La marche du maître

Auteur:

F∴ B∴

GLNF
Loge:
Non communiqué


On peutconsidérer que l’on reconnait un homme, un maître, à sa marche, qui laisse derrière lui des traces, marquées par son apprentissage et sa conduite. Parler de la marche du maitre n’est ce pas aussi faire un bilan sur le cheminement parcouru ?



Ce cheminement commenceavant l’entrée en maçonnerie dans une quête du profane vers la spiritualité et se poursuit lors des enquêtes, sous le bandeau, puis dans le cabinet de réflexion et lors de l’initiation.



Ce cheminement continue par la marche de l’apprenti qui nous viendrait du monde opératif : au temps des constructions de cathédrales, l’apprenti apprenait pourne pas tomber des échafaudages, à poser les piedsen ligne droite, le pied gauche avançant puis étant rejoint par le pied droit. En loge, l’apprentisuitcette ligne droite pour prendre symboliquement le plus court chemin vers l’orient, sans s’écarter du chemin fixé par la tradition etguidé par les traces de ceux qui l’ont précédé. Il observe, apprend et son pas évoque le doute et la prudence. La position de la main lui rappelle l’importance de l’écoute. L’apprenti apprend à se connaitre, il a trois ans et fait trois pas.



Le compagnon fait ses pas dans la continuité de ceux de l’apprenti mais il quitte la ligne droite par un pas de coté pour continuer par un cinquième pas qui le ramène vers l’axe de l’étoile flamboyante. Ce quatrième pasest une invitation au voyage vers les différents aspects de la connaissance, les autres loges, et aussi vers sonvoyage intérieur. Les signes de salutation et de fidélité offrent le droit à la parole, qui devient synonyme de prise de risque.Le compagnona cinq ans et fait cinq pas.



Restent les trois derniers pas complétant la marche du maîtreaccompagnés de la main placée en équerre au niveau du ventreafin que l’esprit domine les appétits et les passions. Pour prouver son innocence dumeurtre d’Hiram, celui-ci franchit symboliquement par trois fois le corps gisant dans le cercueil. Ce témoignage d’‘innocence pour confirmer que l’ignorance, le fanatisme et l’ambition, trois défauts empêchant le devenir spirituel, sont connues et maitrisés à défaut d’être éradiquées.



En effet, la lutte contre l’ignorance, plus particulièrementmenéepar l’apprenti, a gagné du terrain par cet effort de connaissance de soi-même :« Connais toi toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux ».Le combat contre le fanatisme est également bien engagé car le compagnon a appris la tolérance au contact des autres. Le maître maçon ne devra pas se considérer comme une personneexerçant son commandement sur les apprentis et les compagnons, mais devra relativiser ce pouvoir par le discernement et la justice.A ce stade, la marche du maîtreestun cheminement du profane vers le sacré, vers lui-même et le divin, à travers une lutte visant à diminuer l’égo au profit de son Etre intérieur.



Ces troisderniers pas ne sont pas exécutés sur un plan horizontal comme pour les cinq précédents : le second pasforme une forte courbe du bas vers le haut. Cette courbeévoque une idée de changement de niveau. L’apprenti et le compagnon évoluent sur un plan horizontal, leurs pas sont glissés afin que les pieds ne quittent pas le sol, par ce deuxième pas le maître évolue dans un autreespace.  Le maitre passe ainsi de l’équerre au compas, changeant temporairement de dimension.et symbolisant la maitrise de l’espritsur la matière.Temporairement car le dernier pas est pratiquement glissé comme ceuxde l’apprenti et du compagnon .L’aspect momentané de ce changement de dimension pourrait être perçucomme un échec dans la mesure ou le pas suivant , nous ramenant sur terre, indiqueque lemaître oscilleentre ciel et terre, équerre et compas, matérialité et spiritualité.


Le maîtrerevient face à l’orientdevant un rideau noir qui, lors de la cérémonie d’élévation,est entrouvert, il ne sait donc pas face à qui ou à quoi il se retrouve. Il a sept ans et plus et fait huit pas. Ce huitième pas le ramène sur la droite tracée depuis le grade d’apprenti, et le huit est aussi le symbole de l’infini. Il se retrouve ainsi face à un infini qui me laisse, je doisl’avouer, bien perplexe en tant que jeune maître.



Cette perplexité s’accroit quand on aborde le signe d’horreur, aboutissement de la marche du maitre: alors qu’une sérénité devrait s’emparer de lui, il parle pour la première fois et dit «  ah seigneur mon Dieu », en levant les deux mains au dessus de la tête, comme s’il faisait appel aux forces supérieures, avant de les rabattre sur ses cuisses, exprimant l’accablement de la perte de Maître Hiram. Il y a aussi dans ce geste la tristesse et la peur de l’inconnu devant le rideau noir Le second élément du signe, marque l’accablement et peut être même la certitude qu’Hiram parti, rien ne pourra être comme avant sa mort. Nous sommes en quelque sorte à ce moment là, à la frontière entre un monde connu, mais qui n’est plus, et une nouvelle période où l’initié va devoir réparer la perte du Maître. L’apprenti, puis le compagnon, même s’il s’écarte de la ligne, ont une route relativement tracée, le maître devra s’en remettre à lui-même car les secrets ont disparus avec Hiram et l’obscurité règne dans la chambre du milieu.



L’apprenti s’est donné pour but la connaissance du soi, le compagnon a en plusles outils pour se construire, le maitre va aussi devoir se connaitre et se perfectionnerdans la participation à la vie dumonde. Un des principaux maillons de cette contribution sera la transmission à toute personne réceptive, et plus particulièrement aux apprentis et compagnons.Le cheminement a commencé avant d’entrer dans le temple, la marchecontinue à l’extérieurpour nous rappeler que notre travail commence en loge et doit se poursuivre au dehors. Elle m’a permisau travers de ce parcours de faire de mon mieux pour trouver le mot juste et agir au moment opportun. Ma quête de spiritualité s’est progressivement transformée en quête vers le sacré Elle me montre aussi, que même devenus Maître, je reste en éternellequête de vérités. Il me reste donc à poursuivre mon chemin initiatique dans le but de connaitre et parfaire mon « temple intérieur » et cela afin de pouvoir construire le « temple extérieur”. Un chemin long et escarpé, certes, mais avec une finalité motivante car comme le disait Bouddha  « celui qui est maitre de lui-même est plus puissant que celui qui est maitre du monde »



J’ai dit très vénérable maitre



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