Le Temple #3244013

L’édifice est’il le Temple

Auteur:

M∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

D’aucun prétende que dans un proche passé, j’errais dans la nuit pour ne jamais avoir vu la lumière sur ma route. Par monts et par vaux, je menais mon petit bonhomme de chemin en m’éfforçant d’engranger un maximum de connaissances dans mon modeste baluchon, tout en essayant de m’améliorer et d’aider de mon mieux les nécessiteux qui croisaient mon chemin.

Je taillais donc déjà ma pierre, sans connaître cette expression. Puis, une nuit où j’errais dans une ville, que même les touristes trouvent triste jusqu’à son emblème aux longues baleines, une main se posa sur mon bâton de pèlerin.

L’homme m’observa longuement en attente d’une réaction. Comme il n’y en eut point, puisque son regard sympathique était plus rempli d’amitié que d’agressivité, nous fîmes quelques pas ensemble tout en discutant. Ses paroles étaient parfois étranges et mystérieuses, mais toujours chaudes et gaies. Bizarre ; dans une ville triste, noyée dans un monde de brutes où je n’avais que de rares amis. Cette ville, comme beaucoup d’autres, était ornée d’édifices variés : son théâtre, sa mairie, ses églises, ses forts, etc… Mais l’homme connaissait bien sa ville, et tout en me glissant un livre dans ma poche, m’en fit découvrir un auquel je n’avais jamais prêté attention.

L’édifice était si discret, qu’aucune inscription n’était portée sous la poignée de la cloche. Deux colonnes gardaient la porte située en haut de quelques marches, mais lorsque je me suis retourné pour poser quelques questions, l’homme avait déjà disparu dans la nuit. Il m’avait parlé d’amis qui travaillaient à tailler leur pierre dans l’atelier. Mais aucune ouverture me permit de les voir œuvrer de l’extérieur.

Mes questions restèrent donc sans réponse, jusqu’au jour où de nouveau, nos chemins se croisèrent. Il me demanda alors si j’avais lu et réfléchi à tout ce qu’il m’avait raconté. Je lui ai avoué que ses paroles et les idées exprimées dans son livre correspondaient étrangement au chemin que je m’étais tracé pour poursuivre ma route, et que j’étais disposé à le suivre. Mais il m’informa qu’il ne pouvait pas décider cela sans que certains de ses amis aient pris contact avec moi pour être sûr de ne pas commettre une erreur qui serait lourde de conséquences pour nous tous. Après quelques formalités, je fus donc autorisé à pénétrer dans l’édifice, pour me joindre à leurs travaux.

La parole ne m’étant pas accordée avant un an, j’ai donc tout loisir d’observer la bâtisse. Cette dernière dont l’aspect extérieur me laissait croire qu’elle défiait le temps, se révéla bien plus fragile vu de l’intérieur. Ses fondations datant d’un autre âge, étaient sans commune mesure avec les pierres plus ou moins polies de ses murs. Les joints me paraissaient superficiels, et je ne comprenais pas grand chose du décor. Puis les mois passèrent d’un rythme tranquille et régulier, jusqu’au jour où j’appris qu’une grande fissure menaçait l’édifice au point de le disloquer en deux.

C’était en automne et les intempéries n’attendaient que cette occasion pour infiltrer les murs. Puis ce fut au tour du sommet de l’édifice de ne plus jouer son rôle. En effet, les frères des hautes sphères, ordinairement élus pour faire entendre les vénérables sons de cloches de la maison et gérer au mieux les capitations, n’émettaient plus que des grincements de dents, en se déchirant les cordons de la bourse.

Devant ce triste état de fait, j’étais en droit d’attendre une virulante démonstration de solidarité et de courage de la part de tous ! Mais bien au contraire, au lieu de sauter sur les outils pour reconstruire en se serrant les coudes l’édifice en péril, certains insistèrent pour aller malgré tout tranquillement travailler en d’autre lieux.

Les anneaux de pur métal sont-ils rouillés au point de faire céder la chaîne ? Puis un papier tomba de la charpente : il nous sommait de répondre au plus vite à des questions confuses mais d’une importance capitale sur le devenir de l’édifice. Les réactions furent unanimes : c’était un piège que la moindre réponse cautionnerait. Mais la feuille ne rejoignit pas la corbeille dans un élan de colère comme je m’y attendais. Elle transpirait pourtant la traîtrise de certains qui tentaient de s’accaparer le pouvoir. Mes frères étaient ils soudain devenus aveugles ? Avaient ils perdu toute capacité de réaction ? Peut-être pas. Les sages craignaient que cette réaction légitime et naturelle soit un acte isolé, donnant force aux choix d’autres encore moins éclairés que nous, mais qui moins conscients du danger plongeront dans le piège en répondant. La majorité décida donc de conserver nos réponses sous le coude de notre représentant, dans l’espoir que d’autres soient également sains d’esprit, et tentent à notre image, de déjouer ce triste piège dont la trappe est déjà peut-être refermée à notre insu. Mais en nous contraignant à jouer sans cesse du bouclier, d’aucun tentent dans notre fatigue, de nous faire oublier que nos armes sont nos outils dont la blancheur immaculée de nos tabliers affiche l’oubli. Mes frères, notre atelier s’effondre. Le lierre est entré dans l’édifice. Les pierres cylindriques des colonnes viennent en roulant nous écraser les orteils, et vous semblez ignorer la situation. Une planche collective vous a pourtant déjà mis en garde, mais faute de réaction, vous n’avez su que porter à la connaissance de ses auteurs, le fait que vous trouviez leur travail : « intéressant », mais sans plus. Et l’on me parle de recrutement, d’inviter des profanes à se joindre à nous ! A t’on le droit de recevoir dans une ruine ? Ou devons nous commencer à retrousser nos manches pour rendre à ce lieu sa dignité ?

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