Le premier voyage
N∴ G∴
Le premier voyage s’inscrit dans le cadre des 4 épreuves (terre, air, eau et feu) que doit subir le profane pour son initiation. En effet, après le cabinet de réflexion ou l’on invite à une première étude sur soi-même, une réflexion interne, le récipiendaire va pouvoir voyager à 3 reprises.
Contrairement à l’épreuve de la
terre, celle de l’air se déroule dans le temple. Le
récipiendaire doit être
préparé symboliquement à
l’entrée dans ce lieu sacré. Il ne doit
être : « Ni nu ni
vêtu, mais dans un état décent ».
Aussi doit-il avoir les yeux bandés car ils ne sont pas
encore aptes à recevoir la lumière. Il doit
être dépouillé de tous ses
métaux par preuve de désintéressement,
et pour que rien ne vienne gêner son perfectionnement.
L’initié franchit un pas supplémentaire. Comme l’enfant qui vient de naître, le profane est aveugle moralement et intellectuellement, même s’il peut sentir, comme le bébé a des réflexes et des intuitions. Cet aveuglement nous rappelle que le profane est encore dominé par ses passions. Aussi, il doit être accompagné et soutenu par les autres dans les épreuves. Chacune de ces épreuves est autant de stimulant. L’homme se fait donc peu à peu, et ne peut être livré à lui-même tant qu’il n’est pas en pleine possession de ses moyens. La lutte nous forme, elle préside à notre évolution et nous fait ce que nous sommes.
Cette dualité de la terre et de l’air se retrouve dans la différence des 2 épreuves. Après la réflexion qui nous a été suscitée par l’épreuve de la terre, il est temps de passer à l’action par le déroulement des voyages. On passe du sentiment à l’action, de l’imagination à la raison, de la compréhension à la création, de l’épais au subtil.
Cette épreuve est symboliquement la plus significative de la naissance ou de la renaissance dans un monde nouveau. La corde qui entourait le cou du profane à l’entrée du temple va lui être ôtée, comme l’on coupe le cordon ombilical du nouveau-né. Il va pouvoir affronter la vie avec son apprentissage. Il sera aidé dans la première partie de sa vie, et devra consacrer le reste de son existence à aider les autres.
Le candidat sera amené pour la seule fois à parcourir le temple dans le sens contraire : « sinistrorsum ». Cela met en garde contre les chemins qu’il ne faut pas emprunter. En effet, si les deux sens de parcours du temple sont peuplés d’embûches, surmonter ces deux épreuves n’amènent pas au même résultat. D’une part, le dextrorsum permet la construction par une architecture solide et profonde, d’autre part, le sinistrorsum retrace la fabrication de châteaux de cartes qui peuvent être détruit par le moindre souffle d’air.
Ce voyage sera effectué sous un grand bruit,
et il sera parsemé d’obstacles. Le tumulte qui accompagne le
récipiendaire symbolise les passions auxquelles on est
soumis au cours de notre vie. Les obstacles que l’on rencontre
représentent les difficultés que l’on rencontre.
L’irrégularité de la route que l’on poursuit nous
rappelle la difficulté des entreprises, et le choc des
intérêts. Au cours de ce voyage un soutien et une
aide nous sont apportés par le frère expert qui
nous accompagne dans cette épreuve. Sa présence
est indispensable à la réussite. Il en ressort
que livré à lui-même, l’homme est
voué à l’échec.
Cette épreuve nous met en garde contre toute entreprise chimérique dont ne saurait résulter que ruine et déception. On pourrait assimiler cette épreuve à la 16ème carte du jeu de tarot qui représente la maison Dieu. On y retrouve une tour détruite par la foudre, et l’homme qui l’habitait en est projeté.
La montée et la soudaine descente nous illustre bien une notion fondamentale que nous retrouvons souvent : « Rien n’est acquis. Rien n’est perdu ». En effet, la vie nous amène souvent progresser. Il apparaît aussi qu’il faut différentier le profond du superficiel. L’homme doit s’apprécier par ses valeurs intrinsèques et non pour ses valeurs matérielles. C’est la raison pour laquelle l’initié est dépouillé de ses métaux avant d’entrer dans le temple.
Le premier voyage se solde donc sur un échec
sur lequel il faut rebondir.
C’est symboliquement l’apprentissage du bon sens de
parcours : le « dextrorsum ».
Le profane apprendra donc à se méfier et
à déjouer les pièges qui se
présentent à lui.
Dans son deuxième voyage, c’est la purification par l’eau qui est proposé, c’est en quelques sortes un baptême philosophique. Au cours de cette deuxième épreuve, les obstacles sont moins difficiles en apparence. C’est une mise en garde contre les autres qui flattent les appétits et attisent les haines à leurs seuls profits.
Une certaine confiance et une certaine facilité entourent la 4ème et dernière épreuve. On est soumis à la fougue des passions à laquelle on répond par le calme et la sérénité. Il doit veiller cependant à ce que la flamme qui brûle en lui ne s’éteigne jamais : elle représente l’amour profond pour ses semblables.
Ces voyages auront forgé un homme qui aura déjoué des pièges en apparence de moins en moins difficiles. En fait ce decrescendo est du à ce que l’homme aura su mieux les surmonté.
Ces épreuves ont permis au néophyte d’être initié à la symbolique qui permet de généraliser ce que les mots spécifient. A travers ces lois immuables de la pensée que l’on ne sait exprimer que par les symboles, on est amener à réfléchir pour toute la vie. L’initié ressort de ces épreuves grandit, et après avoir chassé certains préjugés de sa pensée. C’est le travail sur la pierre brute qui représente l’initié qui permettra d’atteindre la sagesse, il sera apte à recevoir la Lumière. Lors de cette première étape, l’initié aura appris les bases symboliques qui lui permettront de regarder avec discernement le monde qui l’entoure, et de mener une réflexion sur lui-même.
Si l’on devait résumer les apprentissages qui résultent du passage de ces 4 épreuves : il en ressort que l’homme n’a pas des objectifs purement matériels, il doit se méfier des autres, mais cela ne doit pas altérer l’amour pour ses semblables.
En un mot : « Pratiquer la vertu et fuir le vice ».
J’ai dit, Vénérable Maître