L'Équerre #382007

L’équerre au 1er degré du Rite Ecossais Ancien & Accepté

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Posé sur l’autel des serments, ses extrémités recouvrant les pointes du compas, telle est la place de l’équerre dans une loge maçonnique ouverte au 1er degré du Rite Écossais Ancien et Accepté.
À sa place au septentrion de cette loge, l’apprenti tourne légèrement sa tête vers la gauche, dans la direction de l’Orient pour contempler les 3 grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie.
Hier, c’était devant cet autel que je prêtais serment de travailler sans relâche à la recherche de la Vérité.

Armé d’un maillet parfois bien lourd pour un bras si inexpérimenté, maintenant à grande peine le ciseau sur la pierre, j’ai donc commencé à appliquer ma volonté et mon intuition à la découverte de la « connaissance des vérités abstraites dont le symbolisme maçonnique est la traduction sensible ».

Sur le volume de la Loi Sacrée, l’équerre surmonte donc le compas, la terre recouvre le ciel, les ténèbres la lumière, la matière domine l’esprit.
Assis sur la colonne B, il est ainsi rappelé à l’apprenti sa condition première, celle d’un homme imparfait, « produit grossier de la nature », pierre brute aux nombreuses aspérités. On lui rappelle la fragilité de ses connaissances et l’ampleur du travaille à accomplir.
En ce sens, l’équerre figure donc la terre, 1er des 4 éléments auquel le profane a été confronté lors de son initiation, 1er des 4 éléments par lequel il sera « purifié ».
L’équerre me rappelle ainsi que l’épreuve du Cabinet de Réflexion, n’était pas une simple étape à présent dépassée. Que ce voyage au centre de moi-même auquel il m’invitait ne s’achevait pas à la lumière du jour ni « au-dehors du Temple ».

Bien au contraire, la vision de l’équerre m’enjoint à n’avoir de cesse, maintenant apprenti, de visiter cette caverne intérieure, empli de secrets et de passions.
Grâce à cette épreuve, j’avais eu le sentiment que de ce monde intérieur tumultueux, où «  l’ignorance et les préjugés » prennent si souvent le dessus, dominant ainsi mon esprit, il pourrait « sortir » autre chose.

A l’Ordre, pied en équerre comme fondement de son travail, main à équerre sous la gorge pour « contenir le bouillonnement qui agite sa poitrine », l’apprenti ne peut oublier ce fantastique combat qui commence, ni cette enivrante lueur d’espoir qui désormais l’habite.
Ce qu’il a tant cherché dans sa vie profane, sans toujours se l’avouer, à travers toutes ces occupations. Ce qu’il a tenté de découvrir entre les lignes de tous ces livres, à travers tant de rencontres, ne se trouverai donc pas en dehors de lui mais bien au-dedans, déjà présent en lui comme une pierre caché au fond de l’Athanor.

Plus que le simple constat d’une condition, l’équerre est aussi une formidable invitation au travail, à l’introspection et à la découverte des autres.
L’équerre dans sa simple assonance vise à un comportement exemplaire, rectitude de la pensée et de l’action, respectant le principe de la Loi morale, « le franc-maçon dans ses actes doit s’inspirer du sentiment d’équité ».

Le mot « équerre » vient du latin Ex Quadare : Tracé des angles droits, des carrés. Déjà dans sa descente au centre de cette terre symbolique, le récipiendaire a pu lire à la lumière du flambeau cette formule hermétique : VITRIOL. Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem. Rectificando, en rectifiant, en rendant plus droit, en rendant carré.
Seul ce travail acharné sur lui-même pourra extraire l’homme de sa condition actuelle.
Chaque coup de maillet, le tirera ainsi vers le haut, le hissant avec difficulté de son antre le long de l’axe du monde, jusqu’à l’étoile polaire.
Mais contrairement aux premières apparences, la progression ne s’avère pas constante.
En effet, bien des désillusions attendent l’apprenti et il connaîtra tout au long de sa vie maçonnique bien des chutes et des obstacles. Il naviguera sans cesse du centre de la terre jusqu’aux étoiles et chutera de nouveau, inexorablement.

« Il monte de la terre au ciel, et de rechef il redescend sur la terre. »
Mais cette étoile polaire qu’il cherche à atteindre n’en est pas une, merveilleux reflet de la lumière solaire sur Vénus, elle n’est pas source créatrice de cette lumière, elle n’est pas le but à atteindre, mais un phare dans les ténèbres, une méthode.
Il saisit que cette mort symbolique qu’il a vécu est appelée à ce renouveler sans cesse, mais que sans cesse il renaîtra.
C’est ainsi que commencera son travail maçonnique, sous la direction du F Second Surveillant. Ce Second Surveillant qui avant chaque tenue le questionne et le pousse à aller au fond de lui-même. C’est le comportement même de ce F qui fera saisir à l’apprenti pourquoi il revêt en loge un sautoir décoré de la perpendiculaire.
Cette perpendiculaire, ce fil à plomb, reflet de l’axe du monde qui m’invite à recommencer sans cesse ce voyage symbolique.

L’apprenti s’aperçoit vite, disais-je, que malgré ses efforts, le voyage est plus difficile qu’il ne l’espérait, il navigue à vu, sans arrivé à se repérer, comme s’il lui manquait des éléments pour se maintenir dans la direction de la Lumière.
Lui qui avait pensé dans un moment d’exaltation que son ascension serait permanente, chacune de ses chutes est vécue avec douleur et détresse.
C’est dans un de ces moments là, qu’un élément revint à ma mémoire. J’avais le souvenir d’une autre ascension que j’avais commencée et dont la chute aurait pu être fatale sans le secours fraternel qui m’avait été apporté.

Peut-être était-ce un peu cela, l’épreuve de l’air, un avertissement mais comment le percevoir alors que ce jour là, comme bien d’autre, « un voile épais me couvrait les yeux ».
Dans ce travail personnel, j’ai commis l’erreur d’oublier les autres, ceux qui à mes cotés travaillent et m’aident et tous ceux à qui mon travail devait aussi profiter dans ma vie profane.
Je n’aime plus à présent l’image de ces sages, penchés sur leur grimoire, seul au fond d’une grotte ou d’un laboratoire. Que vaut cette sagesse si elle n’est pas partagée. Y a t’il sagesse sans Amour ? Et Amour sans les autres ?
J’ai oublié bien des choses dans ma précipitation, manquant parfois d’humilité.

A quoi bon rendre la pierre carrée si ce n’est pas pour lui trouver sa place dans l’édifice, dans ce temple humain que nous bâtissons. « L’apprenti travaille à dégrossir la pierre brute afin de la dépouiller de ses aspérités et à la rapprocher d’une forme en rapport avec sa destination. »
« L’enfer, c’est les autres. » Je ne le crois pas, l’enfer, ce sont ces flammes qui brûle en moi et me pousse à condamner mon frère par peur, jalousie ou ignorance. Car si le feu brûle, il peut aussi tenir chaux. L’apprenti que ses flammes qui dévorent sont âme peut devenir un jour un doux qui réchauffera son coeur et celui de « tout ceux qui lui sont attaché par les liens de la solidarité ».

L’équerre a bien deux branches, elle n’est pas pure verticalité, elle est aussi horizontalité.
Comme le soulignait Oswald WIRTH, deux équerres réunies peuvent former un carré, symbole de la terre et de ce travail individuel mais aussi une croix, réunion de l’individuel et du collectif.
Toutes les forces qui doivent tout d’abord être concentrée sur elle-même afin d’acquérir leur maximum d’énergie expansive, devront être utilement déployée au dehors.
Il faut donc que l’apprenti après avoir commencé à maîtriser la verticale, apprenne à la combiner à l’horizontale, il devra passer de l’une à l’autre, de la perpendiculaire au niveau. Il devra devenir un jour l’une et l’autre.

Équerre, niveau et perpendiculaire, le Vénérable Maître et les 2 surveillants, les trois bijoux mobiles, les 3 grands piliers de la Loge.
Cette association, cette réunion de la perpendiculaire et du niveau dans l’équerre représente pour moi une des figurations de la Loi du Ternaire où l’équerre serait symbole du nombre 3, synthèse de ce qui me paraissait opposé, représentation intelligible de l’Unité.
En des temps anciens, où les mathématique et la philosophie n’étaient qu’une seule et même discipline. Un homme a tenté de démontrer que l’univers tout entier était une harmonie, qu’en chacun d’entre nous vibrait la totalité du cosmos, qu’en chacun résonnait le son de l’univers.
Nous dirions dans nos mots qui sont un peu les siens, que Tout est Un et qu’il ne saurait rien exister en dehors du Tout. Un le Tout, « En To Pan » aurait-on dit en d’autre temps.

Sur le sautoir du Vénérable Maître, se trouve une équerre de rapport 3 et 4, représentation du théorème de Pythagore, nos passé Maître sont décorés de la même équerre où c’est ajouté la démonstration du dit théorème.
On peut donc associer le Vénérable Maître en chaire, « principe qui illumine la conscience », figure de la sagesse, qui depuis la 3ème marche de l’Orient dirige les Frères dans les voies de la Franc-maçonnerie à l’équerre.
C’est donc peut-être aussi une direction que l’équerre indique à l’apprenti, montrant ainsi la route qui mène à la Vérité.

A mes yeux, l’équerre revêt donc une triple fonction, constat d’une condition, méthode d’élévation et direction vers laquelle orienter ses efforts. Cette triple fonction peut être associée à trois sentiments, humilité, persévérance et espoir.
Bien entendu ce ternaire pourrai se décliner à l’infini mais pour conclure, je résumerai ma pensée ainsi : L’équerre à travers les réflexions qu’elle suscite et les sensations qu’elle fait ressentir, invite l’apprenti à réunir le pôle passif et actif de l’univers, à réunir l’individuel et le collectif dans l’espoir que l’apprenti saisisse qu’il est, comme chaque être humain une correspondance de cet Univers.

« La pierre taillée trouve naturellement sa place dans l’édifice ; L’apprenti devra donc par son travail, se rectifier afin d’avoir pleine conscience de son identification au Cosmos et la révélation qu’il en est une réduction. »

J’ai dit. 

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