L’équerre au 1er degré du Rite Ecossais Ancien & Accepté
Non communiqué
Posé sur l’autel des serments, ses
extrémités recouvrant les pointes du compas,
telle est la place de l’équerre dans une loge
maçonnique ouverte au 1er degré du Rite
Écossais Ancien et Accepté.
À sa place au septentrion de cette loge, l’apprenti tourne
légèrement sa tête vers la gauche, dans
la direction de l’Orient pour contempler les 3 grandes
Lumières de la Franc-Maçonnerie.
Hier, c’était devant cet autel que je prêtais
serment de travailler sans relâche à la recherche
de la Vérité.
Armé d’un maillet parfois bien lourd pour un bras si inexpérimenté, maintenant à grande peine le ciseau sur la pierre, j’ai donc commencé à appliquer ma volonté et mon intuition à la découverte de la « connaissance des vérités abstraites dont le symbolisme maçonnique est la traduction sensible ».
Sur le volume de la Loi Sacrée,
l’équerre surmonte donc le compas, la terre recouvre le
ciel, les ténèbres la lumière, la
matière domine l’esprit.
Assis sur la colonne B, il est ainsi rappelé à
l’apprenti sa condition première, celle d’un homme
imparfait, « produit grossier de la nature
», pierre brute aux nombreuses
aspérités. On lui rappelle la
fragilité de ses connaissances et l’ampleur du travaille
à accomplir.
En ce sens, l’équerre figure donc la terre, 1er des 4
éléments auquel le profane a
été confronté lors de son initiation,
1er des 4 éléments par lequel il sera «
purifié ».
L’équerre me rappelle ainsi que l’épreuve du
Cabinet de Réflexion, n’était pas une simple
étape à présent
dépassée. Que ce voyage au centre de
moi-même auquel il m’invitait ne s’achevait pas à
la lumière du jour ni « au-dehors du Temple
».
Bien au contraire, la vision de l’équerre
m’enjoint à n’avoir de cesse, maintenant apprenti, de
visiter cette caverne intérieure, empli de secrets et de
passions.
Grâce à cette épreuve, j’avais eu le
sentiment que de ce monde intérieur tumultueux,
où « l’ignorance et les
préjugés » prennent si souvent le
dessus, dominant ainsi mon esprit, il pourrait « sortir
» autre chose.
A l’Ordre, pied en équerre comme fondement de
son travail, main à équerre sous la gorge pour
« contenir le bouillonnement qui agite sa poitrine
», l’apprenti ne peut oublier ce fantastique combat qui
commence, ni cette enivrante lueur d’espoir qui désormais
l’habite.
Ce qu’il a tant cherché dans sa vie profane, sans toujours
se l’avouer, à travers toutes ces occupations. Ce qu’il a
tenté de découvrir entre les lignes de tous ces
livres, à travers tant de rencontres, ne se trouverai donc
pas en dehors de lui mais bien au-dedans, déjà
présent en lui comme une pierre caché au fond de
l’Athanor.
Plus que le simple constat d’une condition,
l’équerre est aussi une formidable invitation au travail,
à l’introspection et à la découverte
des autres.
L’équerre dans sa simple assonance vise à un
comportement exemplaire, rectitude de la pensée et de
l’action, respectant le principe de la Loi morale, « le
franc-maçon dans ses actes doit s’inspirer du sentiment
d’équité ».
Le mot « équerre » vient du latin Ex
Quadare : Tracé des angles droits, des carrés.
Déjà dans sa descente au centre de cette terre
symbolique, le récipiendaire a pu lire à la
lumière du flambeau cette formule hermétique :
VITRIOL. Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum
Lapidem. Rectificando, en rectifiant, en rendant plus droit, en rendant
carré.
Seul ce travail acharné sur lui-même pourra
extraire l’homme de sa condition actuelle.
Chaque coup de maillet, le tirera ainsi vers le haut, le hissant avec
difficulté de son antre le long de l’axe du monde,
jusqu’à l’étoile polaire.
Mais contrairement aux premières apparences, la progression
ne s’avère pas constante.
En effet, bien des désillusions attendent l’apprenti et il
connaîtra tout au long de sa vie maçonnique bien
des chutes et des obstacles. Il naviguera sans cesse du centre de la
terre jusqu’aux étoiles et chutera de nouveau,
inexorablement.
« Il monte de la terre au ciel, et
de rechef il redescend sur la terre. »
Mais cette étoile polaire qu’il cherche à
atteindre n’en est pas une, merveilleux reflet de la lumière
solaire sur Vénus, elle n’est pas source
créatrice de cette lumière, elle n’est pas le but
à atteindre, mais un phare dans les
ténèbres, une méthode.
Il saisit que cette mort symbolique qu’il a vécu est
appelée à ce renouveler sans cesse, mais que sans
cesse il renaîtra.
C’est ainsi que commencera son travail maçonnique, sous la
direction du F Second Surveillant. Ce Second Surveillant qui avant
chaque tenue le questionne et le pousse à aller au fond de
lui-même. C’est le comportement même de ce F qui
fera saisir à l’apprenti pourquoi il revêt en loge
un sautoir décoré de la perpendiculaire.
Cette perpendiculaire, ce fil à plomb, reflet de l’axe du
monde qui m’invite à recommencer sans cesse ce voyage
symbolique.
L’apprenti s’aperçoit vite, disais-je, que
malgré ses efforts, le voyage est plus difficile qu’il ne
l’espérait, il navigue à vu, sans
arrivé à se repérer, comme s’il lui
manquait des éléments pour se maintenir dans la
direction de la Lumière.
Lui qui avait pensé dans un moment d’exaltation que son
ascension serait permanente, chacune de ses chutes est vécue
avec douleur et détresse.
C’est dans un de ces moments là, qu’un
élément revint à ma
mémoire. J’avais le souvenir d’une autre ascension que
j’avais commencée et dont la chute aurait pu être
fatale sans le secours fraternel qui m’avait été
apporté.
Peut-être était-ce un peu cela,
l’épreuve de l’air, un avertissement mais comment le
percevoir alors que ce jour là, comme bien d’autre,
« un voile épais me couvrait les yeux
».
Dans ce travail personnel, j’ai commis l’erreur d’oublier les autres,
ceux qui à mes cotés travaillent et m’aident et
tous ceux à qui mon travail devait aussi profiter dans ma
vie profane.
Je n’aime plus à présent l’image de ces sages,
penchés sur leur grimoire, seul au fond d’une grotte ou d’un
laboratoire. Que vaut cette sagesse si elle n’est pas
partagée. Y a t’il sagesse sans Amour ? Et Amour
sans les autres ?
J’ai oublié bien des choses dans ma
précipitation, manquant parfois d’humilité.
A quoi bon rendre la pierre carrée si ce
n’est pas pour lui trouver sa place dans l’édifice, dans ce
temple humain que nous bâtissons. « L’apprenti
travaille à dégrossir la pierre brute afin de la
dépouiller de ses aspérités et
à la rapprocher d’une forme en rapport avec sa destination.
»
« L’enfer, c’est les autres.
» Je ne le crois pas, l’enfer, ce sont ces flammes qui
brûle en moi et me pousse à condamner mon
frère par peur, jalousie ou ignorance. Car si le feu
brûle, il peut aussi tenir chaux. L’apprenti que ses flammes
qui dévorent sont âme peut devenir un jour un doux
qui réchauffera son coeur et celui de « tout
ceux qui lui sont attaché par les liens de la
solidarité ».
L’équerre a bien deux branches, elle n’est
pas pure verticalité, elle est aussi
horizontalité.
Comme le soulignait Oswald WIRTH, deux équerres
réunies peuvent former un carré, symbole de la
terre et de ce travail individuel mais aussi une croix,
réunion de l’individuel et du collectif.
Toutes les forces qui doivent tout d’abord être
concentrée sur elle-même afin
d’acquérir leur maximum d’énergie expansive,
devront être utilement déployée au
dehors.
Il faut donc que l’apprenti après avoir commencé
à maîtriser la verticale, apprenne à la
combiner à l’horizontale, il devra passer de l’une
à l’autre, de la perpendiculaire au niveau. Il devra devenir
un jour l’une et l’autre.
Équerre, niveau et perpendiculaire, le
Vénérable Maître et les 2 surveillants,
les trois bijoux mobiles, les 3 grands piliers de la Loge.
Cette association, cette réunion de la perpendiculaire et du
niveau dans l’équerre représente pour moi une des
figurations de la Loi du Ternaire où l’équerre
serait symbole du nombre 3, synthèse de ce qui me paraissait
opposé, représentation intelligible de
l’Unité.
En des temps anciens, où les mathématique et la
philosophie n’étaient qu’une seule et même
discipline. Un homme a tenté de démontrer que
l’univers tout entier était une harmonie, qu’en chacun
d’entre nous vibrait la totalité du cosmos, qu’en chacun
résonnait le son de l’univers.
Nous dirions dans nos mots qui sont un peu les siens, que Tout est Un
et qu’il ne saurait rien exister en dehors du Tout. Un le Tout,
« En To Pan » aurait-on dit
en d’autre temps.
Sur le sautoir du Vénérable
Maître, se trouve une équerre de rapport 3 et 4,
représentation du théorème de
Pythagore, nos passé Maître sont
décorés de la même équerre
où c’est ajouté la démonstration du
dit théorème.
On peut donc associer le Vénérable
Maître en chaire, « principe qui
illumine la conscience », figure de la sagesse,
qui depuis la 3ème marche de l’Orient dirige les
Frères dans les voies de la Franc-maçonnerie
à l’équerre.
C’est donc peut-être aussi une direction que
l’équerre indique à l’apprenti, montrant ainsi la
route qui mène à la Vérité.
A mes yeux, l’équerre revêt donc
une triple fonction, constat d’une condition, méthode
d’élévation et direction vers laquelle orienter
ses efforts. Cette triple fonction peut être
associée à trois sentiments, humilité,
persévérance et espoir.
Bien entendu ce ternaire pourrai se décliner à
l’infini mais pour conclure, je résumerai ma
pensée ainsi : L’équerre à travers les
réflexions qu’elle suscite et les sensations qu’elle fait
ressentir, invite l’apprenti à réunir le
pôle passif et actif de l’univers, à
réunir l’individuel et le collectif dans l’espoir que
l’apprenti saisisse qu’il est, comme chaque être humain une
correspondance de cet Univers.
« La pierre taillée trouve naturellement sa place dans l’édifice ; L’apprenti devra donc par son travail, se rectifier afin d’avoir pleine conscience de son identification au Cosmos et la révélation qu’il en est une réduction. »
J’ai dit.