Le Symbole - Les Symboles #3237013 Quelques Réflexions sur le Symbolisme Auteur: G∴ C∴ Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué Ces réflexions sur le symbolisme sont de portée tout à fait générale. Elles se veulent aussi théoriques que possible et tentent de décrire ce que peut être le système symbolique dont la vision maçonnique n’est qu’un aspect. Il faut pour commencer énoncer quelques principes, directeurs et traditionnels, qui peuvent recueillir l’assentiment de tous. Le monde a un sens, dissimulé sous les apparences. Esprit et matière coexistent au sein d’une unité dans laquelle l’esprit a la priorité. Le symbole recouvre l’idée qu’il suggère, comme un vêtement peut couvrir en « révélant », (et nous connaissons le pouvoir de la suggestion dans le désir). Le symbole est naturel à l’humain, ses formes sont variées à l’extrême. A ces principes traditionnels on ajoutera : Le symbolisme est un outil et non un but en soi. Cet outil est libérateur. Naturel à l’humain comme espèce, le caractère libérateur du symbolisme s’applique à l’homme comme individu. La libération est donc une différenciation individuelle. On considérera donc le symbolisme comme une façon d’appréhender le monde, d’en chercher le sens et de trouver la place que peut y tenir une personnalité rénovée. J’ajoute, avant d’entrer dans le vif du sujet qu’aucun des « grands mots » utilisés ne porte de majuscule, laissant le soin à chacun d’entre vous d’en mettre ou non, et là où il le désire. On discute, on pense les symboles, actuellement avec l’outil de la raison. Cela n’a pas toujours été le cas. En effet, les symboles sont antérieurs à l’ère de la raison. Ils sont primitifs, ils s’expriment dans les mythes, ils sont intuition, évocation, suggestion. Certes, la raison a sa place mais sa place seulement, et cette place est réduite. Nous raisonnons avec un équipement neuf sur des outils anciens. Si le primat de la raison est évident pour nous, de nos jours, force est de constater qu’il y a un changement de perspective. Ce changement est important, il est culturel. Sans rejeter la raison qui fait en quelque sorte partie des métaux, il faut la mettre en parenthèses pour entendre et écouter le symbole dans son sens d’élément primitif de la connaissance et de la transmission. Nous savons bien que l’homme médiéval ne voyait pas les cathédrales comme nous les voyons. Sa foi, ses pensées, tout dans sa vie était différent. A des objets identiques répondent dans des temps différents des interprétations variées On comprend donc bien l’importance du dépouillement des métaux, de l’âge, du « je ne sais ni lire ni écrire » qui est aussi un « je ne sais ni voir ni comprendre ni entendre le symbole ». Le rituel invite à une sorte de régression à un état d’innocence que l’on retrouve dans toutes les traditions et à toutes les époques. Il faut donc apprendre à lire, à écrire mais aussi à parler car le symbolisme est langage, un parmi les langages. Nous sommes accoutumés au langage de mots. Trop habitués. Ce langage de mots est la dernière acquisition biologique de l’humanité en la matière D’autres procédés de communication l’ont précédé. De l’animal (que nous sommes aussi) jusqu’à l’homme actuel on pourra décrire les types suivant : Le langage olfactif : probablement le plus animal et le plus ancien, le plus « procréatif » aussi. La femelle du papillon toute minuscule qu’elle soit se fait « entendre » par son odeur à des kilomètres. L’industrie du parfum ne s’y trompe pas, même si la qualité du message a perdu son impérieuse et antique justification. Le langage gestuel : qui consiste en des attitudes de la face ou du corps que nous connaissons encore et auquel nous ne pouvons pas échapper facilement. Les messages transmis sont essentiellement des messages de prédation, d’agressivité, de dominance et bien entendu de soumission. Nous en connaissons des exemples aussi bien dans le temple qu’au dehors. Le langage symbolique : dont le pouvoir d’évocation s’exprime dans le mythe et dont la portée est universelle. Il est apparu, frustrant sans doute avant le langage articulé qui est le nôtre. On peut toujours en discuter. Le mythe de la tour de Babel est la mise en évidence de la disparition de cette langue réputée perlée par tous au bénéfice du langage articulé c’est-à-dire des langues. Le langage verbal ou articulé : notre langage est doublement articulé. Par les organes propres à la phonation bien entendu, mais aussi articulé grammaticalement par des règles de composition des phrases avec l’enchaînement sujet-verbe-complément. Cette articulation donne sens et nuance au discours. Elle est aussi source d’art et d’ambiguïté, caractère qu’elle possède en commun avec le symbolisme. A trop vouloir dire. Cependant, connaître des mots n’est pas connaître la langue dont l’élément fondamental est le verbe, comme « être grammatical ». Et l’on ne domine une langue que lorsque l’on domine sa conjugaison. Encore cela ne suffit-il pas. Ce n’est pas un hasard si le mot « verbe » prend une dimension considérable dans des textes qui nous sont bien connus. Le langage esthétique : ce langage est celui de la musique, de la peinture, de la poésie. Il peut se passer de mots, il est comme en superstructure par rapport au langage articulé. On peut se poser la question de la date de son apparition dans l’évolution humaine. Il est avéré que tous ne sont pas capables d’en user ni de le comprendre, alors que tous les individus sont normalement munis de la faculté de s’exprimer. Vous remarquerez cependant qu’il est apparenté quelque part avec le langage symbolique puisqu’il s’adresse plus au sentiment qu’à l’entendement. On voit bien dans cette progression des langages une évolution. Nous avons perdu la plénitude des langages animaux qui ne sont plus que des reliquats. Ces reliquats sont bien présents cependant et parfois pour notre confusion. Dans cette progression de l’organique au culturel le langage symbolique est à la frontière, au passage de l’animal à l’humain. Ce langage est le signe de l’émergence à la conscience, cette conscience qui fait l’homme, mais qui n’est pas pour autant raison ou tout au moins la raison telle que nous l’entendons actuellement. L’autre signe de cette émergence c’est l’outil, signe de réflexion et témoin de l’enchaînement des causes et des effets. Bien des objets symboliques sont des outils, partout et dans tous les temps.Le désarroi qui peut parfois nous étreindre à propos de nos outils-symboles s’éclaire alors : pourquoi et pour quoi faire ? Si ce n’est pour nous faire retrouver une conscience dont le langage articulé nous à fait perdre la qualité. Nous sommes un peu dans la situation de l’homme primitif qui sans doute s’est étonné un jour de l’efficacité nouvelle de sa main chargée d’un bâton. Ce jour-la commençait une nouvelle histoire, celle d’une conquête. Le symbolisme nous place, si nous le voulons sur le seuil d’une nouvelle aventure, personnelle celle-là, intérieure surtout. Après la conquête du monde extérieur il s’agira d’investir le monde intérieur, non avec le bâton destructeur, mais avec l’outil du bâtisseur. En revenant, non pas à l’origine, ce qui n’est ni possible ni probablement souhaitable, mais simplement en arrière, comme pour prendre de l’élan sur une autre base. On verra là, dans le temps, l’équivalent symbolique de l’élévation dans l’espace. Du haut de la montagne, on voit les choses déjà connues d’une façon différente. Le processus est le même à l’égard du temps. Plus les langages évoluent selon la progression décrite plus haut, plus ils sont complexes et difficiles à utiliser. En fait les premiers sont purement organiques, ils sont dans la nature des êtres qui les utilisent c’est-à-dire qu’ils sont de la nature. A partir du langage symbolique on entre dans la conscience, donc dans la culture. C’est au fond la même chose. Prendre conscience de soi, de ses actes c’est tirer un enseignement, bon au mauvais, c’est faire, donc construire. En notant toutefois que toute construction n’est pas nécessairement bonne ; il faut non seulement bien construire mais aussi construire pour une « bonne cause ». Au-delà du problème de la construction lui-même se pose donc celui du sens et de l’usage. Le bâtiment peut être aussi bien temple que prison. Cette difficulté d’usage des langages complexes soulève un problème grave’ qui est celui de l’exigence. On peut aimer la musique, je veux dire entendre et écouter de la musique, sans être le moins du monde capable de comprendre et encore moins de faire de la musique. On participe à une sensation, voilà tout. Tout le monde n’a pas le don musical, mais on peut apprendre au moins des rudiments. De même l’usage de la langue, même maternelle, ne va pas toujours de soi et assurément tout le monde n’est pas poète. Mais on peut faire des efforts pour s’exprimer mieux que…banalement. Il ne faut donc pas se contenter, facilement, d’un usage au premier degré, et dans le symbolisme moins qu’ailleurs. Comme les autres langages, le symbolisme ne s’accommode pas de la seule connaissance des mots-symboles. Il faut que ces derniers soient les mots justes, correctement mis en œuvre par la grammaire qui leur est propre, c’est-à-dire par le plan approprié.Connaître des mots ou des symboles cela permet de désigner, sans plus, non de s’exprimer. Nous retrouvons ici le symbolisme de l’enfant qui ne sait ni lire ni écrire. Connaître des objets-symboles n’a pas beaucoup plus d’importance que de connaître le lexique d’une langue étrangère. Les mots sont les éléments d’une langue, les symboles sont les constituants d’un système symbolique et ils ne prennent leur sens qu’au sein de ce système De même que l’outil fait émerger l’homme à la conscience, le symbole doit nous faire émerger à la conscience du système symbolique, et, au-delà à la recherche du sens dont nous avons vu pour commencer qu’il était une des raisons d’être du symbolisme. Il faut donc chercher les lois de ce système c’est-à-dire la grammaire. Il va de soi qu’il faut prendre ce terme de grammaire au sens analogique puisque nous savons bien qu’il ne saurait y avoir là de règles aussi strictes que dans le domaine du langage articulé ce qui rend compte de la diversité infinie des interprétations symboliques. La grammaire de la langue, la vraie, ne dit pas le pourquoi du discours. Elle dit comment faire le discours, comment le rendre intelligible. Le pourquoi du discours réside dans l’esprit de la personne qui désire s’exprimer, qui veut transmettre. La « grammaire » du symbolisme au contraire donne le pourquoi sans être précise sur le comment, ce qui en marque le caractère pré-rationnel. Cette grammaire c’est le cadre dans lequel est mis en jeu le symbolisme, c’est le rituel, plus largement le rite et l’action rituelle. Cette action rituelle se résume au fond, et quel que soit le degré, à une seule chose mais d’importance fondamentale : la création d’un temps et d’un espace particuliers. C’est à dire l’ouverture et la fermeture des travaux. Aussi importants que soient les actes, entre ces deux moments, leur importance est sous la dépendance de ces instants. Voila le pourquoi. C’est parce que cet espace-temps est créé, parce que l’on est revenu à un monde originel que l’on peut tenter de retrouver l’esprit du langage originel. Reste le comment. Il faut apprendre à lire et à entendre, raisonner puisque nous ne pouvons pas nous dépouiller totalement de ce que la vie nous a faits et que nous sommes à l’âge de la raison. Il faudrait si j’ose dire raisonner notre raison. Laisser la bride à l’imagination, à l’instinct, à la poésie qui a aussi leur place. Et surtout, surtout, une fois étudiés les mots du lexique symbolique, réintégrer ceux-ci dans le cadre plus large du système auxquels ils appartiennent. Le maillet, à lui seul, ne veut pas dire grand chose. Accouplé au ciseau, il prend déjà plus de sens. Mais de sens il ne prend vraiment qu’en considérant la raison de l’action conjointe qui est la taille de la matière. Un symbole ne prend donc de sens et il n’est vraiment porteur d’enseignement que replacé dans son système symbolique d’origine et, plus encore, ce système dans le cadre culturel qui lui a donné le jour. On fera la différence entre cadre et système, le premier contenant le second. C’est ainsi que nos symboles forment le système « symbolisme maçonnique » contenu dans le cadre culturel plus général de la « civilisation occidentale ». Il y a par exemple un symbolisme des couleurs parce que les couleurs ont une importance dans un cadre culturel donné (religieux par exemple). C’est dans, ou mieux pour ce cadre, que s’élabore un système symbolique des couleurs. En la matière, c’est l’existence du symbolisme des couleurs qui est universelle et non la valeur de chacune des couleurs prises individuellement. Ce qui vaut en Chine ne vaut pas nécessairement en occident. La taille de la matière ne prend toute sa valeur qu’en considération de la construction de l’individu. Cette construction est un élément du projet plus vaste qui consiste à considérer l’être ou la personne dans l’univers et face à son destin. On voit alors comme tout s’enchaîne, du pourquoi au comment, de proche en proche, du plus petit au plus vaste, et comme réponse à la question universelle du sens de la présence et de l’action de l’être humain. Cette question, aussi vieille que le genre humain, était déjà posée par les initiations antiques et les religions à mystères. Des réponses y étaient données, adaptées à l’époque et à la mentalité. Et l’on voit bien pourquoi la raison, si elle est utile ne peut être que jusqu’à un certain point. La nature de la question est d’ordre spirituel, les sciences, les philosophies, les théologies apportent des réponses, chacune en ce qui les concerne. Rien ne peut apporter une réponse absolument vraie. Le symbolisme non plus, il apporte un éclairage supplémentaire mais ne saurait suffire à lui seul. Et on se demandera si l’important n’est pas de chercher plutôt que de trouver. Le symbolisme est un monde et un état d’esprit. C’est une vision des choses et des êtres, un langage qui parle par évocation, plus au non-conscient qu’à l’entendement rationnel. Bien que fondamental, le symbolisme est comme le reliquat extrêmement ancien qui se faufile malgré les aléas du temps au travers la tapisserie de l’histoire. Son fil peut apparaître et disparaître, changer de couleur, il est toujours présent, visible ou caché car il fait partie de la nature humaine. Le symbolisme maçonnique est une des versions, mieux même une des visions, une des appréhensions à un moment donné et dans un temps particulier du grand fleuve du symbolisme. Il est spécifique parce qu’il se propose un but particulier. Comme est particulier le symbolisme religieux d’une croyance donnée. Le costume change, le rôle peut varier, mais l’acteur reste inchangé. L’histoire, telle que nous la concevons n’existe que par des « documents ». Dans le domaine de l’histoire des idées et de la pensée, les documents sont rares. Pas de monuments anciens même en ruines, pas ou peu d’inscriptions, des textes rares d’interprétation parfois difficile et souvent discutée. Dans ces conditions, des pans entiers de l’histoire sont ignorés, et à bon droit. Il suffit pourtant d’une découverte, disons archéologique, pour que surgisse d’un coup une réalité jusqu’alors méconnue ou discutée C’est ainsi que le fil caché de la tapisserie émerge à la lumière pour participer, à nouveau, au décor de l’histoire. Considérons la portée symbolique de la construction. Construire, c’est s’approprier le sol, s’y implanter. On ne bâtit pas pour partir mais pour rester. Mais au prix de la perte de la liberté : celle du nomade. On retrouve la dualité Abel contre Caïn qui se manifestera dans l’histoire sous la forme des invasions qui conduiront, en partie, à la chute de l’empire Romain. On se fixe au sol pour y fixer l’animal nouvellement domestique qu’il n’est plus besoin de chasser. Il en sera de même pour la plante. On fabrique des enclos pour les animaux et les hommes. Enclos fait de pieux dont les outils de mise en œuvre seront la hache et le maillet, même si hache et maillet sont de pierre. Le premier maillet fut sans doute une lourde pierre brute, assez maniable pour atteindre son but. Le symbolisme de la construction, vertical, trouve sa raison ou une raison dans le changement fondamental du mode d’être de l’homme désormais fixe au sol. Ce symbolisme de la construction n’est pas concevable chez le nomade ou prédomine l’horizontale de l’espace, du changement permanent. Il y aura place chez le nomade pour le symbolisme de l’étendue, du cheval et des armes. Le fixe s’oppose au mobile, le vertical à l’horizontal, les outils aux armes. Le monde actuel retentit encore de l’écho de la dualité d’Abel et de Caïn sous la forme de la crainte et du mépris à égard du nomade jusque dans le cinéma qui nous montre dans le western, l’antique opposition entre le fixe et le mouvant. Cette construction repose sur deux principes symboliques fondateurs. De même que la tenue peut se résumer fondamentalement à l’ouverture et à la fermeture des travaux, deux principes symboliques sont particulièrement fondateurs. Il s’agit du dépouillement des métaux et de l’engagement de poursuivre au dehors l’œuvre commencée dans le temple. Il y a une superposition parfaite. Le dépouillement des métaux correspondant à l’ouverture, l’engagement de poursuivre l’œuvre à la fermeture. La tenue ouvre un espace temps symbolique, les principes fondateurs créent une dynamique interne à l’individu, se dépouiller d’abord, construire ensuite, et toujours. Reste à déterminer ce qu’il faut entendre sur le plan symbolique et spirituel par dépouillement des métaux et œuvrer à continuer. Ce n’est pas le sujet de ce jour, mais il paraît difficile de ne pas l’évoquer au passage. Au-delà de l’interprétation des « symboles-objets » il y a la vision « symbolique » de faits ou d’événements, d’œuvres et de mythes. Cette vision qui peut être pas bien reçue, s’effectue au travers du filtre coloré -et peut-être déformant- du symbolisme. Pour autant, cette vision présente un intérêt esthétique, culturel ou spirituel. C’est ainsi que l’on peut voir, dans le miracle évangélique de la multiplication des pains, une anticipation de l’eucharistie. Immédiatement à notre porte les œuvres de la peinture, de la littérature, du cinéma prêtent souvent à interprétation symbolique. Des courants esthétiques en ont pris le nom, et Baudelaire me prêtera son talent pour terminer : La Nature est un temple où de vivants piliers. Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L’homme y passe à travers des forêts de symboles ; Qui l’observent avec des regards familiers. Le poète nous laisse pressentir un nouveau langage : le langage intérieur qui se passe de mots, usant plus d’images, de concepts, de souvenirs, bref procédant essentiellement sur le mode symbolique. Or le travail initiatique est un travail intérieur, par appropriation de ce qui a été perçu du monde symbolique. C’est dans ce lieu, dans l’intimité de la personne et pour sa transformation, que le symbolisme prend à la fois et son sens et sa force. Navigation des articles Planche Précédente "Comment intégrer les symboles maçonniques au quotidien ?" Planche Suivante "Le caractère de la méthode symbolique"