Pourquoi être spiritualiste en loge ?

Auteur:

Non communiqué

GLMMM
Loge:
:  La Lumière de la Vérité

Avant de tenter de répondre à cette question, il serait utile, pour nos SS:. et nos FF:. Apprentis ou Compagnons de resituer le paysage maçonnique, afin de mieux appréhender ce corps d’environ 160 000 membres dans notre pays.

Obédiences

Loges

Membres

GO (1)

1 230

52 000

GLdF (2)

850

34 000

GLNF (3)

800

20 000

DH (4)

520

17 000

GL-AMF (5)

450

15 000

GLFF (6)

370

14 000

AUTRES (dont la GLMMM)

Environ 800

7 à 10 000

Total

Env. 5000 Loges pour

160 000 membres

Pour proposer un classement simple, on peut dire que, quelles que soient les obédiences, on y trouve des loges qui travaillent aux problèmes de sociétés, d’autres à la spiritualité avec plus ou moins de ferveur. Il est bien évident que le travail sur une pure spiritualité est plus présent dans une majorité des loges de la GLMMM qu’au GO ou au D.H. Ce constat n’enlève rien à la qualité des travaux fait dans les loges du GO ou du DH. J’ai pour ma part participé à des travaux hautement spirituels au G.O. pourtant réputé pour être farouchement laïc, pour ne pas dire athée. En conclusion, pour traiter de ce qu’est la spiritualité en maçonnerie, pour bien comprendre mon propos, il convient de parler avant tout des loges et non des obédiences. D’une loge à l’autre et surtout d’un VM à l’autre, les énergies de la loge peuvent être totalement différentes. Il faut aussi rappeler qu’au 18ème et à la moitié du 19ème siècle la préoccupation du maçon était d’ordre vitale (manger, rester en santé, paix du pays…). Le progrès technique a fait évoluer la société vers des nécessités sociales (conquêtes de lois, équité entre humains…). Ainsi tout le 20ème siècle nous a fait passer du « Tu es ce que tu fais » à « Deviens qui tu es » de Nietzsche. La préoccupation principale du maçon du 21ème siècle, n’est donc plus de se battre pour des idées sociales ou des territoires géographiques mais plutôt pour donner du sens et retrouver des valeurs de la vie humaine. Nous sommes passés d’une conquête des territoires à une conquête intérieure de l’humain. Cependant, il faut admettre que nous n’en sommes pas tous là et certains wagons sont encore dans les gares précédentes.

Peut-on dire qu’une loge qui travaille à la transformation sociale fait-elle, oui ou non, de la maçonnerie ? Il serait déjà utile de définir ce qu’est la maçonnerie. Pour ma part, un initié qui rentre en loge pour rechercher la vérité dans son cœur, qui respecte les règles de la fraternité, qui pratique un rituel maçonnique reconnu avec ouverture et fermeture des travaux, est un franc-maçon. Maintenant, peut-on considérer qu’un frère qui pratique le rituel du tire-bouchon, qui vient en loge avec son jean et sa chemise à fleurs et qui finit la tenue par un « A bas la calotte! » fait de la maçonnerie ? Ma réponse sera bien évidement très mitigée, car cela revient à poser la question, est-ce qu’un type qui lève son coude 10 fois de suite pour boire son verre au comptoir du bistro peut-être classé dans la catégorie des sportifs ?

En revanche, il ne m’est pas possible de ne pas le respecter comme un frère et de penser que c’est sa façon à lui de faire de la maçonnerie. Il en est là et il serait bien incapable de participer à une tenue à Emulation, au RER ou encore moins à Memphis Misraïm. De quel droit pourrais-je prétendre détenir une quelconque autorité pour vouloir imposer ce que les uns ou les autres doivent pratiquer en loge pour que cela devienne de la VRAIE franc-maçonnerie ? Tout ceci touche à la liberté de pratique et à l’évolution spirituelle de chacun. Comment peut-on affirmer qu’un pratiquant religieux qui s’enferme dans un monastère est plus proche de son divin qu’une secrétaire qui s’occupe de ses deux enfants en rentrant le soir après le travail, mais le fait dans une réelle conscience spirituelle de sa propre divinité ?

Ainsi, pour conclure ce chapitre, selon ma perception : la maçonnerie est un ensemble de pratiques dites initiatiques, dont les frontières sont assez floues et qui ont pour but d’élever l’âme de l’humain afin de permettre au maçon de synchroniser son essence à celle des forces créatrices de l’univers. Pour certains, cette pratique a pour but de mieux vivre en société. Pour d’autres, elle a pour fonction de préparer l’Humain à la mort de chaque instant, afin qu’il s’améliore dans sa vie de tous les jours. Avec ce portrait nous revenons ainsi à cette opposition sociale versus spirituelle. Pour ma part, j’ai démarré ma vie maçonnerie dans une loge plutôt spirituelle et plus le temps passe, plus cette tendance se confirme chez moi.

Après avoir abordé ce travail avec des propos plutôt fraternels, je vais maintenant m’autoriser un petit écart et les FF :. ou SS :. visiteurs, visiteuses me pardonneront d’avance. Pour ma part, si un quelconque travail social, philosophique, scientifique… effectué en groupe, muni d’un tablier ou non, pouvait élever vers la perfection l’âme de l’humain, il y à longtemps que les syndicalistes, les universitaires et autres chercheurs auraient atteint la sagesse et la vérité. Or chacun de nous à entendu parler d’un ami ou d’une relation qui a fait un grand chemin d’évolution grâce à la spiritualité, mais jamais personne n’a ouïe dire qu’un ami avait élevé son âme par la connaissance scientifique de l’astronomie ou des mathématiques. Pour enfoncer le clou, je rappelle même que tout le monde a entendu parler des génies devenus fou par ces disciplines scientifiques qui animent le mental. Donc la voie de la sagesse n’a absolument rien à voir avec le savoir.

Certains d’entre vous connaissent mon point de vue sur ce sujet et je vais me faire le plaisir aujourd’hui de partager avec vous les raisons profondes de mon militantisme dans cette quête du travail spirituel en loge. Je suis un fervent croyant et pratiquant de la quête scientifique dans mon quotidien pour nourrir mon mental et donner du sens rationnel au monde matériel qui m’entoure. A contrario chaque chose à sa place, la science doit rester à la porte de la loge car elle est classée selon moi dans la catégorie des métaux, tout comme le scientifique doit impérativement laisser dans le temple ses croyances ou superstitions pour se consacrer aux seuls faits prouvables.

Tout d’abord qu’entends-je par « spiritualiste ». Il s’agit d’affirmer qu’il y a deux réalités dans notre monde terrestre : la réalité matérielle (ou physique) et la réalité spirituelle, qu’on nomme âme ou esprit. Lorsqu’on effectue un travail de présentation d’une planche, tel que je le fais ce soir, il s’agit pour moi d’un travail purement physique, car même si je venais à vous parler une heure durant du G.A.D.L.U. cela n’aurait absolument rien de spirituel. Mais, si je vous demande de vous lever en silence et de former une chaine d’union, nous entrons alors dans un travail spiritualiste. Quelle est la différence entre les deux ? C’est très simple, c’est le point de jonction entre les deux écoles : le premier travail fait appel au mental et le deuxième au corps, au physique. Or, jamais aucun être spirituel dans l’histoire de l’humanité n’a pu pénétrer les voies divines par le mental. Il est même à noter que dans les religions, les prophètes sont presque toujours des gens simples, des bergers, des charpentiers, des commerçants… jamais des érudits. Même le Bouddha abandonne tout, y compris ses connaissances pour atteindre la sagesse.

Parlons quelques minutes de cet aspect du mental. Chacun de nous, dans notre société occidentale, veux savoir, veut comprendre, veut décortiquer… et surtout veut se rassurer, car la peur est un moteur puissant. Il croit ainsi qu’en donnant à manger à son mental tout va s’arranger. Donc il voit avec ses yeux, il écoute avec les oreilles et il nourrit son mental de tout le savoir qu’il juge important pour son évolution. Une tête bien faite et bien remplie sera sans aucun doute, le passeport vers la sagesse. Or nous le voyons bien en loge, les bien-pensants, les intellectuels et autres érudits restent tous accrochés à leurs certitudes et à leurs croyances, qu’ils défendent tous farouchement à coup de logique cartésienne. Mais dès le moindre vacillement dans la vie de tous les jours, la moindre faille dans la cuirasse, tout s’écroule. C’est le divorce, la dépression et même parfois la maladie. Le remplissage de la tête avec des belles logiques ou des certitudes, le remplissage du compte bancaire avec des millions ou encore le remplissage de son agenda avec des actions chronophages, mais stériles, ou enfin le remplissage des estomacs avec un trop plein de nourriture n’a jamais conduit quiconque sur la route de la sagesse ou du bonheur. Henri Bergson a dit un jour une phrase qui à résonné en moi : « Il y a des choses que l’intelligence seule est capable de chercher, mais que par elle-même elle ne trouvera jamais. Ces choses, l’instinct seul les trouverait, mais il ne les cherchera jamais« . Il résume en une phrase toute la problématique. Plus nous sommes devenus intelligents, le plus souvent par la peur ou par l’orgueil, plus nous avons construit une forteresse mentale dans laquelle nous sommes enfermés. Notre protection est aussi notre perte. Je prétends et j’affirme que l’ennemi principal du maçon est composé de ces deux éléments : la peur et l’orgueil. Le mental est donc un excellent serviteur et qu’il convient d’en prendre soin, mais un très mauvais maitre à qui on ne confie pas les clés du véhicule.

La seule porte d’entrée pour accéder à la conscience et évoluer vers la sagesse, c’est le travail sur le corps. Il n’existe aucun autre moyen, car aucun de nos sens n’est en contact avec la conscience. C’est pourquoi, toute entrave par des agitations émanant du mental, seraient de nature à parasiter le travail de la conscience. Ce serait en quelque sorte, comme un alcoolique à qui on demanderait par quel moyen il pense pouvoir aller mieux ? La réponse invariablement serait… juste un petit verre pour éclaircir mes idées. Je sais que la tentation du mental est forte. La force des habitudes est telle, qu’il est devenu impossible de lui retirer les clés du contrôle. La logique a pris le pouvoir et les débats portent sur des arguments qui n’ont plus rien à voir avec le sens réel du symbolisme au service de la sagesse. La couleur du tablier qui résulte d’une fonction élective est devenue plus importante que la profondeur du cœur et des valeurs intrinsèques du maçon. Le divertissement est devenu la condition incontournable du succès d’une loge. Il faut que chacun puisse s’amuser, puisse comprendre et puisse passer une meilleure soirée que le programme TV ne le proposait. Tout ceci n’est que futilité, superficialité et surtout stérilité. Pourtant j’ai entendu en moins de deux mois plusieurs apprenties me dire qu’ils ou qu’elles ne comprenaient pas à quoi servait toute cette rituellie et que tout ceci était bien ennuyeux. Une d’elle m’a même affirmé récemment que sur nos 3h de tenue, une seule était utile car les autres étaient constituées de travail administratif lassant. Ah mental, mental, mental quand tu nous tiens !!!

Puisque nous sommes dans le match : (mental – intelligence – réflexion), d’un côté du ring, contre, (le corps – conscience – ressenti) de l’autre côté, mettons donc les deux parties à l’épreuve. Revenons au jour que chacun de nous a vécu. J’ai nommé le jour de notre initiation. Nous commençons notre premier voyage par la terre dans le cabinet de réflexion et l’écriture de notre testament philosophique. Quel pourrait-être le sens intellectuel de cet exercice ? Une sorte de jeu qui dirait « je vais mourir alors je vous dis avant le grand départ, tout le bien que je pense de moi ! ». Allons bon, un peu de sérieux. Chacun sait que tout cela n’a aucun sens spirituel profond. Quiconque s’est approché de la mort pour de vrai, sait parfaitement que la lettre d’un impétrant qui sentirait la mort à sa porte aurait une autre saveur et une autre intensité. Cet exercice a pour but principal d’occuper l’esprit pour le préparer à l’épreuve qui va suivre, lors du second voyage, rien d’autre. Il s’agit en d’autres termes de faire une diversion en occupant et en rassurant le mental pendant que le corps doit paisiblement reposer comme le grain de blé qui va prochainement mourir à ses espoirs avant de renaitre dans une autre dimension, sous d’autres plans.

Parlons maintenant du second voyage, celui de l’eau, du moins dans notre rite. Pourquoi ne pas faire assoir l’impétrant sur une chaise, lui servir un bon thé chaud et lui raconter tranquillement tous les bienfaits de notre méthode maçonnique avant de lui faire prêter le serment ? Car lorsqu’il rentre en loge, tel l’enfant qui sort du ventre de sa mère, le bandeau sur les yeux, il doit poser les genoux à terre et sentir dans son corps, dans sa chair à quel point il est dans la soumission face aux forces supérieures, dans l’impuissance mentale ou égotique et surtout combien son esprit et son intelligence n’ont plus aucun pouvoir sur la situation. Ses yeux ne sont plus connecté à son mental et ses oreilles amplifient les sons qui rendent alors l’épreuve plus effrayante encore. Chaque impétrant va ainsi graver dans les cellules de son corps chaque sensation lors de cette épreuve, afin qu’il puisse revenir régulièrement réactiver, comme au premier jour, toute la magie de ce cérémonial qu’il revivra lors des prochaines cérémonies d’initiation dont il sera le témoin.

Attachons nous aux deux premiers des trois joyaux de la loge que nous retrouvons sur le Naos. Posons la question à n’importe quel apprenti « qu’est-ce que la règle, qu’est-ce que l’équerre ? ».

Invariablement les réponses seront, soit celle du rituel :


– Que la Règle symbole de l’architecte éternel gouverne toujours nos actions,


– Que l’Equerre symbole de la rectitude morale, nous maintiennent dans la voie de la Vérité

Soit des spéculations intellectuelles sur l’interprétation de ces deux outils symboliques. Mais concrètement, comment un impétrant prend il contacte la première fois avec ces deux symboles ?

La réponse est simple, avec les cellules de son corps lors de ce deuxième voyage. Il passe physiquement le long de la colonne du midi et marche telle une règle. Il s’agit bien d’une droite. Il passe donc du point de son entrée à la succession de point qu’est la ligne qui symbolise le temps qui passe. Inéluctable, telle une force incontournable. Voici donc un contact physique. Ensuite, il tourne et remonte le long de la colonne du nord afin de gravir la planche à bascule. Qu’est-ce, selon vous la planche à bascule, si ce n’est une équerre avec la tête en bas. Suivons l’impétrant, il monte puis bascule et se trouve alors aspiré par la loi de la gravité vers le bas. N’avons-nous pas là un premier exemple d’équerre qui symbolise parfaitement le changement de plan ?

Ce sera d’ailleurs le prélude au mundus c’est-à-dire la première purification, celle par l’eau.

Nous ne reprendrons pas dans ce travail tout le reste de la cérémonie, mais vous l’aurez compris, tout notre rituel n’est que communication avec notre corps.

Les textes récités par le vénérable ne servent que très partiellement l’impétrant qui est dans la confusion totale de sa cérémonie. Ce dernier ne vit son initiation que par son corps. C’est par celui-ci que va s’imprimer cette cérémonie inoubliable. Et lors de la prochaine cérémonie, dont il sera le témoin, par les paroles du Vénérable, ce dernier réactivera comme dans une forme hypnotique la mémoire cellulaire de chacun des maçons présents en loge.

Une autre preuve évidente… le nouvel initié ne rédige jamais ses souvenirs d’initiation, mais bien ses impressions. Pour imprimer il faut être en contact et non pas en réflexion, c’est-à-dire à l’extérieur.

Ainsi, plus le travail s’ancre dans un ressenti qui touche la conscience, plus les fonctions du cœur rapprochent le maçon des forces universelles et de son alignement personnel. En revanche, plus le mental est nourri, par des preuves, des distractions, du plaisir, des choses intellectuelles… plus la haute conscience intellectuelle échafaude et définit des plans pour mettre en concordance la belle image de son soi, de son égo en somme. Pour résumer, plus le travail s’effectue sur le cœur, plus l’Humain se rapproche de son essence divine. Plus il nourrit sa tête, plus l’effet escompté est inverse et conduit vers une démarche de séparation. Il me semble que dans notre rite de Memphis Misraïm, c’est même plus fort qu’ailleurs, puisqu’il a une vocation cardiaque puissante, lorsque le mental prend le contrôle, nous aboutissons à ce qui est appelé l’orgueil spirituel et alors toutes les dérives sont ensuite permises. Rien n’empêche de monter en grade, en revanche, tout empêche de grandir en sagesse et en amour.

Pour conclure, je vais comme à l’habitude vous raconter une petite histoire : « Un médecin arrive un jour dans un village du bout du monde. Les habitants lui donnent une case et dès le premier matin, il ausculte les villageois. Le premier cas est une appendicite aigüe. Le toubib lui explique l’urgence de la situation, lui fait des dessins pour lui expliquer, lui remet le dessin et l’ordonnance et lui demande de revenir plus tard pour l’opération. Le malade rentre chez lui, enchanté du cours de médecine qu’il vient de prendre, montre le dessin à sa femme et lui donne à son tour le cours technique qu’il vient de recevoir, met l’ordonnance sous cadre qu’il accroche au mur. Il danse ensuite autour 5 fois, fait des incantations toute la journée et la semaine se passe sans qu’il ne retourne voir le médecin. Huit jours plus tard… il meure dans son lit d’une péritonite. »

Pour conclure, chacun de nous en loge, se nomme à tord maçon spéculatif. Comme vous le savez certainement, spéculatif vient du latin speculare, qui signifie réfléchir. C’est pourquoi, si le maçon veut éviter la péritonite, il lui est conseillé de devenir un opératif. Et pour devenir opératif cela ne se fait pas avec la tête, ça se fait bien avec le corps. Mais pour cela… il faut accepter de dire adieu à son orgueil et à ses peurs. Le plus simple pour accomplir le chemin est peut-être de couper la tête de temps en temps, pour laisser le cœur reprendre le contrôle de la conscience !

J’ai dit.

Franck Fouqueray

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