Les Etapes de l’Initiation

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Il faut préciser la distinction qu’il y a entre les étapes de l’initiation et les degrés maçonniques ; car trop souvent il y a une confusion, trop bien entretenue, entre étape et degré. Les degrés maçonniques ne sont que le couronnement d’un laps de temps passé sur les Col., ce qui laisse à penser aux participants, qu’ils sont devenus « super initié » simplement en prenant le temps d’attendre, comme si un cordon de Maître avait des vertus magiques, pour tailler la Pierre Brute à la place de la main et du cerveau de celui qui le porte. Donc une bavette de tablier rabattue et le port d’un cordon de M., ne délivrent aucune passe droit dans la réalité initiatique, au mieux ils font plaisir à celui qui a frappé à la Porte du Temple.

Précisément, un jour une Femme, un Homme, s’interrogent sur le sens de leur vie, et veulent avoir un but qui les changent du côté matériel de la vie, au hasard de leur recherche, ils tombent sur la franc-maçonnerie, et sans trop savoir ce qu’ils cherchent et ce qu’ils vont trouver, ils frappent à la Porte du Temple. Après avoir subi toutes les formalités elle ou lui vont passés un certain temps sur la colonne du nord. Là, loin des stimuli et de l’agitation du monde profane, l’initiation va leur demander de faire le calme dans leur cerveau, tout d’abord en supprimant un sens bien utile dans le monde profane, celui de la Parole ; dès la fin de l’initiation, le rituel procède à une amputation fictive, il ne restera plus aux nouveaux initiés que le regard et l’écoute. Privé de cette parole si utile mais quelquefois imprévue et rebelle, nos apprentis vont, pour compenser cette absence renforcer leur écoute et leur regard, afin de les obliger, à mieux réfléchir, à mieux observer, à mieux écouter, non plus le brouhaha de la vie profane, mais les prémices de l’initiation. L’écoute et l’observation sont deux étapes de l’Initiation, et ces deux étapes, sont importantes car elles déterminent les étapes suivantes.

Tout dépend du fonctionnement de la loge, de son Egrégore, du travail du 2éme Sur, qui, à travers son exemple et son enseignement, assure, la pérennité de la L, avec son savoir faire et son acquis initiatique. Comme dans toute expérience spirituelle, c’est du début que tout commence, et cela engage l’avenir. Si l’on apprend rien aux demandeurs, aux questionneurs, tout le reste sera vide de sens, et ne sera qu’une parodie.

Cette première étape, débarrasse le cerveau de tout ce qui l’encombre, non pas pour en faire des zombis, mais simplement pour retrouver une fraîcheur, une naïveté d’enfant. Cette étape privilégie le cerveau, afin de lui permettre un changement d’état d’esprit, c’est la lente transformation du profane en devenir d’initié, son regard comme son écoute seront changés pour longtemps, faisant des jeunes apprentis, des candidats aptes à gravir les autres étapes..
J’ai retrouvé en cherchant, que dans le Rituel d’Avignon, (le Tuileur) datant du 18éme siècle, un Comp., après trois mois et demi, pouvait sur sa demande, faire une proposition pour devenir M. Comme quoi les choses n’ont guère changé, maintenant comme d’antan, il faut brûler les étapes.

Donc l’étape succédant à l’app. est l’étape du comp., après le silence qui a développé la réceptivité et la sensibilité des initiés, il faut que ces deux qualités soient utilisées le mieux possible. Donc nos comp., vont passer du silence, de l’inaction (avec quelques fois, pour certains des moments d’impatience) au travail, à l’étude, à l’action réfléchie, en utilisant le mieux du monde un cerveau mieux disposé pour comprendre, pour utiliser les informations du monde profane, c’est la confrontation et le passage de la théorie à la pratique, non plus d’une façon désordonnée, mais suivant les lois de notre géométrie. Le comp., pour moi est une étape très importante de l’initiation, car c’est l’épreuve de vérité, c’est à ce moment que l’on peut voir si l’apprentissage va porter ses fruits pour obtenir une bonne initiation, ou au contraire une mauvaise pierre, qui restera toujours une mauvaise pierre. Le but de l’initiation étant, non pas l’attribution d’un cordon, mais l’organisation de notre façon de penser pour franchir un état de conscience différent de celui que nous avions lorsque nous étions profanes. C’est l’étape du comp. qui grâce à nos outils, nous permet, tout comme après de longs efforts, de nous préparer d’emmagasiner des forces et des connaissances, suffisantes pour aller au-delà (dans les anciens rituels, qu’à tort nous avons réduit, le comp. porte une besace ; c’est tout dire, car dans une besace, on emmène aussi bien les outils que les provisions de bouche).

De nos jours comme de par le passé, c’est le comp., qui construit, c’est lui qui maîtrisant la Géométrie, vient à bout de la pesanteur, de la rigidité des matériaux et peut mettre en œuvre des éléments qui pour le profane semble incongrus. C’est lui le Géomètre, le metteur en scène de l’espace et du temps. Mais pour construire, comme pour se construire, il faut avoir la maîtrise, non seulement des outils, mais de soi même ; personnellement, je crois que des comp. sont maîtres sans en avoir le cordon, et j’ai constaté que des MM. en sont restés à l’étape de l’app.

Dans un rituel du REAA, on pose au comp. vingt quatre questions, ordonnancé par des séries de quatre, non pas pour faire du bachotage, mais pour lui apprendre que la Vie, fonctionne par cycles, comme ceux du Temps (les quatre saisons), que l’on part du plus bas pour aller vers le plus haut, et que la progression se fait suivant une spirale (encore la géométrie) et que si on a l’impression que se sont toujours les mêmes choses qui reviennent, il n’en reste pas moins que notre regard lui est toujours différent, à cause de la perspective.

Maintenant que le cerveau est apte à bien fonctionner, suivant la logique de l’enseignement maçonnique, à savoir la construction de soi même, on peut passer à l’étape suivante, celle que l’on appelle, injustement la Maîtrise. Je dis injustement, car comment peux t on devenir maître de soi même, et de sa pensée et de son attitude physique, après trente six mois de Maçonnerie ? Pourtant des Maçonnes et des Maçons, le croient fortement, non pas par orgueil, mais tout simplement parce que c’est l’habitude. Cette étape est très importante, car l’initié en devenir, a retrouvé la parole, mais les mots que maintenant, il va utiliser, ne sont plus ceux du monde profane, ces mots là véhiculent un sens, une portée qui est aux antipodes du langage profane, et si l’on s’appelle « mon frère » ce n’est pas de la décoration verbale, car cela implique une attitude de vie en Loge bien précise. Dans un rituel encore en usage de nos jours, on parle de comp. accepté et de comp. fini, c’est dire qu’entre ces deux termes, il y a un long processus de mise en main des outils, de connaissance de la matière, et du sens du travail.

L étape suivante, nous conduit à la Maîtrise. Etape qui contrairement à la croyance maçonnique n’est pas la fin du circuit initiatique, car sans entrer dans les détails du mythe d’Hiram, il y mort et renaissance, dans cette étape, pour faire simple, on abandonne tout pour mieux renaître. Renaître, pour passer de l’utilisation de notre cerveau, à celle différente de l’utilisation de notre cœur, après avoir maîtriser le rationnel, on passe à l’intuitif, du cerveau, organe égoïste car à lui seul il mobilise à son service tout les autres organes du corps, alors que le cœur lui est plus « généreux », car sans distinction il irrigue tout notre corps, sans distinction d’importance. C’est ce que doit faire le M. répandre sans distinction, tout ce qu’il a acquis, car la Connaissance descend toujours d’en haut, du plus léger vers le plus lourd. Mais car il y a un mais, trop d’initiés, pose leur sac à cette étape, pensant faute d’un savoir un peu plus complet, par manque aussi de curiosité, que cette étape est l’apothéose de leur démarche initiatique, oubliant que derrière eux, il y a encore des candidats à la quête initiatique, et si l’expérience sert à quelque chose, c’est au moins pour les autres, de leur indiquer les erreurs à ne pas connaître, et à reconnaître les signes de piste indiquant la bonne route.

Après l’étape de la Maîtrise, peut-on se dire initié à part entière ? Non car à titre personnel, on ne peut pas se juger soi même, au moins dans ce domaine, il faut bien le dire que l’on soit un profane ou à la recherche de l’initiation, on a tendance, avec soi-même, à la complaisance ; c’est ainsi. Ce sont les autres ayant franchi une autre étape sur la parcours initiatique qui seul, peuvent le dire, à condition qu’ils estiment utile de le dire. C’est à dessein que j’ai employé le mot étape, car le chemin initiatique est un parcours contre soi même avec des avancées, des difficultés, des reculades, des obstacles, qui quelque fois font douter, et de l’utilité d’une telle démarche, comme du résultat final, mais ainsi va la vie avec des hauts et des bas(l’expression populaire est vraiment justifiée), pourquoi entreprend–on ce voyage à travers soi même, en acceptant le jugement des autres, qui normalement sont sans complaisance, car il ne s’agit pas de faire plaisir, mais de faire progresser, ce n’est pas la recherche de la performance, ni l’attrait de la gloire, qui d’ailleurs est souvent éphémère, à tout cela je ne peux répondre, car avant tout, toute démarche initiatique est personnelle, et nos motivations sont vraiment individuelles, peut être simplement la volonté d’être meilleur, moins matérialiste, en répandant à l’extérieur, le peu de vérités que nous avons acquises, par goût du partage, pour une humanité meilleure, pour être autre chose qu’un animal, marchant sur deux pattes, si les motivations sont nombreuse et variées, il n’en reste pas moins qu’il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus, c’est la loi du genre, et c’est bien ainsi car la Connaissance, cela se mérite.

P L

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