L’affaire des fiches
Non communiqué

2 – Contexte historique
3 – L’affaire
– 3-1 L’histoire
– 3-2 L’affaire Bidegain
4 – Conséquences de l’affaire
5 – Références
6 – Annexes
– Annexe n° 1
– Annexe n° 2

1- Introduction
VM et vous tous, mes FF, en vos grades et qualités, je vais vous raconter, ce midi, un scandale historique français qui a défrayé la chronique en son temps et dans lequel la Maçonnerie française a joué un rôle équivoque qui a éclaboussé la FM
Notre époque ne manque pas de son lot de révélations mensongères, ainsi, Licio GELLI, Grand Maître de la Loge « Propaganda due » (la Loge P2) en Italie (en 1981) Dit « le banquier de Dieu », ce dernier dirigeait la « Banco Ambrosiano », qui fit l’objet d’une des faillites les plus retentissantes, et fut soupçonné dans l’assassinat de Roberto CALVI.
Ou encore les affaires politiques en Belgique impliquant de nombreux FM, ainsi que les affaires judiciaires en France, à Nice en particulier, compromettant la GLNF (affaires dénoncées dans l’ouvrage « Les frères invisibles » par Ghislaine OTTENHEIMER et Renaud LECADRE, Albin Michel, Paris, 2001)
Non, notre époque n’a pas le monopole des scandales qui donnent des armes aux agressions envers la FM ou à l’anti-maçonnerie primaire !
Que l’on songe à la farce grotesque de Gabriel Jorgand PAGÈS, mieux connu sous le pseudonyme de Léo TAXIL (1854 – 1907), initié le 7 février 1881 à la RL « Le Temple des Amis de l’honneur français » à l’Or de Paris (Mais sans toutefois jamais avoir dépassé le grade d’Appr !), Qui de 1885 à 1887 produit une série d’ouvrages antimaçonniques responsables des croyances, toujours d’actualité, soutenant que la FM est une secte satanique au sein de laquelle, lors d’immenses orgies, les juifs font apparaître Satan en personne.

Dit « Léo TAXIL »
En France, le début du XXèmesiècle est marqué par deux événements liés à la franc-maçonnerie. Premièrement, l’affaire dite « l’affaire des fiches » ou des « casseroles »et deuxièment, la loi du 9 décembre 1905, dite « loi de séparation des Églises et de l’État ». Cette loi ne comporte pas de référence explicite à la laïcité, mais elle sera le pilier des institutions laïques. Elle marque une étape historique : l’État renonce à son pouvoir sur les églises et celles-ci ne peuvent plus intervenir dans le fonctionnement des institutions (à l’exception, toutefois, de la région « Alsace Moselle »)
2- Contexte historique
Mais d’abord, voyons le contexte historique de l’affaire : l’année 1890 est le début de ce que l’on appellera, plus tard, « La Belle Époque ». Ces années mythiques qui ont précédées la première guerre mondiale et la dépression économique. C’est aussi, depuis 1870, et jusqu’à 1940, la IIIème république. De CAILLAUX à POINCARÉ, de JAURÈS à Léon BLUM, de Jules MÉLINE à DALADIER, elle allait devenir une fabuleuse galerie de portraits.

Après la défaire de 1870 et de l’empire de Napoléon III, et après l’épisode du général BOULANGER, s’installe « la république des barbus » pour nous mener vers le premier dénouement de l’affaire Dreyfus que n’intéressait pas, dans un premier temps, les radicaux et les socialistes.
Les conclusions de l’affaire Dreyfus au détriment de l’armée française allait favoriser le début du « bloc des gauches » avec le ralliement de certains centristes républicains comme WALDECK-ROUSSEAU.

Député, ministre et Président du Conseil (Chef du gouvernement) du 22 juin 1899 au 3 juin 1902
Le premier gouvernement de WALDECK-ROUSSEAU en 1889, prit pour cible le clergé régulier et les congrégations.Dominé par JAURÈS, le « bloc des gauches » avait l’ambition d’abattre la puissance de l’église. Il comprenait les radicaux, les socialistes et les opportunistes dissidents opposés aux droites coalisés regroupés dans l' »Action libérale ». Les ex-monarchistes ayant renoncé à l’espoir d’une restauration, les nationalistes de l' »Action française » et enfin, des républicains modérés.
Aux côtés de Georges CLÉMENCEAU, qui ne fut jamais FM mais accepta d’être conférencier en Ten Bl, le FCamille PELLETAN (membre de la RL « La Clémente Amitié ») développa le parti radical créé par les FF Gustave MESUREUR et Léon BOURGEOIS.
La liste des FF, membres du parti radical serait d’ailleurs trop fastidieuse à vous énumérer ici !!!
D’ailleurs, la majorité, à l’époque, du GOF était partagé entre radicaux et socialistes. Ce qui donnait du corps au « bloc des gauches » et établit la corrélation entre le rôle de l’ordre dans la vie politique française et l’accroissement du nombre de FF actifs.
Par conséquent, le ministère WALDECK-ROUSSEAU et ensuite celui de COMBES ne pouvait que reprendre et mener à terme le programme de laïcisation de l’État et de la société française dont la maçonnerie avait fait son cheval de bataille.
De plus, le parti radical, qui plus tard s’adjoignit l’épithète de socialiste, avait un programme qui coïncidait en tout point avec celui du GOF
Les convents de celui-ci des années 1901, 1902 et 1903 revendiquèrent la laïcisation des hôpitaux militaires, la suppression des aumôniers dans l’armée, le remplacement des écoles de Saint-Cyr et de Saint-Maxent par des écoles propres à chaque arme, la création de cours pour les soldats illettrés, la suppression des mess pour les officiers ainsi que l’établissement d’une liste de promotion pour les officiers de marine. Mais l’idéal était pour les FF du GOF la suppression de toutes les armées professionnelles et leur remplacement par l’institution de milices nationales.
Le 7 juin 1902, lorsque Emile COMBES parvint à la Présidence du Conseil ( = chef du gouvernement, il le resta jusqu’au 1er janvier 1905), il était décidé à s’opposer résolument aux cléricaux et aux congrégations dont le rôle nocif avait été mis en évidence tout au long de l’affaire Dreyfus.
Les congrégations dominaient l’école avec leurs collèges religieux, les hôpitaux, l’armée, et la presse qui avait joué un rôle néfaste pendant l’affaire Dreyfus,
Par la victoire du « bloc des gauches » aux élections de 1902, le caractère agressif de la législation républicaine à l’égard de l’église se renforça.

Emile COMBES, ancien élève du petit séminaire de Castre et du grand séminaire d’Albi, franc-maçon initié à la loge « Tolérance et Étoile de Saintonge » le 1er juin 1896, interdit aux congrégations d’enseigner, et rompit, non pas le pain, mais toutes relations diplomatiques avec le Vatican.
Emile COMBES nomma au ministère de la Marine le FCamille PELLETAN (1846-1915, élu député radical en 1881) et au ministère de la guerre le général ANDRÉ avec mission pour celui-ci de favoriser l’avancement des officiers « républicains ». Il faut dire que ces derniers avaient été quelque peu freinés par un état-major de tendance cléricale. Le général ANDRÉ, déjà successeur du général GALLIFET dans le ministère WALDECK-ROUSSEAU n’était pas membre de l’ordre, mais il prit dans son cabinet un officier FM, le capitaine MOLLIN, membre de la RL« l’Avenir », et qui présentait la particularité d’avoir épouser la fille d’Anatole FRANCE.
En arrivant au ministère, le général ANDRÉ apportait avec lui deux registres qu’il avait établis pour son usage personnel, l’un baptisé Corinthe, et l’autre Carthage. Le registre Corinthe ( selon l’adage grec : « il n’est pas permis à tous d’aborder Corinthe ») reprenait les officiers dévoués à la République et, bien entendu, non cléricaux. Sur le registre Carthage (du nom de la Cité que les imprécations de Caton vouaient à une nécessaire destruction) s’inscrivaient les officiers d’obédience catholiques. Et le 9 octobre 1899, le général ANDRÉ prit un décret retirant la compétence de l’avancement aux grades dévolue aux commissions d’avancement pour s’arroger le droit exclusif de nomination aux grades de lieutenant à celui de général.

Le Général Louis, Joseph, Nicolas, ANDRÉ
3- L’Affaire
3.1. L’histoire
L’affaire des fiches commence au printemps de 1894, lorsque le docteur Antoine (Jean-Baptiste) BLATIN (1841-1911), Secrétaire général du Grand Orient de France engage, avec l’autorisation du Convent de 1894, malgré quelques réticences, le F Narcisse Amédée VADÉCART, âgé de 37 ans, comme chef de secrétariat ainsi qu’un sous-chef, le F Jean-Baptiste BIDEGAIN aux appointements de 3.300 Francs, pour l’époque, par an.
Qui était-il ? Le F Jean-Baptiste BIDEGAIN, ancien élève des écoles chrétiennes, avait été initié en 1892 à la loge « Le Travail et les Vrais Amis Fidèles ». Le travail initial des FF VADÉCART et BIDEGAIN était la constitution du fichier des membres du GOF, à usage interne de l’Ob Ladite fiche commençait par l’enquête préalable à l’Init et se poursuivait par des renseignements sur le F, ses idées et ses activités.
Ce fut en 1901 que le capitaine MOLLIN, servant d’officier de liaison entre le GOF et le cabinet du général ANDRÉ demanda au secrétaire général du GOF (le F VADÉCART) de lui adresser des informations détaillées sur les officiers supérieurs. L’enquête devait englober ensuite tous les officiers jusqu’au grade de lieutenant.
Les registres Corinthe et Carthage, œuvre personnelle du général ANDRÉ et que, dès son arrivée au ministère, il avait confié au général Alexandre PERCIN (1870-1914), directeur de son cabinet, avait besoin d’être étoffés.

Déjà, au convent du GOF de 1889, le F Gustave FRANCOLIN annonçait que le Grand Orient avait en sa possession des renseignements suffisants, susceptibles de permettre un jour de dissocier le bon grain de l’ivraie, c’est-à-dire les républicains de leurs adversaires.
C’est à la demande du général PERCIN que le capitaine MOLLIN pris contact avec le sénateur Frédéric DESMONS, président du conseil de l’ordre qui lui assura le concours du F VADÉCARD, directeur du secrétariat du GOF Le bureau du conseil fut saisi de la question et arrêta les termes des demandes de renseignements à envoyer aux correspondants de province.

Siége du GOF à la « belle époque »
Le F VADÉCARD demanda aux vénérables des LL de lui adresser des informations détaillées sur les officiers supérieurs de leur ville. Sur deux cents demandes environ, trois vénérables refusèrent leur concours. Ils s’agit des FF JOUCLA, de Périgueux, ARDOIN, de Roche-sur-Mer, et GUILLARD, de Saint-Jean-de-Luz, vénérable de la loge de Bayonne et fondateur de la RL« France et Colonies » à l’Or de Paris.
De plus, rue Cadet, les commandants DORET et PASQUIER avaient créé une fraternelle d’officiers maçons, « La Solidarité des Armées de terre et de mer », en abrégé « SOLMER » (dénoncé dans le « FIGARO » du 27 octobre 1904, en première page, sous le titre : « La délation dans l’armée ») et qui contribua à renseigner le cabinet du ministre où le capitaine MOLLIN était aidé ou suppléé par le capitaine LEMERLE et le lieutenant de vaisseau VIOLETTE, parent du général ANDRÉ, tous deux, FM
Des officiers FM, à titre personnel, contribuèrentégalement aux renseignements.
Le GOF put, dans ces conditions, envoyer au ministère de la guerre du 1er septembre 1901 au 30 octobre 1903, 18.818 fiches, établies par le FBIDEGAIN (dont celle concernant Philippe PÉTAIN, alors commandant du 104ème régiment d’infanterie) Certaines furent encore établies jusqu’en 1904. La correspondance entre les FFMOLLIN et VADÉCARD était quasi officielle, le papier à en-tête du ministère de la guerre et celui du Grand Orient furent toujours utilisés par le capitaine et le secrétaire général. Toutes les lettres furent enregistrées sur les livres d’entrée et de sortie du Grand Orient.
En fait, jamais le conseil de l’ordre du GOF ne fut informé de cette correspondance. Entre 1900 et 1904, seul connurent les détails de cette collaboration, les dignitaires, membres du bureau, les FF DESMONS, DELPECH, LAFFERRE, FONTAINAS, SINCHOLLE, RANSON et MORIN, ainsi que, bien sûr, les FFVADÉCARD et BIDEGAIN.
Les renseignements envoyés par les vénérables, sous forme anonyme à la rue Cadet, étaient recopiés à la machine à écrire par le FBIDEGAIN et transmis au ministère avec la mention « républicain » ou « libre-penseur » à la place de FM Ces renseignements communiqués par le Grand Orient servaient avant tout à contrôler, rectifier ou compléter les renseignements recueillis par la voie administrative, diligentée par les préfets. Le Président du Conseil de l’Ordre, LAFFERRE, devait déclarer par la suite à la chambre, que les renseignements politiques procurés par le GOF étaient exacts à 90 pour cent.Grâce à ceux-ci, le général ANDRÉ avait pu écarter des tableaux d’avancement, des promotions dans l’ordre de la Légion d’Honneur, ou des simples mesures de faveurs, un grand nombre d’officiers dont les opinions politiques, philosophiques et religieuses ne coïncidaient pas avec les siennes. Toutefois, le danger se précisait : la Sûreté générale avait fait savoir au général ANDRÉ que le député nationaliste de Neuilly Jean GUYOT DE VILLENEUVE avait de très nombreux documents relatifs au rôle joué par le GOF dans l’avancement des officiers.
C’est le 28 octobre 1904 qu’éclate le scandale !
Présidée par le F Henri BRISSON, la chambre des députés, entends les interpellations du lieutenant-colonel ROUSSET et de l’ancien officier GUYOT DE VILLENEUVE, député nationaliste de Neuilly, sur les faits révélés par le journal « Le Matin ». Ils accusaient le général ANDRÉ d’avoir organisé au ministère de la guerre un service occulte de renseignements et de tenir compte pour l’avancement des officiers des fiches établies par les LL
La campagne du journal « LE MATIN » avait été renforcée par celle du « FIGARO » qui, la veille de la rentrée parlementaire, formula les mêmes accusations et publia des documents incontestables : le F BIDEGAIN ayant vendu une centaine de fiches au journal « FIGARO » ! Au cours de son interpellation, et après que le général ANDRÉ et le ministre COMBES eurent nié avoir connaissance des faits, GUYOT DE VILLENEUVE donna lecture à la tribune de la correspondance échangée entre le capitaine MOLLIN et le secrétaire général de la rue Cadet, le FVADÉCARD. Cette intervention à la chambre des députés provoqua un tumulte parmi les travées et dans le brouhaha qui s’en suivit, le président BRISSON fit le signe de détresse maçonnique à destination des députés FF présents.

A nouveau, le 4 novembre 1904,GUYOT DE VILLENEUVE monta à latribune et mit directement en cause legénéral ANDRÉ. La majorité à la chambre faisant confiance au ministère s’éleva à deux voix.
C’est après ce vote que le député nationaliste du IIèmearrondissement de Paris, Gabriel SYVETON, ami personnel de Jean GUYOT DE VILLENEUVE, bouscula et gifla à deux reprises le général ANDRÉ. Il fut censuré et exclu temporairement, « manu militari » de la chambre des députés. Celle-ci autorisa des poursuites contre le député SYVETON.
Le 8 décembre 1904, jour de sa comparution devant les assises pour répondre du crime d’outrage à un ministre dans l’exercice de ses fonctions, le député Gabriel SYVETON est trouvé mort, asphyxié, à son domicile. Malgré les accusations d’assassinat par la FM, ou par son épouse, et les tentatives d’explication de suicide à la suite de faits de mœurs, la justice à conclu à un accident par une chaudière à gaz, mal ventilée (il y a ici, une étrange similitude avec la mort de ZOLA !!!)

Fac-similé du « Petit journal »du 8 janvier 1905
Le capitaine MOLLIN dut remettre sa démission d’officier et le 15 novembre, le général ANDRÉ démissionna de son ministère après qu’il fit brûler les fiches qui se trouvaient dans son ministère. Il fut remplacé par un député radical-socialiste, le F BERTEAUX.
3. 2. L’affaire BIDEGAIN
BIDEGAIN écrivit, entre autres, en 1910, un ouvrage intitulé « Une conspiration sous la IIIème République. La vérité sur l’affaire des fiches« . Il y explique que, basque d’origine, il avait été élevé par les curés de l’école de la rue des Petits-Carreaux à Paris et qu’il avait perdu la foi à son vingtième anniversaire. Il fut initié en 1893 à la RL« Le Travail et Les Vrais Amis Fidèles » dépendante de la Grande Loge Symbolique Écossaise, Ob dont fut membre le FOswald WIRTH, qui devint le maître à penser de BIDEGAIN. Celui-ci y donna comme Pl, le mardi 26 décembre 1893, « Ses impressions d’Appr« , qui furent publiées dans le « Bulletin Maç, et l’année suivante, le 24 juillet 1894 : « L’idée religieuse dans la Maç » et encore, le 11 décembre 1894 « Qu’est-ce que la Maç« . Il fut même élevé au 18ème degré. BIDEGAIN déclara que son entrée au secrétariat de la rue Cadet était motivée par son vif désir d’en savoir davantage sur le FMtout en précisant que son séjour au Grand Orient devait être provisoire.

L’abbé transmit l’information à Guyot de Villeneuve (par l’intermédiaire du vicaire général du Cardinal RICHARD, l’abbé Henri-louis ODELIN, qui était le parrain de baptême de BIDEGAIN). Guyot de Villeneuve accepta directement d’intervenir à la Chambre.
A partir du mois d’août 1904, et durant dix-huit mois, BIDEGAIN recopia la plupart des fiches car Gabriel de BESSONIES et GUYOT DEVILLENEUVE souhaitaient dévoiler l’affaire en pleine campagne électorale des législatives, prévues pour le mois d’avril 1902. L’entrevue suivante devait se dérouler en présence du député Gabriel SYVETON. Ils décidèrent d’attaquer directement le gouvernement car certains dignitaires du Grand Orient avaient déjà été avertis de fuites possibles et dès la fin septembre 1905, le quotidien « Le Matin » avait publié des documents dérobés au ministère de la guerre. Le Conseil de l’ordre se réunit le 27 octobre à 17 heures pour évoquer les fuites et mettre à l’abri lesdites fiches au domicile du FBOULEY, 35, rue Pigalle.
Le 29 octobre, une réunion des employés du secrétariat du GOF fut organisée et à la suite de celle-ci, le secrétaire général, VADÉCARD porta plainte pour vol et complicité de vol. Celle-ci fut transmise, le 31 octobre par le garde des Sceaux au procureur général près la cour d’appel de Paris. Cette plainte est conservée aux archives nationales françaises.
VADÉCARD ajouta une autre plainte contre le député Guyot DE VILLENEUVE pour avoir fait usage des documents dérobés.
BIDEGAIN s’enfuit d’abord en Espagne et ensuite à Liège (Belgique) Il rentra le 4 novembre à Paris. La plainte ayant été déclarée irrecevable. Il ne s’agissait pas d’un vol, mais d’un abus de confiance. Les documents ne présentaient pas le caractère d’effets, deniers, marchandises, billets, ou autres quittances selon la loi. La plainte ne pouvait tout au plus que motiver une action en dommage et intérêts devant les tribunaux civils et n’était susceptible d’aucune sanction pénale. En 1926, Jean-Baptiste BIDEGAIN se suicida, avec son épouse, au cyanure.
4- Conséquences de l’Affaire
Il est certain que l’affaire des fiches doit être considérée comme une conséquence directe de l’affaire Dreyfus. Pendant toute la bataille de la révision du procès, il est apparu aux radicaux et surtout aux Francs-maçons, que l’armée recelait dans ses rangs des éléments hostiles à la république. Ce qui devait justifier l’intervention du GOF
Le ravage provoqué par le système des fiches au sein de l’armée française fut la cause des difficultés de la France au début de la guerre 14-18. Durant les tous premiers mois de la grande guerre, les armées françaises passèrent à deux doigts du désastre par suite de l’insuffisance de ses nombreux chefs promus, non pas en fonction de leurs compétences mais à la suite des disqualifications d’officiers compétents mais non politiquement compatible.
Immédiatement exploité par la droite et l’extrême droite, l’affaire provoqua la démission du général ANDRÉ comme ministre de la guerre et la démission du Capitaine MOLLIN comme officier de l’armée française. Plus tard, elle fut la cause de la chute du gouvernement d’Émile COMBES.
La Maçonnerie française évoqua ce scandale lors de son convent de 1905 et, approuva la démarche de son Grand Maître, Frédéric DESMONS. Ce fut la cause de nombreuses démissions de FFindignés. Le F Paul DOUMER cessa d’être actif en Maç, et le F Alexandre MILLERAND, init en 1883 à la RL« L’Amitié » du GOFa été exclu de l’ordre en raison de son opposition.
L’affaire des fiches fut la cause d’une violente campagne populaire antimaçonnique. Les FM furent traités de « judéophiles cosmopolites » et certains historiens prétendent que l’affaire est à l’origine du faux document, créé en France, en 1903, à destination du Tsar NICOLAS II connu sous le nom du « Protocole des sages de Sion ». L’accouplement de ce texte avec le livre de l’Abbé Augustin BARRUEL « Mémoires pour servir l’histoire du Jacobinisme » est à l’origine du fameux complot « judéo-maçonnique
J’ai dit, VMJean-Pierre HIENSCH
5.Références (par ordre alphabétique des auteurs)
BIDEGAIN JeanLe Grand Orient de France. Sa doctrine et ses actes, librairie antisémite, 1905.
Masques et visages maçonniques, librairie antisémite, 1905.
Magistrature et justice maçonnique, librairie des Saints Pères, 1907.
Une conspiration sous la IIIème République. La vérité sur l’affaire des fiches. La Renaissance française, 1910.
CHEVALLIER Pierre
Histoire de la Franc-maçonnerie française, tome 3, « la maçonnerie : Église de la République » (1877 – 1944) Fayard, 1975.
FESCH Paul
Dossiers maçonniques. La Franc-maçonnerie contre l’armée, Charles Clavreil, 1905.
G.O.F
Bulletin du Centre de Documentation du Grand Orient de France, n° 24 (pp. 7 à 15)
MERMEIX Gabriel
La mort de Syveton, Fayard, s.d.
MOLLIN
La vérité sur l’affaire des fiches, 1905.
THUILLIER Guy
Le Dos de l’affaire des fiches. Le maintien du système des fiches de 1905 à 1914.
In « la Revue administrative », n° 295, janvier-février 1997, p 21-25.
Aux origines de l’affaire des fiches (1904) : le cabinet du général André.
In « la Revue administrative », 2002, 55ème année, n° 328, p. 372-381.
Les prodromes de l’affaire des fiches : les manœuvres de septembre et octobre 1904.
In « La Revue administrative », n°338, mars 2004, p. 133-138.
VINDÉ François
L’affaire des fiches. 1900-1904, chronique d’un scandale, Éditions universitaires, 1989.
6.Annexes
Annexe n°1 : Fac-similé de l’exemplaire du « FIGARO » du jeudi 27 novembre 1904 suivi de l’extrait et de la retranscription du texte concernant
la délation dans l’armée.

UNE NOUVELLE MAFFIA, LA « SOL … MER … «
Le pays attend avec une anxiété fébrile – et cela se comprend – le résultat de l’interpellation sur la délation dans l’armée qui doit venir demain en discussion devant la Chambre.
Osera-t-on, une fois pour toutes, en finir dans l’intérêt de la République et de l’armée ?Les accusations qui pèsent sur le ministre de la guerre sont graves. De son aveu même, elles « entachent son honorabilité ministérielle ».
Sur ce point l’interpellé et l’interpellateur sont d’accord.
Dans une de ces interruptions tranchantes comme une lame d’acier, M. LASIES a précisé mardi, en effet, d’un mot ce qu’il voulait faire.
Ce n’est pas, a-t-il dit, l’honneur des officiers que je défends ; c’est le vôtre, monsieur le ministre, que j’attaque.
Cependant, ce que nous savons à l’heure actuelle, n’est rien à côté de ce que nous avons encore à apprendre.
Tout le monde a encore présentes à la mémoire ces phrases lapidaires écrites au Matin, il y a un mois à peine, par un officier supérieur, dont on put, à une époque, apprécier le caractère.
Si j’ai pris prématurément ma retraite il y a six mois, bien qu’inscrit au tableau d’avancement pour colonel, écrivit alors le lieutenant-colonel HARTMANN, c’est précisément parce que je connaissais les agissements de la bande qui règne au cabinet du ministre de la guerre et à la direction de l’artillerie.
Mais combien vos révélations sont au-dessous de la réalité !
M. LASIES, de son côté, ne paraît pas moins bien renseigné. Du haut de la tribune de la Chambre, il a déclaré l’autre semaine que « les faits connus étaient graves, mais qu’il en savait de plus graves encore à signaler. »
Que nous cache donc ce mystère ? Quels sont ces faits plus graves auxquels firent allusion successivement et M. le colonel HARTMANN et le député du Gers ? Quelle est cette bande qui règne à la direction de l’artillerie et au ministère de la guerre ?
Il nous à paru que, sans plus attendre, puisque le scandale allait éclater, puisqu’il allait faire l’objet d’un long débat parlementaire, le devoir de tous était de se mettre à la tâche pour tirer une fois de plus la Vérité hors de son puits et établir, dans la mesure du possible, toutes les responsabilités.
Les faits remontent au début de l’année 1903. La bataille anticléricale battait son plein. Le gouvernement laissait faire.
Quelques francs-maçons, et non des moindres, pensèrent que l’heure était propice pour payer d’audace et organiser dans l’armée, sous prétexte de défense républicaine, un service occulte de surveillance et de renseignements.
Comment fonctionne ce service ? C’est là que nous allons dire : car nous pensons qu’il est honteux, pour un pays comme le nôtre, de voir élever la délation à la hauteur d’une institution.
Il en est ainsi cependant.
La délation compte aujourd’hui dans nos casernes des centaines et des centaines de policiers amateurs, officiers de métier, qui travaillent, sinon officiellement du moins officieusement au nom et pour le compte du ministère de la guerre. Elle a ses mouchards, ses inspecteurs, ses limiers. Elle a, rue Cadet et rue Saint-Dominique même, sa comptabilité en partie double.
Et comme à Rome, sous les tyrans, les délateurs reçoivent en récompense une part des biens des condamnés.A leurs victimes, la condamnation sans défense possible.
A eux, l’avancement, les postes de choix, les galons et les croix.
L’idée d’organiser ce service revient, si nous sommes bien renseignés, à un commandant qui occupe à Paris une situation privilégiée : M. le commandant PASQUIER, directeur de la prison du Cherche-Midi.
Ce qui est certain, indéniable, ce que nous mettons les membres du Grand Conseil de l’Ordre au défit de nous démentir, c’est que cette idée du commandant PASQUIER, et de quelques-uns de ses amis, fût adoptée presque aussitôt par les « Grands Honneurs » de la rue Cadet.
Elle devint four. Ils l’étudièrent, la discutèrent, et officiellement l’appliquèrent.
Sous ce titre, la « Sol … Mer » (lisez : la Solidarité militaire) ils décidèrent de fonder une sorte d’association nouvelle entre tous les officiers francs-maçons.
Le but, vous l’avez deviné déjà, était de « sauver » encore la République, en faisant surveiller tous les officiers non francs-maçons qui, par définition, étaient réputés réactionnaires.A cet effet, une circulaire officielle fut rédigée. C’était l’appel à la délation.
On invitait les « chfr » à se renseigner et à renseigner par la suite le Grand Orient sur les collègues que le hasard des garnisons leur donnait.
A la suite de la circulaire, une série de questions étaient posées, auxquelles le correspondant devait répondre. Ces questions visaient :
L’état civil du père et de la mère de l’officier ;
L’état civil du père et de la mère de sa femme ;
Les écoles dans lesquelles l’officier et sa femme avaient été élevés ;
Les cercles ou les sociétés auxquels ils appartenaient ;
Leurs pratiques religieuses ;
Les écoles que fréquentaient les enfants ;
Leurs relations mondaines;
Les chasses auxquelles ils étaient invités.
Le questionnaire se terminait ainsi :
Est-il antisémite ?
Avant d’être imprimée, cette circulaire de police fut discutée au sein même du Grand Conseil de l’Ordre. Elle souleva, nous devons le dire, de la part de quelques esprits libéraux, de violentes protestations.
De ce nombre furent MM. RÉVEILLAUD, MASSÉ et HUBBARD. Ils s’élevèrent avec véhémence contre ces procédés qui, disaient-ils, allaient déshonore la franc-maçonnerie. Et, devant l’entêtement de leurs collègues à poursuivre leur idée, ils exigèrent que leurs protestations fussent inscrites au procès-verbal.
Malgré cela, la circulaire fut imprimée et expédiée.
Nous ferions injure à la vérité en affirmant que l’accueil qui lui fut réservé ait été partout également chaleureux. Peu d’officiers francs-maçons protestèrent. Presque tous même, cela est triste, se mirent à l’ouvrage. Nous en avons les lamentables preuves. Par contre, il est des loges où l’odieux du procédé révolta tellement les consciences que, séance tenante, la circulaire fut déchirée et piétinée.
Un scandale était à craindre de ce côté. La question pouvait être soulevée au Convent. Toutes les précautions furent donc prises à ce sujet (mal prises, il faut le croire, puisque nous sommes renseignés) lors de la réunion du Convent maçonnique en septembre dernier.
Conformément au rituel, la Commission de propagande avait, pour cette réunion, rédigé un rapport sur la propagande faite en 1904 et la propagande à faire en 1905.
Suivant l’usage ce rapport aurait dû être imprimé et lu en séance plénière. Pour éviter les indiscrétions, le document ne fut pas d’abord livré à l’impression et, de crainte ensuite qu’il ne s’élevât dans le « Temple » même de trop violentes protestations lorsque le rapporteur rendrait compte des travaux de la « Solidarité militaire », le rapport ne fut pas lu. L’assistance l’adopta sans discussion, les yeux fermés.
Telle est l’œuvre – œuvre de délation et de haine si honteuses que ceux-là même qui l’ont organisée n’osent entre eux en avouer la paternité – à laquelle le général ANDRÉ, ministre de la guerre, représentant officiel du gouvernement, chef suprême de l’armée, n’a pas craint cependant de s’associer.
La circulaire était à peine lancée que déjà les renseignements affluaient. Les basses vengeances, l’envie, la haine se donnaient libre cours. Il ne restait plus, dès lors, qu’à « classer ». M. VADÉCARD, secrétaire du Grand Orient de France, récemment promu officier de la Légion d’honneur, se chargea de ce travail.
Le tout fut, par ses soins, enregistré, numéroté, et catalogué sur des fiches assez semblables à celles du service anthropométrique réservées généralement aux voleurs et aux assassins.
Le Grand Livre de la délation était ouvert. Sans avoir à redouter aucun contrôle, aucune contradiction, sous le voile de l’anonymat, tous les officiers francs-maçons pouvaient, sans risque, y venir écrire leurs odieuses accusations ou au contraire y venir vanter les opinions « républicaines » de leurs camarades « chfr« . En un an, douze mille fiches furent remplies, c’est-à-dire que douze mille officiers furent « mouchardés ».
Ce n’était pas assez, – en le comprend, – que ce Grand Livre fût ouvert rue Cadet. Pour « sauver la République » il était nécessaire que ce Grand Livre eût sa place officielle dans les archives du ministère de la guerre. Cela fut fait.
Mis au courant des travaux de la « Sol … Mer … » par quelques-uns de ses amis francs-maçons, le général ANDRÉ les laissa organiser rue Saint-Dominique, sous la haute surveillance du colonel JACQUET, de la direction d’artillerie, du commandant BERNARD et du capitaine MOLLIN, officier d’ordonnance du ministre, un service semblable à celui qui fonctionnait déjà, rue Cadet.
Depuis lors, dès qu’un renseignement parvient au Grand Orient, le capitaine MOLLIN en est avisé. Il se rend lui-même, en voiture et à nos frais, chez M. VADÉCARD qui lui remet une copie des renseignements ou le document original. La « Sol … Mer … »– officielle – c’est-à-dire celle du ministère de la guerre – se met ensuite au travail.
Tout d’abord analysés sur des fiches spéciales, les renseignements sont aussitôt traduits en langage chiffré, par MM. JACQUET, BERNARD et MOLLIN, qui constituent ainsi à eux trois la plus haute juridiction militaire.
Sur chaque fiche, au crayon rouge ou au crayon bleu, suivant les cas, ils inscrivent un coefficient, une « cote d’amour » qui est reportée ensuite sur deux livres ad-hoc connus au ministère sous ce titre : « Corinthe » et « Carthage ».
A dater de ce moment même, c’en est fait de l’avenir des officiers.Peu importent leurs mérites, les cotes de leurs chefs, leurs aptitudes, leurs droits. Peu importent leur valeur, leur conduite. Peu importent même leurs opinions véritables. Lors des prochaines promotions, lors de l’établissement du tableau de la Légion d’honneur, on ne tiendra plus compte, pour statuer sur leur sort, que d’une seule note, la cote d’amour de MM. JACQUOT, BERNARD et MOLLIN.
Aux uns, ceux qui auront une cote d’amour supérieure à dix, tout sera permis, même de vider la caisse comme le fit le lieutenant dont on a parlé récemment. Rien ne nuira à leur avancement.
Aux autres, ceux qui auront la cote d’amour bleue inférieure à dix, tout, au contraire, sera défendu. On leur fera un crime de penser.
Ainsi, non suivant leurs mérites, mais suivant les prétendues opinions, le ministre de la guerre juge les officiers de l’armée française, sans appel, sans contrôle, au hasard de rapports anonymes de basse police dressés par des mouchards qui trahissent, le plus souvent, les devoirs de l’amitié.
Qui donc eût jamais pu supposer, qu’un général, un soldat, aurait laissé ainsi, avec le concours d’une société secrète, organiser officiellement dans son ministère un service régulier de délation ?
Qui donc eût jamais pu croire que le chef suprême de l’armée se serait ainsi abaissé jusqu’à attiser les haines politiques entre des frères d’armes appelés à combattre sous le même drapeau !
Ce scandale, dontles origines remontent à plusieurs années, a trop duré.
Ilest temps d’y mettre un terme. Il est temps de brûler et Corinthe et Carthage et de réduire à l’impuissance « la bande qui règne au ministère de la guerre et à la direction de l’artillerie » dont parle le colonel HARTMANN.
La parole est maintenant à M. LASIES et surtout au ministre de la guerre.Il y va, nous le répétons, de l’intérêt de la République et de l’armée.
Vidi.
Annexe n° 2
Texte trouvé sur internet, le 20/02/2007 : Le Blog d’ENZO – March 2006.C’est un exemple symptomatique de l’anti-maçonnerie primaire.
Tout
le monde connaît l’Affaire Dreyfus, du nom de cet
officier israélite accusé
d’espionnage au profit de l’Allemagne et qui, suite
à une campagne de presse
virulente lancée par de puissants financiers liés
à lui par des liens de sang,
sera blanchi bien que des doutes sérieux planent sur son
innocence (voir Le
Libre Arverne n°10). Mais jamais la propagande du
régime ne rappelle ce qui a
été une affaire bien plus grave car ayant
brisé la vie de familles entières :
l’Affaire des Fiches. Sous la tyrannie
anti-chrétienne de la IIIe République,
des centaines d’officiers ont été
chassés de l’armée, bloqués
dans leur
avancement, parfois réduits à la
misère la plus noire pour le seul crime
d’être
catholique ou d’avoir une femme se rendant à la
messe… Et pour étouffer ses
manigances, le gouvernement maçon et laïcard ira
jusqu’à tuer à deux reprises
pour faire définitivement taire ceux qui avaient
révélé la
vérité. Comme dans
toutes les affaires de fuite, c’est la rancœur
d’un homme, en l’occurrence un
haut dignitaire maçonnique, qui va précipiter
l’affaire. Furieux de s’être vu
refuser une promotion interne à la Secte à
laquelle il estimait avoir droit,
Jean-Baptiste Bidegain, ancien catholique renégat, va
prendre contact avec un
député nationaliste, Gabriel Syveton.
Prêt à assouvir sa vengeance contre ses
F, il va remettre à l’élu les fameuses
fiches qu’il a été dérober
dans les
coffres de la mafia à peau de goret.
La nature des documents est saisissante. Il s’agit de
véritables fiches de
délation qui, au mépris de leur «
déclaration des droits de l’homme »
visaient
à persécuter les gens en fonction de leurs
opinions politiques et de leurs
convictions religieuses, rédigées
généralement en des termes orduriers. Les
motifs d’exclusion des promotions sont ahurissants : une
femme qui va à la
messe, un officier qui assiste à la première
communion de son fils, des enfants
scolarisés chez les jésuites voire même
une vocation dans la famille et adieu
la promotion… Quand il n’y a pas de «
preuves » du supposé non-laïcisme de
l’accusé , on salit sa vie privée par
des ragots d’autant moins vérifiés
qu’ils
sont faux : joueur, pédophile, prévaricateur, les
délateurs maçons ne manquent
pas de qualificatifs pour attribuer aux autres leurs propres turpitudes.
Autre
système typiquement républicain pour museler
l’adversaire, la fameuse notion de
« trouble à l’ordre public »
qui peut tout aussi bien interdire aux prêtres de
porter la soutane dans la rue, une librairie nationaliste
d’ouvrir ses portes,
un historien dissident d’enseigner ou, dans le cas
présent, un officier
catholique d’être promu.
C’est
le 4 novembre 1904
et les jours qui vont suivre que le scandale va
véritablement exploser. Syveton
gifla le général André, ministre de la
Guerre à l’origine de l’affaire et
protégé du sinistre général
de Galliffet, en pleine Chambre des Députés.
Quelques jours plus tôt, le 28 octobre, Jean Guyot de
Villeneuve avait
interpellé André à la tribune et lu
publiquement plusieurs de ces fiches.
Immédiatement, le triangle de détresse fut
effectué au
sein du Parlement et
le gouvernement nia dans un premier temps avoir eu connaissance de ces
agissements, mais, devant l’abondance des preuves, promit de
faire cesser ces
pratiques. Aux abois, les spadassins du régime
utilisèrent leur arme secrète :
la propre femme de Syveton qui assassina son mari le 8
décembre 1904 et
maquilla le meurtre en suicide, au moment même où
ce dernier allait se rendre
une nouvelle fois à la Chambre pour porter
l’estocade au gouvernement. Le
régime avait paré le coup avec ses
méthodes habituelles…
Il est intéressant de comparer les évolutions des
différents protagonistes de
l’affaire. Dans le camp des délateurs, le
général Percin livra Lille aux
Allemands en 1914, le capitaine Mollin disparut en Afrique, le colonel
Valabrègue sera limogé par Joffre en 1915, pareil
pour le
commandant Bernard
qui fit preuve de son incompétence à Ypres, le
lieutenant-colonel Sarrail
échoua lamentablement dans l’Argonne et fut
privé
de tout commandement en 1917,
le capitaine Humbert sera arrêté pour haute
trahison en
1918 et acquitté à la
minorité de faveur en 1919… Bidegain se suicida
en 1926.
De l’autre côté, Guyot
de Villeneuve fut assassiné en 1907 par un infirmier
F…
La plupart des
officiers protégés par les maçons se
révélèrent tellement nuls que Joffre,
pourtant F lui aussi, les limogea fin 1914 et promut les officiers
catholiques
cassés par le régime. En quelques mois, ces
derniers
montrèrent de telles qualités
dont on avait privé la patrie qu’ils
grimpèrent la
hiérarchie en un temps
record : 14 des 19 officiers qui, de août à
décembre 1914 furent promus deux
fois, avaient été cassés par le
général André. Parmi eux,
Pétain, de
Maud’hui,
d’Urbal, de Mitry, Cadoudal, Fayolle… Tous firent
une
guerre des plus
glorieuses !
De très nombreux enseignements sont à tirer de cette Affaire des Fiches. Le premier est que la République nous considère comme des sous-hommes.
Comme pour tous les crimes de la Gueuse contre les catholiques, la réponse a été la même : c’est regrettable, on ne le refera plus. Pas un pardon, pas un travail de mémoire, pas la moindre indemnisation. Pire, le système des Fiches continua jusqu’en 1912 au moins et reprit ensuite après-guerre jusqu’en 1940.
Mais cette fois, la France ne s’en releva
pas. Le second, est que toute
négociation avec la République, sous quelque
forme que ce soit, est à
proscrire. Il faut avoir à l’esprit que tout
combat contre la gueuse est un
combat à mort. Son attitude lors de l’Affaire des
Fiches est symptomatique.
Elle a joué le pourrissement de la situation, endormi les
catholiques avec de
fausses promesses qu’elle n’a évidemment
jamais tenues, comme par exemple
réintégrer dans le grade qu’ils
méritaient les officiers discriminés. Il ne
faut jamais, sous aucun prétexte, négocier avec
les partisans de la République.
Ils nous ont toujours trahis, n’ont jamais, à
aucun moment, respecté la parole
donnée, que ce soit à Quiberon, lors de
l’affaire des Fiches, en 1919, lors de
l’affaire du Grand Bornand et quelques autres encore. A
méditer pour l’avenir.
Quand ils nous tendent la main, c’est qu’ils sont
aux abois et que l’autre main
dissimule un poignard.
François Vindé – L’Affaire des fiches – Editions Universitaires – 1989 – ISBN : 2-7113-0389-6