La Tradition Le « Connais Toi Toi-même » face aux Tabous de la Tradition Africaine Auteur: Non communiqué Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué Dans toute société traditionnelle, l’intégration sociale, signifiant ici l’interdépendance fonctionnelle des membres de la société, est très sensible. L’homme ne se considère pas comme individu vivant de façon indépendante du groupe auquel il appartient. Chaque individu est enserré dans un réseau de relations, de droits et de devoirs rigoureusement définis par la tradition. Il ne se voit qu’en tant que membre de sa famille élargie et du groupe social auquel sa famille est intégrée par les us et coutumes. Cela assure à l’individu un certain sentiment de sécurité, mais aussi un certain fatalisme et une certaine passivité. Son centre de gravité se trouve dans la collectivité familiale, au sens de la famille élargie, qui comprend, autour du patriarche, tous les descendants vivants d’un ancêtre commun, en même temps que tous les morts par lesquels les vivants se relient à cet ancêtre commun.Dans ce cadre organisationnel le chef de famille est aussi le gérant des biens de la collectivité familiale. A ce titre, il détient une sorte de pouvoir temporel qui vient renforcer la légitimité de son pouvoir spirituel de représenter les ancêtres. Et par delà la famille élargie, il existe souvent une sorte de fédération de plusieurs familles alliées à travers leurs ancêtres, à l’intérieur d’un village ou groupe de villages, où une sorte de conseil des patriarches réunit les chefs de familles pour constituer une gérontocratie. Et c’est dans le cadre de ces fédérations de familles que se sont créées, avec le temps, des confréries d’initiés, regroupant ordinairement les personnes d’un même groupe d’âge à des fins de sauvegarde de la solidarité communautaire, et cela en dehors du regard des étrangers envers lesquels les initiés s’engagent à cacher leurs secrets, sous peine de parjure grave et de malédiction fatale sur eux-mêmes et leur famille proche.Tout membre de cette communauté traditionnelle n’est donc pas préparé à accéder à une conception individuelle de sa personne ni, a fortiori, à pouvoir se forger une personnalité indépendante. Tout ce qu’il entreprend doit se conformer aux habitudes du groupe, où son espace vital est habité par les esprits et dirigé par les représentants de la tradition, de façon à régenter de façon cohérente toute la nature environnante.Dans ces conditions, le membre d’un tel groupe social n’est pas disposé à se poser les questions philosophiques du « Connais-toi toi-même », car une telle introspection n’aurait pas de sens pour lui. A son stade de conscientisation, il n’a d’autre motivation que de se soumettre à la volonté des esprits, transmise à travers « ceux qui savent », les représentants de la Tradition, sans avoir à chercher la vérité ni à lutter pour la justice. Il est encadré par la dynamique de cohérence du groupe pour la survie de toute l’entité sociale dont il fait partie intégrante. Il n’est donc pas libre et, a fortiori, ne peut prétendre au mérite d’être qualifié de bonnes mœurs, si ce n’est à travers sa façon de respecter la tradition.Celle-ci est constituée d’un ensemble d’idées et de pratiques souvent complexes, et apparemment irrationnelles aux yeux de l’observateur cartésien. La principale caractéristique est la croyance fondamentale en l’unité d’un monde où tout est étroitement associé, où tout dépend de tout, et où le moindre accident est interprété par l’action volontaire et intentionnelle des vivants ou des morts(qui demeurent toujours vivant en l’esprit parmi leurs familles), à travers des intermédiaires demi esprits et demi dieux (par exemple des vaudous) capables de dérégler tout le fragile équilibre social de la communauté.Aussi, la morale de telles croyances ne peut elle être autre chose que de respecter profondément de ce qui a existé jusque là, en écartant toute volonté d’innovation des comportements. Cela aboutit à l’immobilisme et à une forte capacité de résistance aux influences extérieures, encourageant la stagnation sociale et la négation de tout développement économique. Et pour asseoir cette pratique, il y a l’autorité morale de tous les chefs des famille élargie appuyés par l’autorité occulte des terribles sorciers ainsi que par l’autorité mythique des féticheurs qui initient les adeptes des confréries vouées à un même vaudou, avec tous leurs cortèges de devins et de jeteurs de sorts, sans oublier les lieux de culte où la présence matérialisée des vaudous rappelle au devoir périodique des cérémonies rituelles. Et celles-ci marquent les mentalités des membres de la communauté traditionnelle parce qu’elles sont rendues de façon ostentatoire, à coût relativement élevé pour l’adepte obligé, sous forme de sacrifices d’animaux, pouvant aller parfois jusqu’à des sacrifices humains dans certaines localités et à certaines périodes de l’année.Dans ce contexte socio psychologique, si nous cherchons à devenir un homme libre, capable d’examiner son monde intérieur en vue de le transformer, nous devons disposer d’une certaine dose de courage moral et même physique, pour oser transcender la réalité à la fois mythique et conviviale du monde extérieur où nous avons évolué jusque là, et cela est d’autant plus héroïque que notre défi s’adresse à notre propre vécu quotidien, dans un domaine considéré comme sacré dans notre mental.Or, le caractère sacré de ce monde de traditions, demeurant invisible aux yeux du rationaliste, dénie tout sens à la maxime du Temple de Delphes « Connais-toi toi même », tout simplement parce que c’est le mystère même de son caractère sacré qui demeure au centre du cercle autour duquel gravitent les membres de la communauté traditionnelle, sans jamais pouvoir y converger pour en découvrir la profonde vérité. Alors que pour se connaître soi même, la personne humaine doit elle-même devenir le centre de son cercle de pensée et d’action, d’où jaillira l’épanouissement de sa personnalité, en libérant l’énergie qui se trouve en elle-même, cette énergie libératrice que nous pouvons découvrir en chacun d’entre nous, à condition de rechercher ce qui se trouve caché sous la Lettre « G » de l’Etoile Flamboyante, avec la Force nécessaire pour nous rendre capable de Génération du Moi, avec la Sagesse nécessaire pour inspirer notre Génie de constructeur et de Géomètre, et avec l’Amour nécessaire pour animer notre Gravitation autour des autres membres de notre communauté villageoise traditionnelle, auprès de laquelle nous pourrons essaimé notre Fraternité universelle, dans le respect de la devise « Liberté – Egalité – Fraternité » nous permettant ainsi d’atteindre un nouvel équilibre social, transparent et accessible pour tous, sans plus avoir besoin de passer par l’intermédiation des vaudous ou d’autres tabous culturels traditionnels.C’est grâce à cette quête de vérité et justice, dans le respect de la liberté et de l’égalité de tous, que nous pourrons réussir notre double engagement de nous libérer de notre pire ennemi intérieur d’abord, et ensuite de porter au Dehors ce que nous avons appris au-dedans, pour le bien être de tous. En effet, notre engagement au Dehors devrait amener progressivement nos populations à ne plus être soumises aux tabous, ni résignées à subir l’injustice en se contentant de prier les puissances occultes à venir à leur secours. C’est en rectifiant constamment notre connaissance de nous-mêmes, et en luttant pour apporter la Connaissance aux autres, que nous agirons en Homme Libre et de Bonnes Mœurs.A cet effet, le Franc maçon doit savoir surmonter la peur de transgresser les tabous, grâce à sa maîtrise intérieure de son amour-propre, en construisant sa propre personnalité. Par son action au dehors, il devra contribuer à remodeler le groupe social où il vit, à petits pas, en influençant sa dynamique sociale, par ses paroles de sagesse et ses gestes d’amour, tout en servant d’exemple de conduite sociale et de comportement civique pour tous les membres de sa communauté.C’est par le courage de tenir l’Equerre de notre engagement maçonnique que nous nous libérerons du poids irrationnel des tabous traditionnels qui ont trop longtemps immobilisé les énergies humaines de l’Afrique. C’est le Fil à plomb de notre maîtrise du Moi intérieur qui nous permettra de tenir le Maillet de notre volonté de transgresser les habitudes du groupe social auquel nous appartenons. Et c’est enfin notre compas qui nous permettra de mesurer l’angle sous lequel nous devons faire voir et reconnaître la vérité des rapports sociaux dans notre entourage coutumier, de façon à pouvoir y faire construire une cathédrale éthique, où la Règle à 24 divisions nous aidera à insérer notre Pierre, devenue alors cubique, et servant comme fondation du nouvel ordre social, dénommé : « Liberté-Egalité-Fraternité ».NMK Navigation des articles Planche Précédente "Parole vivante et Tradition" Planche Suivante "Tradition, mythes et rites"