La Maçonnerie virtuelle – Conte à dormir debout
P∴ L∴
En 2050, la
société humaine est entièrement
informatisée, les plus petits
gestes quotidiens relèvent d’une puce
électronique et d’ailleurs la majorité
des humains est sous le contrôle des nanos
éléments. De l’enfance à la
vieillesse l’Homme est surveillé, toutes ses
activités sont enregistrées, vie
professionnelle, vie sexuelle et vie culturelle, tout cela est bien
paramétré,
et doit se conformer au formatage exigé par la nouvelle
société.
En son temps la Maçonnerie avait été
le conservatoire d’un Humanisme
indéniable, mais elle aussi avait succombée aux
« délices » de l’informatique
les années 2000 avait vu l’explosion de sites,
forums et autres blogs, et pour
faciliter la communication interne, les obédiences avaient
mise en route le
réseau intranet, le but avoué étant la
simplification administrative…
Tout ceci pourrait
paraître normal et n’être
qu’une adaptation à
l’évolution
technique de la société, la plume d’oie
n’étant plus qu’un lointain souvenir.
Mais arriva la grande dépression économique ainsi
que la pénurie de carburant.
Les Obédiences durent vendre une grande partie du parc
immobilier de la
Maçonnerie, de plus l’ordinateur central,
déclara que les Maçons
n’étaient pas
prioritaires pour bénéficier des bons de
carburant.
Le grand malheur arriva, un
grand maitre, plus zélé que les autres, prit la
décision que toutes les Tenues, du premier au
33éme degré se feraient
dorénavant par un système de vidéo
conférence. Cette décision fut
approuvée par
toutes les autres obédiences, car toutes y
trouvèrent leur compte, pensez y, on
pouvait contrôler la présence de chaque
maçon, surveiller les débats, voir si
le rituel étaient bien conforme à celui
obligatoire de l’obédience, prélever
directement les capitations, et si un ordinateur restait fermer pendant
la
tenue, un sérieux rappel à l’ordre et
une demande d’explication justifiée,
parvenait chez le Frère en cause.
Mais surtout plus question de
donner sa démission, car aussitôt,
l’obédience
transmettait l’info aux services centraux du
département, et il s’en suivait
une cascade de suppression de droits pour le velléitaire.
Du niveau à
l’équerre en passant par le compas, les Esprits
étaient formatés et
paramétrés, et tout aller bien dans le meilleur
des mondes.
Sauf que dans une région peu couverte par les
réseaux électroniques et en dépit
comme en conséquence et malgré le fait que chaque
individu était « pucé »,
comme n’importe quel animal domestique ; des
maçons pouvait encore se réunir
comme dans le bon vieux temps, le nom de la Loge était lui
aussi une indication
de la survivance de l’ancienne maçonnerie :
« Aux trois Cœurs flamboyants ! ».
Donc une fois par mois, nos gaillards se réunissaient dans
un vrai Temple avec
de vraies Colonnes, et de solides maillets. On venait d’un
peu partout, avec
cette nostalgie des temps anciens, et chacun apportait sa pierre
à la vie de la
Loge dans la différence des compétences des uns
et des autres. Le Gadlu
présidait à l’ouverture et la fermeture
des travaux ainsi qu’aux agapes, quant
le cœur y était, on entonnait des chants
maçonniques et compagnonniques. Bien
tard dans la nuit ou quant le chant du cop annonçait les
premières lueurs du
jour on se quittait. Ne pouvant plus répandre
l’extérieur les vérités
acquises
à l’intérieur, le travail
maçonnique se donnait comme tâche
l’élévation
spirituelle de l’individu, en remettant en service des
vieilles pratiques
maçonniques, comme la méditation, mais aussi par
le travail manuel du bois
comme de la pierre
Quoi de plus
réjouissant que de prendre dans ses mains un rituel sur
papier,
alors que dans la maçonnerie virtuelle, on ne savait jamais
si le GM lors de
ses prestations était virtuel ou réel.
Cela aurait pu durer longtemps,
mais comme toujours la nature humaine dans ce
qu’elle a
de négatif repris le dessus. Grace à un intrus,
la loge fut située
géographiquement, la suite est facile à imaginer,
destruction, arrestation et
rééducation…
Ce jour là, la
Maçonnerie disparut, et ne laisse que peu de chose dans la
mémoire de l’humanité !