Les mauvais compagnons

Auteur:

B∴ K∴

GLDF
Loge:
:  NC

Très Vénérable Maitre et vous tous mes Frères Vénérables Maitres, en vos grades et qualités, j‘ai décidé de faire une planche sur les Les mauvais compagnons : Je sais que personne n’est a l’abri de ressembler à l’un ou à l’autre. La fragilité de l’être humain et encore plus du franc-maçon se heurte parfois au travail sur soi.

Toutefois je vais en profiter pour reprendre au passage ce mythe du 3 ième degré

Lors de l’exaltation à la Maitrise, découragés et ayant acquis la certitude que les criminels doivent être cherchés parmi les Compagnons, ils décident, avant de reprendre les travaux, que tout Compagnon aura à prouver qu’il est innocent du meurtre d’Hiram. 
C’est ainsi qu’au travers d’une ultime épreuve de vérité, le récipiendaire devra enjamber le cadavre du Maître afin de prouver son innocence par son courage face à l’image de la mort physique. 
Disculpé définitivement, le récit du drame se déroule et le Compagnon alors transformé en victime, prend la place d’Hiram, le Maître disparu, et périt à son tour sous les coups des trois mauvais compagnons qui sont, dans la mise en scène du psychodrame, représentés par les trois Vénérables Maîtres qui dirigent et instruisent la Loge : le Vénérable Maître, le Premier et le Deuxième Surveillant. 

Pour trouver un sens profond au mythe des trois mauvais compagnons, il me semble indispensable de remonter aux sources. 


On ne peut espérer comprendre la signification symbolique des trois mauvais compagnons que si l’on a compris les raisons et motifs de l’assassinat d’Hiram. 
Dans le mythe fondateur du Grade de Maître, Hiram est assassiné par trois mauvais compagnons. 
Qui était Hiram ? 
Qui étaient les trois mauvais compagnons ? 
Hiram était l’architecte, pas seulement le concepteur de l’ouvrage, mais aussi le chef des travaux. 
C’est lui qui présidait à la rémunération des employés. 
Le mythe laisse aussi entendre que c’était un homme pourvu de toutes les qualités, connaissance, sagesse, etc. 
Quant aux mauvais compagnons, on ne connaît pas grand-chose d’eux. 

Alors que l’édifice allait bientôt être achevé, un vent de révolte souffle dans l’esprit de certains ouvriers de la classe des compagnons qui, n’ayant pas obtenus d’être initiés aux secrets de la Maîtrise, s’estiment être injustement traités. 
Le poison de l’envie et de la jalousie se fait jour et avec elles le dégoût du travail apparaît.  Aigris, mécontents, immatures, naît en eux le désir présomptueux d’obtenir des salaires plus élevés sans se donner la peine de les acquérir dans le temps, par l’étude et l’application. 
Aveuglés par leurs passions, ils s’illusionnent sur l’étendue de leur instruction, persuadés que la Maîtrise leur est due. 
Ainsi, ensemble ou chacun, ils symbolisent bien des comportements que l’on croise dans le monde profane ou bien, de la part d’initiés qui ont mal travaillé leur Pierre et ne maîtrisent pas de ce fait, leurs instincts, leurs envies, leurs ambitions. 
C’est ainsi que peu à peu, leur avidité va les conduire à la lâcheté, en tendant à trois, à la tombée du jour, un guet-apens à Maître Hiram. 

Leurs sentiments d’orgueil et de cupidité les poussent, par l’action concertée, à usurper un bien dont « ils ne méritent pas d’être détenteurs ». 

Selon Irène Tanguy, « ces motifs paraissent disproportionnés par rapport à l’acte qu’ils vont commette. On ne peut trouver un commencement d’explication que si l’on admet que ces compagnons n’étaient pas aptes à recevoir l’initiation ; ce qui pourrait alors expliquer le détournement de forces qu’ils vont mettre en action avec tant de violence ».

On sait néanmoins que c’était des hommes dont une haute compétence de constructeur avait déjà été reconnue. Ce n’était pas n’importe qui. 
On sait aussi qu’ils ont pris part à l’assassinat, chacun avec un outil particulier: 
le premier avec un fil à plomb, symbole de la verticale
le deuxième avec un niveau, symbole du contrôle éclairé
le troisième avec un maillet, symbole de la volonté

Les 3 coups reçus par le Maitre portent sur des points d’impact bien précis :

La gorge, siège du souffle et des vibrations créatrices initiales

La nuque, siège de la conscience spirituelle

     –Le front, siège de l’intellect, de l’œil de la connaissance
On ne peut comprendre le mythe de l’assassinat d’Hiram, sans se demander ce que peut symboliser Hiram et les trois mauvais compagnons. 
Le récipiendaire peut en rester à la troisième personne du singulier (il) : chacun des acteurs est une personne qui lui est étrangère et il se contente de réfléchir sur un récit, certes plausible, mais qui ne le concerne pas directement. 
Bien entendu, cette réflexion ne mène pas loin. 
La réflexion devient plus intéressante si le récipiendaire passe aux deux premières personnes du singulier (tu et je), en s’identifiant symboliquement à l’un des acteurs (Hiram ou l’un des mauvais compagnons) et en analysant ses relations avec les autres acteurs. 
Encore plus intéressant : il peut identifier chacun des acteurs à une partie de lui-même : sa personnalité, ses pulsions profondes. 
Aussi intéressant, en particulier dans les réflexions sociologiques et politiques, il peut identifier chacun (ou seulement certains) des acteurs à un groupe humain (loge, certes, mais aussi famille, entreprise, état ou autre collectivité territoriale, n’importe quel groupe humain).
De ce point de vue « venger Hiram » n’est plus vraiment tuer une personne physique mais surtout éliminer une ou plusieurs causes de malheur de l’Humanité. 
Frapper quelqu’un a l’aide d’un outil, révèle le double aspect de nos symboles : chaque instrument de travail peut conduire à la perdition, tout dépend de notre intention. 
C’est comparable à l’épée à double tranchant du Vénérable : destructive et créative à la fois.
Or une interprétation symbolique courante de l’agression consiste à dire que les trois mauvais compagnons ont agi en « abusant » de leurs outils : 
– Du fil à plomb, symbole de la rectitude, par dogmatisme qui paralyse
– Du niveau, symbole de l’égalité, par intolérance qui étourdit
– Du maillet, symbole de la volonté, de l’autorité, par ambition qui tue
et que les causes du dogmatisme, de l’intolérance et de l’ambition sont respectivement l’ignorance, la faiblesse et l’orgueil. 
Nous les désignerons symboliquement comme étant l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition.
L’ignorance: Ce défaut général de connaissance, ce manque de savoirs est redoutable quand l’Homme s’abandonne à elle. 
Le second surveillant a été choisi pour incarner l’ignorance
Les mal initiés méconnaissent la valeur de la quête personnelle et l’expérience commune en loge, ils vivent dans un demi conscient. 
L’ignorance frappe aussi notre propre milieu. 
En l’occurrence, tous ceux qui chipotent aux rituels sans avoir fait une sérieuse étude préalable. 
Ils remplacent des choses essentielles par des phrases creuses. 

Pour ma part, je ne crois pas être concerné par ce défaut car j’essaie de ne prendre position qu’en connaissance de cause mais je suis demandeur de votre avis mes FF car on ne se voit jamais bien.

Le Fanatisme: que représente le second mauvais compagnon ne peut apporter que douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise car aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison. 
Le premier surveillant a été choisi pour incarner le fanatisme,
Le fanatisme (ou le mensonge) dogmatique entrave la réalisation initiatique. 
Les maçons fanatiques se croient infaillibles. 
Ils veillent sur la « régularité » et sur la juste exégèse du haut de leurs propres étroitesses d’esprit. 
Ils veulent forcer une interprétation particulière des symboles.
Il nous faut, nous Francs-Maçons convaincus, personnellement ou collectivement avoir le courage de dire haut et fort que le mensonge triomphant qui passe, qu’il soit idéologique, politique, religieux ou économique doit être combattu chaque  jours de notre vie… 
Dire non aujourd’hui, c’est quelque part s’exprimer en Franc Maçon, refuser le confort douillet des dogmes et des certitudes philosophiques, politiques ou sociologiques. 

Sous un certain angle, je suis concerné car quand je défends mes valeurs je peux le faire fanatiquement mais est-ce coupable ?

L’Ambition : que représente le troisième mauvais compagnon sous son aspect le plus négatif et le plus borné, le plus dangereux aussi lorsqu’il prend des formes les plus élaborées et les plus insidieuses. 
Le Vénérable Maître incarne l’ambition

Une de ces formes virales bien que parfaitement ridicule et révélatrice du manque de maturité et de réalisation de soi-même, se rencontre assez couramment en Franc-Maçonnerie et se nomme la CORDONITE. 
On n’ambitionne une fonction en loge que lorsqu’on y est apte
Les ambitieux essayent d’utiliser la FM pour leur carrière profane où cherchent dans l’organisation maçonnique une compensation pour le ratage de celle-ci. 
L’ambivalence des outils, trouve ici son point culminant : l’arme du crime est le maillet du vénérable! 
Le maillet, symbole du pouvoir et de la volonté qui exécute, est l’instrument du commandement du sage et du juste. 
Utilisé seul, sans le contrôle de l’équerre et du compas porteurs des valeurs morales d’honnêteté, d’intégrité, de tolérance et de discernement, le maillet devient le symbole de l’impétuosité, de la tyrannie dominatrice. 
 L’outil de création devient outil de destruction. 
C’est l’AMBITION qui porte le coup fatal au front du Maître. 
Ce coup porté au front, siège de l’Intelligence, de « l’harmonie sublime réalisée entre le cœur et la tête », écrit Annick de Souzenelle, détruit la vie. Hiram s’écroule à terre, les pieds tournés vers l’Orient, la tête vers l’Occident, lieu du soleil couchant et de l’obscurité naissante, Il rend le dernier soupir. 

Eh bien mes FF Vénérables Maitres, à la recherche de la Vérité, cette ambition est parfois ma faiblesse. Elle l’a été en Franc-maçonnerie à certains moments. Mais je dois ajouter qu’elle a été une force dans ma vie professionnelle. Là est la difficulté du travail, sur soi du Franc Maçon.
Ces trois attitudes humaines que dans nos Loges nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaires à l’Homme pour qu’il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection. 
Les trois « défauts », d’un point de vue moral, sont à considérer comme un petit échantillon de l’arsenal incommensurable des vices humains. 
Chaque être humain emporte ses défauts comme son ombre. 
Ils lui sont tout aussi indispensables.
Notre civilisation dépend de son aptitude à circonscrire les forces destructrices, mais surtout de sa capacité à les transformer en forces constructives. 
De plus, il faut savoir qu’une part de vérité se trouve toujours chez l’adversaire. 
Ce qui me fait dire, que si ces trois mauvais ouvriers ne sont, pour beaucoup de francs-maçons, que de simples personnages du drame vécu par Hiram, ils représentent en fait, les épreuves que le Maçon doit affronter seul. 

Pour les Francs-Maçons, la légende d’Hiram a une double signification. 
Tout d’abord, Hiram est le symbole de l’homme de valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions et se rapproche de la perfection humaine. 
Les assassins d’Hiram sont les vices qui nous empêchent de parvenir à cet état: envieavaricevanitévengeanceambitionintolérance
Hiram est le symbole d’homme fidèle au devoir, du Franc-Maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à sa tâche. 
Nul danger, nulle persécution, nulle vengeance ne l’intimide. 
Ses adversaires envieux pourront certes lui porter des coups douloureux et lui faire beaucoup de tort dans l’opinion des hommes; mais ils ne pourront rien contre le bien dont le Franc-Maçon est le défenseur généreux. 

CONCLUSION
Nous savons donc qu’en chaque initié se trouve Hiram en devenir, mais aussi qu’en chaque homme les mauvais compagnons sont là, tapis tout au fond du Moi, dissimulés dans les sombres replis de l’inconscient, prêts à surgir à tout moment, déguisés en pulsions, prêts à séduire sous les plus beaux atours de l’ego,

C’est en abandonnant, en élaguant des pans de mon Ego ; c’est en tuant en moi, le « mauvais compagnon », que je vais modifier mes comportements et par cette prise en mains de ma conscience, relever le maître intérieur que j’ai tué. 

Je conclurai avec Jacques TRESCASES que « toute démarche initiatique tend à purifier l’adepte des passions et préjugés responsables de sa mort spirituelle et cette rectification préalable faite, ressusciter l’Esprit que le profane avait assassiné. 
Car de même que notre Maître Hiram, qui représente ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous, peut constamment se suicider, s’invertir et se pervertir, de même en un instant, il peut ressusciter. » 

J’ai dit Très Vénérable Maître 

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