La Tolérance

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Origine

Le verbe issu du latin « tolerare » qui a le sens de supporter provient lui-même du verbe, « tollere », construit sur la racine indo-européenne 0 tel-, 0 tol-, 0 tla-, « supporter, soulever ». Le radical, qui en grec a donné son nom à Atlas, établit la tolérance comme pesanteur et contrainte.

Car il s’agit bien dans le sens original du terme, d’un effort à accomplir sur soi-même pour supporter quelque chose ou quelqu’un dont nous ne pouvons pas nous débarrasser ou auquel nous ne pouvons échapper. On ne peut être tolérant que face à ce qui nous dérange, nous agresse.

De l’obligation de supporter, dont la notion persiste, le sens s’est depuis élargi à la notion d’acceptance, de la capacité à accueillir la différence et de s’en enrichir mutuellement. Deux approches se distinguent donc :

·L’une négative, ancienne, avec la notion de contrainte à endurer.


·L’autre positive, moderne, avec l’effort volontaire pour s’ouvrir à l’altérité.

Ainsi le sens du mot tolérance comme celui des mots en général, racontent les affrontements idéologiques des hommes au cours de l’Histoire et en même temps leur aspiration à une humanité commune.

Car il n’est d’humanité concevable que par la reconnaissance d’autrui dans une tolérance réciproque dont le principe constitue la toute première des règles communes. La tolérance n’est ni complaisance ni indifférence. C’est la reconnaissance des droits universels de la personne humaine et des libertés fondamentales d’autrui.

Oui me direz-vous, nous sommes d’accord avec tout çà, mais comment en sommes-nous arrivés là, dans quelles conditions, quelles limites avons-nous du dépasser, jusqu’où ne pas aller?

Religions et tolérance

En 1517, il y a à peine 5 siècles, au début de la Renaissance, un moine allemand, Luther s’insurge contres les abus de l’Église romaine. Il dénonçait les travers de l’Église Catholique romaine, comme la vente des indulgences, et affirmait que la Bible devait être la seule autorité sur laquelle reposait la foi (La Vulgate fut le 1er livre publié par Gutenberg en 1454). La religion protestante était née et se répandit dans toute l’Europe.

En France, aux yeux des catholiques, les protestants sont des gens qui refusaient les rites d’appartenance à une société : ils ne dansaient pas, n’allaient pas au cabaret, ne jouaient pas aux cartes, leur morale individuelle les retranchait du groupe. C’était des criminels de lèse-majestéqui osaient porter les armes contre le roi, qui remettaient en cause le caractère magique de la royauté. C’étaient des profanateurs du sacré qui prêchaient en français et refusaient les images du panthéon chrétien.

Sans dérouler le détail de l’histoire, les tensions religieuses augmentant dangereusement, de 1561 à 1598, 8 guerres de religion se succédèrent avant d’arriver à l’édit de Nantes du roi Henri IV, le 30 avril 1598. L’idée de tolérance n’apparaît d’ailleurs pas dans l’édit.

À la fin de ce siècle, l’enjeu était la poursuite ou l’arrêt des massacres, motivés par un désaccord religieux fondamental. De là une tolérance boiteuse qui sans dire son nom, s’instaure en quelque sorte par défaut.

À cette époque, accepter que la pensée religieuse de l’autre puisse être aussi vraie ou valable que la sienne était encore impossible. Chacun est sûr de détenir la vérité. L’idée du Dieu unique des religions révélées ne se cultive que dans l’absolu de la déité, laquelle ne saurait être relativisée.

Il va falloir un peu plus de deux siècles et demi et quelques millions de morts pour qu’à la révolution, la religion protestante, pourtant chrétienne, révérant le même Dieu unique, soit enfin vraiment reconnue et admise.

La tolérance est une notion morale qui s’est développée en Europe à partir des XVIIe et XVIIIe siècles pour mettre fin aux guerres civiles de religions. Il s’agissait de définir les règles et les conditions grâce auxquelles la diversité des idées, opinions et croyances, pouvaient être supportées et tolérées dans une même société.

La tolérance est une notion contradictoire

John Locke, (philosophe Anglais 1632-1704), a formalisé la notion de tolérance, qui signifie « cesser de combattre ce qu’on ne peut changer ». Il entérinait le sens commun et cette définition ouvrait à des conjugaisons infinies…

La tolérance est sélective, les valeurs sur lesquelles elle s’exerce sont des plus variables selon l’époque, le pays, la culture, la religion, la famille. Le bien de l’un est le mal de l’autre et réciproquement.

Le concept de tolérance est associé aux notions complexes de bien et de mal. Dans leurs manifestations les plus évidentes, les sens de ces notions sont unanimement partagés. Mais au-delà de ce noyau d’évidences demeurent une large frange dans laquelle l’appréhension de ces notions est toute relative et des plus diverses.

Les valeurs dans lesquelles nous avons grandi, sur lesquelles nous avons bâti nos idéaux, en matière de vie en société, les vertus que nous cultivons, sont autant de raisons de stimuler notre intolérance lorsqu’elles sont bafouées par des personnes vivant selon d’autres critères, étrangères à nos façons de vivre.

On appellera donc tolérance la capacité de laisser à autrui la liberté d’exprimer des opinions que nous ne partageons pas et surtout de vivre conformément à des principes qui ne sont pas les nôtres.

Cela n’est-il pas contradictoire de finir par tolérer ce que nos valeurs morales nous désignent comme intolérable… Si le bien consiste à protéger le mal, à le supporter, à collaborer avec lui, n’y a-t-il pas quelque part contradiction ou lâcheté ?

Et pourtant, c’est bien dans ce domaine que nos démocraties modernes se distinguent et c’est bien dans ce domaine que s’exercent nos efforts quotidiens pour entretenir la vie en commun, dans la rue comme en famille. Pourrait-il y avoir de la liberté, de l’égalité et de la fraternité sans tolérance ?

La tolérance désigne la conduite par laquelle la loi autorise ce qu’elle interdisait avant, la valeur négative est déclarée positive. Il ne s’agit pas de respecter les erreurs ou les fautes, mais de respecter ceux qui les commettent. On ne peut pas construire une définition non contradictoire de la tolérance.

Etrange vertu qui prend la défense de ce qui est reconnu en même temps comme une erreur ou comme un vice ! Combien de temps faut-il à une personne, qui plus est une société pour admettre comme normales des pratiques qu’elle bannissait il y a peu : d’autres formes de religions, le divorce, l’avortement, l’homosexualité, la PMA, etc… La progression de nos sociétés et de nos consciences, se caractérise par d’incessantes frictions entre la loi morale et les réalités sociales.

Peut-on être tolérants face à ceux qui polluent et saccagent la nature délibérément ? Aux mafias, trafiquants, exploiteursde tous poils qui font leur commerce hors toutes les valeurs humaines ? Aux situations de malheur que fuient les migrants ?Aux massacres de civils dans certains pays en guerre ?

Combien d’hommes et de femmes continuent à se battre au sein d’un totalitarisme, combiens résistent, combien sont tués ? Le prisonnier est bien forcé de tolérer ses conditions de détention s’il veut survivre.

Tous nos états démocratiques ont une armée, une police, des services dans lesquels les membres abandonnent volontairement leur libre arbitre pour représenter un ordre dont les dérives peuvent êtres redoutables. Jusqu’où un membre de ces organisations peut-il tolérer son propre comportement lorsqu’il doit obéir aux ordres ? Dès lors que son comportement est justifié par la fonction qu’il assume au nom de tous ?

Dans la capacité à s’adapter à l’adversité, y a-t-il une échelle de mesure de l’intolérable ? Demandez aux migrants pourquoi ils fuient et ce qu’ils en pensent.

Le philosophe américain John Rawls pose la question « Doit-on tolérer les intolérants ? ». Il y répond positivement, indiquant que de ne pas les tolérer serait intolérant et serait donc une injustice. En revanche il établit qu’une société tolérante a le droit, et le devoir, de se protéger et que ceci impose une limite à la tolérance.

C’est à partir de tels constats, qu’au cours de l’histoire a été écrite la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, qu’a été actée la séparation de la religion et de l’Etat, qu’est né la Société des Nation, devenue l’ONU, que s’est développé tout le travail humanitaire et tant d’autres initiatives.

Nos sociétés inventent les solutions au fur et à mesure que naissent les problèmes. De gré ou de force, nous vivons nous-mêmes dans cette dynamique d’ajustements constants. Si certains refusent les ajustements et s’enracinent dans le refus, une majorité d’autres acceptent les efforts et font avancer l’humanité.

A mon humble niveau

Je suis loin d’être parfait et les formes que prend ma tolérance peuvent parfois s’apparenter à de la lâcheté.

Confrontés à des incivilités, ou à des actes de délinquance, puis-je les tolérer parce qu’il m’est arrivé jadis de commettre de tels actes, parce que je n’ai pas le courage ou l’autorité nécessaire pour intervenir, ou que je suis las d’avoir à réagir ?

Puis-je supporter une violence verbale ou physique qui m’est faite parce que l’agresseur est plus fort que moi ? Vais-je réagir, me battre peut-être pour manifester mon intolérance à cette agression, ou lâchement attendre la fin de l’orage ? Mon attitude de fuite est une soumission et correspond pourtant bien à de la tolérance, mais contrainte…

La déchéance, la pauvreté stimule ma compassion mais je n’agis guère. Je ne donne pas souvent lorsque des mains se tendent dans la rue, dans le métro. Est-ce de la tolérance vis-à-vis de mon manque d’implication, alors que je ressens viscéralement que ces états sont intolérables ?

Pendant combien de temps au long de ma vie, puis-je m’indigner sans finir par me lasser, sans m’habituer, et finir par prendre les choses comme elles viennent ?

En Loge

A chaque tenue nous exerçons notre esprit, notre conscience à accepter nos Frères dans toutes les manifestations de leur altérité et à chercher à nous enrichir de la variété de leurs points de vue, de l’originalité de leurs travaux. Notre tolérance s’exerce dans un espace protégé, avec des règles strictes, normalement à l’abri des excès…

Jusqu’où pouvons-nous tolérer qu’un Frère ne respecte pas les règles du Rite auquel nous nous sommes tous soumis ?

Acceptons-nous nos Frères par compassion, par intérêt, ou parce que nous avons prêté serment et que nous sommes assujettis à des règles ? Si nous ne pouvons sympathiser d’emblée avec certains au moins nous disposons des conditions relationnelles et temporelles nécessaires pour découvrir petit à petit leurs richesses.

C’est donc pour toutes ces raisons et bien d’autres encore que lors de l’initiation d’un postulant, l’Orateur déclare :

« La Franc-Maçonnerie proclame, comme elle l’a proclamé dès son origine, l’existence d’un Principe Créateur, sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. Elle n’impose aucune limite à la recherche de la Vérité et c’est pour garantir à tous cette liberté qu’elle exige de tous, la tolérance. »

Et oui mes Frères, vous pouvez vérifier votre rituel du 1er degré, l’exercice de la tolérance chez nous n’est pas laissée à l’appréciation de chacun, c’est une une obligation qui nous est faite dès notre entrée en Maçonnerie. C’est également l’une des principales vertus qui nous caractérise et nous rassemble.

Mais entre le laxisme coupable qui ouvre la porte à tous les excès et la rigidité intransigeante, qui n’accepte l’ouverture qu’à contre cœur,l’exercice de la tolérance demande à chaque instant un cœur ouvert associé à une conscience lucide selon des règles bien établies et acceptées. Mais gardons-nous de cette forme de tolérance prenant la forme d’un mépris bienveillant qui s’appelle condescendance.

« La Franc-Maçonnerie est donc ouverte aux hommes de toute nationalité, de toute race, de toute croyance. Elle interdit (en connaissance de cause) dans les Ateliers toute discussion politique et religieuse ; elle accueille tout profane, quelles que soient ses opinions en politique et en religion, dont elle n’a pas à se préoccuper, pourvu qu’il soit libre et de bonnes mœurs… »

VM, mes FF, j’ai dit

HN F

« Mais si le Franc-maçon a le sens, inné ou acquis, de la tolérance, il a également le devoir d’intolérance, au même titre que les Etats ont le devoir d’ingérence dans le domaine humanitaire. Et cette intolérance doit d’abord s’appliquer à soi-même. Le Maçon Ecossais possède, par l’utilisation des outils symboliques, les armes de la connaissance, de la liberté de conscience et de la tolérance pour combattre en lui-même les trois mauvais Compagnons que sont l’ignorance, le fanatisme et l’ambition personnelle… » Hubert Greven (Passé, Souverain Grand Commandeur du SCDF) – Ordo ab Chaos.


NOTES

Notions incluses


Notion d’adaptation, capacité à s’adapter à ce à quoi on ne peut résister ;


Notion de résistance à ce à quoi on ne peut échapper;


Notion de supporter, avec courage, stoïquement, docilement mais sans soumission;


Notion d’acceptation, l’effort d’acceptation est de la tolérance, on est passé au-delà lorsqu’on a pleinement accepté la différence, l’altérité;


Notion d’abstention, ne pas prendre une position pouvant nuire ou bloquer un processus;


Notion de condescendance. Lorsque la tolérance s’identifie à l’indulgence, à la patience avec laquelle nous supportons les incommodités apportées par des enfants oudes personnes que nous considérons quelque peu comme inférieures, nous sommes dans une forme de mépris qui se veut bienveillant, la condescendance.


Notion de faute : Notre conduite est tolérée malgré la faute que nous avons commise. Accepter ce que notre morale réprouve.

Notions proches:

Notion d’indifférence – Il ne peut y avoir action de tolérance dans l’absence de tout sentiment, de toute émotion ou ressenti. Mais dans le long cheminement que représente l’effort de tolérance, par moment on peut devenir indifférent à cet autre que l’on s’efforce d’accepter.

Notion de soumissionIl ne peut y avoir action de tolérance dans l’acceptation sous la contrainte sinon dans le sens originel du terme, le prisonnier est obligé de tolérer ses conditions de détention pour rester en vie. Mais lorsqu’on est engagé dans un processus de tolérance, que l’on commence à accepter la différence que l’on refusait avant, par honnêteté vis-à-vis de soi-même, peut-on devenir soumis à son propre effort d’acceptation ?

Notion d’indulgence – Dans cette disposition à la bonté, à la clémence, la notion originelle de tolérance est dépassée avec les efforts qu’elle demande. La démarche même de tolérance dans son sens actuel nécessite parfois, suivant les cas, de l’indulgence, de la bonté, bref, de la compassion car le but d’une telle démarche n’est-elle pas l’Agapé ?

Notion de permissivité – Comme pour l’indulgence, il y a beaucoup moins d’effort à faire pour accepter la différence. Mais dans la dynamique de la tolérance, il y a forcément une part de permissivité !

Notion d’opportunisme – Utiliser l’aptitude d’un tiers à la tolérance pour se servir de lui, abuser de lui.

La Vulgate : (du latin vulgata, qui signifie « rendue accessible, rendue publique », lui-même de vulgus, qui signifie « la foule ») désigne la version latine de la Bible, traduite par Jérôme de Stridon, entre 390 et 405, directement depuis le texte hébreu pour l’Ancien Testament et du texte grec pour le Nouveau Testament. En ceci, elle s’oppose à la Vetus Latina (« vieille bible latine »), traduite du grec de la Septante. Le fait de puiser directement aux sources judaïques lui donne aux yeux des chrétiens latins, un « plus ». Force est de constater, cependant, que la différence entre la Vetus Latina et la Vulgata est relativement cosmétique, essentiellement stylistique. En 1454, Gutenberg réserve à la Vulgate l’honneur d’être le premier livre imprimé ; on parle de Bible à 42 lignes (par page).

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