L’Acacia m’est connu
O∴ B∴
–Etes- vous Franc Maçon ?
–Mes Frères me reconnaissent pour tel
–Etes- vous Compagnon ?
–J’ai vu l’Etoile Flamboyante
–Etes-vous Maître ?
–L’Acacia m’est connu
Ces trois réponses indiquent le passage progressif du Franc Maçon, du grade d’Apprenti à celui de Maître, elles mettent également en évidence, l’évolution de l’état de passivité, vers celui de la connaissance.
Dans la première réponse « Mes Frères me reconnaissent pour tel », l’Apprenti Maçon est totalement passif, ce n’est pas lui qui déclare être Maçon, ce sont ses frères qui le reconnaissent comme tel.
Dans la deuxième réponse « J’ai vu l’Etoile Flamboyante », le Compagnon est encore dans un état de passivité, mais cette fois-çi il se positionne en tant que « chercheur », comme un voyageur qui parcourerait son chemin à travers les ténèbres afin d’aboutir à la Lumière ; il ne trouvera l’Etoile Flamboyante qu’à son cinquième voyage.
Dans la troisième réponse « L’Acacia m’est connu », le Maître se distingue de ses Frères Apprentis et Compagnons, il donne d’emblée une preuve des ses connaissances plus étendues en affirmant que l’acacia lui est connu.
Seuls les Maîtres en connaissent le symbolisme et par conséquent sont initiés à la légende d’Hiram.
Mais, l’on ne devient pas Maître en un seul instant ; comme l’enfant qui vient de naître doit prendre son temps pour grandir, le Maître, lui aussi a besoin de temps et c’est bien là le sens de « et plus » dans l’âge symbolique du 3ème degré, 7 ans et plus.
Lors des préparatifs de la cérémonie d’élévation en chambre du milieu, le rituel précise que l’on placera « à l’ouest, près de la tête de la tombe une branche d’Acacia », cette branche est accompagnée de l’équerre et du compas deux outils qui ne laissent aucun doute sur la présence du Maître Hiram, car ces outils sont indispensables à l’approche de la connaissance.
Une branche d’Acacia figure égalementsur le cercueil du Tableau de Loge au 3ème degré.
Cette présence nous ramène à la légende de la mort d’Hiram et au déroulement de ce drame symbolique.
Hiram est frappé à mort par trois mauvais compagnons poussés par l’ignorance, le fanatisme et l’envie. Ces trois coups sont portés à la gorge, sur le cœur et à la tête de ce grand architecte et représentent la triple mort, physique, sentimentale et intellectuelle du Maître.
Les assassins vont ensuite camoufler la terre fraîchement retournée de la tombe d’Hiram en y plantant un rameau d’acacia.
C’est justement ce rameau qui permettra aux Maîtres cherchant de retrouver le corps d’Hiram.
L’acacia au travers d’Hiramva symboliser le Savoir, la Tolérance et le Détachement, éléments qui permettront au Maître de ressusciter Hiram et de retrouver la parole perdue.
C’est ainsi que le maître a connu l’acacia et qu’il pourra à force de travail accroître ses connaissances et s’éloigner ainsi de l’ignorance.
L’Acacia est l’archétype du symbole porteur du Savoir, particulièrement des connaissances liées aux Maître, il est également gage de résurrection.
Selon Wirth, la connaissance de l’acacia signifie la « conscience de la vie véritable », il est le symbole d’une vie indestructible dont les mystères « ont été dévoilés », « la survivance des énergies que la mort ne saurait détruire ». Après la mort d’Hiram , la branche d’acacia est le « seul vestige de la vie disparue ».
Ragon quant à lui, aura une interprétation purement morale de l’acacia : « Cette branche, verdoyante au milieu de la mort, est l’emblème du zèle ardent que le Maître doit avoir pour la vérité et la justice au milieu des hommes corrompus qui trahissent l’une et l’autre ».
L’approche étymologique permet de dire que le mot « acacia » pourrait venir du Grec « akè », signifiant pointe, bout aigu d’un instrument de métal, cette pointe n’est elle pas celle qui a blessé le Christ sur la croix, expliquant ainsi qu’il faille « laisser ses métaux à la porte du Temple ».
Le mot « acacia » peut venir « d’akantha » signifiant épine, piquant, végétal et par extension, arbre comportant des épines.
Une autre interprétation décompose le mot en « a » privatif et « kakos » signifiant, mal, vice.
« Acacia » signifierait alors, absence de mal, innocence et pureté.
Dans sa dimension de végétal, l’arbre que l’on appelle acacia est une plante au bois dur et imputrescible, aux épines redoutables et aux feuilles persistantes qui se redressent au soleil levant et se ferment au couchant.
Les fleurs couvertes de duvet or rappellent le disque radiant du soleil ; ces multiples petites sphères jaunes très odorantes rassemblées en grappes forment un bel ensemble de puissance et de beauté, les feuilles finement foliolées dont la forme spécifique ressemble à la position des Frères en Loge, le long des colonnes et dont les travaux sont conduits par le Vénérable Maître.
L’acacia, au tronc tourmenté et noueux, réussit à pousser dans le désert et présente la particularité de fleurir en hiver, affirmant ainsi sa valeur symbolique de renaissance et de pérennité de la vie.
Ses racines sont très longues et vont chercher l’eau au plus profond, au cœur de la Noun.
Dans la Bible nombreuses sont les références à l’acacia apparaissent ;dès la genèse, Abraham en planta un bosquet à Beer-Sheba (Gen 21 :33) en invoquant le nom de Dieu.
Celui qui porte les branches de cet arbre est le porteur de la Lumière. Dans le mythe d’Hiram, celui qui ôte la branche marquant l’emplacement du corps prononcera les mots indiquant que la moelle est dans l’os.
Il sera celui qui assurera le lien entre la connaissance et le monde des hommes par la « révélation d’Hiram », c’est-à-dire à la permanence de la vie que l’on traduit généralement par « mort renaissance » et que le mythe transforme en « mot substitué »
La couronne d’épines du Christ est également faite de bois d’acacia, celui-ciétant ressuscité le troisième jour, on comprend facilement le lien entre sa couronne, c’est-à-dire le signe de la royauté fait en bois qui résiste au temps, et son immortalité.
Le Coran mentionne également cet arbre :
« Les gens de la droite, mais que sont les gens de droite ? seront parmi des jujubiers sans épines et des acacias alignés, sous d’amples ombrages, près d’une eau vive, avec une abondance de fruits, non encore cueillis mais non défendus » Sourate 56 :27-33.
Une légende rabbinique précise que lorsque Jacob se rendit en Egypte, il porta avec lui des plans d’acacias, les mêmes que ceux d’Abraham avaient planté à Beer-Sheba.
Durant l’exode, les enfants d’Israël transportèrent encore ces plans durant leur errance dans le désert.
C’est du bois de ces arbres que fut construit l’Arche d’Alliance :
« Tous ceux qui présentèrent par élévation une offrande d’argent ou d’airain apportèrent l’offrande à l’Eternel. Tous ceux qui avaient du bois d’acacia pour les ouvrages destinés au service, l’apportèrent » Exo 35 :24.
Le symbole de l’acacia se retrouve également dans de nombreuses civilisations.
Pour les anciens Egyptien, l’acacia est la représentation du culte solaire, de la renaissance du jour, de l’immortalité.
Pour les tribus Arabes, l’acacia est nommé le « rameau des initiés ».
En Afrique et en Inde, il sert de support divin dans certains rituels religieux.
Dans la Chine ancienne, cet arbre est celui du nord et de l’hiver.
Symboliquement, l’acacia est d’une certaine manière l’incarnation du soleil sur la terre, il est la représentation de la vie éternelle. L’Arche d’Alliance ne peut être éternelle que si elle est faite de matériaux nobles tels que l’or et l’acacia.
C’est grâce à ce bois, représentant la vie éternelle que le corps d’Hiram est découvert, permettant ainsi au Maître maçon de retrouver la vie.
Le rameau d’acacia a servi de « passage de témoin » entre les mauvais compagnons et les Maîtres, ce passage peut être interprété comme des oppositions, « de la mort à la résurrection », « du mal au bien »,
« de la culpabilité à l’innocence », « de l’ombre à la lumière », « de l’ignorance à la connaissance » ; grâce à ce rameau le Maître retouvera l’endroit où gît Hiram, même si il n’y a aucun chemin
qui y mène.
Comme le bois d’acacia, à la symbolique extrêmement forte et aux nombreuses vertus, le Maçondoit se vêtir d’incorruptibilité, doit rester fidèle à ses engagements de droiture, de rectitude et de pureté, aidée en cela – comme nous l’avons vu dans la disposition de la Chambre du Milieu – par l’Equerre et le Compas.
Le Maçon doit mettre tout en œuvre pour que la charpente de son Temple intérieur soit aussi solide et dure que le bois d’acacia, et cette force, cette connaissance, il en aura besoin pour affronter les piqûres d’épines de la vie, ses injustices, et ces méchancetés.
Pour conclure, il me semble qu’en choisissant un symbole fort comme l’acacia, la Franc Maçonnerie
fait prendre conscience à tous les Frères qu’ils se trouvent en possession d’un matériau sacré.
La formule « l’Acacia m’est connu » ne signifie pas seulement que celui qui la prononce est Maître Maçon ; cette déclaration va bien au-delà, en prononçant ces mots, le Maître se relie, par l’intermédiaire de ce symbole à l’Univers, il s’associe à la souffrance du Christ et il redonne vie à Hiram.
L’acacia symbolise le pont entre l’homme et le divin, la matière et l’esprit.
J’ai dit