L’Etoile Flamboyante
V∴ M∴
Introduction :
Il y a trois ans et trois jours que j’ai été initié. Cette date anniversaire est pour moi l’occasion de faire le point de mon cheminement entre mon travail d’Apprenti et mon travail de ce soir. Cette planche est articulée en trois parties : Faire le point ; La mise en marche ; La découverte de l’Etoile et son flamboiement.
I – Faire
le point : Pour utiliser une comparaison
profane, je citerai l’exemple du marin qui doit toujours
savoir où il est positionné (c’est
à dire faire le point) s’il veut
maîtriser sa destination. Faire le point permet
éventuellement de corriger son cap. En terme
maçonnique, il faut savoir où l’on en
est dans sa démarche pour savoir dans quelle direction
travailler et dans quel but.
Le premier point comme maçon, je l’ai
réalisé au premier degré par un voyage
au fond de moi-même. Si le maçon est une pierre,
il convient avant de prétendre la tailler ou bien de
construire son propre temple, voire même de participer
à la construction d’un édifice commun,
il convient de s’assurer de la nature de sa propre pierre,
afin de pouvoir la travailler au mieux, pour éventuellement
savoir où la placer ensuite.
Pour réaliser cela, vous m’avez
donné :
Une méthode : l’introspection socratique « connais-toi, toi-même ». Des outils : des outils de construction comme le ciseau et le maillet ; des outils de vérification comme l’équerre.
Ce travail tout au long de ma propre perpendiculaire m’a appris ce que je savais déjà mais sans le formuler de cette manière : c’est à dire que la solution est en soi même. Ainsi, le symbole le plus important de mon initiation à ce jour est le MIROIR : il ne faut pas se duper soi-même.
C’est de cette manière que j’interprète le serment fait sur les trois grandes lumières où j’ai pris un engagement vis à vis de moi-même et non vis à vis de la franc-maçonnerie, si ce n’est de me servir des outils qu’elle met à ma disposition. C’est donc dans ces dispositions que j’aborde la deuxième partie.
II – La mise en marche : réflexion à partir des voyages du compagnon.
Tout ce travail sur soi-même n’aurait aucun sens, s’il n’avait pour vocation l’ouverture aux autres. Passer de la perpendiculaire au niveau. Ainsi, après m’avoir donné une méthode, vous m’avez donné des moyens : cinq voyages et une direction : une étoile qu’il nous faut allumer : l’Etoile Flamboyante.
Je suis donc en marche, avec une perpendiculaire en guise de bâton de pèlerin. Cela convient à mon tempérament. Les maçons ne sont pas des nénuphars qui se laissent porter par le courant mais des hommes animés d’une noble et saine curiosité.
Si la vie est un labyrinthe, nous ne faisons pas partie de ceux qui restent à l’entrée car ils ne veulent pas se poser de questions. C’est de toute manière une erreur : l’action dynamique réserve toujours des surprises et des découvertes, donc de l’émotion. A tout prendre, il vaut mieux un marin qui prend quand même la mer, même s’il ne sait pas trop où il va, plutôt que rester toute sa vie au port à écouter ce qu’ont fait les autres.
Donc l’ouverture et le voyage vers les autres, c’est du temps de gagné ! C’est aussi de la richesse à prendre puis à donner. Puisque dans la vie on ne reçoit que ce qu’on donne. Tout homme peut apporter une lumière si l’on se met à son écoute : cela nous permet d’ailleurs de découvrir beaucoup plus vite ce que nous aurions mis des années à trouver seul, voire même, ce que nous n’aurions jamais soupçonné.
Les voyages nous mettent les sens en éveil : c’est à dire qu’il nous faut vérifier par nous-mêmes ce que l’on nous enseigne. C’est très important. On se construit à partir des autres, à partir de la lumière qu’ils nous apportent. C’est comme cela que j’interprète les références aux Arts, aux grands initiés, aux dédicaces et le fait que les quatre premiers voyages se font les deux mains prises : Toujours tailler et vérifier.
Mais, si on se construit à partir des autres, il nous faut rapidement nous affranchir. Il ne nous faut pas penser comme tel ou tel, mais être soi-même. Personne ne peut ni ne doit tailler notre pierre à notre place. C’est notre liberté de Maçon, notre liberté d’homme. Pensons un instant à tous ces hommes qui s’en remettent à des gourous, qui sont continuellement sous l’influence des événements extérieurs parce qu’ils ont cru sans vérifier si ce qu’ils entendaient était ou non vrai.
Seul, le travail peut nous apporter un certain degré de liberté, car il nous donne les éléments permettant d’affiner notre jugement. Sur un fronton d’un temple grec était inscrit : « Nul ne rentre ici, s’il n’est géomètre ». Cela signifie pour moi que l’on ne peut progresser que si l’on a acquis les bases qui nous permettront de construire.
Il nous faut donner le meilleur de ce pourquoi on est fait : c’est pour cela que je travaille. Il y a l’homme que l’on est, et une direction : l’homme que l’on devrait être qui n’est pas forcément l’homme que l’on souhaiterait être.
III – La découverte de l’Etoile et son flamboiement: C’est donc dans ces dispositions d’esprit que le Compagnon est amené à découvrir l’Etoile Flamboyante. A quoi correspond ce symbole ? Il s’agit d’une étoile à 5 branches, et non de n’importe quelle étoile. Cette étoile fait référence au nombre 5, nombre omniprésent au grade de compagnon. Au grade d’Apprenti, le 5 était déjà présent mais sous forme dissociée 3 et 2.
Le 3 sous la forme de : 3 fenêtres ; 3 marches ; 3 piliers (Sagesse, force, Beauté) ; les 3 pas d’Apprenti ; les 3 ans d’âge ; les 3 coups.
Les 2 sous la forme : du soleil et de la lune ; du compas et de l’équerre ; de la perpendiculaire et du niveau ; du ciseau et du maillet ; de la pierre brute à la pierre taillée ; les deux colonnes B et J.
Au grade de Compagnon, on réunit les nombres 3 + 2 = 5 ce qui se caractérise par : 3 pas + 2 latéraux ; 3 marches + 2 marches ; 5 voyages, 5 cartouches ; 1 étoile à 5 branches (sans oublier 2 outils supplémentaires : la règle et le levier), le 5 c’est aussi une référence aux 5 continents, aux 5 océans, au 5ème jour qui fut selon la bible le jour de la création des êtres vivants.
Le 5 c’est aussi et surtout le nombre de l’Homme : somme du 1er nombre pair : le 2 (en principe Masculin) et du 3 (en principe Féminin). C’est pourquoi le pentagramme fait référence à l’Homme. Lorsqu’on étudie le pentagramme, on s’aperçoit qu’il est articulé autour du nombre d’Or (1,618) nombre que l’on obtient approximativement en faisant le rapport du 5 et du 3 et précisément par la Géométrie. Pour les Grecs, le corps humain est bâti selon cette proportion : la longueur du tronc est égale à 1,618 fois celle de la tête et les jambes représentent 1,618 fois la longueur du tronc. Le corps humain ainsi représenté est un modèle d’harmonie : c’est ainsi que Léonard de Vinci l’a représenté. L’homme apparaît inscrit dans une étoile, elle-même inscrite dans un cercle.
Cette étoile est donc le symbole qui guide et relie tous les maçons du monde animés d’un même idéal. Nous voulons que notre démarche permette d’améliorer l’Humanité en donnant un sens à notre vie.
Cela commence par un travail sur soi-même ; la Torah enseigne que « celui qui aura sauvé un homme aura sauvé l’humanité toute entière ». Commençons donc par nous-mêmes. Ce soir je planche entre les colonnes. Au dessus de ma tête se trouve un pentagramme éteint. Il est situé face à l’Orient, c’est à dire face à la lumière. Le pentagramme éteint symbolise l’homme que je suis qui cherche à progresser à travers l’enseignement maçonnique.
Il nous faut allumer cette étoile qui est en nous : ce n’est pas facile, c’est le travail de toute une vie. Nous vivons dans un monde qui n’est pas parfait et avec lequel il nous faut composer : les événements extérieurs nous conduisent parfois à agir d’une manière qui n’est pas forcément la bonne.
Il y a ce que nous sommes et ce que nous souhaiterions être, c’est pourquoi il ne faut pas baisser les bras et tenter d’approcher le plus possible cette étoile. Il nous faut agir avec notre cœur, pour le bien de tous, en Fraternité. Travailler et agir sans préjugés ce que Michel Barrat appelle « faire une conversion du regard ». C’est à dire allumer notre étoile c’est à dire notre cœur. Ce travail de toute une vie est difficile : plus on avance, plus l’étoile recule. Ce travail ne s’arrêtera jamais : ce n’est qu’au terme de notre vie, à l’heure du 5ème et dernier voyage, quand on pose ses outils, quand on va faire le dernier point que l’on saura si on a donné le meilleur de soi.
Il existe un autre aspect de l’étoile que j’aimerai développer : en son centre se trouve le symbole G. Etait-il nécessaire de rajouter un symbole dans le symbole ? D’autant que les avis divergent quant à son interprétation. J’y vois une direction personnelle dans une direction globale.
En effet, si nous travaillons tous la pierre, nous ne travaillons pas tous la même pierre, car nous sommes tous différents et il n’est pas sûr que nous nous servions des outils de la même manière. A côté de notre quête commune, il existe une démarche personnelle intime et évolutive en fonction de notre travail sur le chemin initiatique. Lorsqu’on étudie les réflexions des Maçons célèbres au sujet du G, on s’aperçoit qu’il y a pratiquement autant d’interprétations qu’il y a de Maçons.
Je vais vous citer quelques exemples. J. P. Bayard : « Sans doute nos commentateurs ont fait preuve de beaucoup d’imagination ». « En recherchant toutes les significations possibles, l’homme se rapproche de l’unité principielle car il conserve la voie de l’espérance ». « Son hypothèse est la suivante : G est la recherche de l’absolu, c’est la racine de l’être, c’est tout ce que l’on ne peut définir ».
D’autres auteurs comme Béresniak y voient la Géométrie. Wirth y voit la Gnose : « Tout initié véritable bénéficie d’une illumination qui lui permet la connaissance des mystères de l’initiation, ces mystères étant à découvrir soi-même et donc par nature incommunicables ». Et encore bien d’autres interprétations, certaines un peu tirées par les cheveux. Je crois qu’en temps que Compagnon, il me faut y voir la définition la plus simple c’est à dire le G de géométrie.
En effet, si je ne travaille que la pierre il me faut commencer à avoir une vision globale et me dire qu’un jour cette pierre il faudra symboliquement la placer dans un édifice à construire. La Géométrie est la science de la construction et c’est pour cela que vous m’avez peut-être donné au grade de Compagnon une règle, outil dont je n’ai pas vraiment besoin pour rendre une pierre cubique.
Le G est donc pour moi, une direction dans une direction. Cette direction évoluera certainement en fonction de l’utilisation que je ferai des outils que vous m’avez donné et de ceux qu’il me reste à acquérir et assimiler. Faisant une quête dans toutes les directions, je laisse le G de côté, mais avec la ferme intention d’y revenir un jour.
Conclusion :
Ainsi, mes FF, je réalise avec vous une double quête. Une quête commune d’idéal, de fraternité humaine, et une quête personnelle, en étoile, dans toutes les directions, sans préjugés, en revenant périodiquement faire le point, c’est à dire m’assurer d’avoir correctement usé de mes outils, pour repartir à nouveau dans une autre direction. Je fais cela en essayant de mettre un peu de sagesse dans mes jugements, avec la force fraternelle qui nous unit et nous soutient et la volonté de construire un monde ou la Beauté et l’Harmonie règnent.
J’ai dit,