Le GADLU #3103018 Le GADLU, symbole de la liberté de pensée Auteur: V∴ S∴ Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué Le sujet que j’ai choisi de vous présenter ce midi, a pour thème : Le Grand Architecte de l’Univers (GADL’U), Symbole de la liberté de pensée.Il m’a paru indispensable de procéder à une approche historique qui ne se veut surtout pas encyclopédique, tout en ne faisant qu’un inventaire incomplet, tant le sujet est vaste, afin de tracer l’évolution d’une croyance « inconnaissable » vers Le Grand Architecte de l’Univers, Symbole majeur de la Franc Maçonnerie.Les Traditions véhiculées depuis les mythes fondateurs sur lesquels se fondent les religions polythéistes ou monothéistes, évoquent la communion de l’Homme avec les lois de la Nature. La réalité s’impose à lui. Il s’interroge sur son origine, sa place, son rapport aux autres, à l’Univers.Il croit aux choses qui vivent et reflètent l’existence d’une force surnaturelle, avec la perception diffuse d’un inconnaissable. Il n’y a pas nécessité d’une image représentant Dieu, puisque la nature semble prouver son existence.La spiritualité émerge. Plus tard, le logos de la Genèse de la Bible, constitue un repère dans la recherche du « Principe créateur » ; en préambule, il est écrit : « Au commencement, Dieu créa le Ciel et la Terre ».C’est le monde grec, influencé par les théogonies perse et égyptienne qui offre maints témoignages de l’idée et de l’apparition d’un « Etre Suprême Créateur » et Ordonnateur de l’Univers, dont notamment, Thalès, Platon, et Aristote, qui ont, dans leurs écrits, évoqué la présence d’un « Architecte Divin ». Cette avancée philosophique composait avec les mythes et les « rêveries religieuses » de la cité antique et était en concurrence avec l’Olympe, Zeus, et les grands démiurges, dont Prométhée.D’anciens Sages égyptien : Aménopé (1), et Indien : Vishaka-Karman (2), l’ont évoqué en tant que « Chef de chantier » et « Architecte de l’Univers ». Puis plus tard, Platon et Homère, pour ne citer qu’eux.D’après un auteur profane, Graham Hancock, il semble qu’on reconnaisse Le Grand Architecte de l’Univers depuis le 12ème s. lorsque les Chevaliers d’Orient se sont unis aux Chevaliers d’Occident, qui auraient maintenu en secret le culte voué au « Maître d’œuvre universel ». Pendant le millénaire du Moyen Age (476-1492), l’intensité de la vie religieuse privilégie le Dieu unique des Chrétiens, des Juifs et des Musulmans, avec pour conséquence, des connaissances étendues aux sciences exposées au regard des dogmes. Les cathédrales et les mosquées s’élèvent comme des prières vers l’Eternel. Dans le respect des Evangiles, les confréries de bâtisseurs devancent les Compagnons qui, sous la protection de leurs Saints, travaillent au « Grand Oeuvre » dans le secret de leurs rites. Puis, l’appellation « d’Architecte » dans le sens de « géomètre », appliquée à Dieu, apparaît sous la forme iconographique de Dieu traçant (créant) le monde avec les outils de l’Architecte, notamment le Compas, laissant peu de place au Dieu de la Bible des ancêtres. Fin 15è s., jusque début 17ème, la montée de « l’esprit libre » s’affirme, avec certains philosophes tels Erasme et Machiavel. C’est en quelque sorte, le retour à l’antiquité, et le moment où les influences des trois cultures majeures (chrétienne, juive, arabe), conduisent à valoriser le « Principe créateur », aboutissant à l’aveu que l’homme peut avancer sans le secours de Dieu tel que le représente l’Eglise, sans toutefois parler d’athéisme. C’est sans doute ce qui va inspirer les penseurs du siècle des Lumières.A partir de la moitié du 17ème l’on rencontre ça et là, des allusions au « Grand Horloger » tél que le voyait Newton, mais aussi Voltaire, et pour qui « l’Univers créé et mis en mouvement, Dieu n’a plus à s’en occuper », mais encore, au « grand constructeur », au « grand géomètre », au « grand charpentier », dont le monde est un édifice harmonieux, construit suivant des rapports géométriques. A la même époque, l’Eglise d’Angleterre est dominée par le « latitudinarisme » (3), courant hostile aux catholiques, qui prône la tolérance religieuse, conforme à la raison et à la science, et définie comme une morale. C’est la « crise de la conscience européenne » (1680-1715) ; l’esprit de doute surgit partout. Les « Modernes » sont persuadés qu’ils valent bien les Anciens, que le progrès doit l’emporter sur la tradition, et la science sur la foi. On parle alors de « religion naturelle » (4). Un pas considérable est franchi en direction de ce qui sera la croyance au «Grand Architecte De L’Univers», inspiré par le « principe créateur », car la plupart des gens rejettent les croyances traditionnelles. Ce postulat est d’une étonnante modernité et grande prudence, car évitant ainsi les controverses religieuses (au demeurant, elles étaient déjà interdites en Loge, tout comme les débats politiques). John Théophilus (de son vrai nom français : Jean-Théophile Désaguliers), pasteur et fils de pasteur, est typique de ce libéralisme. En effet, il avait dû quitter la France, seul sur un bateau, enfermé dans un tonneau, à l’âge de 6/7 ans, pour rejoindre l’Angleterre, car sa famille étant protestante, dans un pays où le catholicisme triomphait, elle était menacée par la révocation de l’Edit de Nantes.La dangereuse aventure qu’il avait vécue, lui a révélé ce qu’était l’injustice qu’il a ressentie profondément. Il ne l’a jamais oubliée, et l’on peut se demander si elle n’est pas en soi, fondatrice de la future Franc Maçonnerie Spéculative. Il était pasteur, Franc Maçon, et brillant scientifique. Ses travaux sur les radiations lumineuses ont été remarqués par Isaac Newton, Franc Maçon, physicien appartenant à la Royal Society (5), et père du concept de la théorie du rayon lumineux. La tentation est grande d’y voir là encore, les métaphores créatrices de la Maçonnerie Spéculative qui n’auraient sans doute jamais existé sans eux. Quoi qu’il en soit, un certain 24 juin 1717, jour de la Saint Jean d’été, quatre Loges londoniennes, présidées par Jean Désaguliers, assisté de James Anderson, se sont réunies pour fonder la Grande Loge d’Angleterre, et fédérer les loges spéculatives. Cette Maçonnerie intellectuelle naissante, reprend les outils des Opératifs comme Symboles, et considère qu’elle est la descendante des confréries de bâtisseurs de cathédrales, qui se sont éteintes par manque de chantiers. C’est sous le nom d’Anderson que paraîtront en 1723, les premières Constitutions, dont la rédaction est due à la plume de Désaguliers, comme en témoigne l’histoire. Le 1er chapitre concernant Dieu et la religion indique : “… L’initié qui comprend bien l’Art, ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin irréligieux…”. Le terme « athée stupide » signifiant « sans capacité de raisonnement », et le mot « libertin », étant pris ici dans son sens ancien d’affranchi de la discipline et de la foi religieuse. Ces Constitutions traduisent une volonté d’ouverture pacifiste qui fait plus appel aux vertus humaines qu’aux croyances d’où la dénomination de « religion universelle ». Depuis ce mémorable 24 juin 1717, naît réellement une structure Maçonnique de grande tolérance civile et religieuse, à visée de rayonnement national. Ce jour-là, Désaguliers, au grand étonnement de l’assistance, suggère que soient dépassés les dogmes religieux, et que la liberté de croyances, permette à tous les adhérents, de croire en Dieu, « avec les données de la raison et de la conscience », soit la « religion naturelle », par opposition au « surnaturel ». Il a été prouvé à postériori, que ces Constitutions étaient aussi une tactique pour décatholiciser la Maçonnerie, lui épargner d’être prise dans les luttes religieuses, et en même temps, faire franchir aux libertins, un premier pas vers l’Evangile, cher à Anderson et Désaguliers. Désaguliers pense que le questionnement doit primer sur la certitude, croit en un Principe Créateur du monde, qu’on l’appelle Dieu ou Etre suprême, et que l’Univers a un sens auquel l’homme est naturellement relié et associé. Il propose, de concert avec Anderson, je cite « de donner à Dieu, une appellation spécifique, qui devrait convenir aux constructeurs de l’esprit que nous voulons être, empruntée à l’écrivain Philibert de l’Orme(6), qui désigne le Créateur comme « Le Grand Architecte de l’Univers ». Ce qualificatif figurera dans les deux premières Constitutions (1723 et 1738). Anderson, voulant se distinguer de l’Eglise catholique, utilisera un calendrier différent, ne prenant pas pour point de départ la naissance de Jésus. Ainsi, il le fera débuter en l’an 4 000 av. JC, précisant également que l’année débutera le 1er mars et non le 1er janvier. Pour mémoire, en 1738, le Pape Clément XII excommunia les Francs Maçons, le Travail Maçonnique remettant en cause l’obéissance absolue à l’Eglise et son monopole sur la spiritualité. Il est désormais interdit aux catholiques de rejoindre la Maçonnerie ; les Eglises protestantes eurent la même attitude. Il faudra attendre le Pape Jean XXIII, pour qu’ait lieu une tentative de compréhension de la Maçonnerie.C’est dans une version de 1815, qu’apparaîtra au début des Travaux, l’invocation au Grand Architecte de l’Univers (7). Le Convent de Lausanne de 1875, continua de proclamer « l’existence d’un Principe Créateur, sous le nom de Grand Architecte de l’Univers » ajoutant qu’une liberté entière est laissée à toute interprétation du mot Dieu, le « Un primordial ». Cependant, en 1877, au nom de la liberté absolue de conscience, le Grand Orient de France décida de supprimer pour ses membres, l’obligation de croire en « l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme », et obligea ses Loges, à travailler « A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers », d’autant qu’à cette période, avait lieu un combat politique entre la IIIe République appuyée sur la Franc Maçonnerie, et l’Eglise catholique romaine, la Maçonnerie apparaissant comme « l’Eglise de la République ». Ce fut une date de naissance historique de la Franc Maçonnerie a-dogmatique, mais également, date du futur schisme qui allait pour longtemps déchirer la Franc Maçonnerie Universelle. En effet, derrière cette référence se cachaient des pratiques bien différentes. La question du Grand Architecte de l’Univers devint polémique pour beaucoup de Maçons dans le Monde. Le déisme des « Moderns » gagna du terrain, d’où le refus des Obédiences britanniques, théistes, de reconnaître plusieurs Obédiences comme étant « régulières ». Après deux guerres mondiales ayant entraîné la cessation d’activité quasi totale des Loges, puis leur renaissance, dont la création d’une multitude de petites Obédiences, on assiste à un « retour sur soi », une recherche du sens de la vie, nécessaire pour une société en perte de repères, se traduisant par un besoin de Spiritualité… Ceci m’amène au conceptComme évoqué précédemment, le concept du « Grand Architecte de l’Univers » n’est pas spécifiquement Maçonnique. L’expression appartient à la Sagesse des Nations. Gottfried Leibniz, scientifique et philosophe des 17/18ème s., formula la question : « pourquoi y a t’il quelque chose plutôt que rien ? », Cette question avait pour but de démontrer que si les choses sont sans raison, le monde devient absurde… Oswald Wirth (8), Franc Maçon, y voyait, je cite : « le Symbole le plus important de la Maçonnerie afin de la comprendre et de construire chacun pour soi, le sanctuaire de ses considérations personnelles ». Pour René Guénon (9), Franc Maçon également : «… il trace le plan idéal manifesté par les êtres individuels, et c’est la collectivité de ces êtres individuels envisagée dans son ensemble, qui constitue l’ouvrier de l’Univers ».Il faut bien admettre que Le Grand Architecte de l’Univers interroge l’Humanité et alimente la réflexion depuis la nuit des temps. Son idée a un sens, et signifie qu’il y a une dimension qui la dépasse… Le mot Architecte vient du grec « Arkhitekton » ; sa racine « architecte », est composée de « arkhé » qui indique le rang supérieur, le pouvoir, le commandement, et « tektôn » : charpentier, constructeur, artisan. Le sens d’origine est « constructeur en chef ». L’Architecte est donc celui qui exerce l’art de bâtir en qualité de Maître ; il trace les plans et surveille l’exécution des constructions par les artisans. Le Grand Architecte de l’Univers, représenté en Loge, par le Delta, est un Symbole on ne peut plus ouvert, et l’outil de nos recherches, suggérant un monde de construction révélé par la Géométrie. Si le Grand Architecte de l’Univers est inconnaissable en tant que tel, nous ne le connaîtrons que dans notre capacité à nous transcender, qui se fera à titre individuel, et qui permettra de nous dépasser pour nous élever, afin de construire notre architecture intérieure, notre Temple idéal, dans un « lieu sûr et Sacré ». Quels que soient les Rituels qui ont évolué au fil des siècles, pratiqués dans la multitude des Obédiences et Loges, chaque Maçon devra œuvrer à sa propre perfection intellectuelle, et poursuivre au-dehors l’œuvre commencée dans le Temple. Le Grand Architecte de L’Univers nous est familier depuis le premier jour où nous avons été reçus en Loge, puisqu’une formule sacralise l’ouverture de nos Travaux, et en valide la fermeture : « A.L.G.D.G.A.D.L.U. ». Invoquer « Le Grand Architecte de l’Univers », comme nous le faisons à l’ouverture et à la fermeture, c’est implicitement, affirmer que le fondement de l’Univers ne peut qu’être l’ordre, et non le désordre, et que nous plaçons les Travaux de réflexion dans le Temple, sous une « Lumière » occultée certes, qui nous situe en dehors de l’espace et du temps du monde profane. En travaillant « A.L.G.D.G.A.D.L.U », le Franc Maçon manifeste son attachement à l’idée d’un Univers qui a du sens. C’est donc affirmer notre Spiritualité. L’on peut se demander comment une « cohabitation » d’individus dont les opinions dans les Loges, sont si différentes, peut fonctionner. C’est sans doute parce que nous marchons ensemble vers un point convergent, « Le Grand Architecte de l’Univers », inconnaissable, mais centre de l’Union qui permet une véritable tolérance. Il est le point d’appui qui permet de nous élever en Spiritualité. Saint-Exupéry disait : « Si tu diffères de moi, mon Frère, loin de me léser, tu m’enrichis » ; et encore : « S’aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction ». Comme tous les Symboles qui se trouvent dans un Temple Maçonnique, il parle à chaque Maçon en fonction de sa sensibilité personnelle. Chacun, avec ses propres convictions, doit donc pouvoir se poser la question de la liberté de pensée face au Grand Architecte de l’Univers, liberté qui est la base même de la méthode Maçonnique, sans aucun dogme, ni préjugés, pour une reconnaissance de l’existence, et non une obligation de croyance. Cette méthode apprend à regarder L’Univers et les choses qui nous entourent avec un autre regard. L’Univers ne change pas, c’est nous, Maçons, qui devons changer, en fonction de l’évolution de notre compréhension. Le « système » Initiatique progressif et Spirituel, proposé par le REAA n’est pas présenté sous l’aspect de la foi ; il n’affirme rien, ne ferme jamais la porte, et permet la recherche ; il n’est pas demandé « d’y croire », ni de débattre de son existence. C’est un concept. Il est le garant d’une laïcité qui respecte les croyances de chacun, et s’ouvre sur la Fraternité. Chacun, en son âme et conscience, a le droit de se représenter, comme il l’entend, comme il le voit, comme il le sent, comme il le vit à l’intérieur de lui-même, le « Principe Divin » que chacun a dans le cœur. Ce Symbole ne devrait pas être sujet à mésentente puisque le propre d’un Symbole c’est de pouvoir être perçu, ressenti, interprété de façon personnelle, selon sa compréhension, pour son propre épanouissement, qui doit mener à la découverte de soi. S’il n’admettait qu’une seule interprétation, il cesserait d’être un Symbole pour ne devenir qu’un emblème. On peut dire qu’il est une entité métaphysique, principe de la Connaissance, ou connaissance de Soi. Si nous supprimions, comme certaines Loges le font, la notion du Grand Architecte de l’Univers, clé de voûte du REAA, voire l’invocation au début et à la fin de nos Travaux, nous perdrions une partie de notre identité, notre quête du sens, qui est celui de notre démarche Spirituelle, et surtout cette totale liberté de pensée, de croire ou de ne pas croire, qui permet de réunir tous les hommes autour d’un même concept fédérateur, libre de toute entrave dogmatique et sectaire. Cependant, nous ne sommes pas des admirateurs passifs de l’Univers, ni des « adorateurs » du Créateur, mais des « Bâtisseurs » d’un monde meilleur, dont la quête incessante est la Justice, la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. J’ai dit,Egypte antique (- 1100 av J.C) – Enseigne pour éclairer l’Esprit, pour instruire l’ignorant et apprendre toute chose existante. C’est un fonctionnaire égyptien qui a mis par écrit sa conception de la sagesse. Il a écrit : « l’homme est argile et paille, Dieu est le chef de chantier ; il détruit et construit tous les jours ». Bouddhiste antique « … l’Architecte de l’Univers, celui qui a tout façonné, bâtit l’Univers et les Dieux… ». Système accordant des libertés (tolérance) dans les principes d’une religion Dieu, religion des philosophes, sans référence aux dogmes Chrétiens qui prêchent pour un Dieu révélé, et qui impose de croire sans savoir. Equivalent de l’Académie des Sciences de Paris. 1510-1570 – Architecte français de la Renaissance. Elle sera cependant supprimée dix ans plus tard, pour être réintroduite en 1964. 1860-1943 – FM du GODF ; il assurera pendant plus de quarante ans un véritable magistère des études de symbolique maçonnique 1886-1951, également connu sous le nom d’Abdel Wahid Yahia ; érudit franc-maçon et ésotériste. 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