Liberté – La franc-maçonnerie est-elle une option pour l’homme libre ?
F∴ M∴
« DIEU
fit la liberté, l’homme a fait l’esclavage. »
Marie Joseph CHENIER
Chaque fois que nous nous confrontons au terme « liberté », nous semblons comme pousses par un élan vital nous mettant directement au contact des grands idéaux de l’humanité.
Mais qu’est en définitive la
liberté ?
Est-elle une valeur morale, une valeur absolue, ou une valeur
économique comme beaucoup le pensent ou
désireraient qu’elle soit ?
Ou bien regardant sous un autre angle, la liberté,
pourrait-elle faire partie d’un processus de transformation
plus ou moins long, afin de devenir un être humain
avec un grand « H ».
Cela confirmerait alors que cette valeur doit être
conquise.
Ou se trouve donc la force de la liberté qui va au devant des aspirations les plus profondes du sentiment humain, jusqu’aux relations sociales les plus compliquées, capables de provoquer de grands mouvements politiques, source de grandes tensions entre les hommes, des révolutions même, qui apportent des bouleversements radicaux dans les structures des gouvernements ?
Nous pourrions continuer ainsi en nous posant d’autres
innombrables questions autour du phénomène de la
liberté.
En cherchant a approfondir les recherches d’une définition,
nous pourrions percevoir que nous traitons d’un problème
très complexe, dans lequel les définitions ne
cadrent pas toujours, pas plus que la certitude d’une
interprétation de la liberté, absolument libre.
Nous ne prétendons pas dans cette planche aller nous
enfoncer dans le méandre complexe des
définitions, mais rester le plus possible proche du sujet,
par le recours aux expressions les plus anciennes de
l’humanité.
La première est bien sur la symbolique biblique, dans laquelle l’homme est chasse du paradis après avoir goûté au fruit défendu. Cela symbolise la connaissance, et plus particulièrement la connaissance de soi-même, c’est le fait que l’homme prenne conscience qu’il existe un côté de la nature qu’il peut transformer, et plus important, qu’il puisse construire sa propre nature, la nature humaine.
La culture naît, la liberté
naît comme une aspiration créative et constructive
propre à l’homme. Derrière il reste la
détermination, la superstition, la puissance divine,
l’ignorance.
Bien sur cette interprétation du pêché
originel est la condition de l’homme se connaissant lui même,
et connaissant ce qui l’entoure. C’est en définitive sa
condition d’homme libre.
Nous pouvons alors affirmer que l’homme naît à la liberté en même temps qu’à la culture, grâce à sa capacité créative, à sa faculté supérieure de se construire lui même, ainsi qu’à sa caractéristique plus remarquable, qui est d’être une entité essentiellement sociale, qui ne peut se développer et vivre seule. Bien au contraire il ne peut développer pleinement ses potentialités qu’avec d’autres hommes, c’est-à-dire en société.
Conjointement a cette conception de l’homme comme un être essentiellement social, nous ne trouvons pas les limites de la liberté, mais par contre le cadre dans lequel cette valeur en principe se développe, parce que nous avons la conviction que LA LIBERTE EST UNE VALEUR QUI MURIT A LA CONNAISSANCE, à l’éthique sociale, à la vérité, à la tolérance, et au respect de la liberté individuelle de chaque membre de la communauté.
« LA LIBERTE NE CONSISTE PAS A FAIRE CE QUE L’ON PEUT FAIRE, MAIS CE QUE L’ON DOIT FAIRE ».
L’interaction sociale de l’homme est en fait le cadre éthique pour qu’il puisse accéder à la liberté comme une valeur supérieure, qui se retrouve quasiment dans toutes les aspirations humaines du perfectionnement moral, social et matériel.
LIBERTE EN MACONNERIE.
La maçonnerie pour sa part, soutient la thèse que la liberté est une valeur qu’il faut conquérir, enseigner et cultiver, développant les consciences éclairées et les volontés, c’est-à-dire qu’elle croit en même temps que la connaissance et l’action.
La base de la doctrine de la franc-maçonnerie
est que l’homme qui n’est pas seul, est un être
essentiellement social. C’est en outre un être perfectible,
qui se perfectionne lui même de façon graduelle
mais efficace et profonde, et parviendra alors à
améliorer et transformer la société
dans laquelle il évolue. Ce processus ne montre pas
clairement le chemin, mais l’orientation du travail qui est en quelque
sorte enseigné, par la maçonnerie.
Cela va de l’individualité au social, de
l’intérieur à l’extérieur, de
l’ésotérique à
l’exotérique, de l’initiatique au profane.
Pour la maçonnerie, le début de tout processus de libération est tout simplement à l’intérieur de chaque individu, dans la connaissance de soi-même, dans sa capacité de se révéler à travers la culture, et dans sa remarquable condition de bâtisseur.
Ainsi, l’objectif final de la Franc-maçonnerie sera réalisé à l’extérieur, dans la société et sa transformation, dans la capacité de l’homme de se transformer en un « agent de change social » en quelque sorte, afin de libérer la société de ses préjugés, de l’ignorance, du fanatisme et des tyrannies, de la faim, de la misère morale, spirituelle et matérielle.
De cette façon, nous pouvons remarquer que la conquête de la liberté est aussi un processus qui va de l’individualité au social, et nous trouvons là la synthèse qui nous rapproche le plus de la qualité première de cette valeur.
L’homme profane d’une part, à travers les
complexités propres au devenir social, va emmagasiner une
part importante de préjugés, d’idées
préconçues, de schémas rigides, de
dogmes dans lesquels il va affirmer son action, ce qui en somme
développera une véritable crainte à
l’égard de la liberté, et l’obligera à
chercher des formes extérieures pour s’accrocher
à une réalité, ce qui aura des
conséquences négatives, et en fin de compte le
poussera a s’affronter à cette
réalité, et prendre des décisions avec
une teneur de compromis social.
D’autre part, le développement historique et social de
l’humanité, donne à la
société tant d’expériences, de
projets, de modèles de vie, de structures politiques,
d’idéologies, de doctrines religieuses, qu’il
résulte qu’un homme ne peut être AUTHENTIQUEMENT
LIBRE, dans le sens le plus pur, étant donné que,
apparemment seul il est confronté aux options qu’il doit
choisir pour pouvoir vivre ou survivre dans le monde qui l’entoure.
« La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un concitoyen pouvait faire ce qu’elles défendent, il n’y aurait plus de liberté, par ce que les autres auraient tout de même ce pouvoir ». (MONTESQUIEU)
Devant cette réalité, la maçonnerie trace un processus, une méthode, pour affronter cette éventualité sans perdre notre propre identité, et aspirer légitimement à la liberté. Notre ordre avance que l’homme doit en premier se libérer lui-même. Pour cela il faut lui-même sa propre structure intérieure « la pierre occulte », avec l’intention de connaître ses limites, ses carences, et aussi bien sur ses potentialités. Pour poursuivre cet objectif, il faut se libérer de tout dogme, préjugé, et idée préconçue.
Celui qui aspire à la liberté, doit raviser en son âme et conscience, ses pensées et ses croyances les plus intimes, il doit soumettre à un jugement critique sa propre conscience pour pouvoir accéder aux limites les plus, éloignées de lui même, et à partir de la, commencer un processus de retour jusqu’au monde qui nous entoure, mais cette fois avec la perspective et la liberté consolidées par la connaissance de soi-même.
La connaissance de soi ce n’est pas seulement
connaître ses défauts pour les corriger, mais
c’est encore de manière plus fondamentale et universelle
s’interroger sur le « JE ». Un
maçon célèbre de la GLNF Pier CARTIER
(Keith CLARK), a pose la question : « Qu’est-ce
que je ? »
L’Hindouisme des Brahmanes et des Upanisads proclame qu’il n’y a pas de
moi, parce que l’essence du moi est la même que l’essence du
soi universel.
P.NEGRIER dans son ouvrage Les Symboles Maçonniques
d’après leurs sources nous dit que: la maxime de la
Chandogya Upasanisad « tat tvam asi »
(toi aussi tu es cela) le résumé parfaitement, et
est condensée dans l’affirmation « Je
suis ».
Jésus, s’exclame à plusieurs reprises :
« Je suis »
(Jean 8, 24, 28, 58 ; 13, 19).
Les philosophes Grecs ont également
proclamé l’identité du Je avec les puissances
supérieures : « En
philosophie il n’y a qu’une fin et un principe, se connaître
soi même et se rendre semblable aux Dieux »
(Julien –discours cite par L. Paquet : Les cyniques grecs).
D’après Patrick NEGRIER, « Se
connaître, c’est se libérer du
« JE » singulier en
découvrant que son essence est universelle. Et se
libérer du
« JE » en découvrant
l’universalité de son essence, c’est cesser de se
considérer étranger par rapport aux autres, et
c’est pour cette raison se prédisposer à pouvoir,
à devenir capable enfin d’aimer. »
CONNAISSANCE DU MONDE
Une fois parvenu à l’étape
culminante qui est la connaissance de soi, le regard de l’homme qui
aspire à la liberté, doit s’orienter vers la
connaissance de tout ce qui l’entoure. Il doit s’intéresser
à l’histoire de l’humanité, ses
modèles sociaux, politiques, économiques et
religieux, il doit s’imprégner de l’histoire de la
pensée humaine, il doit en définitive aspirer
à la connaissance de l’art royal.
En somme, en éclairant sa conscience, et en s’accomplissant
par sa libération intérieure et
extérieure, nous pouvons alors penser qu’il jouit
d’une véritable liberté.
Arrivé au sommet de cette prise de
conscience, l’homme peut affronter le devenir social de
manière sereine, sans crainte des pressions
engendrées par la complexité sociale, et pourra
en toute conscience poursuivre le cheminement qu’il aura choisi.
La maçonnerie respecte les croyances de chacun, elle ne
renie pas les idéologies, ou les systèmes
d’organisation sociale, mais elle aspire au respect des croyances de
chacun, à condition que cela soit un choix sans contrainte
d’aucune sorte.
La maçonnerie aspire que l’homme soit maître de
son propre devenir, et que souverainement et librement il contribue au
développement et au perfectionnement de la
société, respectant les idées des
autres, dans un souci constant d’estime et de tolérance.
LA LIBERTE VALEUR A CONQUERIR.
La liberté est une valeur qui se conquiert, en travaillant fondamentalement sur soi même, et luttant fermement pour que dans la société il y ait un climat propice, afin que cette aspiration qu’est la LIBERTE soit un sentiment réel, une expression réelle de la société.
C’est pour cela que notre lutte et notre duel sont doubles. Il y a d’un côté cette formation individuelle, intime, pour laquelle nous devons travailler sans cesse, et de l’autre, de manière remarquable une connotation sociale et politique, qui nous oblige à la vigilance face aux ennemis de la liberté, parce qu’en eux est le germe des oppressions, des injustices, et de l’absence de fraternité.
Le maçon homme libre aspire légitimement a transformer la société, la libérant de tout ce qui est contraire à la dignité humaine, la libérant de tout ce qui met en péril la vie, la vérité et la justice.
L’aspiration de conquérir la liberté, nous l’assimilons à un compromis supérieur. Principalement avec nous même, pour notre propre dignité, pour être juges sans crainte par nos semblables, pour être reconnus comme tels par nos frères, et pour partager cette liberté, avec le plus modeste des ouvriers, l’artiste, l’étudiant, l’enfant, le jeune homme, le vieillard, et par dessus tout avec le compagnon, l’ami, avec notre épouse, nos enfants, notre famille, et tous nos bien aimés frères.
J’ai dit VM