Initiation et tradition

Auteur:

A∴ Q∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

7052-E-1

Les tenues d’été de la Grande Loge de France sont placées cette année sous la thématique générale de « L’Initiation ».

Il m’incombe ce soir de réfléchir avec vous sur les liens existant ou pouvant exister entre « Initiation » et « Tradition ».

La première démarche est, bien entendu, de se référer aux textes régissant notre Ordre et notre obédience.

Il n’est pas besoin d’aller très loin puisque le premier article de la Constitution de la Grande Loge de France énonce : « La Franc-Maçonnerie est un ordre initiatique, traditionnel et universel fondé sur la Fraternité ».

Initiatique, ce qui se rapporte à l’initiation, traditionnel, ce qui se rapporte à la Tradition, auquel se joint l’universalité qui n’entre pas strictement dans notre thème…Quoique.

Tout semblant être posé d’emblée, allons plus avant dans les textes, règlements, rituels et nous constatons alors que, une fois ce préambule fortement et solennellement posé, le terme de tradition y est fort peu présent. Cela voudrait-il dire qu’au-delà de cette forte affirmation la notion de Tradition passe aux oubliettes ? Je ne le pense pas car notre démarche a un caractère ésotérique qui dissimule ce qui a vocation à être découvert et je vous propose de chercher à unir ces deux notions essentielles en réfléchissant sur le contenu profond de notre démarche de Franc-Maçon pratiquant le Rite Écossais Ancien et Accepté.

Mais avant de trouver, il faut savoir ce que nous cherchons et une courte séquence de définition s’impose. Faisons d’abord un tout petit détour vers le monde profane. Je crois qu’il n’y a pas de vocables plus galvaudés et plus dénaturés que ceux d’initiation et de tradition. On peut s’initier à l’art de faire des confitures, selon une méthode traditionnelle, à tous les sports, si quelques amis ont pris l’habitude de se réunir régulièrement autour d’un verre, cela devient vite une tradition. Est-ce de cela que nous allons parler ce soir ? Non évidemment, nous laisserons de côté les occurrences profanes et exotériques pour nous concentrer vers notre méthode mais il est bon d’avoir en tête tous ces détournements triviaux lorsque, à l’extérieur, devant des profanes nous évoquons ces notions.

Je ne parlerai pas non plus de « l’Initiation » dans la mesure où, cette notion étant au cœur de ces tenues d’été, des Frères plus compétents ont et vont la développer largement.

En se référant aux divers dictionnaires et encyclopédies qui consacrent des espaces conséquents à la Tradition en la déclinant sous ses diverses facettes, deux notions essentielles se détachent.

La première est la notion de transmission qui en est l’étymologie même. Or, la transmission peut signifier quelque chose qui est reçu, qui est transmis mais cela peut être aussi quelque chose, peut être la même, que l’on transmet à son tour après l’avoir éventuellement enrichie.

Nous commençons à voir le lien avec notre démarche puisqu’en entrant dans le temple, le jour de notre Initiation, nous avons reçu la Lumière. Bien faible, virtuelle encore mais nous l’avons reçue. Plus tard devenu Maître Maçon, nous devrons la transmettre à nos jeunes Frères avec nos acquis pour qu’ils puissent nous succéder et transmettre à leur tour.

Ceci posé, une question immédiate s’impose. Qu’avons – nous reçu et que devons nous transmettre ?

Un autre aspect de la définition de la Tradition peut nous aider en constatant que la tradition est un savoir immémorial auquel l’initié pourrait se relier. J’ai cité à dessein intégralement cette phrase extraite de Wikipédia alors que le mot « savoir » me choque profondément en l’espèce. La façon « traditionnelle » de faire des confitures est un savoir. Ce que l’on peut acquérir de manière livresque est un ou des savoirs. Mais nous, Francs-Maçons Écossais, ce que nous cherchons est d’une autre essence. Notre quête est autre. Nous nous élevons vers une Connaissance spirituelle qui nous permettra de dépasser notre nature matérielle pour tenter de devenir des êtres d’Esprit en recherche du Principe Créateur. De plus, n’oublions jamais que notre Ordre, ordonné par essence est universel et fondé sur la Fraternité. Ceci signifie que ce que nous acquérons nous ne devons pas le garder égoïstement mais le transmettre à nos Frères qui ont choisi la même voie pour les aider à progresser. Nous mettons ainsi en application le grand paradoxe caractérisant la démarche maçonnique qui est d’être profondément individuelle mais qui, également, ne peut s’accomplir que dans le creuset de la Loge en union avec ses Frères.

Alors, pour terminer avec les définitions je vous propose celle de notre Frère Jean-Luc Fauque qui nous dit : « La Tradition transmet les valeurs immuables et atemporelles qui permettent la prise de conscience des valeurs universelles. Valeurs qui sont consubstantielles à l’humain et sont sa raison d’être. L’homme n’est ce qu’il transmet et je me permets d’ajouter « que ce qu’il reçoit » ».

Le moment est enfin venu de s’interroger comment une étude traditionnelle peut concourir à notre cheminement initiatique mais, de même que celui-ci est à la fois personnel et collectif doit-on parler d’une ou des traditions ? La Tradition est-elle une ou multiple ?

Je vois d’ici un sourire naître sur le visage des Frères qui me subissent en Loge et je lis dans leur pensée « ça y est, Tradition Primordiale, Guénon, c’est parti, il enfourche son dada ».

Rassurez-vous mes Frères, je ne « guénonerai » pas ce soir mais je veux juste soumettre un point à votre réflexion. Il est évident que le nombre de traditions religieuses, mythiques légendaires, historiques etc., qui nous sont transmises depuis la nuit des temps est infini mais leur étude fait apparaître des éléments qui peuvent paraître troublants. Les textes, les mythes et légendes issus du fond des temps dans la culture des peuplades qui ne pouvaient pas se connaître fait parfois apparaître de troublantes coïncidences. Les contes africains et nordiques présentent souvent des points communs. On rencontre des géants un peu partout, même dans la Bible. Les déluges et cataclysmes présentent des similitudes troublantes pour une époque de non-communication.

Cela ne signifierait-il pas qu’il existe dans tout ceci un point de départ commun, un fonds universel et primordial ayant abouti, au fil des millénaires, aux diverses traditions qui nous sont parvenues en se diluant dans la culture et l’histoire des hommes ? Dans cette hypothèse, une démarche spirituelle et initiatique pourrait-elle nous permettre de le retrouver en en faisant la synthèse ? Je n’ai pas de réponse évidemment mais il est bon, de mon point de vue, d’avoir cette interrogation en tête et je crois que nous ne pouvons pas plus donner de définition à cette éventuelle Tradition Primordiale qu’au Grand Architecte de l’Univers. Et pourtant la réalisation spirituelle pour s’approcher des secrets du Principe Créateur est un des buts ultimes de notre démarche initiatique. Pourrait-il en être de même pour cette recherche d’une éventuelle Tradition Première qui, je le crois, nous serait d’une aide précieuse pour le but ultime ? Je me contente de vous soumettre cette interrogation mes Frères avant de revenir dans la Loge d’apprenti où nous nous trouvons ce soir.

Permettez-moi, en abordant cette seconde partie de cette planche, d’évoquer un souvenir personnel du jeune Franc-Maçon que j’étais, il y a un peu plus d’un quart de siècle.

Après un peu de pratique j’ai commencé à prendre conscience que notre Rite se caractérisait par sa cohérence, sa globalité et sa profonde spiritualité. S’il est facile de savoir l’histoire chronologique des Rites, des obédiences, il est beaucoup moins aisé de savoir d’où vient ce qui nous est transmis en Loge et où cela peut nous mener. Certains ont résolu le problème en décrétant que le premier Franc-Maçon n’était autre qu’Adam. Les nombreux contradicteurs de cette thèse s’en sont gaussés en se demandant notamment avec qui Adam pourrait « tenir loge ». Ils avaient raison en posant le problème au premier degré mais, en allant plus loin, si l’on affirme que, symboliquement, Adam était le premier Frère, cela veut dire qu’il a été initié et donc qu’il a reçu « quelque chose » qui ne pouvait être que de nature supra-humaine puisqu’il n’a pu être initié par un homme.

Mais revenons aux souvenirs du jeune Frère que j’étais. Encore peu familier avec l’univers des symboles, deux images se sont imposées à moi. La première était celle d’un large fleuve représentant à mes yeux le Rite Écossais Ancien et Accepté auquel l’initié pouvait s’abreuver. Et comme pour faire une grande rivière il faut des petits ruisseaux, chacun de ceux-ci était une des traditions sur lesquelles je vais revenir très bientôt qui enrichissaient la démarche et la réflexion.

Mais, rapidement, cette comparaison ne m’a pas satisfait. Un fleuve coule, descend, il n’y a qu’à se laisser filer paisiblement au fil de l’eau et j’ai très vite compris que le cheminement initiatique était d’une autre nature beaucoup plus aride. Il ne s’agit pas de descendre mais de s’élever sur une route parfois rude pour se rapprocher de la véritable Lumière. Une autre image s’est alors imposée, celle d’un arbre. Un arbre dont le tronc puissant s’élève pour supporter les branches qui le prolongent et qui, dans certains mythes et légendes, montent jusqu’au ciel. Mais pour s’élever, un arbre a besoin d’une forte nourriture. Il la puise dans le sol par d’innombrables racines. Voilà mes Frères notre nourriture. Chaque racine de cet arbre symbolique de notre Rite est une des multiples traditions dont il est issu. En fonction de notre progression ou de notre réflexion de l’instant, nous ferons appel à l’une ou l’autre ou à plusieurs de ces racines pour croître en Initiation.

Il n’est pas question bien sur que j’énumère l’ensemble des traditions qui nourrissent la démarche Écossaise. Je préfère en évoquer simplement trois que j’ai choisi parce qu’elles sont omniprésentes dans la loge d’apprenti, même si l’une d’elles, et je l’ai fait sciemment, saute peut être moins au yeux que les deux autres.

Souvenons-nous de notre initiation. Nous avons prêté serment sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie l’équerre, le compas et le Volume de la Loi Sacrée. Il est d’usage, et je n’y dérogerai pas, de ne pas dissocier l’équerre et le compas et de les rapprocher d’autres outils de l’apprenti, la règle à 24 divisions, le fil à plomb le niveau des Surveillants etc. Ce sont des outils de bâtisseurs. Nous nous appelons Francs-Maçons. Nous bâtissons et nous exerçons, au moins symboliquement, un métier issu des pratiques opératives. Nous sommes là dans la Tradition du Métier, que nous devons approfondir au cours de notre parcours en Loge Symbolique en suivant la voie de nos prédécesseurs.

Parlons-en de nos prédécesseurs. Tous les ouvrages historiques, même s’ils présentent de nombreuses divergences d’interprétation, font de nous les descendants des bâtisseurs des cathédrales médiévales, citant, de manière très pertinente, de nombreux textes et statuts et tentent, même si certains rapprochements sont parfois hasardeux, d’établir une filiation ininterrompue entre ces architectes et bâtisseurs du Moyen Age et nous.

Un problème ou une contradiction se pose alors. Pour matérialiser le lien avec ceux dont nous sommes issus, nous devrions alors logiquement nous réunir en un lieu qui évoquerait le chantier de Notre-Dame ou de Vézelay, la Bauhütte de la cathédrale de Strasbourg ou de Cologne. Or, il ne nous est dit nulle part que nous devons nous adonner, fut-ce symboliquement, à l’art roman ou gothique. La Loge n’est pas une cathédrale même inachevée. Sa dimension, sa disposition, ses ornements, la fonction du Vénérable Maître nous amènent à considérer un autre édifice également sacré. Il s’agit du Temple de Salomon auquel les tailleurs de pierre médiévaux sont totalement étrangers d’autant qu’il était interdit de tailler et d’utiliser des outils métalliques sur le chantier.

S’agit-il d’une contradiction, d’une juxtaposition ou d’une extrapolation hasardeuse ou, au contraire cette présence de descendants d’ouvriers médiévaux, chrétiens par essence, dans le temple de Salomon obéit-elle à quelque chose qui dépasse cette apparente aberration.

En fait, le Temple de Salomon doit être considéré comme un archétype central, symbole premier de tous les édifices sacrés et de notre Tradition, dépassant sa haute signification pour la Religion Hébraïque.

Ce n’est pas forcément évident à saisir et revenons donc, pour tenter d’y parvenir, vers les Trois Lumières. Le Rituel et l’instruction du premier degré nous expliquent leur signification, à approfondir, et leur disposition.

Il pourrait être dit également que, en reprenant l’image de l’arbre et de la racine, que l’équerre, placée dessus, représente la matière et donc l’apprenti ou plutôt son corps, la jeune pousse qui tend à s’élever. Le compas, instrument de mesure et de comparaison est le tronc ou l’âme, le support de la démarche et ces deux outils puisent leur force dans la racine qui est le Volume de la Loi Sacrée qui représente la Tradition Spirituelle.

Le moment est venu d’évoquer ce Volume, longtemps sujet à incompréhension et controverses. Faisons notre examen de conscience. Qui d’entre nous n’a pas dit, parfois un peu gêné, à un profane : « Oui il y a la Bible mais c’est un symbole etc. »

J’ai longtemps eu l’impression, c’est maintenant heureusement terminé ? que nous en avions honte. Honte de ce qui constitue la base de notre Tradition Spirituelle. Pourquoi ? N’oublions pas que le Volume de la Loi Sacrée a été longtemps « facultatif » sous l’impulsion des positivistes de la fin du XIXème siècle qui déniaient toute spiritualité à la démarche maçonnique sous couvert de liberté de conscience. Il n’a fait sa réapparition qu’en 1953, il y a 60 ans, grâce à des Frères éminents qui, à la suite des épreuves de la guerre ont voulu rendre au Rite Écossais Ancien et Accepté sa nature spirituelle première.

Il existe certes des structures maçonniques, issues de la Maçonnerie des « Moderns », ayant des visées sociétales, qui font prêter les serments sur l’équerre et le compas auquel on ajoute parfois un papier blanc ou un document administratif dont la valeur spirituelle ne paraît pas évidente.

Et pourtant, pendant de longues années, on pouvait avoir l’impression que le Volume était là « en catimini ». L’apprenti devait être curieux ou avoir un bon surveillant qui lui ouvre les yeux pour savoir à quelle page il était ouvert puisqu’il a fallu attendre le Rituel de 2012 pour que cet élément figure dans l’ouverture des travaux. Le Volume était là mais nul n’était incité à le lire et l’impression était souvent que moins on en parlait… Pourquoi ?

Je crois que cette attitude tient en un malentendu qui a son origine dans nos acquis profanes antérieurs. La Franc-Maçonnerie n’est en aucun cas une religion et chaque Frère dispose naturellement du choix de pratiquer ou non celle de son choix. Toutes les religions sont éminemment respectables mais je me permets de leur adresser une critique.

Alors que les symboles sont universels par essence, elles ont parfois tendance à les confisquer et à se les approprier à leur usage personnel. Il y a de nombreux exemples à commencer par celui de la Croix et…de la Bible.

Lorsqu’un profane se présente à la porte du Temple il y a fort à parier qu’il associe presque systématiquement la Bible, que nous appelons ici Volume de la Loi Sacrée, à un « livre religieux » juif pour l’Ancien Testament, chrétien pour le Nouveau même et surtout s’il ne pratique pas lui – même. Il ne pourra alors s’empêcher de le rapprocher des dogmes religieux qu’il peut estimer difficilement compatibles avec la démarche maçonnique.

Et pourtant, celui, et je crois que ce doit être le cas de chacun d’entre nous dans ce temple, qui sait se dégager de ce préjugé et voir le Volume pour ce qu’il est découvrira le plus inestimable des trésors.

Il partira d’Adam, peut-être le premier initié, découvrira la ou plutôt les Lois, entrera dans le temple de Salomon, dans sa Loge, comprendra que cette somme est un tout car le Nouveau Testament n’abolit pas l’Ancien mais l’accomplit.

Il appréhendera alors ce qui est sous ses yeux à chaque tenue, le texte auquel le Volume est ouvert et soutient et nourrit le compas et l’équerre. « La Lumière brillait dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue ».

Et pourtant mon Frère tu as reçu la Lumière le soir de ton initiation mais ce n’était qu’une Lumière virtuelle que ta démarche doit transformer en Lumière réelle.

Depuis la nuit des temps, l’homme a cherché à dépasser son humaine condition et a eu l’intuition qu’il existait des forces ou « quelque chose » d’insaisissable qui le dépassait mais qui contenait peut-être les mystères de l’univers. Il a multiplié les quêtes, les réflexions, les méditations et les expériences, dans toutes les directions, seul ou avec ses frères en humanité.

Une large part du résultat de ces démarches est là, dans ce Volume qui constitue la racine de notre quête que nous devons poursuivre. Ceux qui nous ont précédé n’ont pas tout trouvé, mais ils ont travaillé et notre devoir est maintenant de poursuivre leur œuvre en mettant à profit les résultats du passé pour éclairer l’avenir.

Nous sommes loin mes Frères, des dogmes religieux et désormais, si vous ne le faites pas encore, considérez le Volume de la Loi Sacrée comme la racine première, le pivot de notre Tradition Spirituelle. Il vous permettra, après un long travail, d’aborder et d’appréhender les aspects métaphysiques (ce qui est au-delà de la physique et donc du physique) de notre démarche.

Je parle depuis déjà longtemps et j’ai tenté de développer deux traditions essentielles pour notre réalisation spirituelle par le Rite Écossais Ancien et Accepté mais je vous en avais promis une troisième pour terminer.

Alchimie, hermétisme, tradition égyptienne ou hindoue ? Pourquoi pas, mais j’en ai choisi une qui va peut être en étonner certains. Elle présente un caractère particulier. Elle est omniprésente dans les impressions d’initiation des jeunes apprentis avant que de disparaître totalement car il en est très peu question ensuite. Et puis, il faut bien le reconnaître, elle est très éloignée du métier de bâtisseur auquel nous devons nous consacrer.

Reprenons le rituel. Le récipiendaire est à l’orient à genoux face au Vénérable Maître qui pose la lame de son épée sur la tête du néophyte.

« A la gloire du Grand Architecte de l’Univers, au nom de la Franc – Maçonnerie universelle et sous les auspices de la Grande Loge de France. En vertu des pouvoirs qui m’ont été conférés par cette Respectable Loge. Je vous crée (Un coup de maillet sur la lame posée sur la tête du néophyte) constitue (Un coup de maillet sur la lame posée sur l’épaule gauche du néophyte) reçoit (Un coup de maillet sur la lame posée sur l’épaule droite du néophyte) apprenti Franc-Maçon, premier degré du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Qui d’entre nous n’a pas fait le rapprochement entre cet instant essentiel de la cérémonie d’initiation et l’adoubement du chevalier médiéval ?

Et pourtant, sommes-nous des chevaliers comme apprentis francs-maçons, après cet « adoubement » recevons-nous le cheval et l’épée qui sont les attributs du chevalier ?

Évidemment non. Nous ne sommes en aucun cas des chevaliers mais le cérémonial particulier de la consécration doit nous amener à envisager une problématique qui est celle de la différence entre la chevalerie au sens premier du terme et la pratique des vertus et de la tradition chevaleresque.

Réfléchissons un instant à l’enseignement global de la cérémonie d’initiation. Nous apprenons que nous devons pratiquer les devoirs de charité et de fraternité. Nous devons, et la scène du parjure est assez évocatrice, voler au secours de nos Frères mais aussi châtier celui qui a failli. Nous devons être loyaux vis à vis de l’Ordre maçonnique et des nos Frères à qui nous nous sommes liés par serment.

Je viens d’employer à dessein trois fois le verbe devoir car le Franc-Maçon est un homme de devoir comme cela nous est fréquemment rappelé. Lisons les codes et les traités concernant les devoirs du chevalier de tradition. Il doit être loyal à son seigneur et à sa dame, protéger la veuve et l’orphelin, punir le traître etc.

Je crois que l’on peut y voir plus qu’une similitude et qu’un des multiples sens de la consécration consiste à indiquer au nouveau Frère qu’il doit être un bâtisseur du temple et d’abord de son Temple intérieur mais qu’il a besoin de s’appuyer sur un certain nombre de valeurs. Il n’est certes pas chevalier mais sa vie, son action, dans le Temple et hors du Temple doivent être guidés par l’esprit et la Tradition Chevaleresque. Et puis, la voie Écossaise est longue et un jour… Qui le sait ?

Le moment est venu de conclure après ce long exposé. J’aurais atteint mon but si vous partagez ce point de vue que la ou plutôt les traditions sont la nourriture essentielle qui nourrit notre démarche et nous permet de nous dépasser. Levinas a écrit que le symbolisme est un langage qui, par delà les significations sait faire signe. Nous pouvons appliquer cette définition à l’étude des traditions car nous devons bien sur, comme le Volume de la Loi sacrée nous l’a montré, en dépasser le sens premier exotérique, pour en extraire la substantifique moelle ésotérique.

Si je reviens un instant à l’arbre qui, du point de vue du jeune Frère que j’étais, symbolise le Rite Écossais Ancien et Accepté c’est pour appréhender finalement que cet arbre c’est chacun de nous. Notre corps et notre âme, nourris par les racines multiples des traditions pourront ensuite en faire la synthèse pour que nos branches, notre Esprit, s’élève à l’infini vers la Lumière et puisse atteindre La Tradition Première, si elle existe, et se rapprocher du Principe Créateur.

Vous objecterez que la tâche est ardue et que la réussite est loin d’être acquise. Même s’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer, je me permettrais un petit conseil pour la route avec une ultime tradition.

Dans de nombreuses sociétés initiatiques, dont la Franc-Maçonnerie traditionnelle, celui qui doit y être reçu doit mourir à sa vie antérieure, au monde profane pour renaître en initié. Ce passage est généralement symbolisé par un passage dans le monde souterrain, l’enfer, le tombeau ou la veillée d’armes de l’aspirant chevalier. Le candidat à l’initiation maçonnique séjourne dans le cabinet de réflexion et a le temps de regarder ce qui s’y trouve. Une phrase l’interpelle : « Si la curiosité t’a conduit ici, va-t-en ! ». Le profane qu’il est encore comprend immédiatement que s’il est ici pour simplement voir ce qui s’y passe et ensuite alimenter les marronniers des périodiques il est bon qu’il rebrousse chemin pendant qu’il en est encore temps. C’est évident.

Devenu Franc – Maçon, un peu expérimenté, le Frère pourrait avoir la bonne idée de reconsidérer le sens réel de cette phrase si simple. Il a commencé à étudier les symboles, à méditer les traditions dont est issu notre Rite. Mais le sens caché des symboles, les racines des traditions ne se trouvent pas en claquant dans les doigts. Il faut du zèle et une saine curiosité qui n’est pas la curiosité profane de « voir pour voir » qui fait appel uniquement aux sens, mais la curiosité ésotérique d’analyser pour comprendre et progresser qui fait appel à l’intuition intellectuelle.

Et si, de ce point de vue, la phrase mystérieuse du cabinet de réflexion signifiait « Si la curiosité véritable t’a conduit ici va-t-en » sur le chemin. Travaille, parcours le avec tes Frères, approfondis sans cesse les traditions et les valeurs que porte le Rite Écossais Ancien et Accepté. Tu t’élèveras ainsi vers ta réalisation spirituelle et tu seras heureux… A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

Mes Très Chers Frères, dignitaires qui décorez l’Orient, Vénérable Maître.

J’ai dit.

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