La Liberté

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Lors du passage sous le bandeau et, plus encore lors de mon initiation et, plus précisément encore dans le cabinet de réflexion, je m’étais interrogé sur les qualités d’homme libre et de bonne mœurs nécessaires à tout maçon.

Ces notions, non expliquées dans le détail, m’apparaissaient confuses et pourtant, sans doute, importantes puisqu’elles constituaient une des conditions nécessaires à mon admission.

Après des consultations, des discussions sur le sujet, j’avais décidé d’entreprendre un travail pour essayer d’approfondir ces notions.

Je retardais toujours le moment de la rédaction et j’hésitais à le déclarer jusqu’au jour où notre sœur Michèle annonça le titre du sien.

J’eus à cet instant un peu peur que la similitude de nos travaux fasse que je sois conduit à changer de sujet.

Les propos rassurants du Vénérable Maître m’incitèrent à me remettre au travail sans plus tarder afin d’être en mesure de vous présenter, ce soir, quelques propos sur la liberté.

Les sujets de polémiques sont aujourd’hui nombreux, dans l’actualité, pour donner matière à des discussions animées sur le sujet.

On peut s’interroger par exemple sur l’utilité de certaines révélations récentes et sur le bénéfice tiré par la société de l’étalage de la vie privée. Le but est sans doute plus de faire de l’argent que d’informer au prétexte que cela fait partie de la Liberté d’expression.

Dans une récente émission télévisée sur la seconde chaîne « Bouillon de Culture » animée par Bernard PIVOT à propos de PRAGUE : QU’AVEZ VOUS FAIT DE LA LIBERTE, j’ai relevé un certain nombre de réflexions que j’ai jugé intéressantes et que je vous livre.

Cinq ans après la chute du mur de BERLIN, qu’avez vous fait de la liberté ? telle était la question principale posée par Bernard PIVOT aux écrivains, hommes politiques et artistes tchèques qu’il recevait sur le plateau de son émission.

Les sujets d’un état communiste défunt ont été comparés à des animaux domestiques qui rencontreraient de grandes difficultés à se retrouver en pleine nature et complètement déboussolés. D’une certaine façon, ils se retrouveraient dans la jungle où tout le monde est l’ennemi de tout le monde et où chacun est un loup pour l’autre.

Cette image est sans doute volontairement exagérée et mérite d’être nuancée comme l’a fait remarquer le Président Vaclav HAVEL dans une de ses interventions.

La liberté s’apprend, elle se désapprend malheureusement aussi, mais, heureusement, elle se réapprend.

Les gens réduits pendant de longues périodes à une obéissance aveugle connaissent bien des difficultés à se déterminer eux mêmes en usant de leur toute nouvelle liberté.

Ils n’ont pas l’habitude d’agir en leur nom propre et de signer leurs actes. Ils se cachent toujours derrière les institutions et les consignes officielles.

Certains, au contraire, se croient tout permis et  au nom de leur Liberté nouvellement acquise se conduisent comme des goujats.

Tous les peuples ne sont pas capables de supporter la liberté si les esprits et les coeurs n’y sont pas préparés. Un Etat ne peut subsister sans être maintenu par quelques contraintes. La liberté ne peut exister sans la Fraternité ni persister dans la discorde. Elle exige une tolérance mutuelle des citoyens, le désir de s’entraider, un certain plaisir à vivre ensemble. La liberté est fondée sur l’ordre établi.

Mais qu’est-ce que la Liberté ?

D’une manière simple, c’est une notion qui se définit :
        . Négativement comme l’absence de contrainte physique ou sociale. (Indépendance)
        . Positivement comme l’état de celui qui fait ce qu’il veut.

D’une façon plus générale, je pense que c’est la faculté que nous avons :
de prendre possession de nous même,
de nous arrêter afin de délibérer,
de nous déterminer à la suite de la délibération,
et d’agir à la suite d’une détermination.

On dit souvent :
Aimer la liberté…
Défendre sa liberté…

Pour la présentation de ce travail, j’ai distingué trois aspects de la liberté :
la liberté politique,
la liberté sociale
et la liberté philosophique.

La liberté politique
C’est celle de l’individu par rapport à L’Etat.

L’homme libre est celui qui s’oppose à l’esclave. Il participe directement ou indirectement à la confection des lois.
La liberté est le fondement de la démocratie. Tous les citoyens sont à la fois auteurs et sujets de la loi… La liberté est l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite. La démocratie met, en principe, les hommes dans les meilleures conditions pour réaliser leur liberté intérieure.

La liberté politique est la faculté donnée à l’individu d’agir ou de se développer grâce à la société conformément à sa propre nature.

L’instruction agrandit sans cesse la  sphère de la liberté civile et peut seule maintenir la liberté politique contre toutes les espèces de despotisme.

Le degré de liberté que les peuples réclament est toujours en raison de leurs lumières. La marche parallèle des lumières et de la liberté est une des vérités les plus constantes et des plus consolantes que nous révèle l’étude du passé. L’histoire n’est que le tableau des luttes que l’homme, armé de sa liberté et de son intelligence, a soutenues contre la nature et contre lui même. L’homme d’aujourd’hui jouit, à priori, d’une liberté plus étendue que l’homme sauvage, victime de l’esclavage.

Au moyen âge, en dehors des ecclésiastiques, on distinguait trois genres de personnes :

Les nobles et les roturiers étaient considérés comme des personnes libres même si les derniers n’avaient pas les privilèges des nobles.
Et les serfs qui eux n’étaient pas libres.

Il faudra attendre la Révolution de 1789 pour voir décréter l’abolition des privilèges, la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Peut on dire aujourd’hui en observant la société actuelle que la Liberté est réalité ?

Une portion de l’humanité asservit l’autre plus nombreuse qui est à son entière merci.
Une minorité d’oisifs vivent du travail de la majorité qui, en raison des lois est condamnée à l’obéissance.
L’Etat est prêt à chaque instant à écraser toute tentative de rébellion individuelle ou collective contre l’ordre établi.

Le seul changement a consisté dans la transmission du pouvoir.
Avant 1789, la bourgeoisie ne pouvait participer au pouvoir. Avec l’aide du Peuple, elle fit la Révolution pour pouvoir en avoir le droit. Depuis, elle s’est retournée contre le peuple dont la situation est demeurée la même.

A la Féodalité terrienne a succédé la féodalité capitaliste…

Comme avant, la presque totalité des richesses est détenue par une minorité de possédants. Il en résulte toute une organisation économique de la production et de la répartition des produits conçue pour procurer aux détenteurs de biens le plus grand bénéfice possible. Cette organisation place une grande portion de l’humanité à la merci de l’autre et aboutit à un manque de liberté pour celui dont la vie dépend du bon vouloir de son voisin.

La vraie liberté  sera réalité seulement lorsque seront mis en place des systèmes qui, mettant à la disposition de chacun tous les moyens de production et de consommation qui lui sont nécessaires, lui assureront les moyens de développer intégralement son individualité.  

La liberté sociale
Ou celle de l’individu par rapport à ses semblables.

Toutes les déclarations de droit affirment depuis le 18ème siècle que les hommes naissent libres.

Tous les régimes démocratiques sont fondés sur le principe de la liberté des citoyens.

Cependant, dès que les hommes vivent en société, la liberté de chacun est limitée :
        . Par celle des autres
        . Par les nécessités du maintien de l’ordre.

L’Etat fixe les bornes de la liberté afin de protéger à la fois, la liberté individuelle et celle des groupes.

Les libertés de la personne assurent à l’individu le droit :
        . De circuler,
        . De se voir protéger contre toute arrestation et contre tout jugement arbitraire.
        . De voir protéger son domicile, sa correspondance et l’intimité de sa vie privée.

La liberté de se déplacer n’est de règle que dans les régimes libéraux. Les régimes totalitaires empêchent l’individu d’aller et venir librement, de changer de domicile ou de lieu de travail.

La protection de l’individu contre l’arbitraire de la loi, de la justice ou de la police est l’une des conditions les plus évidentes de la liberté de la personne.

La déclaration des droits de l’homme est une victoire marquante du Libéralisme.

L’impartialité de la loi, l’indépendance de la Magistrature, le respect de la procédure pénale sont les garanties de l’individu contre l’arbitraire sous toutes ses formes.

L’homme doit être libre de choisir son domicile et d’en user à sa guise. Le domicile est inviolable sous réserve de certaines dérogations.

La correspondance est en principe inviolable. Les communications téléphoniques jouissent de la même garantie de secret. Les tables d’écoutes sont, en principe, prohibées.

D’une façon générale, le Législateur et le Juge se donnent pour mission de protéger la vie privée contre toute atteinte extérieure.

Les citoyens sont libres de créer des associations pourvu que leur objet ne soit pas contraire aux lois et aux bonnes mœurs.

Les réunions privées échappent à toute réglementation pourvu qu’elles ne troublent pas l’ordre public.

Les réunions publiques sont libres dans la mesure où elles sont paisibles et conciliables avec les nécessités du maintien de l’ordre.

Les manifestations ne doivent en aucun cas entraver la libre circulation des personnes sur la voie publique.

Les libertés de pensée recouvrent :
       . La liberté d’opinion et de conscience.
       . La liberté de la presse et de l’information.
       . La liberté des spectacles.
       . La liberté de l’enseignement.
       . La liberté religieuse.

La liberté d’opinion et de conscience qui est la règle pour chaque individu est moindre pour les fonctionnaires qui doivent, dans leur service, s’abstenir de toute manifestation d’opinion et de croyance.

La radio et la télévision étant des instruments d’information mais aussi de pression trop puissants pour qu’une totale liberté leur soit accordée ont un statut spécial.

Au sens courant, la liberté philosophique
Celle de l’individu par rapport à lui même

Elle se définit par le pouvoir de choisir entre deux actes ou plutôt par le pouvoir de se déterminer sans autre raison que le vouloir lui même. C’est ce qu’on appelle plus précisément le libre arbitre.

Les actes peuvent être classifiés en deux catégories :
. Les actes instinctifs.
. Les actes libres.

L’acte purement instinctif  n’est nullement délibéré.

Dans un acte, il y a plus ou moins de liberté, mais aucun n’est entièrement libre car tous sont déterminés par des mobiles. (Acte qui pousse à agir).

L’acte le plus libre est celui dans la détermination duquel entre le plus grand nombre de mobiles. L’esprit se livre alors à une délibération, il opère un choix. La délibération consiste à faire prévaloir l’influence de tels ou tels mobiles ou à amoindrir celle de tels ou tels autres.

L’acte totalement libre serait celui qui se produirait après élimination de l’influence de tout mobile.

La croyance dans ce type de liberté est générale dans l’humanité parce qu’elle repose sur des expériences communes et multiples qui fondent le sentiment intérieur de liberté.

L’homme est un être qui forme des projets. Il distingue :
       . Ceux qu’on lui impose ou qu’on l’empêche de poursuivre en aliénant sa liberté.
       . Ceux qu’il peut entreprendre et conduire librement à leur terme.

Dans les deux cas il y a une expérience soit négative, soit positive de la liberté.

Plus l’acte à accomplir est important, engage davantage la vie et exige plus de réflexion, plus le sentiment de liberté est au plus haut.

Il y a de bonnes et de mauvaises expériences de la liberté…

On ne choisit pas sans motif et le choix devient impossible lorsque tous les motifs se valent. Un âne placé entre deux sacs d’avoine identiques meurt de faim car, il n’a pas plus de raisons d’aller vers l’un plutôt que vers l’autre.

Il n’y a pas, a priori d’acte complètement libre.

Le libre arbitre, le pouvoir de choix est nécessaire pour fonder la responsabilité mais, il ne donne aucune raison d’opter  pour tel ou tel sens.

Toute liberté n’est pas bonne. Il lui faut se justifier par rapport au juste, au vrai et au bien.

L’homme vraiment libre est celui qui a pris l’habitude du bien et qui l’a choisi si profondément qu’il lui serait impossible de mal agir.

La liberté authentique est bien la liberté du sage.

Elle n’est sans doute pas donnée toute faite.

Il faut opter pour elle et la réaliser.

C’est ce qu’ont exprimé les plus grands philosophes en définissant la liberté comme étant le choix mystérieux de soi-même.

Quand on pense : Tu aurais pu agir autrement.
Cela signifie réellement : Tu devrais  être un autre homme.

La liberté est création. La plus haute création est la création de soi par soi. L’homme n’est pas tout fait. Il a à se faire.

La plupart d’entre nous éprouvent de la satisfaction à être prisonniers des gens, des possessions ou des idées.

Même si nous paraissons simples extérieurement, nous aimons être prisonniers de nos désirs, de nos besoins, de nos idéologies ou d’autres  innombrables mobiles.

La simplicité ne peut être trouvée qu’en nous libérant intérieurement. C’est le fruit de notre affranchissement.

La sensation d’une extraordinaire liberté nous envahi lorsque nous comprenons le processus de la croyance et de l’attachement de l’esprit à ces croyances.

Etre intelligent c’est être conscient de ses entraves. Il convient d’être constamment en état d’observation et de ne pas s’établir dans une façon particulière de vivre, de penser et d’agir.

Nous sommes moins responsables de ce que nous faisons que de ce que nous sommes.

Nous nous choisissons lentement, douloureusement, au fil des jours. Notre personnalité s’exprime dans nos actes.

Plus qu’un choix entre deux actions, la liberté est une attitude de tout l’être par laquelle il se choisit lui même.

La vraie  liberté c’est sans doute de pouvoir toute chose sur soi…

A ce propos, le film «Bleu» comme Liberté de Krzysztof KIESLOWSKI me semble être une bonne illustration de la liberté individuelle profonde et de la liberté de vie. Le cheminement intérieur de reconquête de sa liberté que cette femme a perdu dès le début du film après l’accident qui a coûté la vie à son mari et à son enfant est parfaitement traduit dans un style admirable qui se veut moraliste et gaiement désespéré.

A la fin du film, dans un accompagnement musical incitant au recueillement, des phrases, des mots contenant sûrement un message important s’égrainent sur l’écran….

Quand je parlerai la langue des anges…
 si je n’ai pas l’amour…
 je ne suis que airain qui résonne.

Quand j’aurais le don de prophétie…
 la science de tous les mystères et toute la connaissance…
 quand j’aurai même toute la foi…
 jusqu’à déplacer les montagnes…
 si je n’ai pas l’amour…
 je ne suis rien.

L’amour est patient…
 Il est plein de bonté…
 Il supporte tout…
 Il espère tout…
 L’amour ne périt jamais…

Car les prophéties prendront fin…
 les langues se tairont…
 la connaissance disparaîtra.

Maintenant donc demeurent la foi…
 l’espérance et l’amour.
Mais le plus grand de ces trois…
C’est l’amour.


Mon jeune âge ne m’a  peut être pas permis d’en saisir tout le sens, mais, avec votre aide, tout comme Jonathan LIVINGSTON Le Goéland, j’ai bon espoir d’y parvenir…

J’ai dit. 

R D

LA LIBERTE

Qu’est-ce que la Liberté ?

D’une façon générale, c’est la faculté que nous avons :
de prendre possession de nous même,
de nous arrêter afin de délibérer,
de nous déterminer à la suite de la délibération,
et d’agir à la suite d’une détermination.

On distingue trois aspects de la liberté :
la liberté politique, ou celle de l’individu citoyen par rapport à L’Etat.
la liberté sociale, ou celle de l’individu par rapport à ces semblables.
et la liberté philosophique, la plus importante, sans aucun doute, celle de l’homme par rapport à lui même.

Plus qu’un choix entre deux actions, la liberté est une attitude de tout l’être par laquelle l’homme se choisit lui même.

La vraie liberté c’est sans doute de pouvoir toute chose sur soi…

R D

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