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Non communiqué
« Bien
au-delà des soucis de la vie matérielle
s’ouvre pour le Franc-maçon le vaste domaine de la
pensée et de
l’action. »
Cette phrase,
énoncée par le vénérable
maître au sein de
la chaîne d’union, à la fin de nos
travaux, m’a toujours interpellé. Pourquoi
séparer le vaste domaine de la pensée et de
l’action des soucis de la vie
matérielle ? Est-ce à dire que
l’initié devra pouvoir s’affranchir des
contraintes du quotidien pour progresser ?
Afin de pousser
jusqu’au bout ma réflexion, quoi de mieux
que d’en faire le sujet de la planche que je vous propose ce
soir ?
Pensée et action. Ces deux notions s’enchaînent comme une conséquence l’une de l’autre, mais est-ce réellement le cas ? J’ai fini par me convaincre, au fur et à mesure de mon travail, que ces deux outils mis à notre disposition, la pensée et l’action, étaient en réalité plus proche de l’allégorie d’un attelage tiré par deux chevaux, l’un nommé action et l’autre pensée, que l’initié doit savoir guider d’une main sure. Cette image rappelle l’arcane majeur VII du tarot, dénommé le chariot.
Mais entrons dans le vif du sujet.
Nous sommes tous
nés un jour, et nous sommes donc tous
destinés à rejoindre l’Orient
éternel. Contrairement aux profanes, au travers
de l’initiation que nous avons connue, nous avons
décidé de mourir pour
effacer le vieil homme qui était en nous, afin de
renaître plus sage, plus fort
et plus beau. Or, une utilisation judicieuse des deux outils que sont
la pensée
et l’action conditionnent une renaissance initiatique
réussie, marquée du sceau
de l’harmonie.
Vous avez
décidé de renaître, et bien poussons le
parallèle jusqu’au bout, et
replaçons-nous chacun dans la peau du nouveau-né
que nous avons été.
Dans les premiers jours qui
suivent la naissance, nous
percevons le monde de façon lointaine, car nos sens ne sont
pas encore matures.
Ce qui nous caractérise le plus, c’est que nous
considérons que tout est en
nous ; le sein qui nous nourrit, la bouche qui nous embrasse,
les bras qui
nous soutiennent font partie de notre être. En
d’autres termes, tout est moi,
et l’autre n’existe pas. Grâce au
développement de nos cinq sens, la vue,
l’odorat, l’ouïe, le goût et le
toucher, nous allons prendre conscience que
l’autre existe. C’est un vrai drame que de
s’apercevoir que le sein qui nous
nourrit n’est pas nous !, et c’est un
véritable apprentissage de savoir
faire le tri entre la main qui fait partie de notre moi et les objets
qu’elle
saisit et qui ne font pas partie de notre moi. Plus difficile encore,
nous
devons faire le deuil de notre mère, qui ne fait pas non
plus partie du moi.
Petit à petit, nous apprendrons que l’autre
existe, et nous apprendrons, la
plupart du temps, à vivre avec. Cette époque de
séparation est une période où
nous expérimentons la souffrance, comprenant que certaines
choses procurent du
plaisir, comme téter le sein ou le biberon, alors que
d’autres sont à l’origine
de frustrations et de mal-être, voire de souffrance, comme la
sensation de
froid ou encore de faim. Comme le dit Alain, que je cite,
« c’est à
travers l’ordre humain, en commençant par sa
mère, que l’enfant prend idée de
lui-même, fait la différence entre le moi et le
non-moi, puis finit par poser
la première opposition : moi et les
autres ». Ainsi, nos
connaissances et nos pensées naissent en réaction
aux autres.
Au niveau symbolique, un parallèle peut être tenté entre la situation du nouveau-né après sa naissance et le profane. Le profane a tendance à ramener les événements à sa personne, il est plutôt égocentrique. Si le nouveau-né ne maîtrise pas encore ses sens, ce qui explique qu’il ramène tout à lui, nous pourrions dire que le profane a oublié l’utilité de ses sens en s’enfermant dans sa bulle, pour finir couper des autres, hermétique à tout échange. Heureusement, parmi les profanes, certains vont souhaiter s’ouvrir au monde des autres, ils vont cesser de faire tourner le monde autour d’eux, tout comme le nouveau-né finit par percevoir l’autre grâce à l’épanouissement de ses sens. Ces profanes sont prêts à entamer un chemin initiatique, ils sont demandeurs de la lumière, qu’ils trouveront par des chemins divers et variés, et pour certains d’entre eux, en entrant en Loge. Ainsi, le nouvel initié, enrichi par les différences de l’autre, a saisi son bâton, et s’est mis en mouvement sur son chemin, à la rencontre de lui-même.
Notons quand même que le cheminement du nouveau-né et celui de l’initié ne sont pas exactement identiques. Le nouveau-né scinde son monde en deux : d’un monde unique, il passe à l’existence d’un moi et d’un autre. L’initié, comme tout profane, après avoir pris connaissance qu’il existait deux mondes, celui du moi et celui de l’autre, avait d’abord choisi de se replier sur le territoire de son moi. Mais à la différence d’un simple profane, l’initié a compris que pour mieux explorer son moi, il doit connaître la vision qu’a l’autre de son moi ; l’initié décide de s’ouvrir au territoire de l’autre, et c’est alors qu’il découvre le monde dans son ensemble, le moi et l’autre. La démarche initiatique consiste peut être, et au moins partiellement, à établir une harmonie entre le moi et l’autre.
Passé le premier stade de la différenciation entre le moi et l’autre, l’expérience guidera notre développement. Mais quel est le rôle exact de l’expérience dans notre développement, et comment la définir ? Nous verrons que l’expérience fait appel aux deux outils sujets de ma planche, la pensée et l’action.
Analysons notre situation au quotidien.
Chacune de nos
actions est suivie d’une réaction, ou
d’une absence de réaction. La
répétition
à l’identique de ce schéma pour une
action donnée va nous permettre de
mémoriser des situations types. Par exemple,
s’approcher du feu entraîne
toujours une sensation de brûlure : conclusion, le
feu brûle. Cet exemple
peut paraître caricatural, mais la démonstration
est aussi valable pour des
situations plus complexes de la vie sociale où ce sont les
répétitions de
situations identiques qui vont nourrir notre mémoire,
interagir sur nos
pensées, alimenter notre expérience et influer
sur notre rapport aux autres.
Intéressons-nous
à la logique de raisonnement qui domine
ce que nous appelons l’expérience.
La logique employée est empirique, elle ne repose que sur la répétition, l’habitude et la coutume ; cette forme de logique basique est la clé de nos pensées. Hume l’avait très justement souligné : c’est uniquement la coutume qui nous sert de support pour inférer nos affirmations. Je traduis en langage clair ce jargon proche de celui d’un logicien à ceux de nos Frères qui ne sont pas des spécialistes : Hume affirme que toutes nos déductions sont effectuées à partir d’habitude ou de coutume : nous avons observé des dizaines de fois que l’action A est suivie de l’action B, en conséquence, notre cerveau traduit cet enchaînement temporel par une phrase logique, du type si l’action A est effectuée, alors l’action B surviendra. Il cite l’exemple du coq qui chante à chaque fin de nuit, juste avant que le soleil se lève. Les paysans en concluent que c’est le chant du coq qui fait lever le soleil. Cet exemple vous paraît trivial, et bien passons maintenant à un niveau disons supérieur, celui de l’éducation. L’éducation nous formate en nous apprenant ce qui est bien et ce qui est mal. Or, comme le dit Hume, les valeurs inculquées par notre éducation ne valent que par des traditions et des habitudes, et leur justification ne vaut guère mieux que le raisonnement du paysan affirmant que c’est le chant du coq qui provoque le lever du soleil. Nos traditions et nos croyances ne valent que pour notre société judéo-chrétienne, et c’est peut être pour cela que nous avons tant de mal à admettre les valeurs des autres civilisations. Leurs coutumes n’étant pas les nôtres, elles en deviennent méprisables ou ridicules. Alain enchérit en affirmant que les pensées mènent tout le monde, alors que personne ne pense. En effet, la plupart des hommes rangent leur opinion du côté du plus grand nombre, et l’opinion du particulier finit par être celle du tout, effaçant ainsi toute originalité. L’expérience de Asch démontre l’importance insoupçonnée de ce phénomène : vous allez vous apercevoir que l’homme social est soumis à un conformisme que vous auriez du mal à imaginer.
Je vous décris cette
expérience, car elle est assez
édifiante.
Un homme, le cobaye, est
placé dans une salle au côté
d’autres personnes qu’il croit être comme
lui des volontaires. En réalité, les
autres sont tous des acteurs. Des tests visuels aux réponses
évidentes sont
proposés les uns après les autres au soit disant
groupe de volontaires.
Chaque intitulé de question est projeté sur un écran. L’expérimentateur a expliqué au cobaye qu’il répond dans un premier temps en utilisant un boitier électronique ; ensuite, au bout d’une minute de réflexion, chaque membre du groupe exprimera oralement sa réponse à chaque question, chacun parlant à tour de rôle, selon un ordre déterminé au hasard. Le cobaye a alors la possibilité de modifier sa réponse en fonction des réponses des autres personnes du groupe, s’il s’est rendu compte qu’il s’est trompé. Evidemment, comme par hasard, le cobaye se retrouve toujours le dernier à dévoiler oralement sa réponse après chaque test, ce qui lui permet de prendre connaissance des réponses des autres. Ensuite, tout est très simple.
Imaginez le test suivant : parmi trois lignes horizontales, désigner celle qui est la plus longue. La réponse est par exemple la ligne du milieu, deux fois plus grande que les autres ; dans un premier temps et sans hésiter, le cobaye valide grâce à son boitier électronique la réponse qui correspond à la ligne du milieu ; or, à sa grande surprise, lorsque chacun donne sa réponse à voix haute, tous les membres du groupe, tous des acteurs de l’expérience, je vous le rappelle, désignent la ligne du haut comme la bonne réponse, avec des commentaires comme « c’est tellement évident » ou « on se demande pourquoi on passe des tests aussi simples ». Et bien, dans une telle situation, environ deux personnes sur trois changeront d’opinion et se rangeront à l’avis du groupe. Par conformisme, deux personnes sur trois n’oseront pas affirmer une opinion différente devant le groupe, et ce à plusieurs reprises durant l’expérience.
Les techniques de manipulation des foules, comme la publicité, sont fondées sur les observations issues de ces expériences de comportement de groupe. Je ne manquerai pas de vous citer l’homme qui les a développées, puis mises en œuvre au profit d’un gouvernement ou de sociétés multinationales, l’américain Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud. Goebbels le considérait comme un maître à penser, et il possédait même un portrait de Bernays dans son bureau.
A notre mode de raisonnement empirique fondé sur les traditions et influencé par le conformisme, il faut aussi ajouter une perception déformée de la réalité qui nous entoure. Les signaux transmis par nos sens sont interprétés par notre cerveau, puis notre pensée utilise cette interprétation en la tenant pour vraie. Or, l’interprétation des sensations perçues par nos cinq sens est susceptible de nous induire en erreur, plusieurs expériences de psychologie l’ont démontré. Par exemple, il est impossible de voir plus de trois faces d’un même cube, mais ça n’empêche pas notre cerveau de reconstruire le cube à partir des trois faces, faisant ainsi un pari sur l’interprétation de l’image réellement transmise par nos yeux. La plupart d’entre nous n’a plus conscience de cette interprétation incessante des sensations transmises à notre cerveau, et de nombreux tours d’illusionnistes reposent sur ce phénomène.
Descartes avait certainement raison lorsqu’il affirmait que la seule certitude pour démontrer notre existence, et après avoir écarté les unes après les autres toutes les sources d’erreurs possibles, c’était « je pense donc je suis ». Associée à une autre de ses pensées, « là où il y a doute, il y a raison » nous possédons deux piliers solides pour participer à la construction de l’homme nouveau qu’est l’initié. Notons, c’est important, que Descartes prônait un doute raisonné et rationnel, et qu’il avait écarté la pratique d’un doute systématique, qu’il jugeait stérile.
Le nouvel initié a fait
l’effort de renaître pour
réapprendre ; le rôle de la Loge est de
lui procurer des sensations dont
l’interprétation ne soit pas faussée.
Notre parcours initiatique semble, en
cela, conforme à une rééducation
sensorielle. L’initiation nous fait passer par
une suite d’épreuves qui avertissent le futur
initié que l’interprétation
qu’il
fait des sensations en provenance du monde extérieur peut
l’égarer. Puis le
miroir désigne au nouvel initié son plus grand
ennemi, c’est-à-dire
lui-même ; le nouvel initié est
d’une certaine façon enjoint à quitter
le
monde du MOI, pour s’ouvrir au monde de l’autre, en
utilisant ses sens mais en
doutant raisonnablement de l’interprétation de ses
sensations. Cette image me
rappelle vivement celle de l’arcane majeur VIIII du tarot. On
y voit un ermite
qui éclaire prudemment le chemin devant lui, en
s’aidant d’une lanterne qu’il
brandit aussi haut que possible dans l’obscurité.
En Loge, la coutume ne va
plus de soi, seul règne le
rituel, intemporel, au milieu des symboles dont notre vision et notre
pensée se
disputent les influences. Le travail sur les symboles fait travailler
nos sens
et notre pensée, il met en jeu notre cerveau. Petit
à petit, il nous fait
prendre conscience d’une autre réalité,
loin des influences auxquelles sont
soumis les profanes.
La vie en Loge fournit aux initiés une réalité tangible. Cette réalité se manifeste au travers d’un rituel dont les actions sont répétées inlassablement au cours de chacune des tenues. L’initié doit comprendre que l’enchaînement d’actions inlassablement répétés n’a pas forcément valeur de causalité, et encore moins de vérité. Il entame alors un chemin difficile, en entrant dans une démarche d’analyse critique des raisonnements et des valeurs qu’ils n’avaient jamais remis en doute, mais qui reposent pourtant sur des coutumes et des usages imposés par un conformisme social puissant.
Nous sommes en recherche d’une harmonie entre la pensée et l’action, harmonie qui se traduit par la création parfaite, en équilibre avec son environnement, et conforme aux souhaits de celui qui en est à l’origine. Le GADLU traduit sa pensée et son action par le Verbe, vecteur puissant de la création divine. Contrairement aux simples humains que nous sommes, le GADLU a connaissance du Tout. L’initié, aussi avancé soit-il sur son chemin, n’a pas connaissance du Tout, et son domaine d’action et de pensée, aussi vaste soit-il, est donc, par définition, limité. Ne l’oublions pas, la pensée, même si elle possède un puissant levier d’influence, n’est pas capable d’instruire l’inconnu.
La pensée pure, conduite au
cours de la méditation,
participe au bonheur de l’individu en préparant
des actions et donc des
créations harmonieuses ; cette idée est
soutenue par Aristote.
L’action pure,
celle qui transforme la matière, conduit
aussi au bonheur par l’équilibre harmonieux de la
création matérielle dans son
environnement.
Evidemment, opératif et spéculatif ne sont pas exclusifs l’un de l’autre, mais plutôt complémentaires. Le résultat parfait de la pensée et de l’action est une œuvre qualifiée de belle ou peut être plus justement gracieuse, et qui a demandé sagesse et force : le grand œuvre par la voie alchimique, ou le chef d’œuvre par la voie du compagnonnage initiatique.
La capacité de parole est certainement une des caractéristiques les plus évidentes de l’espèce humaine. La pensée de l’homme se manifeste par l’action, et les paroles, qui sont le fruit de l’action des muscles de nos cordes vocales, sont bien le fruit de pensées et d’actions. Parler n’est pas une action comme une autre ; la parole véhicule nos pensées et nos sentiments. La parole permet de communiquer avec l’autre en parlant du passé, du présent et du devenir. Le champ d’action de la parole paraît vaste, c’est celui des mots, et il se décline sur toute la flèche du temps.
Contrairement aux autres actions, les paroles sont plus faciles à mettre en œuvre et de fait, sont moins soumises à la réflexion qui précède ou qui devrait précéder toute action. Je m’explique. Lorsque le comportement d’un individu m’irrite, je sais que si je lui donne un coup de poing, je m’exposerais à des représailles physiques qui auront des conséquences directes sur mon intégrité physique. Par contre, une simple phrase d’avertissement porte moins à conséquence, car je ne risque la plupart du temps qu’une réplique sèche en retour, voire, au pire, quelques insultes. Peut être à cause d’instincts comportementaux hérités des temps préhistoriques, je réfléchirai avant d’agir physiquement sur quelqu’un ou sur mon environnement matériel, alors que j’exprimerai avec moins de retenue des sentiments ou des impressions, sachant qu’ils n’influeront pas directement sur mon intégrité physique ou mon environnement matériel. Je dis « qui n’influeront pas directement », car en définitive les paroles blessent comme les coups, flattent comme des caresses, ou dressent comme un chien. Les paroles agissent sur les représentations mentales de notre MOI, et elles ne sont jamais sans conséquences sur l’autre.
Continuons à nous concentrer sur
la parole, et abordons
maintenant la notion du champ d’action de la parole.
Je vous l’ai dit
auparavant, le champ de la parole est
celui des mots. Or, les mots que nous utilisons trompent notre
pensée, tout
comme le fait notre cerveau lorsqu’il interprète
les signaux en provenance de
nos cinq sens. Comme le dit Bergson, « notre
pensée ne voit pas les
choses, elle se contente de lire les étiquettes
collées sur elles. La
conséquence est que nous vivons dans une zone mitoyenne
entre les choses et
nous, extérieurement aux choses, extérieurement
aussi à nous-mêmes ». Je
vous disais tout à l’heure que le domaine de la
connaissance était limité pour
l’initié, contrairement à celui du
GADLU. En voici une bonne illustration avec
la parole, puisque n’existe pour nous que ce qui porte un
nom. En effet, si
nous n’avons pas connaissance d’un nom pour
qualifier l’existence de quelque
chose d’abstrait ou de concret, alors nous serons incapables
de prendre la
mesure de cette chose, et elle n’existera pas pour nous.
D’où l’importance du
nom dans la civilisation égyptienne, où la
faculté d’être nommé est une
condition sine qua none à la vie spirituelle et
éternelle. Dans la genèse, nous
retrouvons l’importance du nom, lorsque Dieu
présente à Adam un à un les
animaux pour qu’il leur donne un nom, et qu’il
fasse partie de l’univers
d’Adam. «YHWH Elohim façonne de l’adama
tout vivant des champs, tout oiseau des
cieux. Il (les) amène vers l’Adam pour voir ce qu’il leur
crie. Et tout vivant
auquel l’Adam crie : tel est son nom. Et l’Adam crie le nom de tout
bétail, de
tout oiseau des cieux et de tout vivant des
champs ».
Dans le monde profane, la
parole est souvent dévoyée. En
Loge, l’initié a mesuré son importance
après une période de silence imposée.
Durant la tenue, la parole circule, elle participe à
l’égrégore de la Loge. La
Loge tout entière s’exprime à travers
ce fluide, et la parole n’appartient à personne,
elle circule, elle vole de frère en frère, au
rythme du rituel et des planches.
Elle est animée par une volonté
d’échange et baigne dans un monde symbolique,
à
l’intérieur d’un lieu
sacralisé, où les autres s’ouvrent
à nous et où chaque
mot compte. Les pensées de tous les frères
alimentent la parole circulante qui
s’échange comme un flambeau symbolique.
Bien penser, bien dire, bien faire.
Voici nos maîtres
mots, supportés par le ternaire du
compas, de l’équerre et de la règle. Ce
ternaire permet à l’initié de tracer
non plus de simples schémas, mais de véritables
épures à la gloire du GADLU.
Arriver à transcender le quotidien par nos
pensées, nos actions et nos paroles.
Pour cela, il nous faut avoir pris conscience du chemin qu’il
nous reste à parcourir.
Il ne faudra pas se perdre au milieu des illusions que nous procure
l’interprétation de nos sens. Il ne faudra pas non
plus se laisser trompé par
les mots qui, mal utilisés, peuvent être un carcan
empêchant notre moi de
progresser.
Finalement, pour répondre à la question que je m’étais posé au début de ma planche, oui, c’est vraiment au-delà des soucis de la vie matérielle que s’ouvre pour le Franc-maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action.
Mes frères, méditons
pour bien agir.