La Tolérance
#3251016
La Compassion
Non communiqué
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, au Nom de la Franc Maçonnerie Universelle et sous les auspices de la Grande Loge de France, R.°.L.°. Le Labyrinthe inscrite sous le numéro 976, Vénérable Maître et vous tous mes FF.°.en vos degrés et qualités
INTRODUCTION
La Compassion, un grand mot qui revient à la mode mais que je voudrai évoquer d’une manière plus personnelle en vous racontant ce qui m’a fait la découvrir comme panacée universelle.
La compassion est à rapprocher de la miséricorde chrétienne plus que de la pitié qui en est une déformation parfois fautive. D’un point de vue maçonnique, elle se rapproche de l’Amour prêché à tous les grades comme une vertu inhérente à notre constitution en tant que fraternité. Mais la Compassion est-elle pratiquée en Loge ? En connaît-on tous les bienfaits pour soi comme pour les autres frères ? C’est une pratique efficace et une ascèse que je vais vous raconter.
Lorsque je réalisais une retraite lamaïque d’un an dans un monastère et que j’avais donc pris l’ordination de moine tantrique, il advint que reclus avec d’autres moines pour recevoir des enseignements secrets dans un jardin clos de mur – on ne cultive bien que les jardins secrets – je me trouvais en opposition avec certains de mes coreligionnaires avec qui j’effectuais plusieurs rituels journaliers, et ce au sujet de ces rituels qui demandaient aussi bien une bonne connaissance de la langue tibétaine qu’un maniement des instruments de musique avéré. Je trouvais leur attitude et surtout celle d’une personne en particulier peu amène et empreinte d’une certaine sécheresse. Je m’en ouvris à notre Maître de retraite, un lama ayant accompli plusieurs années de retraite en plus de sa retraite traditionnelle de 3 ans 3 mois 3 jours –retraite dont j’effectuais alors la deuxième année. Sa réponse fut une illumination pour moi, il me commanda de pratiquer la méditation dite « tonglen », c’est-à-dire « donner-recevoir » en bon français.
Celle-ci se pratique de la manière suivante : on imagine que toutes les souffrances du monde et de certaines personnes visées pénètrent à l’inspiration par la narine droite sous forme d’un courant noir et vicié arrivent dans le cœur pour y être brulées et retournent vers leurs origines sous forme d’un courant blanc à travers la narine gauche. Il me proposait ainsi non pas de résoudre la situation par une action extérieure mais de prendre les souffrances de mes coreligionnaires – car s’ils me faisaient souffrir c’est qu’ils souffraient eux-mêmes – et de leur insuffler tout le bonheur que j’aurais pu vouloir garder pour moi.
La leçon fut entendue : dans tous les cas où l’on pourrait avoir l’impression d’être victime de la méchanceté d’autrui il fallait prendre le mal du soi-disant ennemi et lui donner tout le bonheur que l’on pouvait concevoir car il n’est pire souffrance pour soi que de laisser souffrir autrui en particulier de son ignorance. Ainsi depuis ai-je appris à pratiquer et à concevoir ma relation aux humains. Belle leçon de compassion : souffrir de la souffrance d’autrui et l’aimer au point de lui sacrifier son propre bien-être ! Les vœux d’éveillé ou de boddhisattva pris auparavant qui demandent que l’on libère tous les êtres avant de se libérer soi-même prenaient sens. Ce qui était nommé « la vérité relative » – entendez par là le monde manifesté – avait un sens dans l’Autre réifié et porté au pinacle. Le « je » n’était pas Roi, mais l’Autre devait le devenir.
Ainsi dès ce moment ai-je toujours pratiqué lorsque, me considérant victime de ce que je croyais être la fourberie, la méchanceté ou la bêtise de quelqu’un, j’avais comme premier réflexe de m’élever en protestation. « Tonglen » m’était d’un précieux secours. Je prenais virtuellement la souffrance de l’agresseur présumé pour lui restituer le champ de roses que j’avais précédemment fait pousser. Tout au moins psychiquement l’échange s’accomplissait et le karma néfaste de celui qui m’avait incité à une telle pratique est-il dissout en un karma bénéfique. Telle est la grande pratique de Tonglen « prendre et donner » qui est conforme à la loi de la Compassion.
Il faudrait remonter au premier sermon du Bouddha qui est l’édiction des quatre nobles vérités : la noble vérité de la souffrance, la noble vérité de l’origine de la souffrance, la noble vérité de l’extinction de la souffrance et la noble vérité du chemin octuple qui mène à l’extinction de la souffrance. Ainsi, puisque tout ce qui vit souffre, la première des attitudes à avoir est d’avoir compassion pour celui qui souffre, moi ou autrui. Puis la plus grande des compassions sera d’enseigner ou d’apprendre le chemin qui mène à l’extinction de la souffrance. Le don du Dharma est donc la preuve la plus forte de notre attitude compatissante.
LA COMPASSION DANS LES TEXTES ET DANS LA VIE
Ainsi le Dalaï Lama nous a-t-il présenté cette vertu qui peut se décliner en trois niveaux : le premier consiste en la capacité de voir l’autre comme un autre soi, le deuxième dans la capacité de s’échanger avec autrui pour mieux comprendre la réalité de ses souffrances, notamment par le processus de la visualisation. La troisième consiste à considérer l’autre comme plus important que soi, aboutissant à la Grande compassion qui consiste en toute situation à prendre la perte pour soi et à offrir le gain à autrui.
Que nous dit le dictionnaire : La compassion est une prédisposition à la perception et la reconnaissance de la douleur d’autrui, animée par un profond sentiment d’amour de l’autre au sens de l’amour philia ou agapè, entraînant une réaction de solidarité active, voire engagée. Il s’agit donc d’une variante d’empathie axée sur la reconnaissance de la douleur et de la souffrance de l’autre.
On peut aussi se porter de la compassion, ce qui sous-entend que l’on est détaché de soi-même, sans quoi on peut aisément la confondre avec l’apitoiement, avec sa composante de complaisance. De même la compassion envers autrui peut être confondue avec la pitié, au sens moderne, avec sa connotation de condescendance. Et c’est là le danger : le nombrilisme et la bonne conscience. Comme dans la pratique de l’Amour chrétien, on peut se satisfaire complaisamment de donner les signes de la Compassion, d’en fourbir le masque alors que le cœur reste sec à l’appel de la souffrance. L’hypocrisie d’un tel acte reste assujettie au monde des formes et la rétribution qui lui en sera faite ne l’élèvera pas. Non la Compassion élève l’Homme en ce que ne distinguant plus le moi d’autrui, on en arrive à percevoir le Soi et à s’y fondre. Idéal de boddhisattvas, d’essences de Bouddha appartenant à de tels pratiquants rejetant l’hypocrisie et le masque de la pitié condescendante.
La Compassion est une intuition qui fait que spontanément, tout un chacun perçoit la souffrance d’autrui et cherche à lui venir en aide, naturellement sans artifice avec les moyens du bord. Des pratiques psychiques comme Tonglen citées précédemment n’ont pas un effet thérapeutique immédiat dans tous les cas, sur sa cible présumée. L’effet se concentre plus sur le pratiquant que sur sa cible bien que tout dépende de l’avancement du dit pratiquant. En désirant le soulagement d’autrui on accède à la vérité relative du monde de la manifestation, celle d’un quotidien lumineux.
Initiées par le Dalaï Lama depuis une douzaine d’années en tant que premier sponsor avec l’université de Stanford (Californie), le laboratoire CCare1 anime des recherches sur le pouvoir de la compassion dans des disciplines comme les neurosciences, la psychologie, la neurochirurgie, etc. L’étude scientifique des cerveaux de moines, notamment de Mathieu Ricard ont permis de démontrer un impact direct entre la pratique de la méditation et d’exercices de compassion sur la réponse des individus au stress. La réponse à l’hormone du stress, l’oxytocine comparée entre un groupe test, un groupe test ayant suivi un programme de méditation de la pleine conscience, et un groupe test ayant suivi un programme de méditation de la pleine conscience et en plus des exercices de compassion, démontre que la méditation a un effet direct sur le stress en réduisant cette réponse; et que les exercices de compassion ajoutés à la pratique de méditation dé corrèlent dans une grande proportion la stimulation au stress des trois groupes.
Des psychologues américains comme Paul Gilbert (en) ou Daniel Singer étudient l’impact des neurones miroirs dans le champ de la compassion. Les neurones miroirs sont une catégorie de neurones du cerveau qui présentent une activité aussi bien lorsqu’un individu (humain ou animal) exécute une action que lorsqu’il observe un autre individu (en particulier de son espèce) exécuter la même action, ou même lorsqu’il imagine une telle action, d’où le terme miroir.
Selon André Comte-Sponville, la compassion est proche du terme « commiseratio » employé par Spinoza, qui est traduit habituellement par pitié : « une tristesse qu’accompagne l’idée d’un mal arrivé à un autre, que nous imaginons être semblable à nous » ; mais plus encore de la « misericordia » : « un amour, en tant qu’il affecte l’homme de telle sorte qu’il se réjouisse du bien d’autrui et soit affligé par le mal d’autrui. »
Mais en ce qui concerne la culture, si l’Amour est solaire, la Compassion, elle, est lunaire. Elle est profonde intuition, intellect dirait Guénon et se complait dans la non-action qui n’est pas l’inaction, mais plutôt le yin par rapport au yang.
LA COMPASSION DANS LES RELIGIONS
La compassion, « karunā » en pâli et en sanskrit, est une valeur fondamentale du bouddhisme. On parle souvent de trois formes de compassion de manière très concrète et expérientielle : la première étape étant de considérer l’autre comme un autre soi. La deuxième étape étant de s’échanger avec autrui pour aller plus loin dans la compréhension de sa souffrance (cf. la pratique de tonglen), la troisième étant de considérer la souffrance d’autrui comme plus importante que la sienne. La doctrine du Bouddha a pour axe central les quatre nobles vérités dont le but est de trouver une solution définitive à la souffrance dans l’existence. La compassion est donc définie dans ce cadre comme l’aspiration d’éteindre toutes les souffrances ainsi que les causes de souffrance que peuvent connaître les êtres sensibles dans le monde entier. Le Dalai Lama est considéré dans les traditions bouddhistes comme incarnation du Bouddha de la compassion, Avalokiteshvara. Cette précision permet de comprendre le sens de son engagement spirituel comme des initiatives qui l’animent depuis le début de sa vie contemporaine.
La compassion est au cœur de l »esprit d’Éveil », lui-même au fondement de la pensée mahayaniste (le grand véhicule) et aussi de la tradition Vajrayana (le véhicule de diamant, ou troisième plus grand véhicule). Dans le cadre de cet esprit d’éveil qui associe à la fois la dimension de la grande compassion et la vacuité, ou la vue juste de la nature de l’esprit, ce terme est alors nommé la grande compassion aspirant à ce que tous les êtres soient libérés des souffrances et de leurs causes, et amenés à l’Éveil suprême et incomparable, c’est-à-dire le Nirvâna, l’extinction complète des souffrances, l’au-delà de la souffrance. La grande compassion incite également le bodhisattva à renaître encore et encore pour sauver les êtres de toutes leurs souffrances, voire à prendre sur eux ces souffrances si cela peut leur être bénéfique. Elle est aussi dite « grande » lorsque, par une pratique appropriée, cette aspiration devient complètement spontanée, rayonnant naturellement dans toutes les directions de l’univers en manifestant la même intensité affective qu’envers un parent ou un enfant, et en actualisant le même engagement de soin, d’attention et de prévenance.
Compassion et karma
L’autre n’étant qu’un miroir, ou étant un autre moi, nous devons être capable de nous comporter envers lui comme envers nous-même. La philosophie bouddhiste évoque le poids de nos actes associés à leurs conséquences positives, négatives ou neutres. Ils maintiennent donc notre esprit en équilibre au sein de six mondes, dans lequel en fonction de la somme de nos actes positifs négatifs ou neutres, nous descendons dans les enfers du Samsara (le monde de la souffrance) ou nous nous élevons vers le Nirvana (le monde sans souffrance). La compassion devient donc un outil de développement permettant aux êtres humains, animés de la capacité de communiquer et de se voir, de choisir de s’élever ou non. Parmi les actes négatifs, le meurtre, le vol, le mensonge, l’inconduite sexuelle (viol, manipulation d’autrui) et la prise d’intoxicants vont peser sur les conséquences de nos actions. De sorte que cette compassion doit s’appliquer à toutes les espèces vivantes sur cette terre. Nous devons donc changer nos comportements face à toute forme de vie car ce que nous considérons comme bon pour l’autre revient à admettre que c’est bon pour nous. Dans son livre Au Cœur du Vivant, Jacqueline Bousquet écrit : « L’univers est un tout dont nous faisons partie, toute agression de quelque nature que ce soit contre l’un de ses composants se retourne inévitablement contre l’auteur. En biologie cela s’appelle le feed-back ou choc en retour. »
Christianisme
La compassion dans le christianisme, évoque un sentiment de fraternité humaine, qui nous incite à effectuer des actes de charité (« caritas », avec un sens proche du verbe anglais « to care ») et donc à secourir notre prochain. On agit par compassion, en accomplissant tout acte de partage. Les examens de conscience et exercices spirituels amènent à dissuader de détester qui que ce soit, sans quoi il serait impossible d’éprouver de la compassion pour ce dernier; lorsque le besoin s’en présentera, tous les moyens nécessaires seront utilisés dans le but : d’aider ou de délivrer la personne, y compris si elle n’est pas du clan (parabole dite du Bon Samaritain), du simple fait de sa proximité. L’Évangile insiste sur cette notion de proximité (d’où vient le mot prochain), qui permet il est vrai de voir si l’on agit de façon efficace ou non. Le choix d’un Samaritain montre qu’il s’agit bien de la proximité du moment et non de la plus habituelle proximité culturelle, où la compassion se manifeste plus facilement. Bernard de Clairvaux met à plusieurs reprises en garde contre la tentation de se replier sur soi pour ne pas rencontrer le prochain (ce que nous nommerions aujourd’hui « cocooning »), en insistant sur la gravité de cette faute.
Si un Chrétien ressent un sentiment de compassion, c’est qu’il serait aussi disposé à accomplir un acte de charité par respect de ses valeurs aussi bien que par considération ; mais non, en principe, éprouver de l’indifférence. Et pas davantage pour en tirer fierté.
Islam
La notion de compassion est essentielle dans l’Islam.
D’abord à travers les obligations liées à deux des cinq piliers de l’islam, à savoir le concept de Zakât qui veut que tout bon musulman se doit de faire preuve de charité et d’attention envers les pauvres. Ce concept est complémentaire au processus du Ramadan durant lequel le jeûne symbolise en partie la solidarité envers les êtres qui souffrent, que cela soit de faim ou d’autre chose.
On trouvera dans la charia islamique de vastes sujets relatifs aux droits du voyageur, de l’orphelin, du pauvre, où le concept de compassion occupe une place centrale.
Enfin l’Islam est l’une des religions abrahamiques qui abroge la loi du Talion « œil pour œil, dent pour dent », puisque le but de la vie est la satisfaction de Dieu à travers le meilleur comportement. C’est ce qui permet la réussite éternelle de l’âme. Ainsi on trouvera dans le Coran « Repousse le mal par la plus belle bonté » ou encore « l’action bonne n’est pas semblable à la mauvaise. Repousse celle-ci par ce qui est le plus beau en bonté : tu verras alors celui qu’une inimitié séparait de toi devenir pour toi un ami chaleureux. C’est là une chose à laquelle n’atteignent que ceux qui exercent la patience, ceux qui ont reçu une faveur insigne ».
Le concept de « rahma » qui se traduit en français par la clémence, la miséricorde et la compassion est régulièrement évoqué dans la tradition prophétique. On retiendra cette parole du prophète de l’islam : « Soyez cléments envers ceux qui sont sur Terre, et Celui qui est dans les Cieux sera Clément envers vous. Le clément recevra la Clémence du Miséricordieux. »
Judaïsme
C’est une question importante pour le judaïsme, qui souhaite voir s’établir une société fondée sur la justice.
On trouve cette notion dans le personnage de Ruth (Bible):Ruth (en hébreu: רוּת, Routh, qui signifierait « compassion »). Compassion de Ruth pour Naomi, et compassion de Booz pour Ruth. Mais le mot Ruth en hébreu donne lieu à d’autres interprétations également. On fait le plus souvent dériver Ruth (Routh, en hébreu) de la racine rita, compatir. Ruth signifierait ainsi l’indulgente, la compatissante. Mais l’étymologie de Ruth a donné lieu, depuis plus de vingt siècles, à d’étonnantes disputes talmudiques et bien d’autres hypothèses ont été avancées avec conviction et talent. Ruth pourrait ainsi vouloir dire la charmée, celle qui est désaltérée, la tourterelle, la louangeuse. Elle pourrait même être le féminin du mot « torah », la loi.
En anglais le mot «ruthless», impitoyable, semble faire allusion à Ruth (Bible). Ruth en anglais ancien signifie pitié, et est encore un peu utilisé aujourd’hui. En fait le mot a pour étymologie le verbe « rue » en anglais ancien (se repentir de, regretter amèrement) suivi du suffixe « th ».
La Tsedaka désigne l’aumône, la charité, dans le judaïsme, et trouve sa source dans la Bible.
L’AMOUR CHRETIEN
Le 18ème développe la vertu théologale de Charité et en fait le tour de bien des manières. Il rappelle le devoir d’attention à l’autre dans la cérémonie de la Cène mais sous la forme d’un développement aussi compassionnel. En effet, ne pas pouvoir supporter la souffrance de celui qui a faim ou soif est aussi du domaine de la Compassion, mais d’une Compassion active par essence. C’est là que l’Amour est solaire. Ainsi il est dit dans une ancienne instruction du grade :
D : Pour former notre âme que faut-il faire ?
R : A savoir bien aimer : il doit se former à l’amour, il aime souvent sans connaître ; et pour se connaître en amour comme en amitié il a besoin d’être éclairé des lumières de l’esprit
…
D : Et la charité ?
R : La Charité est un devoir sacré de l’Humanité. Tout être qui souffre a des droits sacrés sur nous. Mais elle ne consiste pas à donner un peu d’or. Nous devons exciter dans tous les cœurs les étincelles du feu divin, du génie, de la vertu, et aider à les développer pour le bonheur du monde.
Et de décliner toutes les vertus, de bienveillance, d’humilité, de clémence et de candeur qui doivent en découler.
L’Amour chrétien est une perte d’identité dans l’autre, un effort immense vers le Tout Autre, une désidentification forcée alors que la Compassion est l’expression calme de la reconnaissance que l’autre est un autre moi. C’est dans la qualité énergétique de la mise en pratique de ces vertus surtout qu’il y a une différence. Dans « Aime ton prochain comme toi-même » il y a nécessité de s’aimer soi-même, une action vers soi. Dans la Compassion il y a reconnaissance que l’autre n’est que moi et que sa souffrance est mienne pour laquelle je vais œuvrer à sa résolution. Il n’y a plus perte d’identité forcée mais reconnaissance de la similarité et mise en pratique des moyens adroits de solution de la souffrance. Si l’amour n’était plus passionnel au sens où le Christ a vécu une Passion et nous a transmis ce caractère devenu pathologique de l’amour, il s’accorderait plus à la notion sage de compassion. Il faut une vision pénétrante posée pour s’adonner à la compassion, une compréhension de notre finitude humaine pour l’exercer.
De même l’Amour chrétien vient historiquement s’opposer à la Loi juive, devenant la Nouvelle Loi.
ENSEIGNEMENTS
Il faut une très grande expérience de la Connaissance dans ses aspects non conceptuels et non mentaux pour s’adonner à la compassion. Il en faudrait tout autant de l’amour mais l’Occident n’a pas enseigné beaucoup de méthodes pour subvenir à cette nécessité. La pratique de la réalisation de la nature de son esprit, amène le Bouddhiste à reconnaître en l’Autre ce qu’il est lui-même sous forme de l’Ainsité. La compassion devient alors évidente et moyen de la développer encore plus.
De ces deux vertus, laquelle sera la plus à même à nous conduire à la réalisation et au but que ce sont fixés les Ch R+C ? L’une et l’autre, conjointement et à des degrés divers. Mais leur base commune est l’empathie, la nécessaire perception de l’affliction ou du manque chez l’autre. C’est dans cette sensibilité à l’autre (que seul le tout Autre peut donner) que se cultivent Amour et Compassion. En fait c’est dans ce que l’Ecoute attentive doit nous permettre de concevoir comme remède qu’il faut chercher le véritable Enseignement. Dans la Compassion il y a une dimension thérapeutique alors que dans l’Amour je ressens plus une dimension passionnelle dans toutes les acceptions que ce terme évoque. Il y a plus de Raison voire de Sagesse dans celui qui sait par empathie ce dont souffre l’autre, que dans celui qui se décharge d’un surcroît d’affects incontrôlé. Il faut de la Mesure et je vois dans la Mystique un écueil pour le Ch. R+C. Là où la souffrance que l’on s’inflige pour un supposé bien-être de l’autre devient nécessaire, on perd l’objectif premier qui est toujours « J’ai ce bonheur ». Le dolorisme que l’on a reproché aux traditions du Livre est la limite à ne pas vouloir dépasser. Et c’est l’empathie, la sympathie qui devront mener l’adepte au 18ème à se réformer en se faisant récepteur du monde et de l’autre, des vibrations émises par l’altérité pour guider son action et non pas conduire une action toute faite préformée et dogmatique.
En fait, l’initié devrait commencer par compatir aux souffrances afin d’établir une connaissance, circonscrire ses besoins et tel in thérapeute administrer ensuite l’amour adéquat qui remédiera à ces souffrances spécifiques. Encore une fois on peut reconnaître l’aspect relativement plus passif de le Compassion par rapport à l’Amour et les attaches tamasiques et rivées dans le non-agir lunaire de l’Orient par rapport aux aspects rajasiques et solaires de l’Occident qui s’accomplit dans l’agir.
CONCLUSION :
Bien plus que l’Amour solaire, la Compassion lunaire, rappelle que la souffrance est notre lot et que tout ce qui peut l’éviter doit être entrepris. Sauver autrui est bien plus louable que se sauver soi-même et pourtant il s’agit là de la cause et de l’effet.
J’ai dit Vénérable Maître