La Planche

Auteur:

S∴ I∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Ancien sportif, l’été dernier, j’avais décidé d’aller nager, non pas en eau trouble, mais dans la « Belle Bleue ». De ce même bleu que dans nos LL malheureusement, n‘ayant plus la résistance de ma jeunesse, après quelques mètres, me sentant essoufflé par cet effort et pour préserver mes ressorts, je pensais avoir droit au repos et me mis donc à faire la planche.

A moitié immergé dans cette eau rafraîchissante, baigné par la chaleur du soleil, caressé par le souffle bienfaisant du mistral me ramenant doucement vers le littoral, je me sentais bien. Au sein des 4 éléments, bercé par les vagues, je me laissais aller à une douce torpeur. Béatitude suprême de laquelle je fus brutalement extrait par un choc à la tête.

Quel était l’intrus qui osait ainsi frapper à la porte de ma conscience ? Je m’aperçus alors qu’un vulgaire morceau de bois, qui certainement n’a pas croisé mon chemin par hasard, m’avait heurté. Mon instinct d’observation réveillé me permis de constater qu’il était long, pas trop large, pas si épais que çà : c’était une planche. D’où provenait-elle ? C’était-elle détachée d’un podium permettant à certains tribuns de monter sur les planches. Débris d’un vieux meuble ou reste d’un ponton ouvrant sur le grand large ? Curieux de savoir l’origine de ce qui m’a si inopportunément (pensais-je) sorti de ma sérénité, je décidais donc de ramener l’objet du délit sur la plage pour continuer mon observation.

Plus je le regardais, plus je devais reconnaître que j’avais du pain sur la planche pour en tirer cette planche que j’essaie de vous buriner ce soir. Nous avons coutume de dégrossir notre pierre brute. Ne pouvons-nous en faire de même avec un morceau de bois ? Ce morceau de bois, il faut le dire, était décidément bien spécial.

Il présentait trois formes. L’une paraissait brute, à peine équarrie, une autre avait été dégrossie, quant à la dernière, elle était bien polie. Cela n’évoque-t-il pas en nous le chemin du maçon ? Cette Planche avait assurément été travaillée. Mais comment et quel avait été le parcours de celui qui l’avait fait ?

En premier, le choix de son essence semblait avoir été déterminant parmi tous ces arbres présents dans la nature. Choix nécessaire en fonction de la destination finale. Par analogie, c’est le choix du sujet traité. Puis, vient l’élagage…C’est-à-dire tirer les idées. Ensuite, pour terminer, l’équarrissage, le rabotage, le polissage.

Lors de ce travail, il a dû lui arriver de tomber sur un nœud. Ce qui peut remettre en question tout ce qu’il a déjà accompli. Ce nœud, à bien y réfléchir, est le départ d’une branche, source d’expansion du feuillage abritant une multitude de formes de vies (insectes, oiseaux et autres animaux – peut-être même des perroquets et des serpents ?). Toujours par analogie, ce nœud peut représenter une nouvelle piste de réflexion à développer.
Et c’est reparti pour le questionnement…

Ces pistes sont-elles intéressantes, vont-elles nous amener, à nous-mêmes comme à vous mes FF « Un plus » ?

Homme libre de pensée, je n’échappe pas à ce besoin et cette envie de réflexion. Les images défilent à la vitesse grand V dans ma tête, ce, de façon désordonnée et semblant incohérente. Au commencement, était une forêt, des arbres majestueux qui s’élèvent vers le ciel, baignés par le soleil du matin. Des arbres qui pour certains autochtones sont des arbres sacres. Malheureusement le bruit des tronçonneuses se fait insistant. Derrière ces tronçonneuses des hommes travaillent, transpirant au labeur. Ont-ils conscience qu’ils détruisent en partie la nature ? Avons-nous, dans la vie, toujours conscience de nos actes et de leurs conséquences ?

Puis me vient la vision, en Afrique, d’une pirogue, surchargée, qui transportait en son centre un feu de charbon de bois, feu nécessaire à ces hommes dans la vie de tous les jours. Puis une autre image me vient en opposition : une Garden party avec un barbecue géant, où il y avait abondance de nourriture dont une partie relativement importante sera gaspillée.

Mais retour à mon arbre. Je le devine de bonne circonférence. Dans les temps anciens, les hommes en ont tiré des roues, source de progrès pour l’humanité.
Dans la longueur, des morceaux plus importants ont permis de réaliser des varangues, ossature des bateaux à l’origine de la découverte de nouveaux mondes, ouverture aux autres.

De certaines essences, des poutres, des solives, ont été tirées. La charpente du T a pu être ainsi érigée pour protéger l’édifice et lui donner la force de résister aux intempéries. A l’image du maçon qui a réussi à élever dans son T Intérieur les protections aux futilités de la vie.

Nous sommes tous différents, et à n’en pas douter, en regardant un simple morceau de bois, certains ne manqueront pas d’y trouver un support à sculpter avec art, en vue d’une œuvre juste et harmonieuse. En agissant avec delicatesse à l’aide du ciseau qui suit le fil du bois et du maillet manié avec dextérité, d’une force contenue et continue, ils réaliseront une œuvre la plus belle qu’il soit car elle sera la leur, leur Chef d’œuvre. On peut dire de ces artistes qu’ils ont « l’art et la manière ».

Comme il est dit lors de notre initiation, « ici tout est symbole ». Je n’ai pas failli, je l’espère, et dans ce simple morceau de bois mis sur ma route j’ai découvert un symbole dont je n’ai pu que succinctement découvrir qu’une petite partie des sens cachés.

Le symbole, ainsi travaillé à travers l’arbre, m’a, par contre, permis de m’élever du matériel au spirituel en passant par les mondes minéral, végétal, animal, sacré sans toutefois négliger les problèmes du monde qui est le nôtre. Vous l’auriez certainement abordé différemment. Et c’est bien ainsi.

En tous cas, j’espère que cette planche ne sera pas pour vous une pierre, pardon ! Une planche d’achoppement. Peut-être une planche de salut ? Certainement pas une planche à repasser mais je le souhaite, une planche à repenser, dont la sève descendra en vous après que j’aurai dit «  j’ai dit ».
Pour conclure, sans aucune prétention de ma part, je trouve que cette planche est parfaite !

Je vois des regards réprobateurs, les colonnes s’agitent Je m’en explique donc : à mon sens, une planche n’est parfaite que lorsqu’elle est imparfaite, incomplète, elle laisse ainsi libre court à des enrichissements et interventions de tous les FF ici présents. Selon les modalités qui leur sont permises.

Alors seulement, tous ensembles, nous aurons participé à la construction de notre,

TVM,

j’ai dit

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