Compagnon ou Compagnon

Auteur:

G∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

COMPAGNON ou COMPAGNON ?

Ce matin, les hirondelles se sont rassemblées sur les fils électriques pour entamer le grand voyage de la migration annuelle vers le centre de l’Afrique. Migration, appel de la nature ou Rite d’oiseaux ? Je ne le saurai jamais en ce bas monde. Je me prends à rêver que je suis avec elles.

Lorsque j’étais au nid, mes parents me disaient: « Tu verras lors de ton premier Passage par la porte étroite du nid, lors de ton premier voyage dans l’autre monde, tu devras plonger au plus bas pour ensuite, avec l’élan remonter au plus haut. C’est toujours comme ça ! »

Depuis quelques jours, maintenant, ils me parlent de ce deuxième Passage, pour lequel je devrai monter très haut avant de redescendre. Je n’ai pas bien encore compris pourquoi, mais comme d’habitude je ferai comme ils me disent.

Ce qui m’inquiète le plus, c’est de savoir que je vais pour la première fois me trouver seul, puisque mes parents vont rester en arrière pour finir d’élever mes petits Frères nés après moi.

En fait je ne serai pas vraiment seul car nous allons voyager en groupes avec ceux qui comme moi partiront hors du « Logis ».

Mais pourquoi les anciens entraînent-ils leurs jeunes compagnons dans cette aventure ? Bien sûr, je dois acquérir mon indépendance pour à mon tour passer le message de la Vie. C’est cependant effrayant de prendre des responsabilités, après plusieurs mois passés à écouter les vieux sans jamais les interrompre, sous peine de sanctions ! Tiens, d’ailleurs, ils ne m’ont jamais dit ce que j’encourrais si par hasard j’en venais à transgresser les ordres.

Enfin depuis le temps que j’en rêvais de cette autonomie ! Je vais pouvoir gérer ma vie à ma façon ! Plus personne pour me dire de rentrer au nid avant la nuit et de ne pas traîner ! Plus de rappel sur ce que je dois manger ou pas, boire ou non ! Plus de remarques sur mes fréquentations ! Je vais enfin décider de mes propres expériences, faire ce que je veux et ce qui je pense être bon pour moi ! … Enfin j’espère ne pas me tromper !

Mais pourquoi partir si loin? Il est vrai que depuis ma naissance, je n’ai vu que ce que mes parents ont bien voulu me dire, ou entendu que ce que les anciens racontaient de leurs campagnes.

Maintenant, je vais aller un peu partout faire de nouvelles rencontres et découvrir chaque jour, car je ne ferai que « passer ». Mais que vais-je apprendre de plus? Mes parents m’ont tout dit ! Au fait, m’ont-ils vraiment tout dit ? N’est-ce pas justement pour me permettre de voir d’autres choses ? D’entendre d’autres propos ? De vivre d’autres expériences ? Peut-être que là-bas où je dois aller, les gens mangent de façons différentes car en écoutant les anciens, il me semble bien avoir entendu quelques choses à ce propos ?

Les oiseaux des pays du Sud vivent différemment, dans d’autres types de nids où il fait toujours chaud, même parfois trop, c’est pourquoi ils remontent au Nord pour ce refroidir. Et puis il y a de la nourriture partout, un vrai Eldorado dans lequel il n’y a qu’à se baisser pour manger ! C’est tout cela qu’ils m’envoient découvrir, afin que je m’enrichisse des différences. Mais aurais-je le temps de tout voir seulement en passant ? Il faudrait des mois pour bien tout saisir ! Ils m’ont prévenu que j’aurais parfois des rencontres difficiles et qu’il me faudrait faire preuve de « Tolérance » avec ceux qui n’ont pas eu la chance d’être né dans un milieu privilégié.

Mon père, il y a quelques jours m’a remonté le moral, car après l’excitation de savoir que j’allais enfin pouvoir voler de mes propres ailes, sans avoir à suivre quiconque, je m’en voulais de ne pas être capable de réciter le plan de vol jusqu’à l’étape suivante.

Il m’a dit que du moment que j’avais sincèrement fait mon travail d’apprentissage, je ne devais pas m’en vouloir d’erreurs mineures. Qu’avant tout je devais être « Tolérant » vis à vis de moi-même avant d’espérer pouvoir l’être vis à vis des autres.

Il m’a ensuite rappelé de très bien écouter et observer, avant de porter un jugement, car «  l’Apparence » est souvent trompeuse et ce qui nous choque est souvent seulement dû à notre incompréhension et à notre interprétation de ce qu’est la « Réalité ».

Son discours pour m’inciter à me remettre en question m’a d’abord fait réagir, puis fort de ce qu’il venait de me dire je me suis tu. Devais-je moi aussi remettre en question ce qu’il essayait de m’enseigner ?

A ma question intérieure, mon père, comme s’il avait entendu, m’a alors invité, pour ne pas dire inciter à douter de ce qu’il me disait et à le remettre en question. Je l’entends encore:

« Ne crois pas à priori ceux que tu rencontreras sur la route. Écoute les, entends bien ce qu’ils te disent, mais ne prends pas pour du pain béni tout ce qu’ils te disent.  Pose-toi la question : est-ce bien vrai, est-ce leur vérité ou La Vérité ? Même moi, ne crains plus maintenant de douter de ce que je te dis. Je ne t’en voudrai pas, car c’est normal et naturel que tu fasses ta propre expérience et que tu ne crois pas les autres tant que tu ne l’auras pas vécu toi-même ».

Cet appel évident à la révolte mérite d’être revu et médité ! En attendant, je revois dans ma tête le parcours qui m’attend, avec les différentes indications données par les anciens. Ces fameuses Lumières sur le chemin qui permettent de garder la bonne Orientation. La liste des Logis auxquels une visite est fortement recommandée va me faire suivre un tracé étrange à première vue, mais que je ferai volontiers pour rendre honneur à ma famille.

Il m’a été dit de ne pas m’y incruster et de reprendre rapidement les airs vers d’autres horizons, car il est bon de connaître les membres de toute la famille, leurs habitudes et façons de vivre, leurs méthodes de travail et leurs approches de la vie, mais l’esprit de la mienne doit rester en moi, car j’en serais le représentant dans l’avenir, le jour où les anciens seront partis. Quelque part, je sens que par ces visites, je vais me rapprocher de la source des miens, de mes racines, et que je vais auparavant découvrir les branches de l’arbre auquel nous appartenons tous.                                                                 Ce voyage me travaille. Je perçois que je vais approcher de mes limites et qu’il me faudra utiliser toutes les qualités acquises pour arriver au bout heureux et satisfait.

Un vol d’hirondelles me sort de mon rêve. L’une d’ entre elles est restée sur le fil, me regardant, comme pour m’inviter à la rejoindre. Hirondelle, je serai du voyage à ma façon, comme les Compagnons du Tour de France l’ont été avant moi et comme mes FF continus à le pratiquer.

J’ai dit, V M

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