennés :
les 7 chapitres).
Les
alchimistes mystiques entendaient par Soufre, Mercure et Sel, la
Matière , le Mouvement et la Force. Le Mercure, principe
passif et femelle,
c’est la matière. Le Soufre, principe actif et
mâle, c’est la force qui façonne
la matière et lui donne toute espèce de formes
par le moyen du mouvement qu’est
le Sel. Le Sel, c’est le moyen terme, c’est le résultat de
l’application de la
force à la matière, symboliquement, c’est le
nouvel Être qui prend naissance
par l’union du mâle et de la femelle. Le Soufre et le
Mercure, principes males
et femelles étaient symbolisés par un homme et
une femme, ordinairement, un roi
et une reine. C’est ainsi qu’ils sont représentés
dans le Grand Rosaire imprimé
au tome 2, page 243 de l’Anis Auriferae. C’est encore sous le symbole
du roi et
de la reine qu’ils sont représentés au premier
symbole des douze clés de Basile
Valentin, page 393 du Museum Hennétictun. L’union du roi et
de la reine
constituait le mariage philosophique. « Sois averti, mou
fils, que votre oeuvre
est un mariage philosophique qui doit être composé
de mâle et de femelle » .
(Philippe Rouillée – Abrégé du Grand
oeuvre).
C’est
à proprement parler après ce mariage ou union,
que la matière
prenait le nom de Rebis ; on symbolisait Rebis par un corps humain
surmonté de
deux têtes, une d’homme et une de femme. Cet hermaphrodite
chimique est commun
dans les traités hermétiques. On la trouve
notamment en tête du « De Alehimia
operctda complura » puis dans te «Usatorium
Spagyricum ». Le signe de
l’hermaphrodite exprime ainsi le retour à l’unité
originelle, à la totalité du
monde maternel et paternel dans sa perfection divine où se
dissolvent toutes
les oppositions. De ce point de vue, le mariave sacré, le
« hierosgamos » grec,
symbolisait l’union créatrice du ciel et de la terre, de
l’élément masculin et
de l’élément féminin, du dieu et de la
déesse et s’exprimait rituellement par
l’union charnelle du roi avec une prêtresse qui incarnait la
déesse ou plus
généralement, l’élément
féminin du inonde.
C’est
de cette façon que l’on pouvait garantir la
fertilité et l’ordre
cosmique pour l’année à venir et il en allait de
même en Mésopotamie lors de la
fête qui marquait le début de l’an nouveau. La
dualité originelle de «Sol » et
«Luna » (du soleil et de la lune), de Mars et de
Vénus, etc. se résout alors
dans le mariage chimique, idée que l’on retrouve chez les
gnostiques autour de
l’union de «Sophia » (la sagesse) et de «
Dynamis » ( la force) et qui s’est
transmise sous une nouvelle forme dans l’alchimie. C’est à
ce labeur patient, à
ce grand oeuvre matériel et microcosmique, à ces
« noces chimiques » que nous
invite la présence dans le cabinet de réflexion
du Souffre, du Mercure et du
Sel afin que soit purifié et réuni dans radiante
humain ce qui a été séparé
car
« ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui
est en haut est
comme ce qui est en bas. Par ces choses se font les miracles d’une
seule chose.
Et
comme toutes les choses sont et parviennent d’Un, par la
médiation
d’Un, ainsi toutes les choses sont créées de
cette chose unique par adaptation
« (Hermès Trismégiste : la Table
d’Emeraude ».
J’ai
dit
Jean-Pierre
FIRMIN