Des ténèbres au Maître radieux
E∴ Q∴
Son fil rouge sera le parcours entre ombre et lumière dans les trois premiers degrés.
De la flamme de la bougie à la lumière intérieure
« La
lumière luit entre les ténèbres et les
ténèbres ne l’ont pas saisi
»
« Pourquoi vous êtes-vous fait
franc-maçon ?
– Parce que j’étais dans les
ténèbres et que je désirais recevoir
la lumière ».
Toute initiation est préalablement conditionnée à ce désir, lui-même image de la flamme vacillante de la bougie au sein du Cabinet de Réflexion, inextinguible et insaisissable.
L’aspiration à la lumière est lumière que les ténèbres des passions et du vice n’ont pu saisir. Flamme vacillante laissant le profane dans une demi-pénombre ou demeure le risque de confusion. Il faudra la ténèbre totale de l’introspection pour être initié à la vraie lumière annoncée par le coq. Vigilance et persévérance pour distinguer toute la dualité du symbole, distinguer la vraie lumière des fausses lumières, la ténèbre de l’ignorance de celle nécessaire à l’introspection pour enchaîner ses vices.
Injonction du V.I.T.R.I.O.L pour comprendre que ce retour à la poussière du viel homme est le ferment de l’Un d’abord inexprimé contenant soufre et mercure dont aucun ne doit prendre le pas sur l’autre. Bien au contraire ces noces chimiques révèlent le Un par l’opposition de nos dualités et leur association pour révéler le trois, nouvelle unité purifiée.
Au premier voyage, le combat du lion, figurant notre animalité, force terrestre, et de l’aigle, figurant notre spiritualité, force aérienne et volatile, est un entre-déchirement de bruits et de fureur donnant naissance au griffon, animal mythique à tête d’aigle et corps de lion. Le cliquetis des armes au second voyage, marque la maturité acquise dans nos combats, l’œuvre au blanc, purification par l’eau, le blanc succède au noir pour s’achever à l’épreuve du feu, œuvre au rouge, calcination de la matière ou si l’esprit se révèle, il ne pourra subsister sans elle au sein de ce ternaire corps âme esprit.
Ces voyages de nuit intérieure resteraient une éternelle et hasardeuse Odyssée sans l’athanor des mains de l’Expert qui suivant l’injonction du V M, s’est emparé du profane pour le conduire et le ramener entre les colonnes. Lumière de la main gauche de l’expert guidant nos pas.
Cette nuit introspective est un regard intérieur et nécessaire sur soi, intégralement sur soi pour y trouver la pierre cachée. Tout regard extérieur serait trompeur ; c’est ce que révèle le premier enlèvement du bandeau. « Qu’il voit et qu’il médite ». La scène du parjure est interprétée par le profane à l’opposé de ce qu’elle symbolise en vérité : l’épée tendue des frères vers le profane est le signe sans doute le plus paradoxal que les frères mettront tout en œuvre pour aider leur futur frère à ne pas retomber dans ses travers et mourir à la franc-maçonnerie, se trahissant d’abord lui-même avant de trahir ses frères comme le représente le parjure allongé. Voilà un signe évident de la fraternité maçonnique pour permettre au frère de rester sur la voie de la vraie Lumière. A l’instar de la main de l’expert, voici une nouvelle balise indiquant la bonne route. Regard du profane qui se trompe d’ennemi. Le véritable ennemi est ailleurs comme le révèle le miroir tendu au sein de la chaîne d’union. Raison pour laquelle il demeure incapable de voir la lumière. Raison pour laquelle il reçoit la lumière qui pénètre en lui non par la vision mais provenant du Delta, transmise au Médiateur qu’est le V M et relayée par les mains des frères au sein de la chaîne d’union.Seul notre troisième œil intérieur, celui de la conscience, corollaire à celui du Delta est appelé à reconnaitre sa lumière. Lumière qui ne peut que passer par la chaîne d’union pour être reçue par les pôles inversés de nos mains gauches et droites et « alimenter » en une énergie nouvelle, toute fraternelle notre lumière intérieure.
De la lumière intérieure à l’Etoile Flamboyante
Passer de la perpendiculaire au niveau répond à l’invite de la devise du temple de Delphes « Connais-toi toi-même ». Suivant le fil à plomb, remonter de notre nuit méditative au grand jour extérieur : A l’extérieur du temple, de notre temple, il faut travailler, apprendre, acquérir, regarder, observer, ajuster sa pierre pour l’intégrer harmonieusement dans le grand édifice : La méditation solitaire fait place à l’œuvre plurielle : Travailler, cette fois à la lumière de tous nos frères sur le chantier, réunie en une seule et unique source symbolique : le soleil de la Loge. Puis retourner à notre méditation intérieure, le grand-œuvre se poursuit, entre extériorité et intériorité, enrichissement réciproque qui ramène le Compagnon à un plan supérieur au précédent Suivre les plans des Maîtres pour construire le temple universel et notre temple à l’image de qui est en haut et de ce qui est en bas. Notre travail singulier concourt bien à l’harmonie universelle.
Lumière encore une fois ternaire : A celle de nos frères symbolisée par le soleil de la loge qui éclaire nos travaux et symbolise nos propres acquis vient s’ajouter celle du soleil- extérieur naissant ou plutôt re-naissant passant d’abord par la fenêtre de l’orient et projetant son faisceau lumineux vers l’occident du temple pour éclairer et guider les pas hésitants de l’apprenti. Continuant sa course jusqu’à la fenêtre du midi ou nous conduit le quatrième pas, il jette tous ses feux sur le centre de la loge, au milieu du pavé mosaïque, au milieu de la loge dans l’axe du fil à plomb.
Parfait équilibre des noces (alchimiques ?) entre lumière universelle et nuit méditative solitaire qui conduit notre cinquième pas, nuptial à l’aune de la symbolique du nombre 5 pythagoricien qui nous renvoie vers notre méditation nocturne. Il faut encore que le soleil matière décline jusqu’à la dernière fenêtre de l’occident pour éclairer de ses derniers feux l’orient de notre temple intérieur et conduire notre regard. Ainsi dans la nuit revenue, au bout de ce cinquième pas, qui marque le retour dans l’axe, nous voyons resplendir enfin l’étoile flamboyante. « Connais toi toi-même et tu verras l’univers et les dieux ».
Voici l’homme en harmonie avec l’Univers fondu dans l’étoile à cinq branches : « L’homme accompli qui s’est structuré sur la proportion dorée en sa juste relation avec le Cosmos » comme le précise Irène Mainguy. En union parfaite avec son créateur, le compagnon –je cite J C Mondet – « devenu étoile peut rayonner de toute la connaissance acquise, flamboyer de tout l’amour qu’il contient ».
Longue méditation nocturne dans sa nuit intérieure mais toujours extérieure au temple dans laquelle le compagnon suit son étoile en direction de l’orient, là ou il l’a vu pour la première fois.
De l’étoile flamboyante au Maître radieux ;
Encouragé par les témoignages de satisfaction qu’il a reçus de ses maîtres, il conçoit l’espoir d’être admis dans la Chambre du Milieu. Constatant avec effarement que le temple contre toute attente est plongé dans la nuit, il souhaite néanmoins continuer sa route vers l’orient En apercevant l’étoile à l’occident, il comprend qu’il est encore dans une nuit temporelle symboliquement extérieure au temple dans laquelle il a médité. Il comprend alors le temple comme désacralisé. Déroutante marche à reculons, le regard fixé sur l’Etoile vers un orient improbable pouvant signifier tout l’orgueil, le fanatisme et l’ambition illusoire des mauvais compagnons, aveuglé cette fois par la confusion entre les connaissances et la Connaissance, se croyant lui-même auteur de sa propre création.
Mais lavé de tout soupçon, il peut se retourner pour affronter sereinement sa mort imminente en effectuant les trois pas de l’équerre au compas. Dos à l’étoile non, mais étoile maintenant en lui, il peut franchir l’étape de sa propre mort ou le pied aspiré par le ciel, dessinant une courbe qui manifeste une parfaite harmonie entre esprit et matière mais cette fois affranchie de la dualité, étant guidé par la discrète lumière spirituelle de la sagesse.
Cet affranchissement de la dualité lui fera comprendre celle contenu dans les outils dont le maniement lui a été enseigné par ses maîtres et employés sans discernement par les mauvais compagnons, conduisent au meurtre d’Hiram.
C’est parce qu’il est innocent qu’en se substituant à Hiram son sacrifice va procéder à la re sacralisation du temple. Il ne s’agit pas de refondation : le temple est presque achevé. Il ne s’agit pas de ressouder, de ré-unir les frères, à l’instar du sacrifice du bouc émissaire jugé coupable, tel qu’expliqué par René Girard, permettant la réconciliation temporaire du corps social expurgé de sa propre violence, par le sacrifice d’un innocent. Autrement dit la mort du compagnon ne règle pas une dette inassumée par la loge. La re-sacralisation du temple passe nécessairement par le Grand Œuvre évoqué au 1er degré.
S’ensuit la circumnambulation des neuf maîtres, cercle cosmique des planètes autour du soleil entre finitude intérieure et infini extérieur, entre orient et occident, Gravitation autour de l’axe sacré, du point initial et final, de notre milieu à la fois départ et arrivée, à la recherche de la parole perdue. Roue cosmique tournante et énergisante des 9 maîtres pour revenir de la circonférence au centre et inversement. Echanges de forces et d’énergies harmonieuses, équilibrées et non plus duales, entre centrifuge et centripète.
La chair quitte les os, tout se désunit : le Grand Œuvre continue Le temporel enveloppant de la chair libère l’intemporel de l’Esprit.
Le Grand Œuvre s’achève au Rouge par le relèvement des cinq points de la maîtrise. Fraternité lumineuse transmise par tous les maîtres de la Loge. Le nouveau maître radieux est relevé et cette fois sa lumière intérieure s’extériorise totalement, symbole d’une explosion de lumière (ou implosion) dont le souffle immense inonded’un feu ardent et nouveau tout le Temple illuminé, éclatant sous la force de l’esprit.
Les travaux peuvent donc
reprendre… A l’inverse de la Tour de Babel, que je
vois comme le symbole de l’œuvre
substituée des mauvais compagnons définitivement
arrêtée et destinée, elle, à
la ruine parce que ceux-là, dévorés
par leur vices, sont désunis et opposés,
divisés entre eux, séparés par Dieu et
de Dieu. Le temple du maître substitué
à Hiram, continue son œuvre, avec la parole
substituée qui lui a été transmise.
Conduite par l’immémoriale Tradition à
la recherche de la parole perdue, à l’image de la
vérité platonicienne oubliée
qu’il faut se remémorer, la
franc-maçonnerie demeure intemporelle et universelle.
Ce point central empreint de lucidité, de clairvoyance est à même de distinguer et discerner clairement pour rétablir rassembler ce qui est épars avec la justesse de la bonne mesure. Voilà la route du maître.
Le centre est partout et notre cercle peut encore s’agrandir. Notre temple n’est pas en état futur d’achèvement mais en état perpétuel d’inachèvement. La parole perdue est une question qui contient la réponse et inversement. Le Principe serait il à la fois question et réponse ? J’ai sept ans…et plus…
J’ai dit V M