Elevée au grade de M, il m’est indiqué que je Jouis de la totalité de mes droits
M∴ S∴ L∴
Compagnonne, je viens d’apprendre la mort d’HIRAM tué par trois compagnons et l’on me parle de mes droits. Je tente de placer la société maçonnique dans la société profane où nous sommes condamnés à vivre.
La Totalité est UN – TOTUM, mais en pluriel. Elle est aussi UN-OMNIS- mais en UNITE. La société est OMNIS et la communauté est TOTUM. Dans la « Critique de la Raison Pure », KANT a écrit : « la totalité n’est pas autre chose que la pluralité considérée comme unité » -($11, B 111).
Les Droits sont un ensemble de règles qui régissent la conduite de l’homme en société. Elles lui sont imposées pour que les rapports sociaux échappent à l’arbitraire et à la violence et soient conformes à l’éthique dominante. Ces règles doivent être abstraites, obligatoires en indiquant au préalable ce qui doit être fait, les droits et devoirs qui incombent aux citoyens composant cette société donnée.
Cette règle a donc force parce qu’elle s’impose et est reconnue et acceptée comme légitime. Cette règle a donc force parce qu’elle est connue de tous selon l’adage « nul n’est censé ignorer la loi ».
Cette règle a donc force parce qu’elle est garantie par la contrainte pour la faire respecter, sous l’autorité d’institutions légales et légitimes, pour refuser et interdire tout arbitraire et maintenir la vie entre des êtres libres et égaux.
Leur jouissance est l’usage et la possession actuelle qui en est donné. Le code civil dans son Livre I- Des Personnes-Titre Premier- De la jouissance et privation des droits civils dispose : « tout Français jouira des droits civils… Tout étranger jouira en France des mêmes droits civils que ceux qui sont ou seront accordés aux Français par les traités de la nation de cet étranger… ». Dans son « Contrat Social », Jean Jacques ROUSSEAU a écrit que « tout individu accepte de perdre une partie de sa liberté au profit d’une autre liberté/bonheur ».
La société maçonnique obéit aux mêmes règles.
Je suis femme libre et de bonnes mœurs, dans une loge libre.
Cette liberté est un droit, celui d’accepter de faire un travail constant sur moi. Je suis et reste toujours à l’état d’un travail sur ma pierre brute. Jean Jacques ROUSSEAU n’a-t-il pas écrit : « l’obéissance à la loi, qu’on s’est prescrite, est Liberté ». La maçonne accepte les Devoirs de son grade avec joie, jamais par obligation ou par la force. Elle est Libre et perfectible. Elle doit « faire le bien ». Dès la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en 1789, il était écrit :
« La liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a pas de bornes qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ; ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi ».
SOURCE de mes devoirs.
Nous sommes en présence d’un architecte, appelé HIRAM. En qualité de maître d’œuvre, il est chargé de la construction du Temple de Salomon. Il accomplit sa tâche. Par cette tâche, nous savons qu’il est le fils de la sagesse, de la conscience et de l’intelligence, le modèle mythique de l’Homme Fait.
Mais hélas, il est assassiné. Nous perdons alors la Connaissance, l’Unité originelle. Hiram s’est sacrifié parce qu’il a refusé de dévoiler le mot secret. Or ce mot relève d’une Connaissance de l’Omniscience et de la toute-puissance du Principe Créateur. C’est le mot sacré qui permet l’accès à l’état paradisiaque.
Nous avons perdu notre maître d’œuvre. Nous ne pouvons plus bâtir notre Temple avec équilibre, stabilité.
Alors, dans un premier temps, nous prenons un mot de substitution, puis nous tentons de devenir le successeur d’Hiram pour bâtir le Temple et permettre la continuité de la Vie. C’est une tâche très lourde qui nous appelle à nos devoirs si nous avons des droits.
Notion de nos devoirs/droits :
Nous avons travaillé sur notre pierre brute pour la dégrossir, nous avons cherché à nous améliorer et prendre conscience de notre travail pour construire, nous réaliser, apporter à autrui, aboutir à la glorification de notre travail.
Le grade de maîtresse est la suite logique de ce cheminement.
Mais nos devoirs de maitresse maçonne prennent une autre dimension. Si nous ne devons pas oublier nos précédents engagements, nous devons prendre conscience de leur réalité tant dans le monde maçonnique que dans le monde profane.
Nos actes ne doivent pas être tournés dans notre intérêt, mais vus sur le plan universel. Nous devons faire ce que le Devoir exige de nous. Ce Devoir nous grandit car il nous fait passer de l’individuel vers le Collectif.
L’idée de nos devoirs et de nos droits nous fait vivre une contradiction apparente. Notre Droit est notre Devoir : « Je suis Libre dans ma contrainte pour faire mon Devoir » parce que notre Devoir et notre Droit n’ont de sens que par rapport au Bien. Notre devoir maçonnique en est indissociable. N’a- t-il pas été déjà dit que : « Le grade de Maître est le symbole d’une ascèse intérieure devant provoquer une évolution spirituelle menant à la compréhension élargie de la notion de Devoir » et Gandhi a dit : « C’est le devoir qui est la véritable source des droits ».
Notre Devoir est la recherche de ce qui a été perdu lors de la mort d’Hiram, de l’être dans son essence, intrinsèque, dans son principe originel avant la chute. Notre Devoir est la quête pour le retrouver. La mort d’Hiram a interrompu la tradition, alors nous devons descendre en nous même, nous analyser, nous parfaire, poursuivre notre travail dans notre propre tombeau, sur la pierre brute. Nous devons tenter de remettre en place latransmission de la Connaissance perdue. Tout doit être Harmonie, Mesure pour aboutir à l’approche de la Vérité.
Face à la confrontation de la finitude de l’être avec le mystère de l’infinitude du monde dont nous précédons et participons, se pose la question : « ai-je bien transmis ? » puisque nous devons toute participer à la construction du Temple, sans limite dans le temps.
Malheureusement, notre travail reste et restera toujours à l’échelle humaine. Nous ne sommes pas capables d’être tenues à une obligation de résultat. Tout est relatif. Nous avons une obligation de moyens et là c’est un lourd Devoir. Nous devons tout mettre en œuvre pour réussir dans ce travail de perfectionnement à partir de nous-même vers le monde extérieur, remplaçant Hiram mort :
Alors, qui est HIRAM ?
-Il est compagnon, mauvais ?
-Il est le maître, parfait ?
-Il est le maître, imparfait ?
Quel symbole est-il ? Il n’est pas parfait ? Est-il fautif ? Il symbolise la recherche de perfectionnement, « le mieux faire » ? Il a une échelle humaine ? Il est dans l’erreur comme nous toutes, mais il est perfectible, comme nous toutes ? Il est nous compagnonnes devenues maîtresses mandatées pour tenter de le remplacer, maître d’œuvre, avec nos défauts, nous autres pauvres misérables êtres humains.
Il est l’ensemble de notre relativité dans notre travail de perfectionnement. Son échec- Est-ce un échec ? – aide à mieux se connaître et nous renvoie vers Socrate qui a écrit : « Connais-toi toi-même ».
Ceci nous conduit à un autre DEVOIR, celui d’être plus humbles, plus tolérants, avoir de la compassion, de la modération.
L’inverse conduit à la fermeture de toute évolution, l’absence de toute transmission, un blocage de la société, une explosion à venir.
Notre recherche de l’Unité, de la Vérité perdues symbolise l’évolution d’une société qui va de l’avant, sans dogme, qui s’adapte à tout ce qui est nouveau par la transmission fournie par l’ensemble de nous toutes et de nous tous. Par cela, cette société ne reste pas figée, renfermée sur elle-même, en autarcie.
Cela sera la lourde charge de concilier les valeurs maçonniques avec celles du monde profane.
Voilà l’œuvre des Devoirs de la maîtresse maçonne et son résultat.
J’ai dit.