La révocation de l’Edit de Nantes et ses implications sur les débuts de la FMaç moderne
Non communiqué
Yvon, notre conférencier du mois dernier nous brossé l’édit de Nantes, signé en 1598 par Henry IV avecla progression supposée de la laïcité et de la liberté de culte jusqu’aux derniers développements que nous connaissons aujourd’hui.
Ce soir l’autre face de cet édit : sa révocation par Louis XIV le 18 octobre 1685.
L’histoire nous a laissé ce titre alors qu’il s’agit en l’occurrence de l’Editde Fontainebleau.
Un détail pour commencer ; L’édit de Nantes a un sceau brun et l’édit de Fontainebleauun sceau vert. Et que signifie cette différence dans le symbolisme des sceaux ?
Eh bien les verts donnent des édits perpétuels et les bruns des édits temporaires. Il reste à prouver si Henri IV l’avait voulu temporaire sachant déjà que l’équilibre qu’il avait réussi à obtenir était fragile ou si c’étaitprémonitoire.
L’édit de Fontainebleau de 1685 n’est que l’aboutissement d’un processus qui était devenu irréversible en raison des blocages des pouvoirs absolus de toute cette période.
Essayons de reprendre plusieurs points-clefs ayant amenés à ces bouleversements.
Petites causes grands effets. Commençonsen 1528, la Réforme a 10 ans[1], A Paris, rue des Rosiers déjà, une vague statue de la Vierge est mutilée, le trouble est terrible, les huguenots sont accusés, a lieu une énorme procession expiatoire, à laquelle participe le roi François 1er en habit de pénitent. C’est le début de la rupture et de l’incompréhension entre ces deux communautés.
Petites causes grands effets;en 1528 aussi, le père de Calvin décède de honte. Il a été auparavant excommunié. Il était secrétaire de l’évêque de Noyon et sera accusé; à tort à priori, d’avoir falsifié les comptes de l’évêché. Afin de pouvoir l’enterrer religieusement, Calvin fils devra jurer de rembourser ses dettes. Lui qui avait fait toutes ses études théologiques chez les catholiques deviendra le partisan intransigeant d’une nouvelle lecture de la bible en refusant tout contact avec la hiérarchie catholique.
Attitude qui séparera à jamais les deux doctrines.
Au vu de l’augmentation du nombre de parpaillots, en 1540, François 1er signe le 1er édit de Fontainebleau qui , décision grave enlève aux tribunaux ecclésiastiques le droit de jugement des hérétiques pour le donner aux juges civils et au parlement. Et ces juges ont droit de mort ce que n’avaient pas les religieux.
Petites causes grands effets. Michel de l’Hospital fera appliquer l’édit de janvier appelé aussi édit de tolérance[2] qui donne autorisation aux réformés de pratiquer leur culte en dehors des ville. Mais le 1er mars 1562 le duc de Guise se dirige vers Paris, s’arrête à Wassy en Champagne, surprend un culte protestant dans une grange. Considérant que ce n’était pas la campagne mais la ville fait égorger tous les présents. 80 morts et une centaine de blessés.
Cela sera le déclencheur des guerres de religion,pas moins de 8 entre 1562 et 1598 avec pour la France le massacre de la st barthélemy le 24 aout 1572.
L’édit de Nantes, devait mettre fin à ces guerres fratricides mais que se passe-t-il en Europe pendant cette période troublée et jusqu’en 1685 ?
L’édit de Nantes ne règle rien sur le fond. Trop d’interdit ou trop de différences demeurent.
Par exemple Paris intramuros interdit toujours le culte protestant et en contrepartie leur autorise de gérer 151 places fortes. Alors sous Louis XIII, Richelieu combat le présumé pouvoir d’un état dans l’état des huguenots pour renforcer son pouvoir royal. ces villes fortes, dont La Rochelle est resté dans la mémoire collective, pouvaient lever des troupessupérieures en nombre à celles du Roi.
Petites causes grands effets, La guerre de Trente ans débute en 1618 par une simple défénestration de 3 délégués catholiques qui avaient un peu énervé une délégation protestante venue critiquer les mesures de plus en plus restrictives les concernant.[3]
Louis XIII et Richelieu après la victoire de La Rochelle en 1628 font acte de fausse clémence en signant l’édit d’Ales[4] qui soit disant maintient les termes de l’édit de Nantes; coexistence et liberté de cultes, mais supprime toutes les clauses cachées. Le démantèlement de toutes les places fortes huguenotes peut commencer..
La mort de Louis XIII le Juste arrive le 14 mai 1643, le même jour que son père Henry IV, 33 ans auparavant.
au début de son règne, dès 1645, Louis XIVn’entend parler que du péril huguenot. En France les protestants sont environ 800 000 sur 21 millions d’habitants. On parle des Anglais comme des républicains qui ont tué un Roi[5] ( prémonition !) et des perturbateurs. Le terrain a été préparé, les rapports que le Roi reçoit sont faux, les dragonnades ont été efficaces. une dragonnade c’est l’installation d’un soldat dans la maison d’un protestant et qui a tout pouvoir pour obtenir la conversion forcée de toute la famille. Le roi considère donc que le protestantisme est éteint et d’ailleurs l’édit de Fontainebleau commence ainsi : » puisque la meilleure et la plus grande partie de nos sujets de la dite religion prétendue réformée ont embrassé la catholique, l’exécution de l’édit de Nantes demeure inutile.
Toute l’œuvre des rois de France depuis François Ier visait à établir une autorité toute puissante et incontestable, assurer le bien être sous « une foi, une loi, un roi ». L’unique était une règle, celui qui contestait cette unanimité était mis au ban de la société.
Mal conseillé, en fin de vie, vivant morganatiquement avec Madame de Maintenon, sous la férule de son bigot de confesseur le père Lachaize, le roi signera ce document le 18 octobre 1685 , une nuée de cavaliers partent dans toutes les provinces afin que tout le royaume soit informé le même jour de sa décision.
L’édit comporte 12 articles très rudes:
- 1 : la démolition de tous les temples encore debout,
- 2. et 3 : l’interdiction de tout exercice de la religion prétendue réformée (RPR) y compris chez les seigneurs,
- 4 : le bannissement dans les 15 jours, sous peine de galères, des pasteurs qui ne voudraient pas se convertir,
- 5 et 6 : des incitations à la conversion des pasteurs : pension à vie et facilité de reconversion vers les métiers juridiques,
- 7 : l’interdiction des écoles protestantes,
·9 : la confiscation des biens des réformés déjà partis à l’étranger sauf s’ils reviennent dans un délai de 4 mois,
·10 : l’interdiction aux réformés d’émigrer à l’étranger,
Cet article est important, je vous le livre
Faisons très expresses et itératives défenses à tous nos sujets de ladite Religion de sortir, eux, leurs femmes et enfants, de notre dit royaume, pays et terres de notre obéissance, et d’y transporter leurs biens et effets, sous peine pour les hommes de galères et de confiscation de corps et de biens pour les femmes.
·11 : la punition des relaps, c’est-à-dire des « nouveaux convertis » qui reviendraient au protestantisme,
·12 : l’autorisation pour ceux qui ne se seraient pas encore convertis, de résider en France, à condition d’observer les dispositions précédentes.
Des ajustements seront apportés par la suite :
Pas de pasteurs et donc pas d’enregistrements des baptêmes, mariages et décès. Comment enregistrer le décès de ceux qui n’ont pas abjuré ? dès 1687, un mariage non religieux est autorisé par simple déclaration soit devant un juge royal, soit devant le curé de la paroisse agissant en qualité d’officier de l’état civil. Naissance et décès sont enregistrés de manière identique
À l’approche de la mort, les convertis sous la contrainte refusent le sacrement catholique de l’extrême-onction et déclarent vouloir mourir dans la religion réformée. Pour l’empêcher, Louis XIV déclare en avril 1686 que seront punis de galère pour les hommes et de prison pour les femmes ceux qui guérissent après avoir refusé l’extrême-onction. En cas de mort, le cadavre sera traîné sur la voie publique.
Une autre déclaration ordonne que tous les enfants de parents protestants, âgés de cinq à seize ans, soient confiés à des parents catholiques.
Une déclaration du 13 décembre 1698 vient encadrer plus strictement les nouveaux convertis en exigeant :
- l’assistance à la messe et aux pratiques catholiques obligatoire pour les seigneurs et notables,
- l’obligation de se marier à l’église et de faire baptiser ses enfants dans les 24 heures après leur naissance,
- l’obligation de présenter un certificat de bonne catholicité signé par le curé pour obtenir une charge juridique ou obtenir un diplôme en droit ou médecine.
- L’obligation d’accepter les enfants de reformés à l’école catholique. Le roi espérait que les enfants seraient gagner au catholicisme grâce à l’instruction reçue.
Très peu , comme Vauban et Saint-Simon la critiquèrent. Souvenez vous que les protestants sont moins de 5 %de la population à cette époque.
On avance un chiffre de 200 à 250 000 protestants, soit un peu plus de 1 % de la population,s’exilant vers les Etats protestants d’Europe : Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Angleterre et même Amérique du Nord et Afrique du Sud. Un tiers des protestants préféreront prendre le risque de partir et voir leurs biens confisqués plutôt que de se laisser convertir.
Ces exilés ne sont bien entendu ni les paysans, ni les pauvres, mais les lettrés de la classe moyenne. Ces départs ne se feront pas en masse après l’édit, mais ont commencé un siècle plus tôt et se sont étalés durant toutes ces périodes troubles des guerres de religions.
A la vue de ces pertes pour la France, on comprend mieux l’article 10 de l’édit interdisant la sortie des Réformés. Depuis quelques années, les chiffres ne laissaient aucun doute sur l’augmentation des richesses des pays nordiques. En plus de cela la France perdit beaucoup dans le commerce et l’innovation. Si Desaguliers, le rédacteur fantôme ( il n’est plus politiquement correct de dire nègre)des constitutions d’Anderson l’a fait d’Angleterre, c’est que son père, pasteur lui-même, avait fui la France caché dans un tonneau.
Il existe un coté moins connu du démarrage de la FM en France initiatrice plus tard de la querelle des Moderns et des Ancients, comme nous l’avait fait connaître récemment notre F Pierre Avril.
Il nous faut revenir sur les Jacobites.
En 1688 Jacques II roi catholique d’Angleterre qui est aussi roi d’Ecosse sous le nom de Jacques VII ( les grands Bretons sont vraiment compliqués !!) perd son trône et se réfugie en France. Louis XIV l’installe dans son château de Saint-Germain en Laye, avec une cour de jacobites en exil, appelée les oies sauvages. La ville en compte plus de 1 700 dont beaucoup d’écossais.
Les oies sauvages m’amène au pub « L’Oie et le Grill »[7] où le 24 juin 1717, jour de la fête de la Saint Jean, quatre loges londoniennes se regroupent pour créer la Grande Loge d’Angleterre. Les partisans de la entre guillemet « Régularité » aimeraient que cela soit vrai.
Un détail ironique, la salle de ce pub fait moins des 2/3 de notre temple, ce soir,un maximum de 20 personnes pouvant s’y installer, soit 5 FF par L. c’est peu pour une date historique !
Mais l’Ecosse et ses statuts Shaw ont une belle avance de 118 ans[8]. Chaque gros chantiers d’Ecosse avait déjà sa loge durant tout ce XVIIème finissant, avec l’arrivée petit à petit de membres de plus en plus éloignés du métier d’origine. La création de cette grande Loge d’Angleterre est venu à temps pour arrêter les ardeurs des derniers Stuarts jacobites et leur maçonnerie écossaise pour placer une autorité maçonnique plus politiquement en accord avec Guillaume d’Orange et la religion anglicane. Ce sera la ligne andersonnienne. C’est un contre feu à la pression exercée par les jacobites et l’héritier du trône, Jacques III,( dit chevalier de Saint George) qui préparent activement un débarquement[9] en Ecosse aidé par Louis XIV, afin de reprendre le pouvoir aux orangistes. Entre 1688 et 1716, les jacobites en France ne cesseront de prendre contact avec les anciennes loges écossaises afin de préparer le terrain. Quoi de mieux que la discrétion, de mise depuis toujours dans les associations de métier pour faire passer des idées. Les jacobites en France ont donc développé lesloges avec de plus en plus d’intégration de nobles spéculatifs au détriment des gens de métier. Il était logique que la partie adverse fasse la même chose. Et c’est là que nous retrouvons dans cette volonté de promouvoir cette maçonnerie anglaise[10]à l’encontre de l’écossaise, notre bien connu Jean-Théophile[11]. Son père et lui ont une rancune contre la France et la révocation, mais se trouvent bien en Angleterre chez les anglicans plus tolérants. Le personnage est fascinant. Il fut tout de même 3ème Grand Maître[12] de la grande loge d’Angleterre en 1719, une seule année certes. Il est prêtre en 1717, docteur en lois, tient la chaire de philosophie expérimentale, se lie d’amitié avec Newton, rentre à la Société Royale, devient duc de Chandos et finira chapelain du fils du roi Georges II[13] . On comprend qu’il avait le niveau requis pour aider Anderson à la rédaction des 2 versions des constitutions.
Mais le débarquement de fin 1715 est un terrible fiasco, Louis XIV est mort depuis 4 mois[14], son testament est cassé, son arrière petit fils, Louis XV n’a que 5 ans, le régent Philippe d’Orléans ne veut plus de Jacques III à Saint Germain en Lay. Celui-ci s’exilera à Rome[15]
Officiellement nous savons que la première loge dite écossaise a été crée en 1725 et la première loge andersonnienne en 1734. Les preuves manquent pour affirmer une officialisation antérieure.
Mais juste avant la fin du 18ème siècle, il y aura 780 loges en France dont 40 % d’écossaise selon Claude Guérillot. Puis viendra la scission de 1773 qui mélangeront dans deux obédiences ces deux courants, puis la révolution qui ne sauvera que 30 loges environ.
En Résumé : la date de la révocation de l’édit de Nantes n’est pas un événement déterminant en soi, ce sont les conséquences des actes et des décisions depuis la scission des religions qui auront globalement bouleversé toute l’Europe. Un Roi, un Etat, une Religion, la logique de Louis XIV l’obligeait à cette extrémité. Et aujourd’hui ou par exemple en Irlande, les guerres de religion ne sont toujours pas réglés, on peut vraiment affirmer que tous ces morts et tous ces destins brisés ne méritaient pas cet ostracisme.
C’est donc sur une lutte de pouvoir avec comme arrière plan la grave querelle religieuse que la maçonnerie se développera rapidement en France.
Elle aura encore beaucoup d’autres épreuves à affronter, mais c’est une autre histoire
J’ai dit
G dV
[2]Il est synonyme d’endurer
ou encore de supporter,Dans le domaine religieux, chacun
est sûr de détenir la vérité
[3] Les conseillers Martinic, Slavata
et Fabrisius sauvés
par un tas de fumier.
[4] Le 28 juin 1629
[5]Charles 1er
le 30
janvier 1649
[6]Alors que Guillaume 1er
d’orange que nous connaissons par ailleurs sous le diminutif de
Guillaume le
Taciturne (point n’est besoind’espérer pour entreprendre, ni de
réussir
pour persévérer) disait
déjà en1564, 120 ans avant la révocation :
« Je ne peux pas admettre que les souverains veuillent régner sur la conscience de leurs sujets et qu’ils leur enlèvent la liberté de croyance et de religion. »
« Je ne peux pas admettre que les souverains veuillent régner sur la conscience de leurs sujets et qu’ils leur enlèvent la liberté de croyance et de religion. »
[7]
Le nom des 3
autres : La Couronne, Le Pommier, Le Gobelet et les Raisins (loge de
Desaguliers)
[8]1599
[9]
Le 22
décembre 1715
[10]
Et wighs
[11]
Desaguliers
[12]
Après Sayer
en 1717 et Payne en 1718
[13]
Frédéric de
Galles
[14]
Le 1er
sept 1715
[15]
Décès le 1
er janvier1766
à Rome