Né Libre parce que Mort !
Non communiqué
Notre VM Pierre Louis a attribué comme thème de l’année, à notre respectable loge :
« Que la sagesse préside a la construction de notre édifice ».
Le redoutable privilège de
déflorer le thème de l’année
a été confié à notre
frère Paul qui, le mois dernier nous a si bien
ouvert le chemin avec l’espace temps sacré.
Ce soir nous allons nous efforcer de suivre sa voie en nous
interrogeant sur :
Cette affirmation, ou plus exactement, l`ensemble des questions – réponses qui la détermine se situe dans le rituel d`instruction de l’Apprenti du Rite Ecossais Ancien et Accepte.
Demande :
« Qu’est-ce qu’un
Maçon ? »
Réponse :
« C’est un Homme Né
Libre »
Demande :
« Que veut dire Né
Libre ? »
Réponse :« L’Homme
né Libre, est celui qui,
Après être MORT aux
Préjugés du Vulgaire,
S’est vu RENAÎTRE à la Vie
Nouvelleque Confère
l’Initiation ».
C’est de cette Sagesse de L’initié, face au phénomène MORT – VIE, qui lui permet de bâtir son Edifice Maçonnique, dont nous nous allons vous entretenir.
Ainsi, nos Propos sur la mort, constituent-ils essentiellement, un examen de l’Evolution d’un Etat à un autre Etat.
Pour parler de ce sujet, nous devrons
nécessairement aborder les interrogations philosophiques
concernant la mort, car à ce niveau, le
phénomène évolue de la philosophie
à la phénoménologie.
Autrement dit, d’un problème analysé
objectivement à un drame intérieurement
vécu, c’est probablement la
métaphysique qui seule peut expliquer l’angoisse
de la mort, et par conséquent amener à
découvrir un dépassement de la mort.
C’est en acceptant la fin de l’existence, comme le
terme d’un long tunnel, que s’ouvre
l’horizon de l’immortalité personnelle
qui ne se situe pas très loin d’une
métaphysique de la résurrection.
La première partie de cet exposé sera consacrée à un rapide survol des différents rituels funéraires à des époques significatives.
En seconde partie, nous aborderons la symbolique liée à nos rituels du REAA.
En troisième lieu, nous aborderons les cotés qui nous sont très personnels, comme la mort et le sommeil, la mort et la mémoire, qu’elle soit individuelle ou collective au regard de l’écrit et du temps.
Enfin, nous terminerons par une conclusion qui ramène d’une certaine manière au GADLU, ce qui n’étonnera personne.
Les Rites dits de « Passage ».
Dans la religion funéraire
Egyptienne, aussi loin que l’on remonte dans le
passé, les Egyptiens ont toujours cru à une
survie après la mort.
Dès le néolithique, les cadavres sont
enterrés près des demeures des vivants,
orientés et pourvus de provisions et de mobilier
funéraire.
La croyance était que les morts avaient les mêmes
besoins que les vivants, les morts continuaient une vie
éternelle dans les étoiles fixes faisant partie
de la suite du roi mort qui lui, s’était uni au
soleil.
Pour les Grecques, il y a cette sorte d’héroïsation qui leur permet d’assurer la protection de la communauté (le mot héros, qui désigne un mort détenteur d’un potentiel vital exceptionnel est d’origine crétoise). Les Crétois admettent la survie, eux-mêmes probablement influencés par les Anatoliens occupant la Grèce avant eux, en incluant la croyance en un au-delà que l’initiation aux mystères de la Grande Mère et le culte funéraire pouvait transformer en un lieu de délice sans fin.
Chez les Druides, Le Druide est par excellence celui qui s’occupe des funérailles, sa participation est indispensable au bon passage du mort dans l’autre Monde jusqu’à sa délivrance du monde des vivants.
Les actions du Druide faisaient partie du même domaine d’application des techniques qui tendent au maintien de l’ordre cosmique sous la tutelle de l’autorité spirituelle, l’une des données majeures de la Tradition druidique étant « la croyance en l’immortalité de l’âme », autrement dit, la doctrine pythagoricienne prévalait parmi eux, enseignant que les âmes des hommes étaient immortelles et revivaient pour un certain nombre d’années dans un autre corps.
Chez les Romains existait un personnage allégorique nommé Mors, la mort était pour les romains une pure abstraction qu’aucun mythe ne personnalisait. Il existait une déesse protectrice des morts nommée libitina que l’on associait aux cérémonies et rites funéraires. Elle était représentée tenant un rameau de laurier, coiffée d’un bonnet phrygien avant qu’elle ne soit identifiée à Proserpine qui la remplaça définitivement.
Plus proches de nous, dans le temps, sont nos contemporaines Ethnies Animistes.
Pour les définir, Léopold
Sédar SENGHOR écrit :
« Chez nous tout a une Âme. Tous
les Hommes, bien entendu, mais aussi tous les Animaux, tous les
Végétaux et même la Pluie et
même le Vent, car TOUT EST CREE PAR DIEU ».
Les Animistes ont, d’abord entendu avec étonnement, puisécouté d’une oreille goguenarde, la Parole des Missionnaires, notamment en ce qui concerne l’Angoisse Post Mortem des Chrétiens.
Pour les Animistes, uniquement se préoccuper
du devenir de l’Ame, n’apparaît pas
très sérieux.
Ils traduisent cela d’une phrase simple :
« Avant d’avoir
un Estuaire, une Rivière a une Source ».
Ce qui exprime :
D’une part, que de penser à ce que
l’Homme devient, APRES sa MORT, sans
penser à ce qu’il était, AVANT
sa NAISSANCE, tronque singulièrement la
Réflexion.
D’autre part, que si l’Homme
s’interrogeait sur ce qu’il était AVANT
de NAÎTRE, cela lui permettra de mieux comprendre
son APRES MOURIR.
Chez les Animistes, l’Homme a DEUX
Âmes :
D’abord, une GRANDE ÂME, qui le relie à
la Création Toute Entière car elle est
Collective, c’est son « Âme
Divine » qui quelque part Est
Dieu.
Puis une PETITE ÂME, qui est individuelle, qu’il
reçoit à sa naissance et perd à sa
mort ; car la Vie Terrestre d’un Homme est solitaire
et est précisément le moment où
celui-ci a perdu la mémoire de son « Âme
Divine » et n’est plus
conscient que de son âme « humaine ».
Cette « Âme Humaine », pour limitée qu’elle soit, a cependant une forte importance : l’Homme se doit de laisser une Trace de sa Vie, qui aidera ceux qui Naîtrons après sa Mort.
De là, naît le « Culte
des Ancêtres ».
C’est pourquoi les Griots ressassent inlassablement
l’Histoire des Anciens.
C’est pourquoi l’Homme qui n’a pas
d’enfants « mourra jeune »
(même s’il quitte ce monde Centenaire) car bien
vite plus personne ne se souviendra de lui et son passage sur Terre
deviendra inutile.
La symbolique liée a notre rite
Quel franc-maçon est capable
d’oublier ce passage « hors du
monde » :
l’étroite cellule ou
l’énergie conjuguée du Souffre et du
Mercure subtilement cristallisée par le Sel qui nous
forçait à rentrer en nous-mêmes. Humble
parcelle fusionnant dans l’ordre divin, rejoignant ainsi la
course sans fin du cosmos.
Arraché pour l‘heure au monde profane, vous
entriez dans une autre dimension…celle de
l’approche initiatique.
Dans le cabinet de réflexion, vous vous souvenez tous du
travail d’introspection auquel vous vous êtes livre
ainsi que de l’inscription :
VITRIOL
« V »« I »« T »« R »« I »« O »« L »,
Sont les Initiales de la Formule :
« Visita Interiora Terrae,
Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem »
« Visite l’Intérieur
de la Terre et, en Rectifiant tu Découvriras la Pierre
Cachée ».
Trois « Points
Force » émanent de cette
Sentence :
L’Invitation au Voyage.
L’action de Rendre Droit, de Parachever, de Purifier.
La Quête de ce qui est occulté.
Ce voyage, invitant à avoir le courage d’aller découvrir le Noyau Central de la Planète, incite en réalité à effectuer un retour total sur Soi Même.
Cette descente aux Enfers, est avant tout une Ascension vers un « Moi » qui n’est pas haïssable, car dépouillé de l’apparence, il devient crédible.
Nous avons à rectifier,
donc à tuer : l’homme que nous sommes et
que nous croyons (ou nous déplorons) être,
pour faire vivre : l’homme que nous souhaitons
être et, qu’également, nous sommes.
D’après Blaise Pascal,
l’Homme : « n’est
ni Ange, ni Bête ».
N’est-il pas plus vraisemblable de penser :
Que l’Homme est tout à la fois
« et Bête »,
« et Ange » ?
Que « le Vieil Homme »
et « l’Homme Neuf »
sont un « seul et même Homme » ?
Ainsi, la « Mort Résurrection Initiatique », telle que VITRIOL nous la propose, n’entraîne point la Disparition du Mal et l’Apparition du Bien, mais, au contraire, propose une harmonisation de deux éléments opposés (formant un tout) et incite à créer : « l’Union des Extrêmes ».
Quant à la Pierre, Cachée à chacun d’entre nous, n’est-elle pas, précisément, Nous Même ?
D’une manière
irréfragable,
« VITRIOL »
évoque le « MYTHE DE SISYPHE ».
Nous y retrouvons :
La même descente aux Entrailles de la Terre, symbolisant le
Plus Profond de Soi.
Le même combat pour Rectifier.
La même Pierre ou Rocher.
D’après Homère, Sisyphe ayant décidé d’aller aux Enfers pour y enchaîner la Mort, les Dieux l’avaient condamné à un travail aussi inutile que sans espoir : rouler, éternellement, un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, d’où il retombait sans cesse.
L’on comprend mal pourquoi Sisyphe, habitué à braver les Dieux, à défier la Mort et à se moquer de la Fatalité, accepte cette peine : que risquerait-il de pire s’il refusait d’accomplir son Supplice ? RIEN !
Albert CAMUS, qui c’est interrogé
sur ce Mythe, nous donne la Solution :
« Tout au bout de son long effort, Sisyphe
regarde la pierre dévaler vers ce monde inférieur
d’où il lui faudra la remonter ».
« Il redescend, d’un pas lourd
mais égal, vers ce tourment qui ne connaîtra pas
de fin ».
« A chacun de ces instant, son destin lui
appartient, il est plus fort que son rocher ».
« La lutte, vers les sommets, suffit
à remplir un cœur d’Homme ».
« Il faut imaginer Sisyphe
heureux ».
Heureux, certes, parce que délibérément Mort aux Préjugés, Sisyphe renaît Libre.
Pour clore ce parallèle entre VITRIOL
et Sisyphe, remarquons que de l’un comme de
l’autre, émane la pensée qui, le mois
dernier, formait la Conclusion de Paul :
« le But, ce n’est pas
le But ; le But c’est le Chemin qui mène
au But ».
Autre trait d’union,le
Testament Philosophique :
l’idée de rédiger un testament ne nous
étant pas encore venu à l’esprit, car
tant qu’il n’y a pas encore eu de
préoccupation quant à la mort, c’est un
petit peu comme si l’on était immortel.
Ce sentiment, c’est la caractéristique principale
de la jeunesse.
« Abordons les cotés qui nous sont très personnels »
La Bible.
Elle nous révèle avec une clarté
progressive au fur et à mesure du développement
de l’Ancien Testament, et d’une façon plus
décisive dans le Nouveau Testament, que l’homme est
destiné à une vie éternelle, mais
en précisant que l’introduction de la mort, en
tout cas dans l’humanité, est contraire au dessein de Dieu.
Le Nouveau Testament confirmera pleinement cette attente, pour saint Paul en particulier, l’espérance chrétienne s’affirmera comme l’espérance d’une résurrection avec le Christ, s’opposant explicitement au simple espoir d’une immortalité de l’âme (cf. tout I Cor., 15).
Ce qui ne veut pas dire que la survivance de l’âme au corps soit niée, mais que l’attente de la foi n’est pas dans cette immortalité naturelle, mais dans la réunion de tous les fidèles avec le Christ, pour une réintégration et une transfiguration de leur humanité totale, corps et âme (cf. précisions que donnera saint Paul dans II Cor., 5, 1-10). Il en résulte que le chrétien, lui aussi, pourra désirer la mort, mais non pour la mort elle-même : pour y parfaire son union à la croix salvatrice du Christ, et ainsi, se trouver dès à présent consommé dans une union avec lui, laquelle, ne trouvera son plein épanouissement que dans la résurrection générale.
Le Mystère de la mort
A l’échelle du monde, Monsieur de La Palisse
dirait qu’il y a beaucoup plus de gens morts ou pas encore
nés que de gens vivants.
A partir de là, le vrai mystère
est bien celui de la vie et de l’existence du Grand
Architecte et non celui de l’état de mort qui ne
correspond qu’à l’état
énergétique
« zéro ».
Le vrai mystère est celui de l’esprit et de son
devenir lors du passage à l’état de
mort, le vrai mystère est celui du Verbe Primitif et du
devenir de la Parole après la mort.
Ma vie est prisonnière
Elle crie et s’époumone
Ensevelie six pieds sous terre
Vêtue de triste anémones
Elle frappe et se fatigue
Et c’est mon cœur qui bat
Elle pense et puis s’intrigue
Elle file et puis s’en va…
La mort et la Parole
Que devient la parole ; voici peut être une question
qui angoisse tout les hommes juste avant le passage. car finalement, la
parole est la seule richesse que tout être humain
possède, il n’en peut être
dépossédé que par la mort, riche ou
pauvre, humble ou puissant.
S’assurer avant de partir que tous les comptes
sont soldés, que tout est en ordre, les messages
passés, l’héritage bien
légué. C’est s’assurer que la
parole s’en est allée en devant du visage.
la parole doit être nomade, la
sédentarité la tue, tuer la parole
c’est tuer le principe de vie, non pas tuer le vivant, mais
aussi la vie.
voltaire, Mozart, Kant, Nietzsche, platon, Goethe, Titien, Rodin,
Monet, Renoir sont immortels :
Pourquoi ?
L’expression de leur pensée, de leur
sensibilité a voyagé et à
marqué les âmes et les consciences.
Il ne suffit donc pas de voyager, il faut aussi laisser
trace de son passage aux fins d’ouvrir des voies que les
autres pourront emprunter pour aller un peu plus loin, mais il est un
danger ! celui de vouloir aller plus vite. Si le temps du
voyage rétrécit, le désir
disparaît.
Qu’est-ce qu’un homme sans désir,
qu’est ce qu’un paradis sans le plan pour y
parvenir ?
le paradis est hors du temps, hors de l’espace, et pourtant
le paradis est bien sur terre, le plaisir est temporel, mais le
désir est intemporel.
Atteindre le paradis c’est vivre dans le désir, on pourrait dire qu’atteindre le paradis ce serait comme essayer de rattraper le verbe a grands coups de paroles, le rocher que roule Sisyphe, c’est le monde, mais c’est aussi sa parole qu’il poursuit.
Sisyphe vit dans le désir, il est heureux. Son monde n’est que désir, son monde est le paradis. Ou plutôt parce que sa propre volonté le rend supérieur au rocher, aux Dieux, à la damnation éternelle et finalement à lui- même Sisyphe est passé du Moi au Soi ! Vivre le désir c’est accéder au plaisir et donc au Paradis.
La mort et le sommeil
Passer du monde vertical et lumineux au monde horizontal et obscur de
façon sereine et tranquille, cela n’est possible
que dans la foi et l’espoir, un homme qui a foi en son
passé peut certainement envisager sa fin avec
sérénité.
Question : pourquoi les
hommes dorment-ils couchés ?
Pour ne plus avoir a supporter le poids de leurs corps, pour sortir des
contraintes qu`impose le corps.
Pourquoi les hommes dorment-ils dans le noir et le
silence ?
Certainement pour ne plus avoir a supporter le poids de leur
environnement, pour sortir des contraintes qu’impose
précisément l’environnement.
couché dans le silence et dans le noir, c’est dans
ces conditions que l’esprit se libère de ses
contraintes et s’évade, soit dans le vide, soit
dans le monde des idées de platon…
Etre athée, c’est tomber dans les
profondeurs du vide.
l’enfer serait-il la condamnation à errer dans le
néant sans jamais rencontrer la pensée ?
Hypothèse uniquement envisageable dans le cas de
l’identité entre l’âme et
l’esprit.
On s’endort en libérant son
âme, on se réveille avec un nouvel esprit, la nuit
porte conseil, demain est un autre jour probablement identique aux
autres mais pourtant si différent.
l’état de veille semble ainsi se
régénérer à partir du
sommeil comme la vie naît certainement de la mort.
Hamlet est-il l’acteur et regarde-t-il le crâne de
son bouffon, ou bien est ce le crâne qui s’intrigue
devant le rêve de la vie ? Hamlet
s’interroge sur la similitude entre le sommeil et
la mort il se demande quels rêves peuvent nous
atteindre dans la mort ?
L’un n’est pas l’autre ; il y a
certainement une interface, de quelle surface est elle ? Ce
qui est sûr c’est que lorsque l’on
rêve que l’on va mourir on se réveille
et que si l’on rêve que l’on meurt on
meurt vraiment.
Le sommeil est sur l’interface vie mort coté mort,
le rêve se situe du coté de la vie.
La mort et la mémoire
on est a peine né que le compte à rebours
commence, la mort n’est pas un accident, c’est une
certitude.
la vraie vie commence là où commence la
mémoire, en somme, il suffirait de
s’arrêter un instant de se retourner, de contempler
le monde et de penser à mourir. Nous sommes de passage, les
escaliers sont la vie et les niveaux atteints après chaque
passage nous font mourir un peu.
La chair se détache des os. cela se produit tout doucement.
Je les ai vus tous ces morts, je les ai vus, leur corps
est invisible, tout est dans leur visage tendu dans une
dernière question, dans le sourire d’une
dernière émotion tout est dans le visage vous
dis-je, dans les yeux qui n’ont plus
d’éclat, il n’y a plus rien
derrière ces yeux là, tout est dans le visage
vous dis–je, c’est lui que l’on embrasse
une dernière fois avant de poser la main sur son front et de
fermer ses yeux, ces yeux dont on arrive plus à
pénétrer le regard ; Ces yeux sans
expression qui se sont fixés sur un dernier instant, instant
qui a contenu toute une vie.
Et puis plus rien, que les souvenirs, et c’est nous qui
commençons à mourir, cela se voit sur nos
visages…
On meurt souvent comme on a vécu, la vie
d’un homme peut tenir dans une pochette, « une
montre, un portefeuille et une bague, pas forcément une
alliance », dernier viatique que
l’on rend à la famille.
On meurt souvent comme on a vécu, car vivre ce
n’est pas forcément se préparer
à mourir. La véritable vie terrestre,
c’est embrasser la vie à pleins bras, se
déliter dans l’eau de la vie, et si possible
se répandre dans l’océan des
âmes.
Cet océan où se dispersent les âmes pour mieux se répandre dans les nuages et les ruisseaux, cet océan des âmes est-il le monde des idées, celui de platon, cet océan des âmes est-il celui où notre âme plonge la nuit lors du sommeil pour se ressourcer et pour devenir un nouveau verbe.
Les idées ne meurent pas, les idées ne meurent jamais.
La nuit, c’est certainement le monde des idées et le jour celui du verbe, la nuit choisirait comme le ciseau et le jour accomplirait comme le maillet. L’état de mort serait l’état du choix de l’âme et l’état de vie celui de l’accomplissement. Être mort, c’est sortir du théâtre de la vie et s’asseoir sur le banc des apprentis pour regarder tourner la vie derrière le maître des cérémonies, rythmé par le son du maillet et la lumière des étoiles allumées au sommet des colonnettes…
Etre mort c’est s’apprêter à vivre autrement que l’on a vécu.
Il suffit de toucher la mort du bout du doigt pour la voir autrement, pour vivre la vie autrement il faut changer son regard et le rendre impénétrable pour ceux qui ne sont pas initiés au voyage, la sagesse populaire nous le dit : « Partir, c’est mourir un peu ».
C’est bien pour cela que les morts violentes,
accidentelles, surtout celles des sujets jeunes sont moins bien
acceptées.
Le sentiment d’injustice est d’autant plus fort,
que le coté inéluctable est moins bien
accepté face à un parcours initiatique
qui n’a pu s’accomplir, la mort est
perçue dans un contexte dérangeant.
L’éclipse de soleil dérange de la même manière en désintégrant le cycle de la vie de façon ponctuelle, il suffit que le soleil ne brille plus pendant un moment pour qu’un esprit simple et fragile se demande si cela ne va pas recommencer.
La mort est sans doute comme la nuit une
éclipse destinée à nous remettre en
question, et a nous inciter à ne pas nous prendre pour
Dieu ?
Mort nécessaire ; Mort symbolique du
« vieil homme »,
elle permet au regard du mort vitrifié par le temps de
retrouver un nouvel éclat. la question est de savoir si
l’éclat vient de l’intérieur
ou bien si c’est seulement un reflet ?
Mémoire et l’apprentissage du code.
S’il existe des portes entre la terre et
l’au-delà, les yeux sont un passage.
L’amour en est une clef codée, notre passage sur terre n’a nul autre raison que l’apprentissage de ce code ; qu’on le méprise : et l’on est caillou ; qu’on l’épelle : et l’on est animal, qu’on l’énonce : et l’on est homme, qu’on le pense : et l’on est dieu…
Les amis sont toujours à l’heure
car ils sont attendus, la mort elle, surprend toujours, même
si elle est attendue, elle ne fait pas partie de l’ordre de
l’homme.
Sauf…sauf quand l’homme se croit Dieu et donne la
mort, sauf, quand il aspire à
s’éloigner des hommes ou a se rapprocher de Dieu
et se donne la mort ; sauf quand on joue avec sa mort ce
fameux partenaire ! Mais la vie n’est-elle pas elle
même le jeu de l’ordre dans le chaos ?
La mort de l’individu n’est qu’un
accident comptable dans l’évolution de
l’espèce, si l’on imaginait le dernier
instant du dernier jour du dernier représentant de
l’espèce humaine, que resterait-il ?
sinon la mémoire, mémoire écrite que
personne ne pourrait plus lire, autrement dit, une mémoire
animale qui ne pourrait s’exprimer.
La sainte bible n’est elle pas la
mémoire divine, Juifs, musulmans,
chrétiens ; nous sommes « gens
du livre. »
Cette sainte bible n’est elle pas le verbe que
l’humanité reçoit à
l’aube de son premier jour.
la mémoire n’est pas une somme
d’événements
déroulée au passé, la
mémoire c’est la notice de montage du
présent, c’est le code de lecture, et mourir,
c’est perdre ce code.
Le peuple juif en est l’exemple, ce peuple
errant, déraciné, exterminé, doit sa
survie à l’entretien de cette mémoire.
plus de religion, plus de principe, plus de respect des choses et de la
morale, c’est la mort du peuple a plus ou moins
brève échéance.
De la Mémoire individuelle
à la Mémoire collective, l’Ecrit, le
Temps.
On pourrait dire que le monde appartient à ceux qui vont au
bout de leurs rêves.
l’individu meurt et le temps continue à se
dérouler, l’histoire continue à se
raconter car il y a quelqu’un d’autre pour la
raconter, cet autre sera indispensable pour
l’écouter et la ranger dans sa mémoire.
Qu’en sera-t-il à la mort du dernier homme, quand il n’y aura plus personne pour raconter l’histoire et plus personne pour l’écouter ? Il n’y aura plus alors que la mémoire de dieu celle qui était enfermée dans le fin fond de tout être vivant, mémoire qui faisait pousser les arbres vers le ciel, migrer l’hirondelle, et guidait les saumons.
Il ne restera que la mémoire de dieu, la péripétie de l’histoire de « l’homme» n’aura duré qu’un bref instant à l’échelle de l’univers et sera quantité négligeable. Sauf si nous laissons des écrits et qu’un jour un homme « nouveau » arrivant dans notre vieux monde puisse les lire avec son intelligence. Alors l’humanité serait devenu immortelle, il aurait suffit de foi et d’amour.
On ne meurt donc pas si l’on a la foi.
On est personne tant que l’on a rien fait pour les
autres…
Devenir immortel suppose que dans un premier temps on soit devenu
quelqu’un, quelqu’un qui a fait quelque chose pour
les autres et qu’ensuite les autres en gardent la
mémoire.
Pour devenir immortel il faut donc que l’histoire soit belle, que chacun de nous rédige sa propre histoire et la vive intensément avec le cœur.
Il y a le sujet, il y a le verbe, il y a le ton, il y a le timbre, il y a la force, il faut raconter notre histoire à nos fils, à nos apprentis. Quant à l’exemple que nous avons pris avec la bible, elle n’est qu’une belle histoire, peu importe qui l’a écrite, ce qui est important, c’est qui la lira, et quelle vérité il en ressortira…
On ne meurt pas si l’on a
transmit
Il y a la notion du temps. Si l’on a pas la notion du temps,
on a pas la notion de la mort ! L ’homme est le seul
animal a vivre dans un présent
« élargi » alors que
l’ensemble des autres animaux évoluent dans un
présent instantané ou la mémoire de
l’individu est très restreinte par rapport
à la mémoire de l’espèce
supportée par le code génétique
écrit par le GADLU, chez ces autres animaux la
projection dans le futur est elle aussi restreinte : il
n’y a donc probablement pas d’idée
personnelle de la mort et pas de peur de celle-ci.
« Le cimetière des éléphants existe-il ? »
A partir de là ; la peur de la mort apparaît comme humaine et ne se manifeste qu’a partir du moment ou le petit d’homme passe de l’animalité à l’être humain, il passe à ce moment de la vie instantanée a la vie « élargie ».
Il n’y a donc pas de mort s’il
n’y a pas de
mémoire !
On l’a vu pas de mort sans mémoire et donc pas de
vie sans mémoire.
La vie d’un homme commence donc avec sa mémoire, la mort correspond à la perte de mémoire ; quel lien y a-t-il entre la mémoire personnelle, en somme l’histoire personnelle d’un être et la mémoire collective, c’est-à-dire entre l’histoire personnelle et l’histoire de l’espèce ?
Quel est le mécanisme qui permet à la mémoire personnelle de s’inscrire dans la mémoire collective, c’est-à-dire dans le code génétique. On a les enfants que l’on mérite ! C’est donc la volonté farouche de partager l’expérience personnelle qui permet l’évolution.
Deux voisins qui se parlent ont des chances de devenir amis, s’ils ne se parlent pas ; ils ont toutes les chances de devenir ennemis.
En Conclusion :
La volonté de partage et de transmission est le courant de la vie. Nous sommes dans le roman de dieu ; il est l’ordonnateur, mais nous sommes des personnages interactifs qui modifions le synopsis au fur et a mesure que nous le jouons. Revenons au rôle de la nuit : N’est-elle pas là pour nous permettre d’incorporer les données du jour, du conscient dans le code de la nuit, c’est-à-dire dans l’inconscient, autre manière de dire que la nuit transforme l’esprit en âme ?
De même la mort de l’individu permet
d’incorporer sa mémoire dans la mémoire
collective. Après la disparition de son âme reste
son esprit, et l’âme vient s’ajouter
à la mémoire collective.
Alors, les âmes ne disparaissent pas… Elles se
cachent simplement au fond d’un code divin voilà
pourquoi la vie continue… Les Dogons et les Bambaras
l’ont bien compris ; la vie d’un homme est
précisément le moment ou celui ci a perdu la
mémoire de son âme divine qui est collective et
n’est plus conscient que de son âme
« humaine » qui est propre
à un seul vivant à la fois.
« Qui sait si la vie n’est point une mort et la mort une vie ? il est possible que nous fassions partie des morts » disait Platon.
L’évangile de saint Jean de son côté, voit la glorification du Christ en une telle continuité avec sa Croix qu’il exprime systématiquement par le terme « élever » à la fois le supplice de la Croix et la gloire de l’Ascension. Christ est ressuscité des morts : Par sa mort il a vaincu la mort, donnant la vie à ceux qui sont dans les tombeaux.
N’oublions pas les paroles qui, à chacune de nos Tenues, marquent l’ouverture de Fulbert :et le verbe était en dieu, et le verbe était dieu
Il était au commencement en Dieu.
Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait
rien de ce qui existe.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
Et la lumière luit dans les ténèbres,
et les ténèbres ne l’ont point reçue.
Nous avons dit, Vénérable Maître.
H, Y, P et B