L’Etoile Flamboyante
V∴ A∴ N∴
« Nous chercheurs de la connaissance, nous sommes pour nous-mêmes des inconnus, pour la bonne raison que nous ne nous sommes jamais cherché……..Quelle chance avions nous de nous trouver quelque jour ? »
Nietzsche, (phrase introductive du livre la Généalogie de la morale, 1888).
Moi chercheur de la connaissance, en quête perpétuelle d’un trésor qui me fuit, avide de savoir, désireux d’aspirer le sein de la conscience pour conquérir l’immortalité de l’âme.
Où me suis-je découvert ?
Peut être le jour où j’ai reçu la Lumière.
Depuis ce moment, je goûte avec délectation au lait créateur, pour que se dévoile, enfin,l’histoire de mes origines.
Un Jour sur la Terre…………………………….
Tout était clame, paisible et sombre………………..
Dans un mouvement imperceptible Hermès glissa dans les bras d’Héra endormie le petit Héraclès. Celui-ci attiré par la douce chaleur du corps de la Déesse, se laissa glisser doucement, tendrement, jusqu’à son sein. Là, il commença à absorber avec volupté le liquide divin.
Soudain, Héra se réveilla, horrifiée et repoussa violemment Héraclès. De son geste brusque,jaillit dans l’espace, une longue trainée de gouttes de lait. La grande voute noire s’éclaira soudain, la Voie Lactée était née.
Depuis ce temps cosmogonique, l’homme contemple chaque nuit la course infinie de la matière céleste. Il a compris qu’en s’associant à ce mouvement harmonieux par son action et son intelligence, il participe ainsi à l’intelligence divine, en allant chercher au plus profond de lui l’énergie secrète de la force constructive.
Un Jour dans la vie d’un Homme…………………………..
Bien des milliers d’années plus tard, assis sur une pierre brute, un homme regarde le ciel pur. Il a observé patiemment les ombres s’allonger sur le sol, puis le soleil décliner ses derniers rayons. Depuis de longues minutes ses pensées convergent vers une étoile resplendissante, scintillante, la première apparue, celle que l’on nomme Sirius.
Peu à peu, il se sent envahir par une sensation de légèreté, de plaisir intense, de joie. Son corps ne pèse plus, par petite touche, il réintègre imperceptiblement le sens de la vie. Il devient à nouveau un maillon utile et fécond de la chaîne évolutive.
La paix intérieure qui règne maintenant au plus profond de lui, a le pouvoir d’exalter ses sens. Il garde sur sa langue une saveur framboisée de raisin, souvenir de son dernier diner. Le chant amoureux des grillons berce ses tympans, alors que flotte autour de lui les effluves parfumés des genets. La pierre qui le porte encore gorgée de soleil, rayonne d’une délicieuse chaleur.
Sa fusion avec le milieu est totale, il ne fait plus qu’un avec cette nature éternellement jeune, belle et généreuse, détentrice du secret du bonheur.
Plissant légèrement les yeux, l’étoile qu’il contemple, lui envoie comme un étrange message.
Il croit y percevoir cinq rayons médians se diriger vers lui.
Cette vision le trouble et le plonge dans le souvenir de ses expériences passées.
Depuis longtemps passionné de recherches et de sciences, ses lentes pratiques lui ont appris qu’on ne peut mathématiquement inscrire un carré dans un cercle.
C’est ainsi qu’un jour il décide de passer des chiffres aux nombres.
Équipé des précieux outils du compagnon que sontla règle et le compas, il résout géométriquement la quadrature du cercle, en traçant successivement un carré, un rectangle et un cercle de même périmètre.
Puis posant la règle et le compas, il revient aux origines. Muni d’une corde ornée de douze lacs d’amours, il vérifie le théorème de Pythagore en traçant un triangle rectangle d’une hypoténuse égale à cinq sections. Puis poussant plus loin l’expérience, il se met à l’œuvre pour tracer un pentagramme.
Le tracé géométrique
Ce rappelant l’harmonie etla beauté de certains monuments, il devine intuitivement que le secret de ces architectures réside dans la proportion. Cette proportion découle d’une fraction dont le résultat est le nombre d’or.
Revenant un moment aux mathématiques, il se souvient que la proportion d’or est respectée, si et seulement si, le rapport a/b est égal au rapport a+b/a. Puis saisissant son cordon à nœuds, il trace un segment de huit coudées en prenant soin de marquer dans le respect de la proportion, les points trois et cinq. Gardant précieusement sa section de trois coudées, il décrit à partir de chacun des deux points, deux cercles dont les circonférences se coupent en deux points. Prenant pour centre le point d’intersection du bas, il trace un troisième cercle, qui lui donne les deux derniers points en reliant la circonférence aux extrémités du segment initial de huit sections
Il ne lui reste plus désormais qu’à inscrire allégoriquement le pentagramme.
Il sait que ce symbole n’est que l’écho de la parole perdue, celle qui vient des entrailles de la terre et du ciel, de l’étoile de mer du fond des océans à l’edelweiss du sommet des montagnes. Il entend le langage des anciens vibrer dans ses oreilles, tandis que l’architecture atomique du monde envahit ses yeux.
Comment ne peut il pas s’assimiler par analogie à ce monde qui l’entoure, le sollicite, l’excite en tous sens. Il sait pourtant qu’il doit lutter et se déprendre, pour aller plus loin, vers un modèle de vie par l’anagogie, c’est-à-dire aller vers ce vers quoi il faut tendre.
Constamment entre l’équerre et le compas, enfermé dans des forces gravitationnelles, l’homme initié est sans cesse à la recherche de son centre. Il tente sans relâche de réguler, de hiérarchiser, ses fonctions réactives, d échapper à ce mouvement continuel qui l’emprisonne dans ses instincts primaires de nutrition et de reproduction.
Il lutte constamment et avec force contre cette volonté suprême de survie, avant tout soucieuse de pérenniser l’espèce.
L’homme a de l’appétence, il a une pure puissance d’exister.
Quel est donc le génie qui peu à peu à métamorphoser cette énergie vitale en intelligence motrice ?
Quelle est donc cette énigme qui nous a permis de nous affranchir des contraintes du milieu, de maitriser les désirs suscités par ce même milieu, de les retenir et de les organiser dans un tout cohérent, proportionné et architecturé, de passer des normes de l’espèce à la liberté individuelle.
Par quel hasard sommes-nous ici ?
Est-ce un hasard ou une nécessité ?
Certains vont diviniser le hasard et parler alors de destin, justifiant ainsi la nécessité de la vie.
Mais revenons à cet homme, fruit de l’évolution, qui a su par son énergie créative de survie surmonter tous les obstacles, pour arriver, par analyse des phénomènes, à reproduire symboliquement dans l’Etoile Flamboyante, la proportion et la beauté de son architecture intérieure, génératrice de la plénitude du corps et de l’esprit.
Ce symbole est celui de l’équilibre extérieur, de l’harmonie intérieure, de l’homme rayonnant, flamboyant, baigné dans les quatre éléments, devenu soudain atome, particule, onde de lumière.
Il peut ainsi tracer à la lumière de sa propre étoile le périmètre du cercle de sa connaissance.
Le tracé initiatique
Face aux cinq points qu’il vient d’inscrire, l’homme dessine maintenant d’un seul trait continul’étoile, en commençant par son sommet, sans relever son crayon. Ce tracé initiatique symbolise cette énergie continue qui traverse l’homme, ce mouvement perpétuel, cette intelligence motrice qui anime tous les êtres comme l’univers.
En posant son crayon sur le point supérieur, l’homme sait, que c’est de là que la conscience émerge, prédomine en toutes circonstances et dicte spontanément l’action volontaire dans la détermination.
Au sommet de l’étoile, règne le maître de la substance, le sur conscient, l’instinct vital qui dicte de manière inconsciente mais clairvoyante, le juste choix pour la survie et la perpétuation de l’espèce.
Le trait part de la pointe supérieure, de l’esprit, pour descendre vers la terre, vers l’ici et maintenant, vers la force, vers Mars, vers l’action spontanée commandée par l’instinct. Le corps entier est plongé dans l’univers des sens, de la vie et de l’instant. Puis le trait remonte vers le soleil, Mars commande le Soleil qui contrôle à son tour la Lune. Toute action, touteréalisation doit l’être conformément à son objet. La raison est là pour élargir le champ de la compréhension. La logique triomphe de l’affect et de l’imagination, sources d’influences et d’espoirs démesurés, qui n’engendrent que désirs refoulés et frustrations.
L’une des clés de l’évolution se tient certainement là, dans ce moment où l’action s’immobilise, dans ce temps de pause qui introduit le discernement et libère l’homme de son code naturel en le poussant vers la perfection. C’est à cet instant là qu’il prend véritablement sa place dans l’humanité comprise dans sa totalité.
Puis le trait s’abaisse, la Lune domine Vénus, nom romain de la déesse grecque Aphrodite, déesse de l’amour, des émotions suscitées par notre environnement, par notre vécu.
Le moment où le temps suspend son vol se termine, la synthèse de la raison et de l’imagination s’achève pour donner naissance à la réaction ou plutôt à l’action constructive, généreuse et éclairée, celle du Bien.
Ce temps de synthèse crée l’équilibre intérieur générateur d’ondes réactives propices à l’harmonie du monde.
Dans la mythologie grecque Aphrodite, l’Amour, (Vénus en romain), s’accouple à Arès, dieu grec de la guerre, (Mars en romain), pour donner naissance à une fille magnifique, Harmonie. De Mars et de Vénus naît donc l’harmonie, l’art cosmique entre tous, créateur de l’ordonnancement des sons, vainqueur du chaos.
Tout est donc juste et parfait dans l’équilibre retrouvé.
L’homme remonte maintenant le trait vers son point de départ, vers la Lumière, sans oublier que tout demeure dans l’épaisseur du trait, (libre arbitre)…………………………….
Par cette activité de réflexion dans l’action, il a su par un jugement réfléchissant lier le sensible à l’intelligible, l’individuel à l’universel.
Il peut, ainsi recommencer inlassablement son geste, et par ce mouvement ininterrompu et constant, vibrer à l’unisson de l’univers.
Grâce au secret de la proportion, il a trouvé son juste ordonnancement, il a découvert le point d’équilibre entre la chair et l’esprit, la terre et le ciel, le mal et le bien, le voilà désormais cellule ardente du cosmos. Comme lui, il a su maitriser la Loi des forces contraires.
Enfant des étoiles, il porte dans ses gènes, la cellule première de l’Univers. Cette architecture atomique porteuse d’un noyau fixe, positif, entourée d’électrons libres, négatifs, qui tel un diamant reflète sur chacune de ses faces la structure de l’Etoile flamboyante.
Celle-ci est aussi la représentation de la volonté désintéressée tendue vers l’universel, elle est le centre géométrique du Temple liant dans le périmètre de ses rayons lumineux le divin à l’humain.
Elle est pour conclure, l’emblème de la beauté. Elle orne le cœur du tapis de loge, dans lequel bat le cœur de tous les frères.
Epilogue
Posant son crayon l’homme comprend qu’il n’est qu’une infime particule de l’ici et maintenant, un simple élémentde cette intelligence motrice, dans laquelle par sa volonté de liberté créatrice, il joue un rôle de bâtisseur.
Il sent son corps exister et frémir, avec le temps celui-ci est devenu son ami, son frère. Bien souvent, il lui parle, soit pour le rassurer ou le violenter, l’encourager ou le complimenter.
Il n’ignore pas que le corps est premier, il est le premier moyen par lequel on peut chercher à se connaître. Celui-ci support de l’esprit, doit être anobli et aimé, car de la santé, et du bien être du corps, dépendra la santé de l’esprit et de la psyché. Un esprit sain, équilibré, pourra diriger harmonieusement le corps. La force sera ainsi au service de l’action intelligente et constructive.
Toujours assit sur sa pierre brute, l’œil fixé sur la voute étoilée, l’homme à l’impression d’être au cœur des étoiles, pour un souffle, il pourrait leur parler.
Il sait désormais que son propre maître vit au plusprofond de lui. Que tout ce qui l’environne n’est qu’un prolongement de lui et vibre de la même intensité de vie.
Le centre s’éclaire enfin, l’architecture du Temple apparait.
A présent, il a la certitude que les connaissances accumulées ne servent qu’à creuser un puits sans fond. Que la vanité est dans l’érudition, que l’on ne sait jamais tout, c’est-à-dire à peu prés rien.
Que la gloire est un leurre, comme les honneurs, les médailles et les tabliers décorés.
Tout ce qui compte vraiment est son propre équilibre, sa propre harmonie, pour que son âme flamboie, ardente et sure. Qu’elle inonde de ses rayons le monde qui l’entoure, la rendant humble, à l’écoute des plaintes de ceux qui souffrent.
Il comprend alors que la vie est une sorte de gravitation sur soi, que cette vie devient riche quand elle se partage aux autres.
Qu’une pierre ne fait pas une voûte, ni deux, ni trois ; mais il les faut toutes ! Il faut qu’elles s’appuient l’une sur l’autre, arrachez en une et tout s’écroule ; la fraternité est ainsi, elle réside dans la solidarité, dans l’unité de toutes choses.
C’est à ce moment là, mais seulement à cet instant là, que l’homme aura trouvé sa juste place dans l’univers.
Petite étoile vivante dans l’azur, pierre anonyme de l’édifice maçonnique, l’homme participera désormais, à son niveau et à son rythme, mais avec cœur et courage, à la construction du temple.
J’ai dit T