Le Temps, la conscience et l’initiation
Non communiqué
Je vous propose ce soir de travailler sur les notions de Temps, de Conscience, d’Initiation et quelques autres dont nous aurons besoin en cours de route.
Je vais commencer par Conscience, car tout commence le jour où la conscience s’éveille.
La Conscience :
Conscience : du latin « cum
scire », c’est-à-dire
« savoir avec ».
La conscience est ce avec quoi nous savons, nous savons que nous
sommes, nous savons ce que nous sommes, ce que nous faisons.
Cela permet de qualifier nos actions : prendre conscience, avoir
conscience, perdre conscience, agir en conscience.
Cela nous distingue des animaux qui, eux, agissent sans conscience.
Un être sans conscience est un être incapable de
connaître quoi que ce soit de ses propres actes, de sa propre
identité, de sa propre nature.
Agir en conscience consiste donc à participer à une action avec la connaissance de ce que nous sommes et la capacité critique de l’action entreprise.
La conscience est un état de connaissance qui
comporte des degrés puisque on parle de divers
états de conscience, d’une haute conscience, d’une
conscience élevée ou d’une moindre conscience.
Il y aurait donc une échelle des états de
conscience qui irait d’un embryon de conscience non conscient vers une
conscience totale.
Je suis né, j’ai grandi, j’ai vécu, j’ai agi et soudain je prends conscience.
Je prends conscience de ma propre existence, de ma mort future et de celle de ceux qui m’entourent, de mon insignifiance face à l’univers, de mon importance aux yeux de ceux qui m’aiment, de la vanité des reconnaissances sociales et du manque que je sens au fond de la poitrine, du manque terrible de je ne sais pas quoi et que pourtant je ressens si intensément. Du manque…..
Cette conscience n’était pas là au début, j’en suis sûr. Car au début, j’étais insouciant, inconscient.
Il m’a fallu du temps.
Il a fallu que le temps arrive.
Voilà bien une notion difficile à saisir et à manipuler !
Le temps est ce qui nous fait ressentir un sens à l’écoulement des faits ou des actions. Cela nous permet de classer notre propre action entre ce qui est fait et ce qui est à faire. Nous vivons dans le seul présent et pourtant tout notre être, son corps comme son esprit, est marqué par le passé et aspire (ou redoute) le futur.
Cet écoulement, ce sens historique semble
bien lié à l’entropie du monde, c’est
à dire à cette loi qui veut que tout
système laissé sans apport d’énergie
se dégrade inexorablement. Ainsi, ce système que
j’ai vu hier dans tel état, je le revois aujourd’hui dans un
état dégradé : il y a donc eu
écoulement de temps.
Le temps terrestre nous donne le fil de notre histoire, la
mémoire en constituant la trame.
Mais ce temps terrestre implacable qui s’écoule pour tout le
monde, n’est pas une donnée intangible : depuis Einstein et
la théorie de la relativité
générale, nous savons que le temps est une
variable du continuum espace/temps et que la vitesse relative des corps
les uns par rapport aux autres crée la notion de temps entre
eux.
Depuis l’énoncé de la
théorie, l’expérience pratique a pu
démontrer qu’une horloge atomique placée dans une
capsule et accélérée pendant plusieurs
mois présentait à son retour un écart
de temps infime mais suffisant pour confirmer les implications de la
relativité générale.
Le temps n’est donc pas une constante de l’univers même si
l’écoulement du temps est, lui, une de ses
caractéristiques liée à l’entropie.
Mais si le temps est lié à la vitesse relative de
tous les constituants de l’univers entre eux, et donc par rapport
à un centre initial (voir la théorie du Big
Bang), ce centre lui ne connaît pas d’écoulement
du temps tel que nous le subissons et se maintient dans un
éternel présent.
Reste que sur Terre, nous sommes des êtres vieillissants qui ne peuvent agir que dans l’instant présent mais qui portent inscrits dans la mémoire de leurs cellules, les milliards d’instants passés de l’humanité et qui se projettent sans cesse dans leurs désirs futurs.
Ce vieillissement m’a donc été nécessaire pour qu’apparaisse ma conscience, ou plus exactement pour que ma conscience atteigne un niveau suffisant pour que je puisse critiquer mes actions et que le désir d’être autrement émerge.
Mais le temps, c’est aussi le moment, l’instant qui est différent, qui n’est pas le temps d’avant. Le « maintenant », l’instant où la conscience prend conscience du désir. Alors, tout à coup, il est temps.
Ce désir apparu, la conscience cherche un moyen de faire aboutir sa recherche, et c’est ce qui m’a poussé à frapper à la porte du temple, n’ayant nulle part ailleurs trouver de réponses satisfaisantes.
Vient alors le moment de l’initiation.
L’Initiation :
Initiare = commencer, faire le premier pas.
L’initiation est donc l’acte qui nous met en mouvement,
qui nous fait faire le premier pas.
C’est un acte fondateur qui définit un
« avant » et un
« après ».
L’initié est celui devant qui la porte s’ouvre et qui peut
avancer d’un pas.
Il n’a encore commencé à cheminer consciemment,
mais il a quitté l’immobilisme pour le mouvement. Il est
passé de l’état statique à
l’état de progression. Il a quitté
l’équilibre rassurant mais mortifère pour le
déséquilibre qui créé le
mouvement et la vie.
L’initiation est alors l’instant du temps où
la conscience prend conscience de ce qu’elle est : non pas
l’être, mais le moyen pour l’être de
connaître.
L’initiation donne cette distance suffisante qui, seule, permet de
saisir la notion de champ de conscience : l’outil intellectuel nous
donne à connaître dans un espace de savoirs
donné, donné par notre milieu
socio-économique, culturel, éducatif, familial et
personnel.
Cet espace rassurant, car connu pour la conscience, est borné par nos certitudes, nos croyances, nos tabous, nos peurs et nos désirs et il nous y enferme.
La formation initiatique m’a permis grâce aux symboles, grâce aux degrés, et par le premier en particulier, ce travail d’intériorisation qui a débouché sur cet éclairage nouveau sur ma propre conscience : elle n’était pas un champ clos dans lequel je déversais des savoirs acquis à l’extérieur, mais un espace à défricher au delà de la clairière dans laquelle je vivais alors.
Seules mes propres inhibitions m’avaient jusque là empêché d’aller plus loin.
Cette évidence acquise, il me fallait l’appliquer et mettre en cause peu à peu mes certitudes sans aucune exception pour tenter d’élargir dans toutes les directions mon champ de conscience.
Chacun a ses propres éléments déterminants ; pour ma part ma formation universitaire m’a suffisamment marqué pour que les sciences dites dures constituent des repères efficaces dans ce cheminement pour comprendre que les apparences ne sont pas toujours le reflet de la réalité.
Je ne prendrai que quelques exemples plus significatifs.
Les sciences depuis le début du siècle avancent à pas de géant par rapport aux siècles précédents ; cependant, l’impact des découvertes extraordinaires des décennies écoulées ne s’effectue que par le truchement des applications concrètes dans notre quotidien. Les révélations théoriques qu’elles nous apportent échappent à la conscience des hommes ordinaires pour rester confinées dans des ouvrages de vulgarisation pas toujours accessibles, il faut bien l’avouer.
Un des premiers à l’avoir perçu fut Albert Einstein qui écrivit un petit fascicule sur la théorie de la relativité très simple qui décrit de manière intelligible les implications de sa trouvaille.
Mais la conjonction de la relativité, de la
physique quantique qui troublât tant Einstein
lui-même, des recherches sur le fonctionnement de la
mémoire, des derniers travaux en physique fondamentale, des
fascinantes caractéristiques de la lumière
ouvrent des perspectives exceptionnelles d’ouverture à nos
champs de conscience.
Devant ces espaces immenses ouverts à notre recherche, les
symboles restent toujours des outils adaptés et efficaces.
Ainsi, les accélérateurs géants ont permis de faire apparaître les plus infimes particules de matière que la théorie avait prévues. Cependant, une fois apparues, ces particules se désintègrent en énergie pure et ne laissent rien de tangible à voir.
Ces particules d’ailleurs ont un comportement curieux
pour nos esprits rationnels : elles sont corpuscules ou ondes selon ce
que nous désirons observer, comme si elles
étaient à l’écoute de nos
désirs.
Mieux encore elles communiquent entre elles instantanément
d’un bout à l’autre de l’univers (ce qui contrariait fort
Einstein qui voyait au départ dans la vitesse de la
lumière, une constante et une barrière
infranchissable).
Elles peuvent également être en plusieurs endroits
de l’espace simultanément, sans nous laisser
connaître à la fois leur localisation, leur masse
et leur état d’énergie. Nous ne pouvons en
connaître que deux caractéristiques à
la fois.
Or ces particules évanescentes constituent tout ce qui nous entourent, et même ce que nous sommes. Nous ne serions que de l’énergie pure en forme d’êtres humains.
Peut-être même pas.
En effet, l’informatique nous a permis de créer des univers
virtuels qui n’ont pas de consistance réelle mais que des
stimuli électroniques peuvent faire apparaître
dans nos champs de conscience : endossez une combinaison sensorielle,
coiffez un casque avec écran intégré
et vous pouvez vous promener dans le paysage que vous propose le
logiciel, y cueillir des fleurs et vous rouler dans l’herbe.
Les travaux actuels sur le cerveau laisse à penser que son mode de fonctionnement se rapproche étrangement de l’hologramme.
L’hologramme permet grâce à un laser et une plaque sensible sur laquelle sont gravées des informations synthétiques de faire apparaître une image en trois dimensions qui prend tous les aspects de la réalité. Pourtant sur la plaque, rien n’est visible de cette image : seules des lignes d’interférences sans aucun rapport avec l’image y sont apparentes.
Notre cerveau pourrait-il recréer notre univers « réel » simplement à partir d’informations holographiques, de systèmes d’interférences, qui lui seraient proposés par nos sens, tout comme ce rayon de laser, en frappant une plaque de verre, fait apparaître cette pomme si vraie, là où il n’y avait rien ?
Cet univers ne serait alors que la virtualité d’une autre réalité que celle que nous percevons ?
Nos cinq sens, seules portes d’accès sur l’univers dit « objectif », sont souvent pris en défaut en recréant ce qui n’existe pas par habitude ou extrapolation. Ils sont aisés à tromper et nous connaissons tous des jeux d’enfants qui nous font prendre des droites pour des courbes ou de l’eau chaude pour de l’eau froide.
Quant au cerveau, c’est lui qui traite les stimuli et qui les traduit en images, sons et sensations du monde extérieur. Lui et pas moi : ma conscience n’intervient pas un seul instant, pas plus que ma volonté.
Impossible, me direz vous : je vois bien là sur cette table dure sous mes doigts, une fraise rouge dans cette assiette blanche.
Certes, pourtant si l’on analyse les atomes constitutifs de cette table ou de cette assiette, ils s’évanouiront en bulles d’énergie, quant à la fraise, figurez-vous qu’elle n’est pas rouge du tout : elle est même tout sauf rouge !
En effet, vous la voyez rouge simplement parce qu’elle
absorbe tout le rayonnement lumineux à l’exception des
longueurs d’onde situées dans la zone des rouges qui,
seules, sont renvoyées par l’œil vers le
cerveau qui propose à votre conscience l’image d’une fraise
rouge qui, elle, n’aime pas le rouge.
Si vous vous équipez de lunettes dont les verres bloquent le
rouge alors la fraise deviendra noire.
Pour ma part, les implications théoriques que je viens d’effleurer m’ont permis de faire sauter un certain nombre de verrous et de faire reculer les limites de mon champ de conscience.
Alors, l’impossible, le hasard, le contradictoire ont pris une autre dimension dans ma conscience.
Et j’ai compris que, si je devais prendre le « réel » avec précaution, cette même précaution devait s’appliquer à d’autres compartiments de mon champ de conscience. A commencer par ces savoirs que j’accumule depuis l’enfance par goût et tradition familiale.
D’où nouvel élargissement de mon champ de conscience.
Le symbolisme ne m’est plus apparu comme un nouveau savoir à intégrer mais comme une clef d’accès à de nouveaux champs de conscience. Il ne fallait pas « apprendre » le symbolisme, mais laisser le symbole me parler. Doublement nécessité : améliorer mon écoute et changer mon attitude vis à vis du symbole. Ne plus vouloir appréhender mais se mettre en position de recevoir.
Pour prendre un exemple concret, depuis mon initiation
je voyais au pied du vénérable, la pierre brute
et la pierre à pointe. D’ailleurs, comme sujet de ma
première planche d’apprenti, mon premier surveillant m’avait
choisi ce symbole.
J’ai donc lu puis réfléchi sur le sujet enfin
rédiger une planche. Facile, pensais-je de pierre mal
dégrossie, le profane initié doit se polir
jusqu’à devenir cette pierre bien
préparée. Bizarre, la pointe, mais ce devait
être une indication sur le sens de notre quête : le
ciel.
Puis, un jour, beaucoup plus tard, la pierre
à pointe m’a parlé: et un court circuit s’est
fait dans mon cerveau en dehors de ma volonté.
Un rapprochement entre plusieurs événements qui
n’avaient aucun lien entre eux.
Le premier date du premier américain dans l’espace: un journal américain avait publié un dessin humoristique où l’on voyait Shephard, le visage crispé au hublot d’une cellule spatiale, regardant une Terre cubique et hurlant dans son micro : « Cap Canaveral, j’ai une information importante ! ».
Le deuxième est un cadeau que m’a fait un maître de ma loge mère : une pyramide en carton qui, dépliée révélait à l’intérieur, l’étoile à cinq branches de Léonard de Vinci avec un Homme bras et jambes écartés inscrit à l’intérieur.
Le troisième est un rêve auquel je
n’ai pas accordé sur le moment l’attention qu’il
méritait. Je flottais dans le ciel et je voyais des
étoiles à cinq branches brillantes dans le ciel.
Je sentais la présence d’êtres dans chacune et ces
étoiles descendaient doucement vers la Terre.
Dès que l’une d’elles touchait le sol, elle se transformait
en pyramide.
Le quatrième se trouve dans mon Tarn et Garonne d’origine. Il y a là-bas toutes sortes de pigeonniers. Mais ceux qui se trouvent dans ma région, sont pour la plupart, cubiques avec un toit pyramidal et perché sur des jambes en pierre.
Voilà, et un soir comme un autre, pendant le rituel d’ouverture, je regardais la pierre cubique à pointe, les éléments se sont assemblés et la pierre m’a parlé.
Ce qu’elle m’a dit m’était destiné et je peux essayer de vous l’expliquer ; mais ce sera une explication extérieure à votre personne et pas une communication entre le symbole et vous.
Deuxième exemple : j’avais lu dans les
années 70 (et oui déjà) le livre de
Moody « La vie après la mort »
qui relatait pour la 1ère fois les cas de ces personnes en
mort clinique qui vivaient des rencontres spirituelles au bout d’un
tunnel de lumière. Cela m’avait
intéressé sans plus, car il faut bien dire que
ces histoires sont un peu dures à avaler malgré
le nombre croissant de personnalités scientifiques qui les
cautionnent.
Cela restait alors parfaitement extérieur à ma
conscience.
Voilà quelques années, cela m’est
arrivé.
Comment vous expliquer le ressenti d’une telle expérience ?
Impossible et pourtant, j’ai essayé de nombreuses fois, sans succès.
Il faut le vivre, l’expérimenter personnellement dans son être pour en percevoir toute la dimension. Je pense que l’expérience symbolique est du même type et qu’elle oblige à un travail intuitif personnel et non livresque pour donner son sens.
Avant de laisser l’atelier poursuivre cette réflexion, je terminerais mon propos par une citation.
Bouddha se méfiait des écrits et
de ce qu’en font les hommes. Aussi, n’a-t-il jamais voulu consigner
quoi que ce soit par écrit et il a interdit à
ceux qui l’entouraient de le faire.
Mais, après sa mort, ses disciples n’ont pas
résisté longtemps à la tentation, par
vénération et pour sauvegarder la
mémoire.
Ananda, son plus proche disciple rapporte donc que le Maître
disait souvent à ceux qui l’écoutaient
béatement :
« Vous ne devez pas croire à une chose uniquement parce qu’elle a été dite, -ni croire aux traditions parce qu’elles ont été transmises depuis l’antiquité, -ni aux « on dit » en tant que tels, -ni aux écrits parce que ce sont des sages qui les ont écrits, -ni aux imaginations que vous supposez vous avoir été inspirées par un déva, -ni aux déductions tirées de quelque hypothèse que vous auriez pu faire, -ni à ce qui paraît être une nécessité analogique, -ni croire sur la simple autorité de vos instructeurs ou de vos maîtres.
Mais vous devez croire à un écrit, à une doctrine ou à une affirmation lorsque votre raison et votre expérience intime les confirment.
C’est pourquoi, je vous ai enseigné à ne pas croire d’après ce qui vous a été dit, mais conformément à votre expérience personnelle, et puis à agir en conséquence, généreusement. »