Les Landmarks
J∴ L∴ C∴
La Maçonnerie anglo-saxonne a fixé en 1809 des règles en dehors desquelles tout Maçon et toute Obédience sont déclarés « irréguliers ». Ces règles portent le nom de « Landmarks ».
La première mention maçonnique de ce mot apparaît en 1723 précisant que chaque Grande Loge possède le pouvoir et l’autorité de promulguer de nouveaux Règlements, à condition toutefois que les anciens Landmarks soient soigneusement conservés.
Le mot Landmarks ne pouvait évoquer au lecteur de l’époque que plusieurs textes de la Bible. C’est ainsi qu’il est écrit dans le Deutéronome (27.17) : « Maudit soit celui qui enlève le Landmark à son voisin ». Ou encore dans les Proverbes (Pr. 22.28) : « N’enlève pas les anciens Landmarks que tes pères ont posés. »
Le mot hébreu « gvoul » qui est traduit par Landmark apparaît 240 fois dans l’Ancien Testament et avait dans sa signification biblique le sens de « frontière, borne » à ne pas dépasser.
Les Landmarks sont donc des bornes ou critères incontournables à ne pas dépasser qui définissent l’univers de la Régularité maçonnique. Principes d’action ayant existé depuis une époque reculée et inconnue appartenant à la loi écrite ou morale.
Le Landmark doit satisfaire à deux points :
ØIl doit exister depuis des temps les plus lointains où la mémoire de l’homme ne parvient pas à remonter.
ØIl fait tellement corps avec l’Ordre que celui-ci ne serait plus celui de la Franc-Maçonnerie si l’un d’eux venait à changer.
Il est immémorial, immuable, inéchangeable, principe fondateur et universel.
L’histoire de l’humanité démontre que, depuis les Mystères de l’ancienne Egypte et dans toutes les religions de la planète, ces principes se sont toujours trouvés imposés et respectés.
Les Landmarks sont assimilés littéralement à des pierres dressées permettant de limiter le territoire d’une propriété. Formé de « Land », pays, contrée, terre, et de « mark », repère, jalon. Ce sont le détail caractéristique d’un paysage qui le rend finalement reconnaissable.
Le 4 septembre 1929 la Grande Loge Unie d’Angleterre a défini les 8 « conditions » aux termes desquelles elle pouvait reconnaître la régularité d’une Grande Loge étrangère.
La maçonnerie œuvre à la gloire de Dieu connu sous son attribut de Créateur et de Grand Architecte de l’Univers. Elle travaille donc au plan de la réalisation spirituelle de l’Homme dans l’ordre de la Création, par la connaissance de la nature créée et ordonnée qui renvoie à Dieu, l’être subsistant par soi et par le travail de la main qui travaille la pierre. Nous retiendrons ce qui est invariable derrière la multiplicité des formes :
¨La croyance en Dieu et en sa volonté révélée.
¨Le comportement moral qui découle de l’alliance avec Dieu.
¨Le respect des lois de la cité.
¨L’obéissance aux lois et règlements du Métier.
¨La pratique de la Fraternité et de la Bienfaisance.
Les sources bibliques font procéder le Landmark de l’Alliance contractée et révélée par Dieu avec son peuple.
La notion épithétique d’Architecte est donc l’énergie divine choisie par la Franc-Maçonnerie, et de ceci découlent, toujours par analogie, deux éléments fondamentaux :
qLa notion de plan qui s’associe naturellement à celle de l’Architecte et par-là, justifie l’idée d’inclure l’Ordre Maçonniquetraditionnel dans l’Alliance. (Dieu, conclut une Alliance avec le peuple Hébreu ; chacun des partenaires n’était obligé qu’autant que l’autre respectait ses engagements. Dieu devient juge et le Garant de l’Alliance.)
qLa notion d’espace dans lequel va se matérialiser l’exécution du plan.
De quel espace s’agit-il ?
Dans leur déroulement actuel, les grades relevant de l’Obédience d’une Grande Loge ont choisi comme élément de support la construction du Temple du Roi Salomon figure symbolique de la réalisation spirituelle qui place l’homme en face de ses obligations envers le créateur.
Cette construction mystique a pour effet d’identifier le mythe à l’élément brut tel qu’il apparaît dans la nature, tel qu’il est dans le monde profane, et, progressivement, par degrés, de le mener de pierre brute à pierre taillée, puis à connaître comme contremaître le plan qui met chaque pierre à sa place.
Le plan donne la limite de chaque élément, de l’œuvre et de ses matériaux, comme de celui qui la façonne.
Il n’y a pas rupture avec la période opérative. Seul le matériau change, on passe de la pierre à l’homme comme matériau qui doit être taillé pour être mis en conformité avec le plan de Dieu, Grand Architecte de l’Univers.
En conclusion, les Landmarks, véritables Chartes de bonne conduite réciproque vectorisée par le respect de la Règle, sont les limites à ne pas dépasser, les bornes de la Tradition, du métier. Ils sont le lieu où s’accomplit la transmission du métier et les garants de la régularité d’une Grande Loge.
Véritables repères, immuables, immémoriaux, inchangeables, inaltérable, c’est à dire nés de la Tradition de la Transmission seule, ils qui sont pour nous les bases de notre existence de maçon, ainsi que de la pensée maçonnique.
John W.SIMMOND cité par B.JONES a donné une signification maçonnique du Landmark :
« Nous tenons pour Landmark ces règles de conduite qui ont existé d’un temps immémorial, que ce soit dans la loi écrite ou la coutume, qui participent de l’identité de la société qui, du consentement de la grande majorité, ne sauraient être changées et que tout maçon est obligé de maintenir intactes. Obligation sanctionnée de la manière la plus solennelle, la plus invisible. »
Enlevez Dieu ou le Volume de la Loi sacrée, ipso facto, vous aurez ôté au Temple son caractère maçonnique. Dieu n’est pas une notion théorique, mais une réalité. Il est même la réalité suprême. Telle était déjà la doctrine d’Aristote qui demeure celle de toute raison humaine.
L’observance d’un Code de vie qui témoigne de la noblesse de l’Art Royal nous rappelle notre filiation avec les maçons Opératifs.
La pensée des Landmarks n’existe que sur le nom du Grand Architecte de l’Univers.