Hiram Lève-Toi !
Non communiqué
« Pour ma conduite habituelle, j’essaie de ne choquer personne, tenant pour indifférentes les habitudes de mes semblables quand la passion ne les emporte pas à quelque excès. Je passe le temps que me laisse le soin de mon existence à pénétrer le secret des choses, plutôt par discipline que par ambition d’atteindre un jour la vérité. Si mon travail peut servir à un autre, peu importe le jour ou cet autre viendra ».
L’acacia m’est connu… Je suis donc Maître Maçon puisque j’ai reçu l’initiation au 3° degré et que mes FF me reconnaissent comme tel. MAIS …! Est-ce que mes FF aînés ont fait le bon choix, en recevant à la Maîtrise le C que j’étais alors, impatient peut-être d’obtenir les prérogatives attachées à cette reconnaissance symbolique ? Est-ce que le Collège des Off n’a pas été trop hâtif, pressé de combler des vacances ou d’augmenter les rangs des Maîtres ? A-t-il bien assimilé que le Franc-Maçon étudie l’Art Royal, autrement dit l’Art de mettre les hommes qu’il faut à la place qui convient pour la survie heureuse de la communauté ? Les réponses sont constructives…!
CAR SI TEL N’EST PAS LE CAS, HIRAM LEVE-TOI
Mais alors, ais-je moi-même bien pris conscience que tous mes devoirs concourent à assurer la bonne marche de la L et l’harmonie des relations entre FF, ceux qui tiennent à l’obligation de participer aux responsabilités assumées en commun, ceux qui sont liés à la perpétuation de l’Ordre, ceux qui n’ouvrent qu’une seule voie : celle d’accomplir, selon ma conscience et l’expérience acquise, les devoirs de ma triple charge de franc-maçon, de frère et de citoyen…, et que cette voie n’a de prix pour nous, F M, que parce que nous l’adoptons délibérément et non poussés par les épreuves réelles de la vie ?
Suis-je un bon Maître Maçon ? Il serait présomptueux de répondre affirmativement avec une grande assurance; tout au plus, puis-je prétendre de m’y éfforcer. Mais, …avez-vous remarqué, mes FF, le beau tablier brodé, la noblesse du sautoir, l’impeccable couvre-chef et les gants blancs dont je suis paré ? Quel beau Maître je fais… Maintenant, j’ai mon bâton de pèlerin dans ma musette… !
Apprenti, j’ai découvert le ciseau et le marteau qui m’ont servi à dégrossir la pierre brute. Compagnon, avec l’équerre et le compas, j’ai participé à la construction du Temple. Avec le grade de Maître, j’ai découvert l’Acacia et atteint l’apogée du Franc-Maçon.
DEVANT CETTE INEPTIE, HIRAM LEVE-TOI
Comment ? Ma vie maçonnique ne fait que commencer… ! Ma vanité, mon ignorance, ma complaisance concourent à me faire oublier le caractère de nos mythes et de nos symboles…que la légende d’Hiram que nous utilisons est là pour me faire souvenir cette condition première de l’initiation maçonnique…?
HIRAM… Oui… oui, …c’est vrai…, j’ai voulu prendre la place de notre Maître Hiram, j’ai voulu le mot et les signes de reconnaissance; je reconnais humblement avoir été ce mauvais Compagnon qui croyait qu’il pourrait remplir les fonctions et qui n’en savait pas plus que lui, qui n’avait pas l’expérience du rôle qu’il entendait assumer.
OUI, la Tradition Initiatique enseigne que l’on n’accède à la Maîtrise qu’en tuant le Maître,… mais enfin, je prends conscience que l’on ne remplace vraiment que ce que l’on fait oublier. Pour ce faire, il ne s’agit pas d’être le meilleur, car les meilleurs sont souvent des modèles dangereux, en ce sens que ceux qui les admirent ou les envient se croient en mesure de prendre leur suite, car « le pire des tyrans c’est le bon, il nous fait aimer la tyrannie », mais de travailler sans relâche à son perfectionnement, de construire la demeure de l’homme en s’assurant d’être une pierre utilisable de l’Edifice, faute de quoi tout engagement maçonnique ne sera que larvaire et crépusculaire.
A cela, d’ailleurs, suffisent les épreuves que la Tradition place sur la route de tous ceux qui ont la prétention ou la volonté d’atteindre la sagesse et je trouve qu’il n’est pas indispensable qu’elles soient extraordinaires, comme dans les récits de tous les Grands Sages ; la sainteté, la pureté, l’héroïsme sont sans doute des perfections souhaitables, mais il n’y a vraisemblablement que des personnages de légende qui y parviennent ; la fable a toujours un sens humain, et ce qui en elle est proprement fabuleux, ne trompe jamais que les sots.
Il y a une vérité dont vous avez certainement mesuré la portée: nous ne pouvons devenir nous-même que par les autres. Eux seuls nous permettent de nous révéler, et s’il est vrai que l’on peut s’instruire beaucoup dans la solitude, il est rare que l’on y acquière du caractère. L’homme ne peut trouver dans la solitude la véritable dimension de lui-même.
Aussi, nous, Maîtres Maçons, conscients de nos devoirs et de nos charges, nous nous remémorerons que le Maçon est libre dans une Loge libre : c’est vrai. Que la Loge est libre et souveraine dans le cadre de l’engagement pris par chacun de ses membres de respecter la Constitution et les principes de l’Ordre Maçonnique : c’est vrai. Que le Maçon est libre et maître de son action dans le cadre des engagements pris par lui à l’égard de la Loge : c’est vrai. Que le rôle de la Loge soit un rôle de régulation à l’égard de chacun des membres et que la mission éducative qui est assumée par l’ensemble des Frères de la Loge se traduit par une solidarité effective et par une fraternité assumée: c’est vrai.
Mais…, n’oubliez surtout pas que de l’attitude des Maîtres, les Frères Aînés de la Loge, dépend le comportement des Apprentis et Compagnons. Au cours de notre évolution Maçonnique, il arrive très souvent que l’on s’interroge : « …mais que suis-je donc venu faire là ? »
« Les joutes sont stériles, les enseignements très inégaux en intérêt sinon dépourvus d’attrait, les hommes ne sont ni meilleurs ni pire qu’ailleurs et n’ont guère en leur faveur qu’une certaine qualité de modération dans l’attitude et de prudence dans le propos. Dans l’ensemble, tout cela est bien médiocre et j’aspirais à mieux. Je rêvais d’une académie d’esprits brillants, d’hommes d’expérience et de talent, bref, j’avais le souhait de m’élever alors que j’ai l’impression de plonger dans la routine la plus décevante ».
C’est la crise, que des meilleurs ont connu. Mais c’est là précisément que le rôle du Maître apparaît dans toute sa plénitude: par le respect de son engagement envers la Loge et lui-même, réduire au minimum cette crise lorsqu’elle intervient chez nos Frères Apprentis ou Compagnons, et ce, par l’exemple.
Pour nous, Maître Maçon, lorsque la crise nous soulève de son immense vague, elle nous conduit là où nos forces nous portent. Comme le nageur, nous ne disposons que de nos forces pour affronter cette épreuve, mais nous sommes mieux armés que nos Frères cadets, car, en recevant le Troisième degré, nous avons pris conscience plus directement de nos relations personnelles avec les grands mystères.
Non pas que la chambre de réflexion où le profane dépouille le vieil homme ne soit déjà un enseignement, mais parce que le squelette que nous découvrons dans le cénotaphe nous introduit définitivement dans la relation cosmique.
Ce qui désespère la plupart des hommes, c’est qu’ils veulent changer ce qu’ils ne peuvent atteindre avant de comprendre que tout dépend d’eux-mêmes, et de savoir comment tout en dépend.
Tu es un Maître Maçon libre, libre de ton corps et de ton âme ; maintenant, fais ce que tu veux. Il convient seulement que tu saches ce que tu veux, mais, comme le voyageur qui lance sur les pentes enneigées un caillou qui bientôt fait gronder l’avalanche, ne vas pas lancer dans le monde un acte dont tu n’aurais pas mesuré les effets.
Vous tous, Maîtres ici présents, puisque vous êtes mes FF, à ce titre, je vous convie aux actes de contrition qui vous grandiront. Ne croyez pas que je puisse ni que je veuille faire comme les prêteurs de mauvais aloi qui retiennent après avoir donné, car je m’empresse de clore ce paragraphe en paraphrasant Beaumarchais : « Aux vertus que nous exigeons des autres, combien de fois nous condamnerions nous pour insuffisance ? »
Maître, tu connais les efforts personnels nécessaires à une assimilation correcte de notre méthode. Il n’est pas question d’exploit mais d’une lente approche de la Connaissance Vraie. Les moyens d’y parvenir sont la réflexion, la fréquentation des autres et l’activité, nécessaire à la vie mais encore plus à la communauté.
Tu as accompli les voyages du Maître, appréciant ici et là des façons diverses de travailler. Tu as toi-même éprouvé les forces en comparant tes espoirs et tes réalisations. Rien de pire sans doute ne t’arrivera qu’à l’approche de ce tombeau où symboliquement repose le corps d’Hiram.
Lorsque la chair quitte les os, le jeu est à jamais fini. Mais ce que tu as été, ce que tu as fait, ce que tu as laissé dans le souvenir des hommes sera un élément de leur culture. Mieux, ce sera la richesse profonde où se nourriront leurs racines. L’anonymat de la tombe n’est qu’une illusion de plus. En fait, toute l’humanité passée est vivante en nous et autour de nous. Nous sommes porteurs du meilleur et du pire, à nous de nous en souvenir.
Et lorsqu’un nouveau Compagnon sera intronisé à la Maîtrise, nous dirons : HIRAM…LEVE-TOI.
J’ai dit.
PS : Je dois un hommage particulier à J.M. CHARTIER qui m’a profondément inspiré, avec ses ouvrages « LETTRES A UN MAITRE » et « LETTRES A UN V M ».