Le Temple #3244022 Le Temple Auteur: O∴ G∴ Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué Avec la sédentarisation des populations de l’Antiquité et l’avènement des cités, les collectivités humaines s’organisèrent depuis un centre unique ,profane et sacré , qui leur permit de prendre conscience d’elles- mêmes à travers leur fond commun religieux. Chaque Cité acquit dès lors un éclat spécifique qui perdura au travers du Temps et des Empires : Memphis, Thèbes, Ninive, Babylone, Delphes, Eleusis, Jérusalem, la liste est longue et glorieuse de ces villes qui jouèrent un rôle capital dans l’ Histoire, la Culture et les religions des hommes. Initialement,le politique et le religieux étaient solidaires et conjoints car il s’agissait de garder une cohésion sociale ainsi qu’une solidarité dans la tribu. Les jeunes réglaientles besoins matériels de la collectivité tandis que les aînés prenaient en charge les affaires religieuses. C’est ainsi que chez les romains, le Temple fut à l’origine le lieu où s’assemblaient les sénateurs car le Sénat ne pouvait s’assembler légalement que dans un lieu consacré par les augures. Le Temple intervient donc d’abord comme la demeure du dieu, sa fonction se limite à abriter son image ou sa présence et le peuple ne peut y accéder en dehors des aires dévolues aux sacrifices. L’image de la divinité installée dans le Temple peut ainsi prendre divers aspects, il peut s ‘agir d’une statue la représentant ,d’un emblème, comme le chandelier à sept branches appelé Menorah qui évoque les sept voyelles du Nom de Dieu et marque ainsi son omniprésence permanentequi brille sur les autels. Le Sacré, cependant, ne se limitait pas au Temple lui-même mais nedevenait sanctuaire : que tout lieu ayant auparavant bénéficié de rites de purification et de fondation pour l’accomplissement d’une opération religieuse. Ceci favorisa grandement la prise de conscience que Dieu se manifeste partout.La Divinité étant présente en tous lieux, il devint alors naturel de « fonder » quel que soit l’endroit etaprès respect de certaines conditions, un temple ou un autel voire d’ériger la statue d’un saint ou d’un objet symbolique comme un tas de pierres à un carrefour auquel le passant ajoutait son caillou, accomplissant ainsi son geste de purification et d’offrande. Le choix d’un emplacement à sacraliser s’imposait bien souvent par lui-même, le plus souvent on l’établissait sur le lieu même d’un sanctuaire primitif. Quand il s’agissait de fonder un nouveau sanctuaire, on le faisait depuis une révélation exprimée à partir d’un songe ou d’une vision. La révélation s’opérait aussi parfois par un signe céleste ou par une configuration astrale favorable voire par la Divinité elle-même, le meilleur exemple étant celui de MoIse à qui YHVH s’adresse directement. L’ orientation du Temple, quant à elle,se rapporte à un certain état astronomique qu’il faudra retrouver les jours de grandes fêtes définies,c’est le caractère initiatique de la fête en question qui fera qu’elle aura lieu quand telle configuration astrale se répètera dans le ciel. Comprenons toutefois qu’un espace sacré n’est ni une masse homogène ni la somme de parcelles spatiales car comme pour les parties du Temps, celles de l’Espace ont une valeur propre et indépendante. Dès lors une partie de cet Espace que l’on va extraire pour l’affecter à une fin religieuse deviendra une « place », c’est à dire un point d’arrêt dans l’étendue du monde que l’homme reconnaîtra , d’après lequel il se dirigeraet dont l’effet de puissance y sera renouvelé parlui-même. Un tel endroit deviendra rapidement un lieu de culte et la sainteté de l’emplacement nourrie par la dévotion dont il fera l’objet explique ainsi la continuité des Lieux Saints malgré les époques et les changements de religion. Un espace sacré, cependant, ne le reste pas indéfiniment si rien ne le fait vivre, les fidèles ont l’obligation d’entretenir la présence de la Divinité dans le sanctuaire par la pratique des vertus. Ils doivent fortifier cette dernière par l’exercice de sacrifices personnels ainsi que par les prières qui compenseront éventuellement ceux-ci. L’implantation du Temple, sa forme géométrique, ses mesures répondent certes aux conceptions et croyances en vigueur dans le groupe humain considéré mais avec la finalité incontournable qui veut que le Temple soit une imago mundi , c’est à dire la reproduction terrestre d’un modèle transcendant. Maison du dieu, le Temple sanctifie en permanence le monde parce qu’il le représente et le contient en même temps ; à l’imagedu Temple de Salomon qui répéta les mesures et les rapports de proportion de l’Arche d’Alliance qui reprenait elle-même ceux de l’Arche de Noé. Tout Temple digne de ce nom sanctifie et transcende aussi le Temps en donnant accès à l’au- delà du Temps, à un temps qui n’est plus mesurable par l’homme et que nous désignons par l’expression « de midi à minuit » . Un tel temps contient alors la notion d’interpénétration des mondes humain et divin de même que le principe d’entrée là où le temps ne se mesure plus, à savoir l’accès à l’Eternité. Avec le passage du nomadisme à la sédentarisation, le Temple exprima davantage l’aboutissement d’un désir de modernisation extérieurequ’un besoin de régénération religieuse. La pierre succéda au bois, le maçon au charpentier mais jamais cependant le Temple de Salomon ne supplanta l’Arche d’Alliance, comment l’aurait-il pu d’ailleurs, lui qui fut bâti pour recevoir l’Arche et sans laquelle il perd toute fonction ? Le Temple ne peut remplacer l’Arche car elle est un don de l’Eternel aux hommes alors qu’il n’est qu’un hommage des hommes à la Divinité. Sans l’Arche , le Temple n’est qu’une allégorie, ses mesures opératoires ne prendront vie que grâce à l’Arche d’Alliance, n’oublions jamais que « …Moise se tenait toujours devant le Tabernacle lorsqu’il parlait à Israël, pour recevoir toutes les intelligences…nécessaires…car le Tabernacle était le lieu consacré pour être le dépôt de toutes les vertus et puissances, spirituelles, temporelles, matérielles et corporelles… »( Enseignement secret des Chevaliers Profès). L’Arche est donc véritablement l’athanor de la Création comme celui de l’ensemble des transformations et des métamorphoses. Les constructions édifiées par Salomon puis par Zorobabel,ne purent toutefois résister au Temps imageant le fait que quand l’homme s’applique à copier Dieu, ce qu’il bâtit ne dure pas. L’homme, en effet, n’est pas créé pour copier Dieu mais pour retrouver ce qui est conforme et identique à Lui. L’homme spirituel ne peut évoluer qu’au sein d’un monde illimité qui englobe le Cosmos tout entier car le corps de l’homme en tant que microcosmos est identique au Macrocosmos. Le corps de l’homme est donc fondamental car il se rapporte symboliquement au Cœur ou réceptacle du dieu. Dans le Christianisme, les notions de corps et de Temple sont d’ailleursévoquées quand par exemple Paul affirme aux Corinthiens : « …Ignorez-vous que vôtre corps est le Temple du Saint Esprit qui est en vous ?… » (1 Corinthien,6 :19). L’ homme est donc invité à construire son temple « … comme une image réfléchie de l’Univers et l’élévation qu’il confère au temple devient réellement sa propre élévation au sens spatial et spirituel… » (Dantzel) . Un tel travail est difficile et nécessite l’usage initial d’un support, d’où le symbole de la pierre qu’il nous faut travailler et polir pour en faire une pierre de lumière avant de la placer dans le mur du Temple. Le symbole de la pierre, entre autres, intervient donc comme le support incontournable de la relation et du langage divin car« …on ne peut parler de Dieu qu’en symboles et ce symbolisme a le double avantage de stimuler la recherche et d’écarter les profanes… » (Clément d’Alexandrie). La révélation se situera en dehors de toute logique, rien ne sert de l’expliquer car elle n’est ni démontrable ni communicable, on en bénéficiera que si notre état d’être spirituel la mérite. En voulant rendre la Bible compréhensible pour tous, les Eglises ont utilisé une imagerie populaire qui a écarté les concepts et les symboles trop abstraits et qui pourtant représententles « contenus » fondamentaux. L’ « anthropomorphisation » de Dieu devenu un père à la barbe blanche comporte ainsile péril de lui attribuer toutes les assimilations et déviations humaines, Maître Eckhart nous mettait déjà en garde quand il affirmait : « …la figure humaine ne peut pas faire partie de l’imagerie du Temple car elle seule comporte le péril d’une matérialisation du divin, …la figure humaine le représenterait en totalité, se substituerait à lui, et donc l’évincerait… ». C’est pour en dénoncer tout le danger que les Chevaliers du Temple faisaient cracher le nouveau reçu dans l’Ordre sur la croix car le Christ n’est pas un objet, il n’y a aucune commune mesure entre Lui et ce personnage représenté en bois , en or ou en pierre sur la croix. Le message est formel , celui qui demeure lié au support ne peut pas s’élever car tant qu’il demeure attaché àquelque élément matériel, la matière le retiendra captif. Les temples de pierre ne sont ainsi destinés qu’aux hommes à la foi fragile ou vacillante, qu’ aux égarés qui se plaignent que Dieu ne les exauce pas. Ceux qui ont perçu que la Nature est un temple, que les écritures sacrées sont autant de temples comportant la Parole Divine, ceux qui ont compris que le cœur de l’homme peut devenir le sanctuaire de la Divine Présence, pour ceux là, la phrase de Paul aux Corinthiens prend toute sa dimension : « …Le Temple de Dieu est sacré et vous êtes ce temple… »(Corinthiens 3 :16).Quand l’homme, en effet, prend conscience de la présence vivifiante de l’Eternel en son centre, il n’a plus qu’un unique désir : celui de la vivifier, de la contempler et de se fondre en Elle.Dans l’état antérieur à la Chute, Esprit et Cœur se confondaient, par Cœur : dépassons l’image de l’organe physique, du siège des sentiments, des émotions et des passions, pour ne retenir que celle d’un lieu de rencontre et de convergence du relatif et de l’Absolu, du créé et de l ‘Incréé, de la personne humaine et des Personnes Divines.La Chute dont l’essence même est division ou dualité a séparé l’Esprit du Cœur, engendrant dès lors l’invasion de pensées multiples, de comportements contradictoires et par là : de conflits.Le secret de la Régénération sera donc de faire disparaître l’écorce qui maintient prisonnier le cœur divin et qui le sépare de l’Esprit, du Logos, c’est cela que l’on appelle la grande construction du Temple dans lequel Dieu, la Nature et l’homme seront unis à jamais.Nous comprendrons alors que « …Dieu fit du corps de l’homme Sa Cité et y établit l’esprit issu de Lui comme Calife. Il fit du cœur de l’homme Sa Kaaba, son Temple où vinrent processionner Ses anges… » (Rajab Borsî) Navigation des articles Planche Précédente "Planche d’Introduction pour le Tracé du Temple" Planche Suivante "Géographie Sacrée : Le Temple de Salomon"