Prendre la parole (en loge et ailleurs)

Auteur:

D∴ K∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Cette planche m’a été inspirée par une discussion que nous avons eue avec notre F à lors d’une réunion de compagnons.

Elle est aussi l’aboutissement d’une réflexion sur ce que j’ai pu observer dans un cadre professionnel, amical, et lors de nos tenues et surtout sur ce qu’il me semble important d’améliorer dans mon comportement personnel, vis-à-vis de mes propres faiblesses. Je suis donc le premier destinataire de ces règles qui sont à concevoir dans l’esprit des articles d’une charte. Donc, cette planche est construite comme une autocritique, et non comme une leçon adressée à tel ou tel même si chacun peut légitimement et utilement se sentir concerné par une règle ou une autre.

1 – Prendre la parole pour enrichir le point de vue collectif

La richesse de l’éclairage que l’on peut apporter sur un sujet est liée à la variété des points vus. Tout le monde et chacun a sa vision ou sa perception qui peut venir compléter ou questionner la vision collective. Il n’y a pas assez de personnes qui s’expriment. Ce sont toujours les mêmes qui interviennent et qui impriment leurs idées qui sont forcément subjectives, souvent orientées et réductrices. C’est bien qu’ils le fassent mais ce serait mieux que puissent s’exprimer des idées plus variées dans leur origine et leur vision du monde.

2 – Tourner 7 fois la langue dans bouche avant de parler

Il y a rarement urgence à exprimer une idée. On peut souvent gagner à la faire mûrir intérieurement. A la tester et la roder, colmater les fuites avant la mise à flot.

3 – Se taire si l’on a rien d’intéressant à dire

Je crois que c’est Desproges qui disait : « l’intelligence c’est comme les parachutes, quand on en a pas on s’écrase ». Il faut probablement éviter de se croire plus intelligent que les autres, ni plus intelligent qu’on ne l’est réellement. Le silence et l’écoute ont des vertus que l’on ne connait pas assez.

4 – Ecouter avant de parler

Écouter c’est une démarche d’empathie active qui consiste à se mettre dans la tête de l’autre, à comprendre son raisonnement et ses motivations, pour décoder son propos.

Ecouter c’est aussi sonder la connaissance qui nous est accessible par différents canaux et médias pour nuancer et enrichir notre propre réflexion et les propos qui en découlent. Cela peut rendre des contributions plus profondes, moins triviales.

5 – Evaluer ce que notre propos va apporter aux autres

L’apport est en termes d’intérêt et de connaissance mais aussi en termes d’agacement et de contrariété et parfois pire. Chacun est responsable de ce qu’il dit mais chacun est aussi responsable de la façon dont il écoute, ressent et comprend les paroles d’autrui. Il ne tient qu’à soi de prendre positivement une critique mais souvent on prend négativement pour soi des choses qui ne nous sont pas adressées. Une écoute positive permet de conserver la bonne distance par rapport à ce qui est dit. Mais nous pouvons aussi essayer de prévoir ce que notre propos peut suggérer ou faire résonner chez l’autre, et adapter notre parole en conséquence.

6 – Être sérieux

Apporter de la profondeur à son propos. Se documenter et vérifier ses sources. Travailler. Développer ses idées en utilisant la raison. Faire preuve de nuance, de pondération et de sagesse.

7 – Ne pas se prendre au sérieux

Nietzsche écrivait « Quiconque a sondé le fond des choses devine sans peine quelle sagesse il y a à rester superficiel ». Est-il besoin de rajouter quelque chose ?

8 – Avoir de l’humour

L’humour dans la prise de parole permet de faire passer des messages profonds avec légèreté. Les personnes trop sérieuses ou sentencieuses sont souvent soporifiques.

Sur ce sujet, je citerai Coluche :

  • De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent.
  • Tout le monde a des idées : la preuve, c’est qu’il y en a de mauvaises.
  • La dictature, c’est ferme ta gueule ; la démocratie, c’est cause toujours.
  • Je suis capable du meilleur et du pire. Mais, dans le pire, c’est moi le meilleur.
  • Il faut se méfier des comiques, parce que quelquefois ils disent des choses pour plaisanter…

Il n’est pas toujours aisé de placer au bon endroit le curseur entre l’humour sain et l’ironie blessante. Mais ce n’est pas à mon avis une bonne raison pour s’abstenir. L’autodérision est une forme d’humour assez bien reçue et on peut aussi s’appuyer sur la règle 5 pour le faire avec le doigté indispensable.

9 – Supporter la contradiction

Il faut commencer par se dire que l’on ne sait rien mais il ne faut pas s’arrêter à cela. Il faut essayer d’en savoir plus, d’améliorer ses connaissances. Cela veut dire chercher, approfondir, travailler. Cela veut dire aussi ouvrir grand ses oreilles et son esprit pour écouter avec un grand E. Personne ne détient la vérité mais peut-être que chacun en détient une petite partie. Alors on fait du puzzle et on enlève la pièce qu’on avait posée pour la remplacer par une autre.

10 – Apporter la contradiction

Il n’y a rien de pire que la pensée unique et le consensus mou. Apporter la contradiction c’est donner de la vie au dialogue et faire progresser les idées. Mais il est souhaitable d’apporter la contradiction avec tact et respect, de ne pas porter un jugement sur la personne mais critiquer une idée, un propos. D’adresser une critique positive et constructive qui vise à faire réfléchir, remettre en question, infléchir les certitudes, avancer. L’objectif n’est pas de partir chacun sur ses positions mais de parvenir un consensus ou au moins de rapprocher les points de vue.

Cette courte planche vise un triple objectif :

  1. M’inciter personnellement et inciter d’autres personnes à s’exprimer davantage.
  2. Nous suggérer de méditer sur la vertu du silence et de l’écoute.
  3. Nous donner une occasion de réfléchir et nous exprimer collectivement sur ce sujet.

J’ai dit.

Eclairage d’un frère de la loge :

J’ai toujours un peu de difficulté à réagir à « chaud » parler nécessite un minimum de réflexion, si l’on ne veut pas parler pour ne rien dire.

Sauf inattention ou oubli de ma part, je n’ai pas entendu d’évocation concernant la prise de parole en loge. Le rituel à ce sujet est intéressant et pourrait être rappelé, surtout réfléchir à son utilisation et à son respect dans le monde profane.

Notre prise de parole est toujours adressée au V. M il n’y a pas de dialogue avec l’orateur. Notre intervention ne doit jamais conduire à opposer des idées mais à construire ensemble, compléter les idées proposées, ou proposer éventuellement une approche différente construite à partir des idées évoquées.

La parole est avant tout un échange. Dans notre quête de la vérité, celle-ci doit dans la mesure du possible favoriser la réflexion le partage qui conduiront à rassembler ce qui est épars. Pendant notre intervention nous sommes à l’ordre du grade qui est en quelque sortes un signe de respect de sérénité et de paix, nous avons laissé nos métaux à la porte du temple, c’est là que cette expression à un sens.

A la fin de notre intervention nous avons dit et pour clore notre intervention nous effectuons le signe d’ordre qui rappelle que notre intervention s’est effectuée sous le contrôle du niveau, de la perpendiculaire et de l’équerre.

Réponse de Kenouzen :

D’abord merci pour l’intérêt que tu portes à ma planche. Je ne l’ai pas évoqué pour plusieurs raisons :

  • j’ai voulu être concis et me concentrer sur ce qui m’a semblé essentiel lors d’une prise de parole en loge.
  • j’ai donc traité plutôt du fond que de la forme.
  • il se trouve que le fond est valable aussi dans le monde profane mais c’est heureusement le cas pour beaucoup de choses.
  • j’ai explicitement ouvert cette planche à l’enrichissement par les frères qui en fonction de leur sensibilité peuvent apporter une « contradiction » ou un éclairage différent.
  • le complément sur le fait de ne pas s’adresser à l’orateur précédent mais au V M m’a semblé très pertinent.
  • le tien, beaucoup plus complet, aurait été intéressant pour de nombreux frères lors de la tenue. Certains points ont d’ailleurs été abordés par eux-mêmes.
  • ma sensibilité personnelle est allergique à tout ce qui peut ressembler à un catéchisme même si la puissance des symboles retient toute mon attention.
  • ma prochaine planche symbolique pourrait d’ailleurs très bien porter sur ce sujet ou un autre.
  • mais pour le catéchisme j’ai peur de ne pas être « récupérable ». Mais je ne mange pas non plus du curé !

Concernant la contradiction, il ne faut pas confondre l’opposition saine et celle qui est malsaine. Mais je crois avoir été assez précis dans ma planche. L’opposition permet de se construire de façon tout à fait saine et naturelle, que ce soit vis à vis de ses parents puis de ses maîtres et de ses modèles.

J’ai dit.

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